L'attaquant français habite à deux pas du stade d'Anderlecht, juste en face du Westland Shopping Center. Le rendez-vous est donc donné à l'entrée du centre commercial et nous nous retrouvons à une table d'un petit café. Le temps est venu d'essayer d'expliquer les sautes de régime du Brussels. " On a vraiment débuté comme un boulet de canon ", déclare Jonathan Tehoué (22 ans). " Ensuite, on a connu un passage à vide jusqu'au match nul face à Bruges. Et puis l'élimination en Coupe : un coup dur. On a été pris au piège. Je ne me permettrais pas de critiquer Sydney Kargbo pour son geste. C'est un ami et on a déjà assez parlé de son tacle. En fait, on a manqué d'expérience contre Courtrai : notre noyau est très jeune et n'est pas parvenu à gérer son avance. De plus, certains sont à l'infirmerie. Pour ce qui est de mes prestations, je ne lis pas la presse. Je suis apparu dans l'équipe tardivement et j'ai mis du temps à me mettre dans le bain ".
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L'attaquant français habite à deux pas du stade d'Anderlecht, juste en face du Westland Shopping Center. Le rendez-vous est donc donné à l'entrée du centre commercial et nous nous retrouvons à une table d'un petit café. Le temps est venu d'essayer d'expliquer les sautes de régime du Brussels. " On a vraiment débuté comme un boulet de canon ", déclare Jonathan Tehoué (22 ans). " Ensuite, on a connu un passage à vide jusqu'au match nul face à Bruges. Et puis l'élimination en Coupe : un coup dur. On a été pris au piège. Je ne me permettrais pas de critiquer Sydney Kargbo pour son geste. C'est un ami et on a déjà assez parlé de son tacle. En fait, on a manqué d'expérience contre Courtrai : notre noyau est très jeune et n'est pas parvenu à gérer son avance. De plus, certains sont à l'infirmerie. Pour ce qui est de mes prestations, je ne lis pas la presse. Je suis apparu dans l'équipe tardivement et j'ai mis du temps à me mettre dans le bain ". Il n'y a pas si longtemps Tehoué avait été versé dans le noyau B. Albert Cartier lui reprochait apparemment son manque de professionnalisme et d'engagement à l'entraînement. Mais le joueur n'est pas loquace à ce sujet : " Je ne tiens pas à commenter cela. On a eu une discussion très constructive les yeux dans les yeux. Rien de plus. Cela dit, notre excellent départ ne m'a pas surpris dans la mesure où le Brussels a fait partie des premiers à entamer la préparation. C'était très costaud le physique avec Cartier. Sa manière de travailler est extrêmement intéressante. Il compte plus de 400 matches de Ligue 1 française et a souvent travaillé avec des jeunes. Il nous aide à nous adapter le plus vite possible. Il nous inculque aussi un état d'esprit : la culture de la victoire. Lorsqu'on monte sur le terrain, c'est comme si on partait en guerre. Mais comme notre équipe est jeune et il nous apprend à être vigilants. La concentration est son maître mot. Il me parle beaucoup : des conseils très importants, notamment la surface du pied à utiliser pour une frappe ou la manière dont j'effectue mes appels de balle ". A première vue, le Français n'a pas vraiment l'air d'un joueur de foot car il est très massif du haut du corps : " Je prends très rapidement de la masse musculaire. Dans chaque club par lequel je suis passé, j'ai dû spécifier que je ne devais pas trop insister sur les séances de musculation. Etre trop musclé pour un avant-centre n'est absolument pas un avantage. Je ne suis pas non plus un renard des surfaces. Je joue principalement sur ma vitesse et mon physique. Je cherche toujours la profondeur de jeu. Je me sers aussi de mon gabarit. Il me manque encore un petit quelque chose pour marquer beaucoup. Mais j'apprends encore. A Virton, je n'ai inscrit que cinq buts en une douzaine de rencontres de février à mai dernier et je pense que ma nature, c'est de servir de point d'ancrage pour mes coéquipiers. Je remporte beaucoup de duels de la tête et essaie de distiller de nombreuses