Si humainement la décision de mettre un entraîneur à la porte n'est pas toujours facile à prendre, matériellement, elle ne demande aucun effort particulier. Il est plus évident de remplacer un homme qu'une demi-équipe. Or, derrière l'accumulation d'échecs se cache parfois l'incompétence d'éléments sensés apporter un plus.
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Si humainement la décision de mettre un entraîneur à la porte n'est pas toujours facile à prendre, matériellement, elle ne demande aucun effort particulier. Il est plus évident de remplacer un homme qu'une demi-équipe. Or, derrière l'accumulation d'échecs se cache parfois l'incompétence d'éléments sensés apporter un plus.Etait-ce le cas à La Louvière? Dans deux mois, on établira le bilan. En attendant, la Cité de la Louve nage en plein paradoxe. Défenestré fin février, Marc Grosjean se voit attribuer début mars le Prix du Mérite Sportif louviérois. Lors de la cérémonie de remise, il reçoit une véritable ovation. Filippo Gaone est le premier à le féliciter. Dans la foulée, le président des Loups lui présente Daniel Leclercq. L'ancien et le nouveau. Un symbole peut-être. Un résumé. Le Liégeois est venu dans le Hainaut pour bâtir, ce qu'il a fait. Le Français arrive pour rendre de l'élan à une mécanique qui toussote. Grosjean se réjouit plutôt que son club fasse appel à un homme de la trempe de Leclercq : "J'aurais râlé sec si j'avais vu arriver un de ces rats qui fouinent sans cesse partout. Vous savez, le genre de pleurnichard qui propose des salaires au rabais afin d'obtenir la place. Avec Leclercq, champion de France, de la personnalité, de l'expérience, c'est bien. Bien pour tout le monde, y compris pour moi". Le Mérite Sportif atténue-t-il un peu la peine? "Cela représente beaucoup à mes yeux. Le vote se fait en concertation avec la population, la presse, les politiques. Tout le monde quoi. J'ai été plébiscité par des gens qui ont estimé mon travail. Sans a priori". Après la défaite à Alost, on a eu l'impression que la tête du Liégeois ne tenait plus qu'à un fil. Or, cet incident est survenu au début du championnat. "On a mal interprété les propos de M. Gaone. Ou alors, il s'est mal exprimé. Son but était de secouer les joueurs. Créer un choc".Une tactique qui n'a pas donné les résultats escomptés. "Si je suis déçu, c'est parce que j'ai signé un contrat de 5 ans. Ensemble, nous misions sur un travail à long terme. Nous étions trois à relever ce challenge, le président, le manager Jean-Claude Verbiest et moi-même. Les objectifs et les étapes de travail se trouvaient clairement établies. Au départ, il convenait de former un noyau compétitif, qui au bout de trois ans devait servir de base à la construction d'une équipe capable de se hisser parmi l'élite. Lors de la première saison, nous disputons le tour final. Idem l'année suivante, à la différence près que nous le gagnons! A posteriori, je me dis que ce succès nous a été néfaste. Depuis février, mars, nous avions déjà réalisé nos transferts. Oui, mais en fonction d'objectifs calculés pour la D2. Or, nous étions propulsés en D1 sans avoir vraiment eu le temps de nous retourner. Le plan originel s'en trouvait chamboulé". Compte tenu des circonstances, les Loups pouvaient très bien faire l'aller-retour. Etait-ce envisagé dans le plan? "Formellement je réponds oui, on l'avait envisagé. Descendre ne constituait pas une catastrophe. Nous étions, et le club l'est toujours, en pleine phase de construction. Voilà pourquoi je râle. Chacun savait qu'il serait très dur de se maintenir. Le plan de cinq ans restait valable. On ne m'a pas laissé aller au bout. Ceux qui m'ont fait parapher ce fameux bail, alors que j'avais deux autres propositions très alléchantes, se sont trompés sur le fondement de l'engagement qu'ils prenaient. Un tel bail est sensé signifier que l'on sait ce que l'on fait et pourquoi on le fait. Normalement, peu importe ce qui arrive car on connaît le but assigné. Les résultats ont tout anéanti. Au nom de victoires qui ne suivaient pas, la direction a