Le Portugal avait un £uf à peler avec la Coupe du Monde : c'est fait ! Ses deux dernières participations avaient été autant de flops : en 1986 puis en 2002, ce pays avait échoué sans gloire dans ses matches de poule. Cette fois, ce fut le sans faute : 9 sur 9 contre l'Angola, l'Iran et le Mexique. La manière ? Bof... On comparera ce tournoi avec l'EURO 2004 qui avait vu les Portugais aller en finale (et la perdre contre la Grèce) : de bons résultats avec un football trop peu léché par rapport aux immenses qualités techniques présentes dans le noyau. On est en droit d'attendre autre chose avec des cracks du style Luis Figo et Cristiano Ronaldo, mais l'homme qui place les pions sur le terrain n'a jamais caché que, pour lui, le spectacle n'était pas prioritaire.
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Le Portugal avait un £uf à peler avec la Coupe du Monde : c'est fait ! Ses deux dernières participations avaient été autant de flops : en 1986 puis en 2002, ce pays avait échoué sans gloire dans ses matches de poule. Cette fois, ce fut le sans faute : 9 sur 9 contre l'Angola, l'Iran et le Mexique. La manière ? Bof... On comparera ce tournoi avec l'EURO 2004 qui avait vu les Portugais aller en finale (et la perdre contre la Grèce) : de bons résultats avec un football trop peu léché par rapport aux immenses qualités techniques présentes dans le noyau. On est en droit d'attendre autre chose avec des cracks du style Luis Figo et Cristiano Ronaldo, mais l'homme qui place les pions sur le terrain n'a jamais caché que, pour lui, le spectacle n'était pas prioritaire. Et pourtant... Luis Felipe Scolari est brésilien. Samba, donc ? Non ! Celui qui a conduit le Brésil au titre en 2002 provient du sud du pays, là où on ne parle pas que de carnavals, de paillettes, de shows immenses ou de petits ponts. Scolari est aussi un ancien défenseur. Un militaire dans l'âme, un partisan d'une discipline poussée à l'extrême. Un admirateur, aussi, du légendaire Helenio Herrera qui, dans un autre temps, fut le pape de la rigueur défensive avec l'Inter Milan. Il ne fait aucun mystère de sa conception du football : " Pour moi, si on gagne... un demi à zéro, c'est bon. Et le mieux est encore de marquer le plus tard possible pour éviter le retour de l'adversaire ". Tout ceci explique tout cela ! Le Portugal est une équipe de contrastes. Elle avait survolé son groupe éliminatoire, terminant avec sept points d'avance sur le deuxième, et avec sept fois plus de buts marqués qu'encaissés (35-5). Oui mais voilà : l'opposition était d'un petit niveau. Slovaquie, Russie, Estonie, Lituanie, Liechtenstein et Luxembourg, c'était un tirage très abordable. Comme l'était celui du premier tour de la Coupe du Monde. " On a vu en début de tournoi une prolongation presque parfaite de ce qui s'était passé en qualifications ", explique Pedro Sousa, de la station portugaise Radio Renascenca. " O.K., les résultats suivent, mais les médias et le public portugais voudraient voir autre chose sur le terrain car ce noyau en a les capacités. Il manque la flamme, l'enthousiasme ". Scolari est clairement sur la sellette depuis son arrivée à la tête de la Seleccao, en novembre 2002. Cette manière qui laisse à désirer est une première explication. Il y en a plusieurs autres. Ses rapports avec la presse sont difficiles. Le Brésilien a quelques relais privilégiés dans les rédactions des principaux journaux sportifs portugais, des hommes qu'il soigne pour éviter de se faire démolir. Mais cela ne suffit pas à lisser son image parmi tous ces journalistes au sang chaud. Et il n'a personne pour le défendre à l'important journal O Jogo, basé à Porto. Impossible, car là-bas, on le déteste. Depuis qu'il a décidé d'ignorer Vitor Baia, le feu couve. Il y eut aussi le cas Sergio Conceiçao, tenu à l'écart de la sélection au moment où il brillait encore avec le FC Porto. Aujourd'hui, c'est la non-sélection d'un autre joueur qui fait bouillonner les critiques : Ricardo Quaresma, élu meilleur joueur du championnat du Portugal mais qui n'est pas en Allemagne. Quand on l'interroge sur cette absence, Scolari se ferme. Le salaire qu'empoche Scolari fait aussi