déviations. Je ne me lâche pas encore complètement et je dois peaufiner mon apprentissage. J'espère évoluer le plus haut possible. J'ai 22 ans et pense donc être dans les temps. Je suis fier d'évoluer parmi l'élite. Il faut maintenant décrocher une bonne place. ça joue dur en D1. Je prends énormément de coups. Le championnat belge est méconnu et sous-évalué. C'est la raison pour laquelle il existe encore certaines réticences en France quand on parle d'un transfert ici. Mais le championnat commence à être plus attractif. Il vaut mieux évoluer en D1 belge qu'en Ligue 2 française. C'est beaucoup plus valorisant ". A l'instar de Paris, Bruxelles est aussi une grande ville : " Je suis très casanier : juste un peu de shopping avenue Louise et rue Neuve. J'ai abouti au Brussels par l'intermédiaire d'un scout. Celui-ci m'a visionné lorsque j'évoluais à Virton. J'ai eu d'autres contacts avec des formations de D1 mais le discours de Johan Vermeersch a été décisif. J'ai signé pour trois ans, c'est une étape importante pour montrer mes qualités. Le public du Brussels est passionné et sait se faire entendre. Je compte honorer mon contrat jusqu'à la fin. Je veux travailler l'esprit tranquille. J'aspire maintenant à la stabilité. Mon but face à Bruges a eu pour conséquence que la presse s'intéresse à moi. C'est le métier. Mais je ne me prends pas du tout la tête. Je suis conscient qu'on peut vite tout perdre, car je l'ai vécu ". A 22 ans, Tehoué a déjà beaucoup bourlingué : " J'ai débuté comme pro à Caen. Durant la saison 2000-2001, j'ai participé à mon premier match contre Martigues. J'avais 16 ans. Mes meilleurs souvenirs ! On a perdu la finale de la Coupe Gambardella contre le FC Metz. C'est l'équivalent de la Coupe de France mais pour les moins de 18 ans. Après trois ans passés à Caen, je suis parti. J'avais contracté une très grosse pubalgie et j'étais resté deux ans sans jouer. J'ai perdu beaucoup de temps car j'étais lancé. Mon moral était au plus bas. Mon contrat a été résilié de commun accord. J'ai repris le lycée mais je n'ai pas eu le temps de présenter mon bac car j'ai retrouvé un employeur en Ligue 1 : en Corse, à Bastia. C'était un rêve de gosse qui se réalisait. J'ai joué huit matches de Ligue 1 mais ma situation s'est rapidement dégradée. Le club a changé de coach et le nouveau m'a stipulé qu'il ne comptait pas sur moi. Je suis donc parti en fin de saison et - à nouveau blessé - pendant la saison 2004-2005, je n'avais pas de club. J'étais dans une impasse et ne pas avoir passé mon baccalauréat est d'ailleurs mon plus grand regret. Mais ce sont des sacrifices qu'un footballeur pro doit réaliser. J'ai quitté Paris à 13 ans pour le foot. Je me suis habitué vite à souvent déménager mais je reviens toujours dans mon quartier, à Aulnay-sous-bois. J'y ai tous mes amis d'enfance. Ils suivent mes performances sur internet. J'ai reçu énormément de sms après mon but face à Bruges. Durant mon passage à vide, ma mère m'a aidé à retrouver le moral et m'a incité à me battre. Je ne m'entraînais plus et elle a souffert autant que moi. Mes parents n'ont jamais été réticents à ce que je persévère dans le foot. Ils m'ont cependant toujours dit qu'il ne fallait pas négliger l'école... Par dépit, j'ai signé à l'Apoel Nicosie, à Chypre, fin septembre 2005. C'est le meilleur club du pays mais j'étais trop isolé. L'éloignement était compliqué à gérer et il y avait la barrière de la langue. Le grec est une langue difficile. De plus, je n'avais aucun ami. Je restais tout le temps chez moi à regarder la télé via le satellite. C'était horrible. De plus, les gens étaient racistes. Je me faisais insulter tant sur le terrain que dans la rue. En janvier, mon nouveau manager m'a proposé de rejoindre Virton. Il m'a dit que j'avais cinq mois pour rebondir et arriver en D1. J'habitais à la frontière française et j'avais tous les soirs ma famille au téléphone. Ce fut une étape très importante. A Virton, le groupe formait une véritable