Des joueurs qui font les cent pas. Une salle d'attente d'hôpital bondée qui ne désemplit pas. Et une connexion wifi qui joue les allers-retours. Ce vendredi 21 juin, à la veille du début de leur Coupe d'Afrique des Nations, les Léopards de la République Démocratique du Congo fulminent.

Ils ont compris depuis plusieurs heures maintenant qu'ils n'auront pas droit à leur dernier galop d'entraînement avant leur entrée en compétition du lendemain contre l'Ouganda. Faute de télévision, ils ne verront pas non plus le match d'ouverture de l'Égypte contre le Zimbabwe, leurs deux futurs adversaires dans cette CAN.

Au lieu de rentrer de plain-pied dans la compétition, les hommes de Florent Ibenge passeront sept longues heures dans un hôpital du centre du Caire, se succédant tour à tour dans une petite salle sombre, mais climatisée, pour se soumettre à des examens médicaux de dernière minute.

En cause, un oubli de la Fédération congolaise de football (FECOFA) qui n'a pas transmis les dossiers médicaux de ses 23 joueurs à la Confédération africaine de football (CAF) comme le stipule pourtant clairement le règlement. Une tuile de plus venue conclure le procès en amateurisme fait depuis trop longtemps à l'une des fédés les plus souvent moquées du continent africain.

Cet après-midi-là, Paul-José Mpoku et Wilfred Moke marqueront le coup en faisant trembler les murs de l'hôpital. Comme d'habitude en pareille situation, Florent Ibenge prend les coups. Probablement se doute-t-il déjà à l'époque qu'il ne jouera de toute façon plus très longtemps au punching-ball de service.

" Ce qui rendait la situation particulièrement électrique dans cet hôpital, c'est qu'on ne savait même pas si on serait en mesure de jouer le lendemain contre l'Ouganda ", rembobine pour nous le capitaine de la sélection, Youssouf Mulumbu. Alors oui, c'est vrai que ça a pas mal crié dans tous les sens. Il fallait nous nous voir... On était vraiment dégoûtés... Révoltés, épuisés aussi. Et pas franchement dans l'état mental requis pour attaquer du bon pied une Coupe d'Afrique.

Une parodie de match contre l'Ouganda

Un combo fatal qui donnera finalement bien lieu 24 heures plus tard à une parodie de match de football achevée par une défaite 2-0 contre l'Ouganda. La RDC vient de toucher le fond, mais va prouver qu'elle peut encore creuser.

Trois semaines plus tard, à Alexandrie, avant même de sombrer aux tirs au but en huitième de finale contre Madagascar, des supporters officiellement référencés comme " animateurs " et rémunérés via des " primes d'encouragement " par la FECOFA étaient en train de passer à tabac un conseiller du ministère des Sports congolais pour réclamer leur dû.

Loin, décidément, de cette image souvent survendue de " Brésil de l'Afrique ", beaucoup plus proche par contre des standards récents du football local qui font des Léopards les cancres du football africain. Un drame de plus pour un pays habitué à compter ses échecs et dont le dernier succès d'envergure remonte à 1974, date de sa deuxième et dernière victoire en CAN et de sa seule participation au Mondial.

Depuis, être supporter de la RD Congo, c'est accepter les railleries. Celles qui veulent que le quatrième pays le plus densément peuplé du continent soit aussi l'un des moins bien organisés, incapable, par exemple, d'organiser des championnats de jeunes à l'échelle nationale, mais surreprésenté dans les salons VIP du Caire et d'Alexandrie cet été.

Hors joueurs et staff technique, ils étaient, en effet, 173 personnes à avoir fait le déplacement depuis Kinshasa, dont 42 supporters rémunérés. Tous payés par le contribuable congolais. Une délégation pléthorique qui aurait coûté près de 700.000 euros à la FECOFA. L'une des plus obscures d'Afrique.

