Les Français ont débarqué en force ces dernières années dans le championnat de Belgique au point de devenir lors de cette saison 2004-2005, la nationalité la plus présente en D1. Sur les traces de Didier Six et de Jean-Pierre Papin, les Français ont migré en masse chez nous. Par crainte du chômage d'abord car en mettant sur pied des centres de formation, le football français s'est créé un vivier de talent inépuisable. A tel point que de nombreux footballeurs n'arrivent pas à percer au plus haut niveau dans leur propre pays. Trop bons pour arrêter la pratique du football professionnel, pas assez pour s'imposer à Monaco, Auxerre, PSG ou Lyon. Les clubs belges ont compris l'intérêt qu'ils pouvaient retirer de ces pépites. Au bord du chômage, ces joueurs ne sont pas gourmands sur le plan financier, d'autant qu'ils profitent de certains avantages fiscaux (ils sont taxés à 18 % au lieu de 52). Sur le plan sportif, ces footballeurs constituent également de précieux renforts. Depuis leurs 14-15 ans, ils ont appris à se comporter comme des pros. Tant sur le terrain grâce à leur apprentissage tactique dès leur plus jeune âge qu'en dehors.

Mais le joueur peut aussi profiter du championnat de Belgique pour accumuler du temps de jeu et de l'expérience avant de décrocher un contrat dans un club plus huppé. L'exemple de Michael Ciani, l'ancien joueur de Charleroi, en est un parfait exemple. Il s'est lancé à Charleroi avant de décrocher un transfert à Auxerre et une place parmi les Bleuets. Il y a encore quelques années, il aurait été inconcevable de trouver un joueur du championnat de Belgique au sein de l'équipe nationale Espoirs française.

D'autres peuvent aussi se servir de la Belgique pour rebondir après une ou plusieurs années de galères. Mario Espartero éclate à La Louvière alors qu'il se trouvait sur une voie de garage à Metz. Certains viennent aussi pour le défi sportif. Fabrice Ehret a rejoint Anderlecht " pour disputer la Ligue des Champions ".

Enfin pour de nombreux joueurs, partir en Belgique permet de limiter les risques en matière d'adaptation. On y parle français et, pour peu que l'on soit Nordiste ou Lorrain, on peut continuer à voir la famille assez souvent.

Par contre, l'ampleur du phénomène étonne. En un an, les troupes françaises stationnées en Belgique ont doublé. Des joueurs confirmés comme Eric Rabesandratana ou Geoffray Toyes ont opté pour notre pays afin de continuer leur carrière. Pour expliquer le phénomène, nous avons choisi d'évoquer trois trajectoires différentes. Celle de Matthieu Verschuere (32 ans - Gand) qui est passé par la Belgique avant de retourner à Sedan et de revenir dans notre pays ; celle de Sébastien Chabaud (27 ans - Charleroi), issu du centre de formation de Cannes et celle de Nicolas Goussé (28 ans), un joueur confirmé (208 matches û 50 buts) qui découvre à Mons le football belge .

Matthieu Verschuere ou le retour en Belgique

Arrivé en Belgique au début de la saison 2001-2002, séduit par le projet de Patrick Remy, Matthieu Verschuere ne resta pourtant qu'une saison à Gand avant de retourner à Sedan. " Je venais de ce club où on avait terminé 5e et c'est Patrick Remy qui m'avait formé à Beauvais et m'avait entraîné chez les Sangliers qui m'a convaincu de venir à Gand. J'aimais bien le jeu qu'il pratiquait et c'est pour cette raison que j'ai répondu à son appel. Mon premier passage gantois s'est très bien passé même si Remy a été limogé en fin de saison. Mais suite aux problèmes de santé de ma fille, je suis retourné à Sedan. Je connaissais beaucoup de monde là-bas et j'avais besoin de bénévoles autour de moi. Pourtant, ce fut la saison la plus catastrophique de ma carrière. Je n'ai disputé que 20 rencontres car j'ai été blessé quatre mois. Et finalement le club est descendu en Ligue 2 ".

Verschuere ne reconnaissait plus le club qu'il avait quitté un an plutôt. " Le succès du club résidait dans son ambiance familiale mais il a grandi trop vite. Ils ont voulu construire un grand stade et un centre d'entraînement. Mais en devenant professionnel, ils ont détruit la marque de fabrique du club. Certes, il fallait devenir plus pro mais cela aurait pu se faire au fur et à mesure ".

