Quand un rédacteur littéraire parle d'un roman, il n'a pas une Amélie Nothomb à ses côtés pour lui refiler des tuyaux. Quand un critique de variétés commente un CD, il n'est pas flanqué d' Adamo ou d' Arno pour compenser, par la finesse de leurs remarques de vrais pros, son manque de vécu au plus haut niveau musical. Quand un journaliste de cinéma va au cinéma, il n'y va pas avec Benoît Poelvoorde pour être sûr de bien regarder le film avant de donner son avis. Mais pour le foot à la télé, c'est pile l'inverse : il n'existe plus un match tout bêtement commenté par un journaliste, qui dit poliment bonjour juste après la speakerine et juste avant le coup d'envoi, et poliment au revoir juste après le coup de sifflet final !
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Quand un rédacteur littéraire parle d'un roman, il n'a pas une Amélie Nothomb à ses côtés pour lui refiler des tuyaux. Quand un critique de variétés commente un CD, il n'est pas flanqué d' Adamo ou d' Arno pour compenser, par la finesse de leurs remarques de vrais pros, son manque de vécu au plus haut niveau musical. Quand un journaliste de cinéma va au cinéma, il n'y va pas avec Benoît Poelvoorde pour être sûr de bien regarder le film avant de donner son avis. Mais pour le foot à la télé, c'est pile l'inverse : il n'existe plus un match tout bêtement commenté par un journaliste, qui dit poliment bonjour juste après la speakerine et juste avant le coup d'envoi, et poliment au revoir juste après le coup de sifflet final ! Et vas-y que je te colle au commentateur un gars qui fut un vrai pro avec ses pieds, le second allant immanquablement voir des choses que le premier n'aurait jamais pu voir ! Et de plus, vas-y que je te colle en studio un autre vrai vieux pro, ou deux, ou trois, pour analyser avant, approfondir à la mi-temps et disséquer après, et le soir, et même encore le lendemain ! Spirale imbécile que Canal+ initia jadis, il allait désormais falloir faire mieux que la chaîne du voisin, c'était parti pour la paranoïa de l'enrobage obligatoire : - Donne-moi ta binette de star, je prends l'audimat !Tant et si bien qu'aujourd'hui en foot, les consultants prolifèrent comme des lapins. C'est fatigant. Surtout qu'il y a des matches jusqu'à plus soif. Souvent, faut déjà bien tout pour supporter l'heure et demie d'un match in extenso, y espérer un ou deux buts bien vivants, mais subir à coup sûr de nombreux temps morts ! Dès lors, l'impression d'être torturé n'est pas loin lorsqu'il faut subir, en plus du match, des montagnes de minutes de prétendues analyses, qui sont le plus souvent copies strictement conformes des radotages dont nous tous, footeux basiques, sommes capables dès que nous sommes armés d'une chope et d'une télé. J'entends d'ici l'objection : -Hé, Jeunejean ! Si tous ces bazars autour du match t'emmerdent, t'es pas obligé de les regarder ! D'accord, j'explique. Quand j'ai le courage de me lever, je me lève, je vais faire un tour que vous connaissez tous, direction waters ou frigo. Sauf que je n'ai parfois ni faim, ni soif, ni besoin, ni courage : alors, je saisis un bouquin ou une gazette en attendant que reviennent les images,... mais je dois laisser le son pour relever le nez quand elles reviendront ! J'entends donc, et ça me gratte souvent. Pas toujours. Evidemment que surgissent des remarques intéressantes ! Evidemment que certains refilent de meilleures consultations que d'autres, lesquels feraient mieux d'apprendre la passe du plat du pied aux gosses de leur patelin si l'inaction les ronge ! Evidemment que je n'en citerai aucun, vu que je préfère rester gentil et lâche ! Mais s'il fallait proportionner les éclairages intéressants par rapport aux lieux communs, j'avancerais généreusement un 30/70 lors des analyses en studio,... et un 20/80 pour les interventions consultantes lors du direct ! C'est vrai, je suis mauvais public, j'aime pas qu'on cause durant les matches : je préfère qu'on foute la paix à mes oreilles quand j'ai besoin de mes yeux, c'est pareil quand je vais au musée ! Souvent, d'ailleurs, quand je connais les joueurs, je coupe le commentaire, pour préférer la radio et Musique 3 en sourdine. Souvent aussi, je mets la VRT pour cultiver mon néerlandais plutôt que mon fiel. Et avant-hier déjà, même la sobriété du poor lonesome speaker qu'était Arsène Vaillant pouvait m'apparaître par moment redondante. C'est dire qu'aujourd'hui, les duos me lassent. Parfois, on se demande lequel des deux est le consultant, tant les commentaires sont similaires... Parfois sur Club RTL, c'est un duo de journalistes sans consultant, et l'on se demande alors si c'est moins hypocrite ou si les jeunes journalistes d'aujourd'hui fatiguent deux fois plus vite ! Mais surtout, est-il indispensable, juste avant, pendant et après un match, de tant blablater à chaud pour récolter du foot la substantifique moelle ? Si ces stars bourrées de vécu doivent tant disserter pour nous aider à comprendre un match que nous voyons pourtant comme elles, est-ce parce que le foot est très abscons ou parce que nous sommes très cons ? Le mieux est que je la boucle pour réfléchir à la question... bernard jeunejeanCERTAINS FERAIENT MIEUX D'APPRENDRE LA PASSE DU PLAT DU PIED AUX GOSSES DE LEUR PATELIN SI L'INACTION LES RONGE !