Dirigée d'une main de fer et en toute opacité depuis 2003 par Constant Omari, du nom de cet ancien directeur de l'office national des transports congolais arrivé au sommet de la hiérarchie du football local sans jamais avoir tapé dans un ballon, mais en ayant toujours su s'acoquiner des puissants. Omari, c'est aussi ce président tout permis qui obligera ses joueurs - Youssouf Mulumbu et Chancel Mbemba en tête - à poster une vidéo grotesque pour présenter leurs excuses " aux autorités (sic) et surtout au peuple " après la défaite en ouverture contre l'Ouganda.

Quand vous évoluez en 4-3-3 et que vous n'emmenez que deux ailiers à la CAN, c'est qu'il y a un problème. " - Youssouf Mulumbu

Les voies impénétrables de Florent Ibenge

" Après coup, je me suis dit que nous n'aurions pas dû faire cette vidéo ", concède Youssouf Mulumbu. " Elle n'avait pas lieu d'être parce que nous n'avions pas à nous justifier après une seule défaite, mais la Fédération voulait, elle, se disculper et mettre en avant ses efforts financiers consentis lors du stage. "

Comprendre : se dédouaner complètement d'une défaite honteuse à laquelle le bling bling Constant Omari, par ailleurs 1er vice-président de la Confédération africaine de Football, refusait de s'associer après avoir fait des pieds et des mains pour obtenir un financement évalué à un 1 million d'euros de la part du gouvernement pour un stage de préparation onéreux à Marbella, en Espagne, dans l'hôtel même où Liverpool avait séjourné en préparation de sa finale de Ligue des Champions quelques semaines plus tôt.

Reste, pour la postérité, ces deux minutes et vingt-six secondes de bande d'une vidéo rapidement devenue virale et qui traduit si bien ce malaise devenu béant au sein de la sélection depuis plusieurs années. Et que les choix de sélection de Florent Ibenge pour la CAN ont affiché au grand jour.

En cause, l'absence surprise de certains binationaux évoluant en Europe dont Dieumerci Ndongala et Jordan Botaka et de certains jeunes aux dents longues récemment mis en avant grâce aux bons résultats des U23 (voir encart) comme Jackson Muleka, attaquant star du TP Mazembe à pas encore 20 ans.

" J'étais déçu et surpris ", confesse Ndongala. " Parce que Ibenge m'avait dit que j'en serais. Et puis, d'un coup, je n'ai plus eu de nouvelles... " " Personnellement, j'ai perdu le fil de la pensée du sélectionneur depuis 2015 ", tonne, lui, Mulumbu. Et la sélection pour l'Égypte m'a confirmé qu'il était temps de tourner la page Ibenge.

Parce que quand vous évoluez en 4-3-3 et que vous n'emmenez que deux ailiers, c'est qu'il y a un problème. Il n'y avait aucune bonne raison de se priver de Didi ( Ndongala, ndlr) et Botaka. C'est la confirmation qu'au Congo, tout est politique. Ce n'est pas la première fois qu'on prend certains joueurs pour faire plaisir à des agents."

Un sélectionneur avec une double casquette

Une sortie au vitriol d'un des cadres de la RDC dans la presse, ce n'est pas la première fois. Le 29 juillet dernier sur Sofoot.com, Cédric Bakambu, le joueur africain le plus cher du monde depuis son transfert à 72 millions d'euros vers la Chine à l'hiver 2018, était le premier à expliciter clairement sa façon de penser sur la gestion de l'après CAN.

" Lorsqu'un joueur est mauvais, on le remplace. Je pense qu'il devrait en être de même à tous les niveaux, que ce soit pour les entraîneurs ou pour les responsables de la Fédération. (...) Et aujourd'hui, à titre personnel, je pense que Florent Ibenge n'est plus l'homme de la situation. "

Il n'est évidemment plus le seul à le penser. Le 31 juillet dernier, quelques groupes de supporters ont reçu l'autorisation préfectorale nécessaire pour défiler dans les rues de Kinshasa pour une marche pacifique demandant le retrait du sélectionneur congolais en poste depuis 2014. Fonction qu'il cumule avec celui d'entraîneur de l'AS Vita Club, le deuxième plus grand club du pays derrière le TP Mazembe.

Un cumul qui ne verra pas le mois de septembre. Le 7 août, le sélectionneur annonce en effet sa démission après un bail de 4 ans à la tête des Léopards. À travers le départ de Florent Ibenge, c'est l'espoir d'un changement durable qui est à espérer.