Un an plus tard, Verschuere revenait à Gand. " J'aurais pu rester à Sedan mais je voyais bien que l'on ne me faisait plus confiance. Et comme j'avais gardé de bons contacts avec le président de La Gantoise, je suis revenu. Je trouvais que le club avait régressé. En perdant 20 joueurs en deux ans, le niveau de l'équipe s'était affaibli avec un manque d'expérience évident. Mais, j'ai l'impression que cela a été réparé et que les dirigeants veulent faire grandir le club ".

Pour faire face aux problèmes de santé de sa fille qui l'avaient amené à quitter la Flandre, Verschuere a emménagé à Lille et fait les trajets avec Abdelmalek Cherrad et Maâmar Mamouni. Encore un exemple d'effort transfrontalier. " L'engouement pour la Belgique de mes compatriotes ne m'étonne pas. Près de 150 joueurs sont au chômage à partir du 15 juillet. Or, comme ce sont tous des joueurs issus des centres de formation, cela signifie qu'ils possèdent déjà une culture tactique et qu'ils peuvent évoluer dans n'importe quel système. En Belgique, les jeunes n'acquièrent un sens tactique qu'une fois arrivés dans le noyau pro. Il faudra donc encore un an ou deux avant de les lancer dans le foot pro tandis qu'en France, un jeune qui sort du centre est apte à débuter immédiatement. Ceci dit, c'est vrai qu'il y a une évolution dans les mentalités françaises. Il y a quatre ans, pour un joueur, venir en Belgique constituait un peu la cinquième roue du carrosse. Maintenant, je pense que le bouche à oreille a bien fonctionné. On voit arriver des joueurs d'expérience comme Rabesandratana ou Toyes. Chaque club possède son joueur français. Marc Wilmots et Albert Cartier ont fait fonctionner leurs connexions pour attirer des hexagonaux ".

Désormais, Verschuere aspire à persévérer en Belgique. " Il me reste encore un an de contrat à Gand mais je me vois bien jouer encore jusqu'à 35 ans. J'aurai eu la chance de connaître de beaux stades comme ceux du PSG et de Marseille mais, ici, je me sens bien et en sécurité. Les gens viennent au stade pour s'amuser et il n'est pas rare de les voir partir longtemps après la fin de la rencontre ".

Sébastien Chabaud et la filière carolo

Charleroi a compris assez vite que les réserves des grands clubs français ainsi que les divisions inférieures d'Outre-Quièvrain pouvaient receler de véritables promesses. Les transferts de Bertrand Laquait et de Laurent Macquet ont souri à Mogi Bayat qui décidait la saison suivante de poursuivre la filière française. Lors du mariage de Macquet, les dirigeants carolos rentraient en contact avec Sébastien Chabaud. " Bertrand Laquait que j'avais côtoyé à Nancy avait déjà parlé de moi à la direction de Charleroi ", explique Chabaud. " Mais le premier contact eut lieu lors du mariage de Macquet avec qui j'avais débuté à Cannes ".

L'affaire allait vite se conclure. Depuis un an et demi, Chabaud fait valoir ses qualités de récupérateur dans l'entrejeu zébré. Sans véritable problème d'adaptation. " Je retrouvais des joueurs que j'avais connus en France comme Loris Reina. Et puis, il y avait d'autres Français dans le noyau. Comme Marseillais, passer de Nancy à Charleroi fut certainement moins pénible que de quitter Cannes, son soleil et la mer pour l'Est de la France ".

Mis à part la météo pluvieuse belge, Chabaud ne regrette pas son passage de frontière. A tel point qu'il n'a pas voulu partir du Pays Noir en début de saison. " J'avais plusieurs pistes mais je me sens bien ici. On forme un bon groupe. J'habite à Genappe près de chez Reina et Laquait. Cela a facilité mon intégration. Et puis, je ne suis pas le genre de joueur à changer de clubs chaque année. Pourquoi partir ? Pour aboutir dans un club où on n'est pas sûr que cela se passerait bien. Très peu pour moi ".

Chabaud est resté et s'inscrit désormais en pilier de l'équipe. " J'ai déjà joué comme médian droit la saison passée mais c'est évidemment comme médian défensif que mes qualités s'expriment le mieux. Et depuis le début, je joue à cette place. Quand j'ai commencé à Burel, un petit club de Marseille, j'évoluais déjà à cette position. Les recruteurs du centre de formation de Cannes connaissaient donc mon registre. Ils n'ont fait que le perfectionner sans s'amuser à m'essayer à d'autres postes ".