bande de potes. Le club était lanterne rouge quand je suis arrivé et on a donc dû lutter pour se sauver ". Tehoué est très impressionnant physiquement mais il n'y a pas que cela. Il parle avec une facilité déconcertante. Il allie un vocabulaire très développé et une diction parfaite et est très fin dans ses réponses. Il est vraiment à mille lieux de l'image que les médias français veulent donner des jeunes de banlieue. " J'ai tout simplement été à l'école... Mais ça me fait plaisir que l'on me dise cela. On est très vite catalogué. Par raccourci intellectuel, à Paris, il n'y aurait que des Parigots et des banlieusards. C'est un peu facile ! Certains Parisiens vivent dans une sorte de microsociété et sont très stressés et hautains. Ce n'est pas du tout mon cas. Je viens du département 93. Le neuf trois ! J'ai donc grandi dans la banlieue. Je suis une preuve qu'il n'y a pas que des mauvais là-bas. L'amalgame est très vite réalisé. Evidemment, il y a aussi des têtes brûlées mais je me plais en banlieue. Il faut aussi être honnête : ce n'est pas non plus ce qu'on souhaite pour nos enfants. Il y règne un climat d'insécurité. Le problème tient dans le fait que certaines personnes ne se sentent absolument pas représentées en France, que ce soit au niveau politique ou dans la presse. De plus, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy ne se prive jamais de rappeler aux étrangers qu'ils ne sont pas chez eux.... Cette situation est un cercle vicieux et on manque de moyens pour résorber le problème. Pour certains, la situation est désespérée : bien qu'ils soient munis de diplôme d'études supérieures, ils font l'objet de discrimination à l'embauche. Quelques amis en souffrent ". " On a cru que les bonnes prestations de l'équipe de France multiculturelle allaient régler les problèmes. C'était très naïf ! Le sport, ça fait rêver et c'est tout ! Ma culture est un mélange de mes deux pays. Je suis né en France mais mes parents m'ont inculqué la mentalité ivoirienne. Je ne comprends vraiment pas les racistes. Le métissage est un plus pour un pays comme la France. J'espère que les élections apporteront un président compétent, qu'il mentira moins et qu'il ne sera pas impliqué dans des magouilles. Je ne suis pas partisan de Ségolène Royal mais je souhaite que ce soit le PS qui l'emporte. La France doit lever la tête. C'est un beau pays, à tous les niveaux. Elle a également fait beaucoup pour les étrangers. Pour mes parents, c'était l'Eldorado ! ". " J'écoute du rap depuis longtemps et la situation était prévisible. Il y a dix ans, NTM disait déjà que ça allait s'enflammer. Le malaise n'est donc guère surprenant. J'arbore un t-shirt avec le nom de Sefyu. C'est un de mes amis et un excellent rappeur. Il est très connu. Ses textes sont très revendicatifs. Mais la situation n'évolue pas et c'est désespérant. J'ai commencé le full contact à 11 ans. Cela reste ma passion mais je ne peux plus pratiquer cet art martial étant donné le foot. Je reste fan des compétitions de K-One. Je regarde cela souvent à la télé, tout comme le foot américain ". " Un exemple pour moi est Aruna Dindane. Il a eu une vie difficile car il a dû faire face à de nombreux décès, dont celui de sa petite fille l'an passé. Il a été fort et a percé. Sur le terrain, il allie la puissance et la technique ". L'entretien se termine. Entre-temps, il a commandé un panino. " C'est l'heure du goûter ! Mais je dois faire attention. J'ai tendance à vite prendre du poids, tout comme du muscle. Je ne peux pas me permettre cela tous les jours ! ". Nous sommes ensuite rejoints par un de ses amis. " Il vient aussi d'Aulnay-sous-Bois. Il joue en D2 à Renaix. C'est un attaquant. Mais à la différence de moi, il est nul ", dit-il d'un ton taquin. " Je rigole évidemment ! Plus sérieusement, j'espère que son équipe va parvenir à redresser la barre. Ils sont derniers. Je lui souhaite du courage. Personnellement, j'ai eu ma chance. Je ne peux pas la lâcher ! " TIM BAETE