Pour Steve Colpaert, le rêve s'est brisé le mercredi 6 juin, deux jours avant le départ pour les Pays-Bas : un duel avec Guillaume Gillet à l'entraînement, les deux hommes qui se lancent pour le ballon, puis le choc. Le verdict est cruel : fracture tibia/péroné. Adieu l'Euro, adieu peut-être le beau transfert espéré, et bonjour la galère.
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Pour Steve Colpaert, le rêve s'est brisé le mercredi 6 juin, deux jours avant le départ pour les Pays-Bas : un duel avec Guillaume Gillet à l'entraînement, les deux hommes qui se lancent pour le ballon, puis le choc. Le verdict est cruel : fracture tibia/péroné. Adieu l'Euro, adieu peut-être le beau transfert espéré, et bonjour la galère. " C'était un accident comme il en arrive parfois sur un terrain de football ", se souvient Steve. " Guillaume ne l'a pas fait exprès. Il voulait tirer, j'ai taclé. J'ai directement su que c'était grave et, sur le moment même, j'ai pris un coup au moral. Le lendemain, j'ai essayé d'évacuer la déception. Le chirurgien qui m'a opéré m'a confirmé la fracture, mais m'a aussi affirmé qu'il s'agissait d'une belle fracture, sans complications. Si tout va bien, mon indisponibilité devrait être moins longue que prévu. J'espère reprendre du service dans trois mois ". La triste fin d'une saison noire pour le défenseur du Brussels. L'année précédente déjà, il n'avait pas été épargné, avec cette solide commotion cérébrale encourue lors d'un choc avec Serhiy Kovalenko lors d'un match au Standard. La poisse lui colle aux basques. " Cette saison, j'ai d'abord été victime d'un coup dans le dos qui m'a éloigné des terrains pendant deux mois, puis d'une déchirure, et voilà maintenant cette fracture. Je descends du haut vers le bas du corps. J'espère avoir mangé mon pain noir. Mais ce sont des événements sur lesquels je n'ai aucune prise. C'est la fatalité ". Une fatalité qui risque de perturber ses projets d'avenir ? " Il me reste une année de contrat, je peux donc voir venir. Je sais que des clubs étaient intéressés par mes services, en Belgique (Bruges et Charleroi) et à l'étranger (France et Italie). Certains seraient même toujours enclins à me faire une offre, malgré ma blessure. Je laisse le soin à mon manager Patrick De Koster de régler cela. Pour l'instant, ma principale préoccupation concerne ma guérison. Je veux d'abord soigner ma rééducation, retrouver toutes mes facultés et pouvoir rejouer au football. Si je n'y parviens pas, je serai l'homme le plus malheureux du monde. Avant d'être mon métier, le football est ma passion. J'ai besoin de me défouler sur le terrain, de sentir le ballon entre mes pieds. Sinon, c'est une catastrophe ". Pas d'Euro, donc, pour Steve. " C'est dommage, mais je dois m'en faire une raison. J'espère encore pouvoir vivre de beaux moments avec les -21 ans. Ma carrière chez les Espoirs n'est pas terminée. Je suis né en 1986, je pourrai donc encore faire partie de la génération suivante. Je suis très fier, en tout cas, d'avoir intégré la sélection des 23 alors que je joue seulement au Brussels. Beaucoup de mes partenaires évoluent dans des clubs plus prestigieux ". Est-ce pour se mettre au diapason qu'il souhaiterait changer d'air ? " Je ne veux pas quitter le Brussels à tout prix ", assure-t-il. " Mais j'ai envie de tenter ma chance plus haut. Je n'accomplirai pas toute ma carrière au stade Edmond Machtens, c'est une quasi certitude. Un jour, je partirai. Si pas cette année, un peu plus tard. J'ai envie, moi aussi, de gagner un trophée ou de disputer une coupe européenne. Et si je ne réussis pas ailleurs, j'espère que je serai toujours le bienvenu à Molenbeek car je m'y sens chez moi. C'est le club de mon c£ur et cela le restera. J'y joue déjà depuis huit ans. Mais je ne m'y sens pas lié à vie ". Outre l'ambition qui le pousse à mettre la barre plus haut, les petites divergences de vue avec le président Johan Vermeersch ne sont pas de nature à retenir Colpaert dans la capitale. " Cela joue, c'est sûr ", confirme-t-il. " Je respecte Vermeersch, pour tout ce qu'il a fait pour le club. Sans lui, il n'y aurait probablement plus de football de D1 à Molenbeek. Son implication fut positive pour les supporters, pour la commune. Mais, d'un point de vue caractériel, on sait qu'il n'est pas toujours commode. Parfois, il exagère. Il est très impulsif et devrait un peu plus réfléchir au lieu de réagir chaque fois au quart de tour. Si nous, joueurs, le respectons, je trouve qu'il devrait lui-même avoir plus de respect envers nous, envers ses proches collaborateurs, envers les bénévoles qui font eux aussi tourner le club. Je n'ai pas dit qu'il ne m'appréciait pas. Au contraire, le fait qu'il m'ait proposé un nouveau contrat démontre sa volonté de vouloir me conserver. Mais chacun campe sur ses positions. Pour l'instant, les négociations sont au point mort. On ne parvient pas à se mettre d'accord sur certains points du contrat ". Etre un joueur du cru, dans ce cas-là, est-ce un avantage ou un inconvénient ? " Théoriquement, cela devrait être un avantage, mais dans la pratique, cela se révèle souvent un inconvénient. On ne jouit d'aucun