Comme de nombreux joueurs, Chabaud quittait donc sa famille à 14 ans pour s'introduire dans un centre de formation. " On ne revient en famille que pour Noël et lors des vacances d'été. Les centres sont très courus et il y a beaucoup d'appelés mais peu d'élus. Il s'agissait donc d'une occasion à saisir. La journée se partageait entre des entraînements et les cours scolaires dans le centre-ville. Pour débuter, tu reçois un contrat de deux ans. Puis, soit le club te laisse partir si tu ne possèdes pas les qualités requises, soit tu intègres les û 17 ans puis la CFA2 (Réserves) avant d'aboutir en équipe Première. Mais même si tu ne peux plus continuer à poursuivre ton écolage footballistique avec le club parce que les entraîneurs ne t'ont pas jugé bon, tu peux rester dans la filière scolaire. J'ai réussi à percer à Cannes juste après le départ de Zinédine Zidane mais j'ai évolué aux côtés de Patrick Vieira et de Johan Micoud. On pouvait déjà dire à l'époque qu'ils allaient percer. Les centres de formation arrivent à donner au jeune joueur un cadre de vie. C'est là qu'on apprend la discipline et le respect. On se retrouve livré à soi-même dans le sens positif du terme ".

Nicolas Goussé, le buteur égaré

Le nouvel attaquant de Mons fait figure d'exception. Nicolas Goussé (28 ans) est en effet arrivé au foot un peu par hasard. Pas de centre de formation pour lui mais un club de division d'Honneur (Thouars) où jouer au football rimait avec plaisir. Mais les recruteurs rennais û " je ne sais pas ce qu'ils faisaient là " û le remarquent lors d'un match où il casse la baraque. A 19 ans, il quitte les Deux Sèvres, département du Poitou-Charentes calé entre Nantes et Bordeaux, et rejoint le club breton où il a reçu un contrat de stagiaire pro. Sous la houlette de Michel Le Millinaire, ancien entraîneur emblématique de Laval, il est lancé un soir de février 1997 dans le grand bain de la D1 française û " j'ai joué un quart d'heure ; j'ai eu deux grosses occasions que j'ai galvaudées " û avant de devenir titulaire à part entière sous Guy David à l'aube de la saison 1997-1998. Et dès le début, ses qualités de buteur s'expriment : 1er but contre Bordeaux lors de sa première titularisation avant de signer un doublé le match suivant. Il marquera neuf buts pour sa première saison complète.

" Ce n'était pas encore le grand Rennes ", explique-t-il, " Ce n'est que lors de ma 3e année qu'arrivera Paul Le Guen comme entraîneur et François Pinault comme mécène. Le Guen était un coach humain, très convivial. On sentait qu'il avait été joueur quelques saisons auparavant car il était très proche du groupe. Cependant, j'ai été freiné dans ma progression car lors de cette saison, j'ai dû effectuer mon service militaire. J'espérais que les dirigeants feraient les démarches nécessaires pour que je sois réformé. Ce ne fut pas le cas. Quand je suis revenu, ma place était prise. Metz s'est alors présenté mais cela s'est très mal passé en Lorraine. Je n'étais pas en confiance et j'ai dû attendre la 10e journée avant d'inscrire mon premier but ".

Sous la houlette de Joël Müller (et de son adjoint Albert Cartier), il ne réussira pas à s'épanouir. " Je pensais que Metz était un club familial. Mais les joueurs n'avaient aucun contact entre eux. Au niveau personnel, ma femme et moi avions traversé la France d'ouest en est et cela expliquait que nous ne voyions personne ".

En attaque, il entre en concurrence avec Louis Saha, Nenad Jestrovic, Michele Padovano ou Gerald Baticle, arrivé au mercato. Les dirigeants lui disent qu'il peut partir en janvier mais ce transfert échoue, ne pouvant pas signer avec deux clubs différents la même saison. Pourtant, il ne perd pas espoir. Alain Perrin, l'entraîneur de Troyes, déjà venu aux nouvelles en janvier, donne à nouveau signe de vie en fin de saison. Nicolas Goussé part alors dans l'Aube où il connaîtra le chapitre le plus heureux de sa carrière. " Troyes venait de se sauver. Et pourtant pendant deux saisons, on va réussir à terminer 7e. La première année, j'inscrirai 7 buts mais la 2e saison restera marquée à vie dans ma mémoire ".