grincer des dents. On parle de 150.000 euros par mois. " José Antonio Camacho et José Mourinho ont sans doute touché encore plus que ça dans le passé à Benfica et à Porto, mais au niveau de l'équipe nationale, Scolari est incontestablement le coach le plus cher de l'histoire de notre football ; et de très loin ", dit Pedro Sousa. " Enfin bon, le point positif, c'est que son contrat ne vide pas les caisses de la Fédération portugaise car Nike l'assume en bonne partie ". Scolari lui-même ne fait rien pour améliorer son image et sa relation avec les médias. Deux fois déjà, il a discuté avec un autre employeur potentiel alors qu'il préparait des échéances importantes avec l'équipe nationale : Benfica, puis la Fédération anglaise. Ce fut dans la presse dès le lendemain et certains le soupçonnent d'avoir organisé lui-même les fuites. Il y a chez lui une espèce de côté provocateur. Exemples vécus à Gelsenkirchen, où le coach rencontrait les journalistes la veille du troisième match de poule, contre le Mexique. Un reporter portugais lui demande : " Comment réagissez-vous aux critiques suite aux deux premiers petits matches de votre équipe ?" Scolari le fixe droit dans les yeux et lui répond sèchement : " Pas de commentaire ". Avant de lui envoyer un nouveau regard de feu, comme pour lui dire : " Va te faire voir ". A un autre, il lance : " Le Portugal a une méchante tradition, celle de perdre son premier match dans un grand tournoi. Ici, nous venons de gagner les deux premiers mais vous n'êtes toujours pas contents. Que vous faut-il ?" Scolari ne se fait pas non plus des amis quand il fait remarquer que les journalistes ne savent même pas combien pèse un ballon et ignorent le nombre de losanges qui y sont cousus. Et il a plus d'une fois lâché que chacun devait rester dans son rôle : l'entraîneur entraîne, les journalistes écrivent... Le contrat de Luis Felipe Scolari expire dans quelques semaines. Au stade actuel, tout indique qu'il sera reconduit. Avant le début de la Coupe du Monde, il était plus ou moins convenu entre la Fédération portugaise et Scolari que les deux parties s'engageraient pour un nouveau bail de deux ans en cas d'accession du Portugal aux quarts de finale. Le coach lui-même avait précisé que c'était l'objectif minimal pour une équipe du Top 8 mondial. Mais, avant même de savoir s'il serait atteint, le président fédéral a pris les devants et souligné qu'il n'avait jamais vu un groupe de joueurs aussi enthousiastes et positifs par rapport à leur entraîneur. Il a ajouté que, pour lui, Scolari pouvait rester à coup sûr. Le Brésilien est au-dessus des querelles entre les trois grands clubs, ce qui n'était jamais possible avec un sélectionneur portugais, systématiquement taxé de pro-Porto, pro-Benfica ou pro-Sporting. Scolari, lui, se moque du club d'appartenance des joueurs qu'il sélectionne. Et la Fédération est donc aujourd'hui maître de son équipe nationale. Certains internationaux auraient déjà commencé leur lobbying en faveur du Brésilien. On voit dans la sélection portugaise les mêmes réactions que dans le noyau brésilien au moment de la Coupe du Monde 2002. Scolari peut être terriblement dur avec ses hommes, mais ceux-ci considèrent qu'il est juste et lui vouent une confiance aveugle. Noyau brésilien d'hier, groupe portugais d'aujourd'hui : même combat. Finalement, on relève plusieurs parallèles entre les expériences de Luis Felipe Scolari à la tête du Brésil et aux commandes du Portugal. Pour la Coupe du Monde 2002, il s'était passé de Romario et d' Edmundo. Deux joueurs qui auraient eu sans problème leur place dans la sélection mais qu'on considère comme des emmerdeurs au pays ! L'esprit d'équipe est sacré pour Scolari et passe avant les qualités purement footballistiques. Ce fut le tollé au Brésil quand il élimina ces deux joueurs, mais le coach n'est jamais revenu sur sa décision. Il a remis cela au Portugal en ignorant Baia et Conceiçao. Au moment de l'EURO 2004, presque tous les Portugais estimaient que ces deux hommes devaient être dans le groupe. Mais Conceiçao n'a pas attendu d'être au Standard pour montrer qu'il avait un caractère de cochon... Il est à l'opposé