Il fallait s'y attendre: la position de Roger Lemerre était devenue intenable depuis le retour de Corée où la France n'a jamais justifié son statut. Une telle campagne ne pouvait pas rester sans suite. L'entraîneur a sauté mais n'est évidemment pas le seul coupable. Il porte le poids de ses erreurs, importantes, mais c'est tout le top du football français qui devra se regarder dans la glace, sans quoi la tâche du successeur ne sera pas facile. Il est un fait que l'embourgeoisement a fait desdégâts et cela se voyait dans le comportement de certaines stars avant la Coupe du Monde. Un Marcel...

Il fallait s'y attendre: la position de Roger Lemerre était devenue intenable depuis le retour de Corée où la France n'a jamais justifié son statut. Une telle campagne ne pouvait pas rester sans suite. L'entraîneur a sauté mais n'est évidemment pas le seul coupable. Il porte le poids de ses erreurs, importantes, mais c'est tout le top du football français qui devra se regarder dans la glace, sans quoi la tâche du successeur ne sera pas facile. Il est un fait que l'embourgeoisement a fait desdégâts et cela se voyait dans le comportement de certaines stars avant la Coupe du Monde. Un Marcel Desailly, presque snob dans son allure, indiquait qu'il n'avait plus trop les crocs à force d'être encensé par les médias et le monde de la pub. Il n'avait pas le bon numéro de téléphone sur les terrains de la Coupe du Monde et quelques Bleus ont estimé qu'il y avait mieux comme capitaine. Là, il y aura des changements car pour gagner, il faut mettre son bleu de travail. Beaucoup l'ont perdu après l'EURO 2000. A cette époque, Roger Lemerre se fâcha avec la presse qui relève, aujourd'hui, que le coach pourrait avoir touché entre 76.000 et 150.000 euros pour avoir interrompu son boycott des médias en exclusivité pour TF1. Pas grave mais, après le succès, il s'isola et ses bons camarades rappellent aujourd'hui qu'il fut longtemps militaire en dirigeant l'équipe du Bataillon de Joinville. Il fut sacré champion du monde avec les Militaires et les méchantes langues affirment qu'un long passage dans ce secteur l'a rendu autoritaire, peu enclin à consulter les autres, ses collaborateurs, etc. "C'est un général", a déclaré un jour Marcel Desailly. "Il donne des ordres et souhaite qu'on les respecte. Il est moins ouvert qu'Aimé Jacquet, assez sûr de lui". Sur cette lancée, on lui reproche de ne pas avoir innové tactiquement quand il s'avéra que Zinedine Zidane n'entamerait pas les hostilités en Corée. Les Français y furent-ils aussi disciplinés que l'exige un statut de champion du monde? Pas sûr. Le staff a-t-il mesuré que bon nombre de joueurs étaient au bout du rouleau? Si ce n'est pas le cas, Lemerre est coupable mais aussi son staff et ceux qui l'ont choisi. Il a été écrit qu'il avait signé un contrat jusqu'en 2004: c'est faux. Il a cependant refusé de démissionner et cela l'a écarté d'Aimé Jacquet qu'on dit très fatigué. Lemerre redevient cadre technique de la DTN (Direction Technique Nationale) où il touchera, dit-on, 19.083 euros bruts par mois. Il sera pensionné dans quatre ans. Si la fédé l'avait jeté à la rue, il aurait pu réclamer un dédit de plus d'un million d'euros. Maintenant, reste à savoir si Lemerre sera capable de trouver un nouveau rythme de travail. A moins qu'un club ne lui fasse les yeux doux. On chuchote que Leeds United serait intéressé. Pour la succession, beaucoup de noms circulent: Jacques Santini, Guy Roux,Philippe Troussier, Raymond Domenech, etc. Il sera vite connu car le 21 août, la France rencontre la Tunisie en match amical. Roger Lemerre a été vaincu corps et âme en Asie. Au-delà de cela, est-ce la fin de l'âge d'or du football français ou trouvera-t-il l'énergie suffisante pour repartir du bon pied? (P.Bilic)