Troyes débute sa campagne par la Coupe Intertoto. En finale, les joueurs d'Alain Perrin vont écarter Newcastle après un match épique à Saint-James Park (4-4). " Il s'agissait d'une jeune équipe avec des garçons comme Jérôme Rothen ou Fabio Celestini. Finalement, on a cédé au 2e tour de la Coupe UEFA devant Leeds. Rothen nous quitta pour Monaco lors du mercato d'hiver mais cela ne nous empêcha pas d'enlever une nouvelle 7e place. Ce qui est bizarre, c'est qu'Alain Perrin qui est un grand tacticien, avait décidé de me placer comme ailier gauche, une place qui ne me convient pas vraiment. Il disait que je ne devais pas déborder mais au contraire rentrer dans le jeu sur mon pied droit et frapper. Je préfère nettement évoluer en pointe car on a plus d'occasions pour marquer alors qu'il y a plus de débauches d'énergie lorsque l'on s'applique sur les ailes. Mais c'est à gauche que je réaliserai ma meilleure saison puisque je terminerai 4e meilleur buteur de la saison 2001-2002 avec 15 réalisations ".

Pourtant, cette saison constitue le début de ses déboires. Jacky Bonnevay, le nouvel entraîneur, lui fait comprendre qu'il ne pourra pas partir alors qu'il est courtisé par Auxerre et Monaco : " J'avais même rencontré Guy Roux. Celestini se trouvait dans la même situation que moi. Il ne s'est pas entraîné pendant un mois et a pu rejoindre Perrin à Marseille. Je n'aime pas ce genre d'épreuve de force mais, avec le recul, je me demande si je n'aurais pas dû agir de la sorte. De plus, en Intertoto, alors que l'on venait de battre Villarreal en demi-finales et que l'on devait rencontrer Malaga en finale, on a été déclaré perdant sur tapis vert pour un joueur non qualifié. En un mois, je venais de louper mon transfert avec un tour préliminaire en Ligue des Champions à la clé et une finale en Intertoto ". Le moral est de nouveau à plat. " J'avais la tête dans le sac. Pour un attaquant, il faut être bien dans sa tête. J'aime bien sentir que l'on est derrière moi et que l'on me fait confiance ".

Arrivé en fin de contrat à Troyes qui venait de glisser en D2, il retournera en Bretagne, à Guingamp. " C'était Bertrand Marchand, mon ancien entraîneur à Thouars, qui coachait le club breton. Mais j'y ai atterri à un mauvais moment. Didier Drogba et Florent Malouda venaient de partir. Beaucoup de joueurs étaient arrivés pour les remplacer et plus de la moitié de l'équipe avait changé. On a perdu nos trois premiers matches et à partir de là, on s'est trouvé dans une spirale négative. On a laissé passer trop de moments importants lors de cette saison. Pourtant, on possédait le public et les joueurs mais la sauce n'a pas pris. Et dans ce cas, ce sont les nouveaux joueurs qui servent d'alibis. Le président nous critiquait dans la presse locale en disant qu'il allait faire jouer les vrais Guingampais. Certaines recrues û comme le Suisse Ricardo Cabanas û n'ont pas supporté et sont partis en pleine saison. Moi, j'ai été écarté en décembre ".

Pour la deuxième année d'affilée, Nicolas Goussé connaît la relégation. " Je ne me voyais pas continuer en D2 française et je voulais tenter une aventure à l'étranger. Cela a failli aboutir avec Gijon (D2 espagnole) mais le 30 août, ils m'ont dit que cela n'allait pas. Le dernier jour des transferts, cela s'est concrétisé avec Mons. Je me suis renseigné sur le club via internet. Je voulais absolument retrouver le plaisir de jouer et le fait que ce soit un club non loin de la frontière française a joué dans la balance. Cependant, je ne pensais pas que toute l'équipe était nouvelle ".

Prêté une saison, il doit absolument réussir une bonne saison s'il ne veut pas retourner à Guingamp pour prester sa troisième année de contrat. " J'espère marquer une dizaine de buts. Je ne suis pas vraiment un attaquant des 18 mètres. J'aime me battre et plonger dans les espaces ". En attendant, il lui faudra encore ronger son frein puisqu'il sera suspendu après son exclusion û la première de sa carrière û contre Genk. De quoi préparer son départ de l'hôtel montois où il a résidé depuis le début de la saison vers Valenciennes où il va s'installer.