du profil voulu par Scolari. Autre parallèle : le style de jeu. Le titre conquis il y a quatre ans l'a peut-être fait oublier, mais le Brésil n'avait pas du tout séduit dans ses premiers matches en Asie. Jusqu'en huitièmes de finale et la victoire difficile contre les Belges, ce ne fut pas très beau à voir. Seuls les résultats étaient positifs. Comme avec le Portugal au premier tour ici en Allemagne. Le Portugal sera la tête d'affiche du groupe éliminatoire des Belges dans la course à l'EURO 2008. On y trouve deux autres équipes qui viennent de participer au Mondial mais qui s'y sont plantées : la Pologne et la Serbie & Monténégro. Après ce qu'elles ont montré, on peut s'attendre à de gros changements et donc à une période d'adaptation qui pourrait profiter aux Diables. Du côté portugais, par contre, on s'attend à un statu quo. Si Scolari reste à la tête de la sélection, cette campagne éliminatoire devrait être un simple prolongement du travail effectué depuis novembre 2002. La plupart des valeurs sûres de l'équipe sont en pleine fleur de l'âge. Il n'y a finalement que deux points d'interrogation : Figo et Pauleta. Ils ont tous deux 33 ans et promis d'annoncer leur décision juste après la Coupe du Monde. Figo avait quitté la sélection après l'EURO 2004 car il tenait à se concentrer à fond sur le Real Madrid. Il est revenu un an plus tard parce qu'il ne jouait de toute façon que très peu dans son club. Il visait une nouvelle Coupe du Monde et est arrivé en Allemagne sur les rotules, après une saison pleine avec l'Inter Milan : près de 2.500 minutes passées sur les terrains, soit plus de 40 matches complets. Il craignait d'être cramé mais il n'en fut rien. Il a apporté un vrai plus à l'équipe et confirmé ce qu'on savait de lui : l'important à ses yeux est d'être sur la pelouse, quelle que soit la place. Il a évolué comme meneur de jeu dans le premier match, contre l'Angola. Dans le suivant, face à l'Iran, il a débuté à gauche puis est passé à droite, avec le même bonheur. Figo est plus que jamais considéré comme l'icône du foot portugais, son leader naturel. Il compte plus de 120 caps depuis ses débuts en 1991 et figure dans le Top 3 des buteurs de l'équipe nationale. Il n'est pas impossible que les Belges le trouvent sur leur chemin. Dans le cas contraire, tous les espoirs reposeront sur les épaules de Simao Sabrosa, qui est le clone de Figo. Lui aussi est passé par le Sporting Lisbonne et Barcelone. Il fait également penser à Figo par la qualité de ses coups de pied arrêtés et les dégâts qu'il occasionne sur son flanc. Il est aujourd'hui capitaine de Benfica et vient enfin de réaliser une bonne saison sur tous les fronts : championnat, Ligue des Champions et équipe nationale. Il devrait quitter le Portugal et est cité à Liverpool notamment. Le cas de Pauleta est un peu différent de celui de Figo. Il a dépassé Eusebio pour devenir le meilleur buteur de l'histoire de la sélection, mais les Portugais ne poussent pas pour qu'il rempile. Il a l'image d'un footballeur simplement capable de pousser le ballon au fond des buts et ses compatriotes disent qu'il est encore plus mauvais que MarioJardel pour faire une bonne passe ou dribbler un adversaire. Autre légende anti-Pauleta : s'il a marqué près de 50 goals en équipe nationale, c'était surtout contre de petits pays. Il se défend en di-sant qu'il n'a quand même pas affronté autant de nains du foot mondial. Et tous ses buts en France sont également mis en cause : pour les Portugais, le cham-pionnat français n'est qu'une compétition de troisième zone. Mais Scolari tient un raisonnement très différent. En effet, il change régulièrement son système dès que Pauleta est absent, passant de son habituel 4-3-3 au 4-4-2. Comme si, pour lui, Pauleta était le seul attaquant portugais capable d'évoluer seul en pointe. Il a encore alimenté son total en Allemagne et pourrait donc garder les faveurs du coach et affronter les Diables. Portugal-Belgique, ce sera le plat de résistance le 24 mars 2007 après les entrées contre les adversaires plus à notre portée (Kazakhstan, Arménie, Serbie, Azerbaïdjan et Pologne). PIERRE DANVOYE, ENVOYÉ SPÉCIAL EN ALLEMAGNE