"Ce qu'il faut au Congo, c'est un entraîneur indépendant ", affirme Dieumerci Ndongala. "Un fort en gueule, capable d'assumer ses choix, et qui n'est pas à la solde de la Fédération. Un homme qui donnerait les mêmes primes à tout le monde, qui nommerait un nouveau staff, qui aurait de nouvelles idées. Parce que là, clairement, on est arrivé à la fin d'un cycle."

Constant Omari, l'intouchable

Un descriptif de fonction qui rappelle moins les compétences propres à un poste de sélectionneur qu'à celui d'un président de Fédération. Pourtant, le nom de Constant Omari ne reviendra jamais spontanément dans la bouche des joueurs congolais. Comme s'il n'y avait pas grand monde pour oser toucher à un homme dont on murmure qu'il aurait autant de connexions étatiques que de casseroles derrière lui.

Proche du clan Mobutu puis de Laurent-Désiré et Joseph Kabila, Omari aura toujours su jouer placé pour résister aux différents changements de régime. Le résumé d'une carrière d'abord passée à cirer des pompes. Et à en récupérer les fruits. La preuve qu'on peut avoir soutenu Sepp Blatter jusqu'au bout et faire encore partie de ceux censés reconstruire l'image de la FIFA où il occupe toujours un rôle en vue. Toute la fourberie d'Omari est là. Et les maux du football congolais avec eux.

L'ex-sélectionneur Florent Ibenge ne faisait plus l'unanimité., getty
L'ex-sélectionneur Florent Ibenge ne faisait plus l'unanimité. © getty

" Je ne le défendrai pas, mais il faut rester pragmatique. Aujourd'hui, on sait ce qu'on a, mais l'on ne sait pas ce qu'on aura demain " avance, à tâtons, Mulumbu d'un coup moins disert lorsque l'on évoque avec lui le cas Omari.

" Il est encore là pour deux ans, on ne va pas faire un putsch. De toute façon, il a pour lui d'essayer de réformer l'administration. Son vilain défaut, c'est que c'est un sentimental et qu'il a du mal à bien s'entourer. "

Il ne faut pourtant pas plaindre Constant Omari. Sur les cinq dernières années, la FECOFA, comme les autres Fédérations africaines, a touché 5 millions d'euros de subventions de la part de la FIFA. Des sommes censées mettre en branle la série de réformes promises en décembre 2017 lors de la réélection, pour la quatrième fois, et à l'unanimité d'Omari à la tête de la FECOFA, mais dont on tarde à voir l'impact dans le marasme ambiant.

Nsengi Biembe, l'intérimaire

" Normalement, cela ne devrait, par exemple, pas être à moi de démarcher les binationaux pour qu'ils rejoignent la sélection comme je l'ai fait avec Arthur Masuaku,Gaël Kakuta, Giannelli Imbula ou même Steven Nzonzi " , déplore encore Bakambu. Au niveau de la Fédération, il faut vraiment que des mesures soient prises pour qu'on puisse avancer tous ensemble."

Ce qu'il faut au Congo, c'est un coach indépendant, fort en gueule, capable d'assumer ses choix et qui n'est pas à la solde de la Fédération. " - Dieumerci Ndongala

Si l'on a un temps évoqué la possibilité de faire venir un " grand nom " - Claude Makelele - pour reprendre en main la sélection en vue de la CAN 2021 et surtout du Mondial 2022 au Qatar et ainsi permettre de convaincre de rejoindre la sélection, dans un proche avenir, de joueurs à haut potentiel comme le très convoité Stanley Nsoki (20 ans, PSG), il n'en est finalement rien.

Fin de semaine dernière, la FECOFA annonçait la nomination de Christian Nsengi Biembe. " Ce choix a été effectué au cours d'une rencontre avec le président de la FECOFA, Constant Omari. Il est congolais, il est compétent, il a les diplômes requis, c'était le meilleur choix qu'on pouvait faire ", a précisé à une radio congolaise le Ministre des sports Jean-Pierre Lisanga Bonganga. Jusque-là directeur technique national, l'homme chargé de l'intérim n'est donc pas inconnu. La fédé lui a donné six mois pour convaincre sans quoi un appel à candidatures sera lancé.