Stéphane Vande Velde

" IL Y A QUATRE ANS, pour un joueur, venir en Belgique constituait la 5e roue du carrosse " (Matthieu Verschuere)

" POURQUOI QUITTER CHARLEROI ? Pour aboutir dans un club où cela ne se passerait pas bien ?" (Sébastien Chabaud)

" J'aime bien sentir que l'on est derrière moi et que L'ON ME FAIT CONFIANCE " (Nicolas Goussé)

Les Français ont débarqué en force ces dernières années dans le championnat de Belgique au point de devenir lors de cette saison 2004-2005, la nationalité la plus présente en D1. Sur les traces de Didier Six et de Jean-Pierre Papin, les Français ont migré en masse chez nous. Par crainte du chômage d'abord car en mettant sur pied des centres de formation, le football français s'est créé un vivier de talent inépuisable. A tel point que de nombreux footballeurs n'arrivent pas à percer au plus haut niveau dans leur propre pays. Trop bons pour arrêter la pratique du football professionnel, pas assez pour s'imposer à Monaco, Auxerre, PSG ou Lyon. Les clubs belges ont compris l'intérêt qu'ils pouvaient retirer de ces pépites. Au bord du chômage, ces joueurs ne sont pas gourmands sur le plan financier, d'autant qu'ils profitent de certains avantages fiscaux (ils sont taxés à 18 % au lieu de 52). Sur le plan sportif, ces footballeurs constituent également de précieux renforts. Depuis leurs 14-15 ans, ils ont appris à se comporter comme des pros. Tant sur le terrain grâce à leur apprentissage tactique dès leur plus jeune âge qu'en dehors. Mais le joueur peut aussi profiter du championnat de Belgique pour accumuler du temps de jeu et de l'expérience avant de décrocher un contrat dans un club plus huppé. L'exemple de Michael Ciani, l'ancien joueur de Charleroi, en est un parfait exemple. Il s'est lancé à Charleroi avant de décrocher un transfert à Auxerre et une place parmi les Bleuets. Il y a encore quelques années, il aurait été inconcevable de trouver un joueur du championnat de Belgique au sein de l'équipe nationale Espoirs française. D'autres peuvent aussi se servir de la Belgique pour rebondir après une ou plusieurs années de galères. Mario Espartero éclate à La Louvière alors qu'il se trouvait sur une voie de garage à Metz. Certains viennent aussi pour le défi sportif. Fabrice Ehret a rejoint Anderlecht " pour disputer la Ligue des Champions ". Enfin pour de nombreux joueurs, partir en Belgique permet de limiter les risques en matière d'adaptation. On y parle français et, pour peu que l'on soit Nordiste ou Lorrain, on peut continuer à voir la famille assez souvent. Par contre, l'ampleur du phénomène étonne. En un an, les troupes françaises stationnées en Belgique ont doublé. Des joueurs confirmés comme Eric Rabesandratana ou Geoffray Toyes ont opté pour notre pays afin de continuer leur carrière. Pour expliquer le phénomène, nous avons choisi d'évoquer trois trajectoires différentes. Celle de Matthieu Verschuere (32 ans - Gand) qui est passé par la Belgique avant de retourner à Sedan et de revenir dans notre pays ; celle de Sébastien Chabaud (27 ans - Charleroi), issu du centre de formation de Cannes et celle de Nicolas Goussé (28 ans), un joueur confirmé (208 matches û 50 buts) qui découvre à Mons le football belge . Arrivé en Belgique au début de la saison 2001-2002, séduit par le projet de Patrick Remy, Matthieu Verschuere ne resta pourtant qu'une saison à Gand avant de retourner à Sedan. " Je venais de ce club où on avait terminé 5e et c'est Patrick Remy qui m'avait formé à Beauvais et m'avait entraîné chez les Sangliers qui m'a convaincu de venir à Gand. J'aimais bien le jeu qu'il pratiquait et c'est pour cette raison que j'ai répondu à son appel. Mon premier passage gantois s'est très bien passé même si Remy a été limogé en fin de saison. Mais suite aux problèmes de santé de ma fille, je suis retourné à Sedan. Je connaissais beaucoup de monde là-bas et j'avais besoin de bénévoles autour de moi. Pourtant, ce fut la saison la plus catastrophique de ma carrière. Je n'ai disputé que 20 rencontres car j'ai été blessé quatre mois. Et finalement le club est descendu en Ligue 2 ". Verschuere ne reconnaissait plus le club qu'il avait quitté un an plutôt. " Le succès du club résidait dans son ambiance familiale mais il a grandi trop vite. Ils ont voulu construire un grand stade et un centre