L'an dernier, Gustavo Kuerten a gagné plus de 180 millions de francs en primes de matches. C'est plus que les autres joueurs de tennis professionnels...
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L'an dernier, Gustavo Kuerten a gagné plus de 180 millions de francs en primes de matches. C'est plus que les autres joueurs de tennis professionnels...Gustavo Kuerten : Comment le savez-vous? Yevgeny Kafelnikov s'est plaint, en janvier, durant l'Open d'Australie, que les joueurs de tennis gagnaient trop peu.On ne peut pas dire ça. Le tennis paie bien. La plupart des gens ne gagnent pas en une vie ce que nous encaissons en une seule année. Toutefois, cet argent ne m'est pas seulement destiné. Je dois payer mon entraîneur, mon manager, mes agents. Toutefois, je gagne suffisamment d'argent pour mener une belle vie.Le fait que Kafelnikov se soit exprimé en votre nom aussi vous dérange-t-il?Pas outre mesure, même si je m'exprime en mon seul nom et pas pour les autres.N'y a-t-il pas de solidarité entre joueurs?C'est chacun pour soi. C'est pour ça qu'il n'y a pas de porte parole qui s'exprime au nom de tous. Dans certains cas, les joueurs de tennis devraient faire preuve de davantage de solidarité.Peut-on imaginer une grève du circuit du tennis, comme la NBA en a vécue une il y a deux ans?Je ne pense pas. Les intérêts des joueurs divergent trop. Par exemple, l'année dernière, à Wimbledon, nous aurions dû faire grève. Les organisateurs ne s'étaient pas conformés au classement mondial lors de la composition de leur plateau. C'était un manque de respect. Les spécialistes de terre battue ont été désavantagés.La situation est-elle susceptible de changer?Le tennis est et restera un sport individuel. Il n'y a pas d'esprit d'équipe.Vous voilà donc confronté à un problème, car s'il existe des clans espagnols, suédois ou allemands dans le tennis masculin, vous êtes pour ainsi dire le seul Brésilien.Disons qu'en tant que Brésilien, je suis un outsider. Les autres joueurs se sont quelque peu habitués à moi, depuis que j'ai du succès. Je m'entends bien avec tout le monde.Comment vivez-vous le fait d'être idolâtré dans votre pays?Les Brésiliens sont des supporters passionnés. Ils sont au septième ciel quand un compatriote remporte de grandes victoires. Peu importe dans quelle discipline. Si un Brésilien devenait champion du monde de descente à ski, vous les verriez essayer de faire du ski dans la jungle, en Amazonie.La passion des foules vous impressionne-t-elle?Pas jusqu'à présent. Je comprends ces gens. Leur fanatisme leur permet de faire abstraction, un moment, de leurs soucis. Où que je joue, mes matches sont retransmis à la télévision. J'inspire les gens. J'espère contribuer à leur bonheur avec mes victoires.Vous avez la réputation d'un Nice Guy dans le milieu et le New York Times vous a décrit comme le "dernier professionnel doté d'un coeur". Je ne plane certainement pas. Ma famille et mes amis y veillent. Un de mes frères est mon manager. J'ai le même entraîneur depuis onze ans et je téléphone souvent à ma grand-mère.Cette vieille dame est-elle sévère? Après tout, elle est d'origine allemande.Non, elle est plutôt comique. Elle me donne toujours des conseils tactiques. Elle connaît tous mes concurrents comme sa poche. Elle a même constitué des dossiers, par exemple, sur Pete Sampras.Ses conseils sont-ils utiles?Oui, à 80%.Le professionnel allemand Nicolas Kiefer a déclaré qu'il ne faut pas être gentil pour gagner. L'Autrichien Thomas Muster est allé encore plus loin: il veut voir souffrir son adversaire. Vous devriez être un salaud, puisque vous êtes champion du monde.Chaque joueur interprète le match de la façon qui lui convient le mieux. Je n'ai pas cette mentalité de tueur. Je préfère comparer le tennis aux échecs: les coups doivent être jolis mais je veux donner l'estocade.John McEnroe trouve ennuyeux les joueurs tels que vous. Il se plaint du manque de personnages hauts en couleur dans le tennis.Je ne pense pas qu'il ait voulu dire ça.Ça ne doit pas être tout à fait faux. Sinon, pourquoi l'ATP tenterait-elle de conférer un profil aux jeunes joueurs, comme vous, avec sa campagne News balls please?Il y a beaucoup de nouveaux venus qui sont capables de remporter un grand tournoi: Marat Safin, Lleyton Hewitt, Magnus Norman, moi. La concurrence est devenue plus rude et c'est ce que la campagne essaie de montrer.La réalité est un peu différente. Andre Agassi a déjà remporté trois tournois cette année: Melbourne, Indian Wells et Key Biscayne. Il a déjà trente ans. Comment expliquez-vous sa longévité?Primo, Agassi est un joueur génial. On ne peut le comparer aux autres, pas plus que Sampras, d'ailleurs. Tous deux évoluent sur une autre planète. Ensuite, Agassi connaît très bien les limites de son corps et il ne joue que les matches auxquels il est obligé de participer. Moi, par contre, j'ai disputé 86 rencontres l'année dernière.Pourquoi ne réduisez-vous pas votre programme?Je ne peux pas me le permettre. Prenez les deux prochains mois: je dois défendre beaucoup de points ATP aux tournois sur terre battue de Rome, Hambourg et Paris. La semaine dernière, j'ai joué à Monte-Carlo sans être vraiment en forme.La saison commence à peine que vous vous plaignez déjà?Continuons à parler d'Andre Agassi: il a la possibilité de disputer énormément de grands tournois aux USA, presque devant sa porte. L'Amérique du Sud ne peut m'en proposer, malheureusement. Je suis donc en route onze mois par an. Entre deux tournois, je ne peux me permettre, comme Agassi, de rentrer chez moi.Vos concurrents vous portent aux nues. Le Néerlandais Richard Krajicek a déclaré: -Celui qui veut gagner Wimbledon devrait jouer comme Gustavo Kuerten.Je vois les choses très différemment. Ceux qui jouent comme moi ne gagneront jamais Wimbledon. D'ailleurs, je ne sais pas encore si je participerai à ce tournoi cette année.Le numéro deux mondial renoncerait au plus prestigieux tournoi?Pour moi, d'autres tournois sont plus intéressants, et l'Open de France est le plus beau de tous...Maik Grossekathöfer et Michael Wulzinger, ESM