Deux heures et demie avant le premier match de championnat, contre Nuremberg, les supporters se pressent aux terrasses du centre-ville. Presque tous arborent fièrement les couleurs de leur club, un jaune vif ou un rouge foncé. Ensemble, ils se laissent griser par un concert et entonnent Hey Jude, des Beatles. Au bout de vingt minutes, nous voyons enfin un supporter arborer le maillot frappé du nom de Jan Koller. Comme à Anderlecht, le Tchèque porte le numéro huit. Il préfère le neuf, qui lui est réservé en équipe nationale. Si à Bruxelles ce numéro était déjà pris, par Didier Dheedene, à Dortmund c'est Fredi Bobic qui le porte.
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Deux heures et demie avant le premier match de championnat, contre Nuremberg, les supporters se pressent aux terrasses du centre-ville. Presque tous arborent fièrement les couleurs de leur club, un jaune vif ou un rouge foncé. Ensemble, ils se laissent griser par un concert et entonnent Hey Jude, des Beatles. Au bout de vingt minutes, nous voyons enfin un supporter arborer le maillot frappé du nom de Jan Koller. Comme à Anderlecht, le Tchèque porte le numéro huit. Il préfère le neuf, qui lui est réservé en équipe nationale. Si à Bruxelles ce numéro était déjà pris, par Didier Dheedene, à Dortmund c'est Fredi Bobic qui le porte. Une heure avant le coup d'envoi, la tribune Sud du Westfalenstadion est comble, formant un impressionnant mur jaune et noir. On a déjà vendu 65.000 billets mais il reste quelques milliers de places libres dans le compartiment surplombant les supporters adverses. L'ambiance est fantastique, le speaker et le public sont unis par la même complicité, le produit Bundesliga se vend parfaitement. Après coup, Koller s'avouera impressionné par l'ambiance. Pendant la préparation, Dortmund n'a pas disputé un seul match à domicile. Même les entraînements ont eu lieu ailleurs. Jusqu'à maintenant, il n'a été présent dans ce stade qu'à l'occasion d'un seul match. Pendant la finale de Coupe de l'UEFA opposant Liverpool à Alavés, il avait été reçu incognito dans le bureau présidentiel pour parapher un contrat de quatre ans. Ces dernières saisons, l'équipe a davantage vécu l'ambiance comme un inconvénient. Il y a deux ans, elle a sombré dans la zone rouge. Ses supporters l'ont sifflée avec le même enthousiasme qu'il mettaient à la glorifier auparavant. Toutefois, deux jours avant le début du championnat, Matthias Sammer, l'entraîneur, ne nourrissait aucune crainte: "Si vous avez peur, c'est que vous n'êtes pas sûr de vous. Dans ce cas, vous devez vous demander à quoi c'est dû afin de pallier ces manquements. Nul au sein de ce groupe ne doit manquer de confiance, au vu de nos qualités footballistiques et du travail physique accompli". "Entre les mains de M. Miracle"On note scrupuleusement les paroles de Sammer. L'ancien Allemand de l'Est est intouchable à Dortmund. Il y a deux ans, il travaillait encore à son retour, de plus en plus utopique, alors que son club était parmi les derniers. Dortmund a convaincu le libero de travailler avec Udo Lattek, "Monsieur Miracle", pour le sauver de la relégation. Avec succès. Mais Sammer ne voulait pas devenir entraîneur. Toutefois, par amour pour son club, il a établi un plan de sauvetage sportif et souligné tous les points à améliorer afin d'éviter de tels problèmes à l'avenir. Le président s'est empressé de le placer devant ses responsabilités: pourquoi n'essayerait-il pas d'appliquer lui-même le résultat de son analyse, compte tenu de son implication dans le club? Sammer est donc devenu entraîneur contre son gré... conduisant l'équipe à la troisième place, qualificative pour la Ligue des Champions. Non que Dortmund s'en contente. Cette saison, il veut faire au moins aussi bien. Dans un premier temps, il a acquis le plus grand talent tchèque, Tomas Rosicky. En janvier, il