d'entraînement. Mais en devenant professionnel, ils ont détruit la marque de fabrique du club. Certes, il fallait devenir plus pro mais cela aurait pu se faire au fur et à mesure ". Un an plus tard, Verschuere revenait à Gand. " J'aurais pu rester à Sedan mais je voyais bien que l'on ne me faisait plus confiance. Et comme j'avais gardé de bons contacts avec le président de La Gantoise, je suis revenu. Je trouvais que le club avait régressé. En perdant 20 joueurs en deux ans, le niveau de l'équipe s'était affaibli avec un manque d'expérience évident. Mais, j'ai l'impression que cela a été réparé et que les dirigeants veulent faire grandir le club ". Pour faire face aux problèmes de santé de sa fille qui l'avaient amené à quitter la Flandre, Verschuere a emménagé à Lille et fait les trajets avec Abdelmalek Cherrad et Maâmar Mamouni. Encore un exemple d'effort transfrontalier. " L'engouement pour la Belgique de mes compatriotes ne m'étonne pas. Près de 150 joueurs sont au chômage à partir du 15 juillet. Or, comme ce sont tous des joueurs issus des centres de formation, cela signifie qu'ils possèdent déjà une culture tactique et qu'ils peuvent évoluer dans n'importe quel système. En Belgique, les jeunes n'acquièrent un sens tactique qu'une fois arrivés dans le noyau pro. Il faudra donc encore un an ou deux avant de les lancer dans le foot pro tandis qu'en France, un jeune qui sort du centre est apte à débuter immédiatement. Ceci dit, c'est vrai qu'il y a une évolution dans les mentalités françaises. Il y a quatre ans, pour un joueur, venir en Belgique constituait un peu la cinquième roue du carrosse. Maintenant, je pense que le bouche à oreille a bien fonctionné. On voit arriver des joueurs d'expérience comme Rabesandratana ou Toyes. Chaque club possède son joueur français. Marc Wilmots et Albert Cartier ont fait fonctionner leurs connexions pour attirer des hexagonaux ". Désormais, Verschuere aspire à persévérer en Belgique. " Il me reste encore un an de contrat à Gand mais je me vois bien jouer encore jusqu'à 35 ans. J'aurai eu la chance de connaître de beaux stades comme ceux du PSG et de Marseille mais, ici, je me sens bien et en sécurité. Les gens viennent au stade pour s'amuser et il n'est pas rare de les voir partir longtemps après la fin de la rencontre ". Charleroi a compris assez vite que les réserves des grands clubs français ainsi que les divisions inférieures d'Outre-Quièvrain pouvaient receler de véritables promesses. Les transferts de Bertrand Laquait et de Laurent Macquet ont souri à Mogi Bayat qui décidait la saison suivante de poursuivre la filière française. Lors du mariage de Macquet, les dirigeants carolos rentraient en contact avec Sébastien Chabaud. " Bertrand Laquait que j'avais côtoyé à Nancy avait déjà parlé de moi à la direction de Charleroi ", explique Chabaud. " Mais le premier contact eut lieu lors du mariage de Macquet avec qui j'avais débuté à Cannes ". L'affaire allait vite se conclure. Depuis un an et demi, Chabaud fait valoir ses qualités de récupérateur dans l'entrejeu zébré. Sans véritable problème d'adaptation. " Je retrouvais des joueurs que j'avais connus en France comme Loris Reina. Et puis, il y avait d'autres Français dans le noyau. Comme Marseillais, passer de Nancy à Charleroi fut certainement moins pénible que de quitter Cannes, son soleil et la mer pour l'Est de la France ". Mis à part la météo pluvieuse belge, Chabaud ne regrette pas son passage de frontière. A tel point qu'il n'a pas voulu partir du Pays Noir en début de saison. " J'avais plusieurs pistes mais je me sens bien ici. On forme un bon groupe. J'habite à Genappe près de chez Reina et Laquait. Cela a facilité mon intégration. Et puis, je ne suis pas le genre de joueur à changer de clubs chaque année. Pourquoi partir ? Pour aboutir dans un club où on n'est pas sûr que cela se passerait bien. Très peu pour moi ". Chabaud est resté et s'inscrit désormais en pilier de l'équipe. " J'ai déjà joué comme médian droit la saison passée mais c'est évidemment comme médian défensif que mes qualités s'expriment le mieux. Et depuis le début, je joue à cette place. Quand j'ai commencé à Burel, un petit club de Marseille, j'évoluais déjà à cette position. Les recruteurs du centre de formation de Cannes connaissaient donc mon registre. Ils