Le jeune Anderlechtois Edo Kayembe, titulaire chez les U23 de la RD Congo, n'était pas du voyage en Egypte., BELGAIMAGE
Le jeune Anderlechtois Edo Kayembe, titulaire chez les U23 de la RD Congo, n'était pas du voyage en Egypte. © BELGAIMAGE

La jeunesse sur le carreau

Certains les rêvaient déjà en fiers porte-drapeaux d'un football congolais enfin vengé de ses drames passés. Qualifiés sur le terrain aux dépens du Maroc en mars dernier (2-0, 0-1), les U23 du Congo s'étaient mis à rêver d'une participation aux Jeux de Tokyo. Le songe durera un mois. Le temps pour la Confédération africaine de Football (CAF) de prononcer la disqualification de la RDC pour les éliminatoires de la CAN U23, porte d'entrée pour les Jeux.

Une sanction qui fait écho à une erreur administrative qui avait amené le coach ChristianNsengi Biembe, ancien coach chez les jeunes d'Anderlecht et désormais sélectionneur des A, à aligner Arsène Zola, né le 23 février 1996 aux yeux de la CAF, soit dix mois après la date limite (1er janvier 1997) de la catégorie d'âge. L'erreur proviendrait des registres mêmes de son ancien club du TP Mazembe, selon lequel le joueur serait né en 1997, et avait entraîné le licenciement, début mai, d' Inyangi Bokinda, le Secrétaire Général de la FECOFA, réintroduit depuis.

Début juillet, le Sporting d'Anderlecht semblait, lui, s'être aligné sur les registres de la CAF en annonçant le transfert du joueur de 23 ans et de son compatriote Meschack Elia (21 ans), tous deux d'ailleurs encore bloqués à Lubumbashi il y a quelques jours, dans l'attente des documents nécessaires à leur demande de visa.

Sourd à l'émergence d'une nouvelle génération talentueuse symbolisée par l'avènement de Jackson Muleka (19 ans, TP Mazembe) et symbole de la renaissance du football congolais, Ibenge n'avait lui pas fait appel à un seul membre du groupe de Christian N'Sengi pour rallier l'Égypte, préférant miser sur l'expérience des Bolasie, Mulumbu ou Mbemba, pourtant parfois critiqués au pays pour leur temps de jeu à géométrie variable en club. Les Belgicains Edo Kayembe (21 ans, Anderlecht), William Balikwisha (20 ans, Standard) ou le prometteur Nelson Balongo (20 ans, Saint-Trond) n'avaient évidemment pas plus de temps de jeu à faire valoir l'an dernier, mais ont désormais, pour eux, la chance d'incarner l'avenir.