n'a pas hésité à débourser 580 millions pour le jeune homme, qui avait alors 19 ans. En quelques mois, celui-ci a prouvé qu'il valait l'investissement. Cet été, Dortmund a battu tous les records en matière de transferts. Jamais encore un club de Bundesliga n'avait allongé un milliard pour un joueur. Dortmund l'a fait pour Amoroso, l'international brésilien, meilleur buteur de Parme, qui l'avait repéré à Udinese deux ans auparavant, en impliquant Johan Walem dans l'opération. Troisième transfert allemand de tous les tempsEn comparaison, Jan Koller, acquis pour 420 millions, fait l'effet d'une occasion. Toutefois, le montant de l'indemnité fait de lui le deuxième joueur le plus coûteux de Bundesliga cet été et le troisième de tous les temps, après Rosicky et Amoroso. Koller retrouve deux anciens serviteurs du football belge à Dortmund: Victor Ikpeba (ex-Liège) est pour ainsi dire le réserviste le plus coûteux du championnat et peut partir, avec l'étiquette "nettement insuffisant", tandis que Sunday Oliseh, également un ancien Liégeois, dispute un match avec le Nigéria. Malgré ses efforts, on n'accorde pas beaucoup de chances aux Jaune et Noir, pour le titre. S'il aligne l'attaque la plus impressionnante, sa défense n'est pas assez stable pour subir la comparaison avec le Bayern, d'après les observateurs. L'expérience de Jürgen Kohler et de Stefan Reuter, qui ont évolué en Italie, à la Juventus plus précisément, ne constitue pas une garantie suffisante. Pendant la préparation, Dortmund s'est créé de nombreuses occasions, qu'il a concrétisées, mais a également encaissé beaucoup de buts. Trop pour prétendre au titre, conclut-on. Le Borussia est toutefois sorti intact de la première journée. Nuremberg, champion à neuf reprises, a beau figurer dans le Top 5 de l'assistance, après le Bayern, Schalke, Dortmund et Mönchengladbach, il joue les ascenseurs depuis son dernier tire, acquis en 1969. Klaus Augenthaler, l'ancien coéquipier de Jean-Marie Pfaff au Bayern, doit changer les choses. La saison passée, Nuremberg a survolé le championnat de D2 pour revenir au premier plan après deux saisons dans l'antichambre mais l'euphorie du titre n'a pas suffi à déséquilibrer Dortmund. Il n'y a pas eu de match. La défense de Nuremberg n'est pas rodée et les joueurs de Dortmund se sont retrouvés plus souvent qu'ils ne l'espéraient devant le but. Dans l'entrejeu, la classe de Rosicky a laissé les joueurs de Nuremberg pantois. Les attaquants, parmi lesquels Louis Gomis, qui évoluait à Lommel il y a deux ans, n'ont rien pu faire. Sans les brillantes interventions du gardien, Darius Kampa, et avec plus de réussite des attaquants de Dortmund, le match aurait débouché sur un score de forfait. Occase pour Koller après cinq minutesCe score aurait dû être acquis au bout d'une demi-heure. On jouait depuis cinq minutes à peine que Koller se retrouvait seul face à Kampa, toutefois plus rapide sur le ballon que le Tchèque, qui s'apprêtait à le lober. Une minute plus tard, Rosicky put choisir son angle de tir, tout aussi seul, mais Kampa intervint encore. A la dixième, enfin, Koller prolongea une passe en profondeur de Stefan Reuter vers Amoroso, qui ne rata pas sa cible. Moins de dix minutes plus tard, Koller eut l'opportunité de conclure, en surgissant seul devant le gardien, mais celui-ci s'interposa sur sa passe latérale. Mauvais choix de Koller. Heureusement, à la demi-heure, Amoroso doubla la mise, d'une superbe reprise de volée. Il a été sacré homme du match, même si les mouvements et les passes de Rosicky ont davantage marqué les esprits. On comprend pourquoi Dortmund a déboursé autant pour un joueur aussi jeune. En seconde période, Koller a été poursuivi par la poisse en finition. A trois reprises, il a obtenu des occasions franches, sans parvenir à les concrétiser. Lorsqu'il y est enfin arrivé, le but a été annulé