C'est Forrest Gump : il court, il court, et il le fait bien. Cédric Collet (25 ans) est un des rares Montois à surnager dans cette saison de misère. Il parle, aussi. Facilement. La gouaille à la parisienne. Il évoque son passé dans une typique banlieue de la capitale française. Ses attaches avec la Guadeloupe. Son expérience belge qu'il avait imaginée complètement différente. On entame la discussion sur un sujet qui fait encore pétiller son regard : le Paris Saint-Germain.
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C'est Forrest Gump : il court, il court, et il le fait bien. Cédric Collet (25 ans) est un des rares Montois à surnager dans cette saison de misère. Il parle, aussi. Facilement. La gouaille à la parisienne. Il évoque son passé dans une typique banlieue de la capitale française. Ses attaches avec la Guadeloupe. Son expérience belge qu'il avait imaginée complètement différente. On entame la discussion sur un sujet qui fait encore pétiller son regard : le Paris Saint-Germain. Cédric Collet : Fort mitigé. J'avais 15 ans, le PSG est venu me chercher dans un tout petit club, c'était une chance unique de vraiment démarrer dans le football. Mais je l'ai gaspillée. Là-bas, même chez les jeunes, il fallait montrer qu'on était prêt à vivre comme un pro. Je ne l'ai pas compris, je considérais toujours le foot comme un hobby, pas comme un futur métier. Je ne me suis pas investi. Et la sanction n'a pas tardé : après une seule saison, le PSG n'avait déjà plus besoin de moi. Manque de maturité, tout simplement. C'est dommage. J'étais encore un gosse. Tout ce qui m'intéressait, c'était de pouvoir dire devant mes potes : -Je suis au PSG. C'était une fierté immense et j'étais à fond dans la frime. Je faisais partie d'un club qui représentait toujours quelque chose en Europe, même quand il était mauvais en championnat de France. C'est le genre de truc qui te monte facilement à la tête. Le PSG est un honneur mais il se mérite tous les jours. Tout ça, je ne l'ai pas capté. Je me suis pénalisé tout seul, j'ai gâché le cadeau qu'on me faisait. Je ne bossais pas. Au niveau sport, j'étais dans une période trouble. Je me demandais encore si j'allais me lancer à fond dans le foot ou dans le judo. Parce que j'étais très bon en judo, un des meilleurs de ma catégorie en Ile-de-France. J'aurais pu faire carrière dans ce sport-là aussi. Oui, parce que j'y ai appris à développer mon mental et mon agressivité positive. Sur un tatami ou sur une pelouse, il y a un grand point commun : c'est un rapport de forces avec un adversaire direct. Je n'aime pas me laisser faire, j'ai une certaine fierté, je veux toujours prendre l'ascendant sur le gars qui est devant moi. Chaque week-end, je monte sur le terrain avec l'idée fixe de gagner mon duel avec le latéral droit d'en face. Dans les sports en un contre un, le mental et l'envie font souvent la différence. Les finances de la famille. C'était assez précaire. J'avais perdu mon père quand j'avais 10 ans, ma mère devait élever deux enfants dans une banlieue où ça ne rigolait pas. Un jour, j'ai compris que ce serait plus facile de vite gagner ma vie en jouant au foot plutôt qu'en faisant du judo : tu peux être hébergé par ton club et on te paye. Ainsi, j'arrêtais d'être une charge pour ma mère. Un paysage avec plein de tours énormes, comme il y en a beaucoup autour de Paris. Dès que tu entres dans une cité, tu te rends compte que la mentalité n'y est pas la même que dans le centre-ville. La cité, ça te forge un mental. J'ai connu quelques petits soucis. Mais rien de trop grave. Il ne faut pas croire non plus que tous les gars des banlieues sont des gars à problèmes. Evidemment. J'étais complètement fasciné par ce club. Et rien n'a changé : ça peut paraître incompréhensible, mais si on me donne demain le choix entre le PSG et un tout grand club européen, je rentre à Paris sans hésiter. En plus, l'équipe est revenue à un tout bon niveau. Dommage qu'il y ait toujours Lyon... Ouais, quand tu arrives là-bas, tu te crois meilleur que tout le monde. J'ai aussi l'impression que cette saison, les gars du PSG ont réappris à rester humbles. Ils ont pris le fil par le bon bout. Paris, c'est spécial comme mentalité. Fort m'as-tu-vu, évidemment. La jet-set est là-bas. Les Parisiens sont snobs et égoïstes. Ils aiment montrer ce qu'ils ont et ce qu'ils pourraient avoir. J'ai connu tout cela. C'était en décalage total avec ce que je vivais dans ma banlieue, à quelques kilomètres du centre-ville. Si tu es dans la cité, tu fais avec ce que tu as. Tu n'es pas obligé de gagner des millions pour avoir un c£ur. Il est rapide et percutant, moi aussi. Mais il a une plus grande intelligence du jeu et une meilleure technique. Je compense par une plus grande puissance. C'est sympa de me comparer à lui. Et ce serait si chouette d'avoir le même parcours que le sien... De la régularité. C'est un vieux problème chez moi : j'ai souvent fait deux ou trois bons matches puis un mauvais. Au niveau de la D1, tu ne peux pas atteindre tes objectifs si tu n'es pas régulier. Cela me pénalise. Même si, pour le moment, je suis dans une assez bonne période. On m'a déjà posé la question depuis mon arrivée en Belgique, mais non, je n'en sais rien. Je n'ai jamais travaillé spécifiquement ma vitesse. Par contre, j'ai toujours bossé pour améliorer ma