n'ont fait que le perfectionner sans s'amuser à m'essayer à d'autres postes ". Comme de nombreux joueurs, Chabaud quittait donc sa famille à 14 ans pour s'introduire dans un centre de formation. " On ne revient en famille que pour Noël et lors des vacances d'été. Les centres sont très courus et il y a beaucoup d'appelés mais peu d'élus. Il s'agissait donc d'une occasion à saisir. La journée se partageait entre des entraînements et les cours scolaires dans le centre-ville. Pour débuter, tu reçois un contrat de deux ans. Puis, soit le club te laisse partir si tu ne possèdes pas les qualités requises, soit tu intègres les û 17 ans puis la CFA2 (Réserves) avant d'aboutir en équipe Première. Mais même si tu ne peux plus continuer à poursuivre ton écolage footballistique avec le club parce que les entraîneurs ne t'ont pas jugé bon, tu peux rester dans la filière scolaire. J'ai réussi à percer à Cannes juste après le départ de Zinédine Zidane mais j'ai évolué aux côtés de Patrick Vieira et de Johan Micoud. On pouvait déjà dire à l'époque qu'ils allaient percer. Les centres de formation arrivent à donner au jeune joueur un cadre de vie. C'est là qu'on apprend la discipline et le respect. On se retrouve livré à soi-même dans le sens positif du terme ". Le nouvel attaquant de Mons fait figure d'exception. Nicolas Goussé (28 ans) est en effet arrivé au foot un peu par hasard. Pas de centre de formation pour lui mais un club de division d'Honneur (Thouars) où jouer au football rimait avec plaisir. Mais les recruteurs rennais û " je ne sais pas ce qu'ils faisaient là " û le remarquent lors d'un match où il casse la baraque. A 19 ans, il quitte les Deux Sèvres, département du Poitou-Charentes calé entre Nantes et Bordeaux, et rejoint le club breton où il a reçu un contrat de stagiaire pro. Sous la houlette de Michel Le Millinaire, ancien entraîneur emblématique de Laval, il est lancé un soir de février 1997 dans le grand bain de la D1 française û " j'ai joué un quart d'heure ; j'ai eu deux grosses occasions que j'ai galvaudées " û avant de devenir titulaire à part entière sous Guy David à l'aube de la saison 1997-1998. Et dès le début, ses qualités de buteur s'expriment : 1er but contre Bordeaux lors de sa première titularisation avant de signer un doublé le match suivant. Il marquera neuf buts pour sa première saison complète. " Ce n'était pas encore le grand Rennes ", explique-t-il, " Ce n'est que lors de ma 3e année qu'arrivera Paul Le Guen comme entraîneur et François Pinault comme mécène. Le Guen était un coach humain, très convivial. On sentait qu'il avait été joueur quelques saisons auparavant car il était très proche du groupe. Cependant, j'ai été freiné dans ma progression car lors de cette saison, j'ai dû effectuer mon service militaire. J'espérais que les dirigeants feraient les démarches nécessaires pour que je sois réformé. Ce ne fut pas le cas. Quand je suis revenu, ma place était prise. Metz s'est alors présenté mais cela s'est très mal passé en Lorraine. Je n'étais pas en confiance et j'ai dû attendre la 10e journée avant d'inscrire mon premier but ". Sous la houlette de Joël Müller (et de son adjoint Albert Cartier), il ne réussira pas à s'épanouir. " Je pensais que Metz était un club familial. Mais les joueurs n'avaient aucun contact entre eux. Au niveau personnel, ma femme et moi avions traversé la France d'ouest en est et cela expliquait que nous ne voyions personne ". En attaque, il entre en concurrence avec Louis Saha, Nenad Jestrovic, Michele Padovano ou Gerald Baticle, arrivé au mercato. Les dirigeants lui disent qu'il peut partir en janvier mais ce transfert échoue, ne pouvant pas signer avec deux clubs différents la même saison. Pourtant, il ne perd pas espoir. Alain Perrin, l'entraîneur de Troyes, déjà venu aux nouvelles en janvier, donne à nouveau signe de vie en fin de saison. Nicolas Goussé part alors dans l'Aube où il connaîtra le chapitre le plus heureux de sa carrière. " Troyes venait de se sauver. Et pourtant pendant deux saisons, on va réussir à terminer 7e. La première année, j'inscrirai 7 buts mais la 2e saison restera marquée à vie dans ma mémoire ". Troyes débute sa campagne par la Coupe Intertoto. En finale, les joueurs d'Alain Perrin vont écarter Newcastle après un match épique à Saint-James