privilège. Parfois même, on doit davantage faire ses preuves qu'un joueur extérieur, et je ne parle pas uniquement pour moi. Je n'ai rien contre les joueurs qui ont été engagés au mercato. Ils se sont donnés à fond dans l'intérêt du club. Mais j'ai le sentiment que des garçons comme Kristoffer Andersen, Fabrice Omonga ou Sofiane Benzouien auraient pu faire aussi bien s'ils avaient bénéficié d'un peu plus de crédit. Il y avait, dans l'effectif, des garçons qui avaient un peu de sang bruxellois dans les veines et auxquels on n'a pas suffisamment fait confiance. La position précaire du club au classement contribue évidemment à cette façon d'agir : lorsque cela ne marche pas directement, on change. C'est un constat qui n'est, hélas, pas propre au Brussels : on ne laisse pas le temps aux jeunes de prendre confiance. Mais, si l'on n'offre pas un minimum de crédit aux jeunes, ils ne perceront jamais. Pourtant, il y a du talent dans les catégories d'âge du Brussels, et je suis bien placé pour en parler puisque j'entraîne moi-même une équipe. Ce sont encore des tout petits, de huit ou neuf ans, mais on trouve de belles promesses dans toutes les catégories, y compris en Scolaires ou en Espoirs ". Une vocation d'entraîneur est-elle déjà née ? " Entraîner les jeunes, c'est aussi l'une de mes passions. J'aime leur apprendre ce que l'on m'a enseigné il y a quelques années. Je le fais déjà depuis quatre ans. Au début, pendant une saison, j'ai surtout donné des entraînements spécifiques. Comme cela m'a plu, et qu'on semblait satisfait de moi, j'ai carrément pris une équipe en charge l'année suivante. Je trouve cela passionnant. Parallèlement, j'apprends à mieux comprendre ce que ressent un entraîneur le long de la ligne. De là à dire que je me retrouverai à mon tour sur le petit banc, plus tard, il est encore trop tôt. Si tout va bien, j'ai encore 15 ans de carrière comme joueur devant moi. Je ne pense pas, en tout cas, que j'entraînerai une équipe de D1. Si je devenais entraîneur, ce serait plutôt au niveau des jeunes. L'avenir du football belge me concerne au plus haut point ". Quel regard jette-t-il sur la saison noire qu'il a vécue ? " Malgré toutes les contrariétés, j'ai tout de même encore joué 17 matches cette saison. J'avais déclaré que, le jour où je reviendrai dans l'équipe, ce serait pour maintenir le Brussels en D1. J'ai tenu parole ". Une belle assurance de la part d'un jeune joueur, que certains assimileraient presque à de la prétention. " J'ai simplement pris conscience de mes qualités. Les supporters eux-mêmes affirment que je suis important pour l'équipe. J'essaie de me montrer digne de leur confiance. Je pense avoir atteint un bon niveau, cette saison, lorsque j'étais en état de jouer. Je regrette un peu de devoir évoluer au centre de la défense. Pour un jeune joueur, qui a encore beaucoup à apprendre, ce n'est pas mal : on a tout le jeu devant soi et on a généralement le temps de bien se positionner. Mais, chez les jeunes, j'évoluais comme milieu défensif. Je participais beaucoup au jeu, je marquais même régulièrement mon petit but sur un tir à distance ou sur une reprise de la tête consécutive à un corner. C'est une position que j'appréciais beaucoup et j'aimerais la récupérer. Je pourrais, encore, y progresser bien davantage. Je voudrais y recevoir une chance pendant plusieurs matches, pour voir ce que cela donnerait. J'ai déjà évolué à cette position avec les Espoirs de Jean-François de Sart et j'y ai toujours tiré mon épingle du jeu ". Les Espoirs, nous y voilà. Steve est resté très concerné par les évolutions des -21 ans. Il a suivi les deux premiers matches à la télévision, et s'est rendu samedi à Heerenveen avec son manager. " La force des Espoirs, c'est l'entraîneur ", affirme-t-il. " Les joueurs l'apprécient énormément. Il communique beaucoup, n'hésite pas à les placer devant leurs responsabilités ou à leur faire part de ses griefs, mais toujours avec beaucoup de tact. Tout le monde accepte ses critiques. Lorsqu'il compose son groupe, il ne tient pas uniquement compte des qualités intrinsèques du joueur, mais aussi de sa mentalité et de son état d'esprit. Cela se ressent sur le terrain. Les 22 éléments présents aux Pays-Bas forment un très bon groupe, qualitativement parlant, mais aussi un groupe très solidaire. Un bloc est constitué avant même d'avoir mis une tactique en place. Aux Pays-Bas, j'ai retrouvé l'équipe telle que je l'avais toujours connue. Chacun s'est battu l'un pour l'autre. C'est cela, la griffe de Sart, davantage que la science tactique ". Devrait-on songer à lui pour les Diables Rouges ? " Je pense qu'on l'a déjà sondé, jadis, à ce sujet. Il avait refusé. Personnellement, mais c'est une réponse un peu égoïste, j'espère qu'il restera chez les Espoirs car j'ai envie de continuer à travailler avec lui ". En attendant, les vacances seront consacrées aux travaux forcés pour Colpaert. " De toute façon, je ne prends jamais de vacances en été. Seulement en hiver. Je n'avais rien réservé, je n'ai donc rien dû annuler. Ma copine est toujours étudiante, et comme les congés des footballeurs tombent toujours en juin, c'est compliqué ". par daniel devos