puissance. Les salles de muscu, je connais. L'explication, c'est justement mon goût pour la musculation. On m'appelait l'Animal en France, je suis devenu Robocop à Mons : ça veut dire la même chose. Je suis assez présent dans les duels, je ne me laisse pas faire. Oui, je sais, désolé. Dans ces matches-là, j'ai donné une image de moi qui ne correspond pas à l'homme que je suis. Pas du tout ! Mais quand ton équipe est dans une situation aussi précaire au classement, tu pètes plus facilement un plomb. J'ai parfois du mal à me maîtriser. Je ne suis pas fier. Je le regrette. Je dois travailler mes réactions, arrêter de m'emballer. Un manque total de professionnalisme, un truc qui ne devrait jamais arriver sur un terrain de football. Ben... Attention, mon intention n'est pas de lui cracher dessus. On ne m'avait pas spécialement parlé de Meert avant le match, je ne le connaissais pas. Plus tard, j'ai appris qu'il avait posé pas mal de problèmes à beaucoup de monde. Il m'a provoqué et je me suis laissé attirer dans son piège. Oui, je m'en tire bien. J'étais persuadé que j'allais me prendre cinq ou six semaines. Une catastrophe pour moi et pour une équipe qui joue le maintien. Mais la Fédération m'a envoyé sa convocation trop tard et mon avocat a joué là-dessus. Absolument pas. Je n'interviens jamais dans le vestiaire, je ne prends jamais la parole, je n'ai jamais causé de problème à mes entraîneurs. Quand je suis arrivé à Mons, le club avait désigné ses cadres : Frédéric Herpoel, Mohamed Dahmane, Frédéric Jay, Roberto Mirri. Je n'ai jamais cherché à en faire partie ou à bousculer cet ordre. Ce sont des joueurs qui ont une grosse expérience du haut niveau alors que moi, je n'avais joué que deux matches en Ligue 1 avant de venir ici. Il fallait que je quitte Brest parce que c'était devenu invivable pour moi là-bas. J'avais reçu des offres de meilleurs clubs, mais j'étais toujours sous contrat et l'entraîneur a tout fait pour m'empêcher de partir. Comme je suis rancunier, je lui ai fait savoir ma façon de penser et ça s'est mal passé. Trois joueurs m'ont tuyauté : Philippe Billy, qui était passé par Mons et était avec moi à Brest. Bertin Tokéné (ex-Charleroi), que j'avais eu comme coéquipier à Tours. Et Tony Vairelles, que j'ai aussi connu à Tours. Ils m'ont tous conseillé de foncer, ils ne m'ont dit que du bien du championnat de Belgique. Non, évidemment. Depuis le début du championnat, ça n'a pas arrêté : les entraîneurs qui défilent, chaque petit problème interne qui sort dans les médias, les critiques qui s'accumulent dans la presse. Mons est regardé comme un truc très négatif. C'est injuste pour tous les gens qui se défoncent pour que ce club reste en D1 : la direction et le staff. Ils ne méritent pas notre classement. Il faut se poser une question : est-ce que j'ai toujours tout fait pour être titulaire ? Non ! J'aurais dû m'investir plus, dès le premier jour. Je suis arrivé ici avec une mentalité qui n'était pas celle d'un guerrier, j'acceptais de ne pas être chaque semaine sur le terrain : je joue, tant mieux ; je ne joue pas, tant pis. C'est Christophe Dessy qui a complètement changé mon état d'esprit. Il a trouvé les mots, il m'a dit que j'avais assez de potentiel pour être un pilier de l'équipe mais que je devais l'exploiter, l'extérioriser. Je n'avais pas le même contact avec Philippe Saint-Jean et Thierry Pister. Ils parlaient peu, ce n'était pas dans leurs habitudes de prendre un gars entre quatre-z-yeux pour lui expliquer ce qu'il faisait de bien et de mal. La bonne méthode, c'est d'appuyer là où ça fait mal, dès qu'il y a un problème. C'est ça qui permet d'avancer. C'est normal à partir du moment où les joueurs n'appliquent pas ce qu'il leur demande. Le classement actuel, c'est la faute des gars qui sont sur le terrain. Personne d'autre ne peut être montré du doigt. Je ne suis pas dans la tête de mes coéquipiers. Moi, en tout cas, je reste persuadé que c'est possible. C'est l'envie qui nous sauvera. S'il n'y en a pas assez, Mons chutera en D2. Oui, je me pose parfois des questions. Mais si certains estiment que l'équipe est déjà condamnée, qu'ils aient l'honnêteté de le dire et laissent leur place à des gars qui veulent encore y croire. Un de nos problèmes, c'est le manque de vécu dans le groupe : il y a beaucoup de jeunes qui n'ont pas encore connu de galère et qui ne savent pas à quoi ressemble une chute dans la division d'en dessous. Quand tu as connu ça, tu es plus riche et tu réagis mieux. Je suis tombé de Ligue 2 en National avec Tours : j'en ai été traumatisé. C'était mon premier contrat pro. Du jour au lendemain, je me suis demandé ce que j'allais devenir. Mon rêve d'enfant s'écroulait, j'ai eu subitement l'impression que j'avais fait tous ces efforts pour rien. Un départ, je n'y penserai que le jour où la descente sera mathématique. Celle-là, je ne suis pas près de l'oublier. Pendant ce match, j'avais l'impression d'être bon, sans plus. C'est en revoyant les images que j'ai compris mon niveau ce soir-là. Je me suis moi-même étonné. Toute l'équipe a été bonne. Et il y a eu d'autres gros matches de Mons : contre le Standard, contre Bruges, contre Genk. Exactement, et c'est ça qui rend notre classement encore plus malheureux. Si l'envie était la même chaque semaine, nous n'en serions pas là. par pierre danvoye - photos: belga