laissé choir un homme et un projet dans lesquels elle croyait. Il faut se rappeler, les propos de M.Gaone : -Grosjean est mon meilleur transfert. Il m'a coupé la tête au lieu de sanctionner divers joueurs qui faisaient du tort au club. Les médias comparaient volontiers le trio Gaone-Verbiest-Grosjean à la paire Detremmerie- Broos. La différence, on la constate : Jean-Pierre Detremmerie n'a jamais déstabilisé son entraîneur. Au plus fort de la tempête, il l'a soutenu. Filippo Gaone s'est montré moins clair. Cette ambiguïté a donné des idées à quelques petits malins. Voilà pourquoi, quand je l'entends proférer des propos mensongers à mon égard, j'ai mal. Quand on a eu une collaboration aussi fructueuse que la nôtre, basée sur l'honnêteté et la correction, je ne vois pas pourquoi il croit utile de casser mon image. En disant correction, je n'emploie pas un vain mot. Même concernant mes indemnités de rupture, nous avons trouvé un arrangement. Et qui agrée le club. Avec mon accord, La Louvière ne me dédommagera pas à hauteur de mon contrat". Des propos mensongers? Quels sont les termes utilisés? "En gros, une remise en cause de mon professionnalisme. Là, ça me touche. Je n'accepte pas que l'on mette cela en doute. Il a aussi sous-entendu que je n'ai pas voulu laisser partir Bembuana-Kévé et Washington. Faut arrêter de rire. Si des offres sérieuses étaient arrivées, je n'aurais pas eu voix au chapitre. Vous m'imaginez en train de faire barrage si cela peut renflouer les caisses? J'avais du pouvoir, pas un droit de veto". Entre-temps, les Loups ont manifesté un regain d'énergie ces dernières semaines. "J'y vois la prise en compte d'un avertissement sérieux adressé à l'ensemble du groupe. Personne ne s'imaginait que Gaone virerait Grosjean. Et Gaone a viré Grosjean! Les joueurs ont compris que personne ne se trouvait à l'abri puisque je sautais. Il y avait des déçus, des heureux, mais le groupe a subi un choc. Plus question de se retrancher derrière le fusible, le tampon que j'étais. Toutefois pour les tricheurs, il est déjà trop tard. En fin de saison, ils seront nombreux sur le quai des départs". Une rumeur circule selon laquelle pas mal de joueurs préfèrent évoluer en deuxième division : "Elle est justifiée. Ce n'est pas une rumeur. C'est la réalité. Pourquoi? Afin d'obtenir davantage de primes de victoire? Je ne sais pas. Je ne me suis jamais mêlé de l'aspect financier. Je dirai que pour eux, c'est plus simple à bien des égards. Ils jouent les coqs de village, se permettent des écarts qui portent moins à conséquence et ils se sentent plus à l'aise en gagnant des matches faciles". Dans un contexte psychologique semblable il paraît impossible de réaliser de grandes constructions. "Mon tort a été de m'en rendre compte trop tard. Pourtant, je souhaite ardemment le maintien de La Louvière. J'aime ce club, la région. Des joueurs m'ont trahi? Pas dans le sens où des sabotages auraient été organisés dans le but de donner un match. Abandonné, certainement. Par contre, ils m'ont fait gagner du temps dans l'optique de ma carrière". Un nouveau danger guette-t-il le Sprimontois? L'exemple fourni par Raphael Quaranta, à deux doigts de signer à l'Antwerp, cité au Club Brugeois puis qui va de déception en déception, ne l'interpelle-t-il pas? "Absolument. Je ne me précipiterai pas. Malgré mes démangeaisons, je me fais violence. Si j'avais voulu, je serais déjà actif. Il aurait fallu pour cela que je plante un ou deux poignards dans le dos d'un collègue. Pas mon genre. Je meuble mes moments libres en prenant des cours de néerlandais. Joueur, mon expérience au Racing de Malines m'a laissé de bons souvenirs. Entraîner en Flandre me plairait assurément. A condition de maîtriser la langue... L'essentiel à mes yeux est de rencontrer un club qui a un projet, un avenir et qui accepte de se donner les moyens de réussir. Maintenant, je préfère la D1 ou la D2, c'est normal. Quand on y a goûté, on veut retrouver de telles sensations. Je ne recherche pas le clinquant. Je ne chasse pas le gros contrat". Daniel Renard.