Park (4-4). " Il s'agissait d'une jeune équipe avec des garçons comme Jérôme Rothen ou Fabio Celestini. Finalement, on a cédé au 2e tour de la Coupe UEFA devant Leeds. Rothen nous quitta pour Monaco lors du mercato d'hiver mais cela ne nous empêcha pas d'enlever une nouvelle 7e place. Ce qui est bizarre, c'est qu'Alain Perrin qui est un grand tacticien, avait décidé de me placer comme ailier gauche, une place qui ne me convient pas vraiment. Il disait que je ne devais pas déborder mais au contraire rentrer dans le jeu sur mon pied droit et frapper. Je préfère nettement évoluer en pointe car on a plus d'occasions pour marquer alors qu'il y a plus de débauches d'énergie lorsque l'on s'applique sur les ailes. Mais c'est à gauche que je réaliserai ma meilleure saison puisque je terminerai 4e meilleur buteur de la saison 2001-2002 avec 15 réalisations ". Pourtant, cette saison constitue le début de ses déboires. Jacky Bonnevay, le nouvel entraîneur, lui fait comprendre qu'il ne pourra pas partir alors qu'il est courtisé par Auxerre et Monaco : " J'avais même rencontré Guy Roux. Celestini se trouvait dans la même situation que moi. Il ne s'est pas entraîné pendant un mois et a pu rejoindre Perrin à Marseille. Je n'aime pas ce genre d'épreuve de force mais, avec le recul, je me demande si je n'aurais pas dû agir de la sorte. De plus, en Intertoto, alors que l'on venait de battre Villarreal en demi-finales et que l'on devait rencontrer Malaga en finale, on a été déclaré perdant sur tapis vert pour un joueur non qualifié. En un mois, je venais de louper mon transfert avec un tour préliminaire en Ligue des Champions à la clé et une finale en Intertoto ". Le moral est de nouveau à plat. " J'avais la tête dans le sac. Pour un attaquant, il faut être bien dans sa tête. J'aime bien sentir que l'on est derrière moi et que l'on me fait confiance ". Arrivé en fin de contrat à Troyes qui venait de glisser en D2, il retournera en Bretagne, à Guingamp. " C'était Bertrand Marchand, mon ancien entraîneur à Thouars, qui coachait le club breton. Mais j'y ai atterri à un mauvais moment. Didier Drogba et Florent Malouda venaient de partir. Beaucoup de joueurs étaient arrivés pour les remplacer et plus de la moitié de l'équipe avait changé. On a perdu nos trois premiers matches et à partir de là, on s'est trouvé dans une spirale négative. On a laissé passer trop de moments importants lors de cette saison. Pourtant, on possédait le public et les joueurs mais la sauce n'a pas pris. Et dans ce cas, ce sont les nouveaux joueurs qui servent d'alibis. Le président nous critiquait dans la presse locale en disant qu'il allait faire jouer les vrais Guingampais. Certaines recrues û comme le Suisse Ricardo Cabanas û n'ont pas supporté et sont partis en pleine saison. Moi, j'ai été écarté en décembre ". Pour la deuxième année d'affilée, Nicolas Goussé connaît la relégation. " Je ne me voyais pas continuer en D2 française et je voulais tenter une aventure à l'étranger. Cela a failli aboutir avec Gijon (D2 espagnole) mais le 30 août, ils m'ont dit que cela n'allait pas. Le dernier jour des transferts, cela s'est concrétisé avec Mons. Je me suis renseigné sur le club via internet. Je voulais absolument retrouver le plaisir de jouer et le fait que ce soit un club non loin de la frontière française a joué dans la balance. Cependant, je ne pensais pas que toute l'équipe était nouvelle ". Prêté une saison, il doit absolument réussir une bonne saison s'il ne veut pas retourner à Guingamp pour prester sa troisième année de contrat. " J'espère marquer une dizaine de buts. Je ne suis pas vraiment un attaquant des 18 mètres. J'aime me battre et plonger dans les espaces ". En attendant, il lui faudra encore ronger son frein puisqu'il sera suspendu après son exclusion û la première de sa carrière û contre Genk. De quoi préparer son départ de l'hôtel montois où il a résidé depuis le début de la saison vers Valenciennes où il va s'installer. Stéphane Vande Velde" IL Y A QUATRE ANS, pour un joueur, venir en Belgique constituait la 5e roue du carrosse " (Matthieu Verschuere) " POURQUOI QUITTER CHARLEROI ? Pour aboutir dans un club où cela ne se passerait pas bien ?" (Sébastien Chabaud) " J'aime bien sentir que l'on est derrière moi et que L'ON ME FAIT CONFIANCE " (Nicolas Goussé)