pour hors-jeu. A plusieurs reprises, il est redescendu dans son propre camp, ce qui lui a valu des applaudissements. Il s'est souvent démarqué mais n'a reçu le ballon qu'une fois sur deux. Sur trente-quatre ballons, il n'en a perdu que sept. Auteur de quatre grosses occasions et de deux autres moins nettes, il a été l'auteur d'un assist et amené un partenaire seul devant le but mais Reina a été tout aussi impuissant. Après le match, il était fatigué mais pas déçu. Il n'a pas davantage souffert du stress après un long retour au calme, expliquera-t-il. La préparation ne l'a pas fatigué. Celle d'Anderlecht lui semblait plus éprouvante. Il aurait changé d'avis s'il n'avait été absent, pour cause d'équipe nationale. Durant les huit premiers jours du stage, les joueurs n'ont fait que de la course, au moins huit kilomètres par jour. Koller n'est arrivé que le cinquième jour. Il est ravi de son choix, même si Hedvicka regrette la nourriture belge (les fruits de mer) et la plage de Knokke. Dortmund, son dernier club?En attendant les cours d'allemand, il dépend encore de son compatriote Rosicky, qui a appris l'allemand et l'anglais à l'école. "Je n'ai jamais eu que des cours de russe. Ce n'est pas grave quand même", explique Koller. Pour l'instant, il s'en tire grâce au néerlandais, auquel il imprime un accent allemand pour faire plaisir aux TV locales. On ne peut l'accuser de mauvaise volonté. Il ne se donne pas d'allures de stars et il est ponctuel au rendez-vous fixé. Sa première question concerne Anderlecht: qu'a-t-il fait au tour préliminaire de Ligue des Champions? Il admet que le Sporting reste un peu son club. Dortmund ne s'est manifesté qu'au terme du match amical Tchéquie-Belgique. Matthias Sammer et Michael Zorc, le manager sportif, l'y ont repéré. Avant, le Bayern Munich était son équipe préférée, mais il ne regrette pas son choix, même si Michel Verschueren aurait préféré le voir à Fulham. Il a discuté une fois avec Jean Tigana, l'entraîneur français de Fulham, à Prague. En avril, il a pris sa décision personnelle. L'argent, insiste-il, n'a pas fait la différence. Il aurait gagné la même chose à Fulham. "Mon choix est sportif. Ici, j'ai l'occasion de prendre part à la Ligue des Champions. La présence de Rosicky a également joué un rôle. Il m'aide beaucoup et je me sens déjà chez moi ici. Y compris sur le terrain, car Tomas est un vrai numéro dix, qui délivre la dernière passe". A son âge, il ne considère pas vraiment Dortmund comme une étape avant un autre transfert mais plutôt comme l'apogée de sa carrière. Hésitant: "J'ai signé pour quatre ans. Sans doute Dortmund sera-t-il mon dernier club. Oui, je peux m'imaginer rester quatre ans ici. J'aurai alors 32 ans. Il sera peut-être temps de faire mes adieux, de jouer en Tchéquie. Pas au niveau du Sparta ou du Slavia Prague". Par manque d'envie? "Non, mais le football est très éprouvant, physiquement et mentalement. J'ai ressenti un besoin urgent de vacances après mon dernier match avec Anderlecht, à Alost. Le football de haut niveau m'use et à l'avenir, il me faudra de plus en plus de temps pour récupérer". Cet été, il s'est défait de son stress sur les plages blanches des Seychelles, dans l'Océan Indien. Même si, avant de goûter aux joies de la mer, il a tremblé pendant l'atterrissage, sur la courte piste de l'île. Koller n'apprécie pas trop les voyages en avion. Il vaut donc mieux qu'il évolue à Dortmund plutôt qu'à Berlin, qui effectue quatorze déplacements sur dix-sept en avion. Dortmund ne choisit ce mode de transport qu'une fois sur deux. Les joueurs se déplacent en car quand la distance n'excède pas 300 kilomètres. Anderlecht se trouve dans ce rayon, de justesse. A l'aube de la saison, Koller nourrit un rêve: "J'aimerais affronter Anderlecht en Ligue des Champions. Ce serait fantastique". Geert Foutré, envoyé spécial à Dortmund.