Des joueurs qui font les cent pas. Une salle d'attente d'hôpital bondée qui ne désemplit pas. Et une connexion wifi qui joue les allers-retours. Ce vendredi 21 juin, à la veille du début de leur Coupe d'Afrique des Nations, les Léopards de la République Démocratique du Congo fulminent. Ils ont compris depuis plusieurs heures maintenant qu'ils n'auront pas droit à leur dernier galop d'entraînement avant leur entrée en compétition du lendemain contre l'Ouganda. Faute de télévision, ils ne verront pas non plus le match d'ouverture de l'Égypte contre le Zimbabwe, leurs deux futurs adversaires dans cette CAN. Au lieu de rentrer de plain-pied dans la compétition, les hommes de Florent Ibenge passeront sept longues heures dans un hôpital du centre du Caire, se succédant tour à tour dans une petite salle sombre, mais climatisée, pour se soumettre à des examens médicaux de dernière minute. En cause, un oubli de la Fédération congolaise de football (FECOFA) qui n'a pas transmis les dossiers médicaux de ses 23 joueurs à la Confédération africaine de football (CAF) comme le stipule pourtant clairement le règlement. Une tuile de plus venue conclure le procès en amateurisme fait depuis trop longtemps à l'une des fédés les plus souvent moquées du continent africain. Cet après-midi-là, Paul-José Mpoku et Wilfred Moke marqueront le coup en faisant trembler les murs de l'hôpital. Comme d'habitude en pareille situation, Florent Ibenge prend les coups. Probablement se doute-t-il déjà à l'époque qu'il ne jouera de toute façon plus très longtemps au punching-ball de service. " Ce qui rendait la situation particulièrement électrique dans cet hôpital, c'est qu'on ne savait même pas si on serait en mesure de jouer le lendemain contre l'Ouganda ", rembobine pour nous le capitaine de la sélection, Youssouf Mulumbu. Alors oui, c'est vrai que ça a pas mal crié dans tous les sens. Il fallait nous nous voir... On était vraiment dégoûtés... Révoltés, épuisés aussi. Et pas franchement dans l'état mental requis pour attaquer du bon pied une Coupe d'Afrique. Un combo fatal qui donnera finalement bien lieu 24 heures plus tard à une parodie de match de football achevée par une défaite 2-0 contre l'Ouganda. La RDC vient de toucher le fond, mais va prouver qu'elle peut encore creuser. Trois semaines plus tard, à Alexandrie, avant même de sombrer aux tirs au but en huitième de finale contre Madagascar, des supporters officiellement référencés comme " animateurs " et rémunérés via des " primes d'encouragement " par la FECOFA étaient en train de passer à tabac un conseiller du ministère des Sports congolais pour réclamer leur dû. Loin, décidément, de cette image souvent survendue de " Brésil de l'Afrique ", beaucoup plus proche par contre des standards récents du football local qui font des Léopards les cancres du football africain. Un drame de plus pour un pays habitué à compter ses échecs et dont le dernier succès d'envergure remonte à 1974, date de sa deuxième et dernière victoire en CAN et de sa seule participation au Mondial. Depuis, être supporter de la RD Congo, c'est accepter les railleries. Celles qui veulent que le quatrième pays le plus densément peuplé du continent soit aussi l'un des moins bien organisés, incapable, par exemple, d'organiser des championnats de jeunes à l'échelle nationale, mais surreprésenté dans les salons VIP du Caire et d'Alexandrie cet été. Hors joueurs et staff technique, ils étaient, en effet, 173 personnes à avoir fait le déplacement depuis Kinshasa, dont 42 supporters rémunérés. Tous payés par le contribuable congolais. Une délégation pléthorique qui aurait coûté près de 700.000 euros à la FECOFA. L'une des plus obscures d'Afrique. Dirigée d'une main de fer et en toute opacité depuis 2003 par Constant Omari, du nom de cet ancien directeur de l'office national des transports congolais arrivé au sommet de la hiérarchie du football local sans jamais avoir tapé dans un ballon, mais en ayant toujours su s'acoquiner des puissants. Omari, c'est aussi ce président tout permis qui obligera ses joueurs - Youssouf Mulumbu et Chancel Mbemba en tête - à poster une vidéo grotesque pour présenter leurs excuses " aux autorités (sic) et surtout au peuple " après la défaite en ouverture contre l'Ouganda. " Après coup, je me suis dit que nous n'aurions pas dû faire cette vidéo ", concède Youssouf Mulumbu. " Elle n'avait pas lieu d'être parce que nous n'avions pas à nous justifier après une seule défaite, mais la Fédération voulait, elle, se disculper et mettre en avant ses efforts financiers consentis lors du stage. " Comprendre : se dédouaner complètement d'une défaite honteuse à laquelle le bling bling Constant Omari, par ailleurs 1er vice-président de la Confédération africaine de Football, refusait de s'associer après avoir fait des pieds et des mains pour obtenir un financement évalué à un 1 million d'euros de la part du gouvernement pour un stage de préparation onéreux à Marbella, en Espagne, dans l'hôtel même où Liverpool avait séjourné en préparation de sa finale de Ligue des Champions quelques semaines plus tôt. Reste, pour la postérité, ces deux minutes et vingt-six secondes de bande d'une vidéo rapidement devenue virale et qui traduit si bien ce malaise devenu béant au sein de la sélection depuis plusieurs années. Et que les choix de sélection de Florent Ibenge pour la CAN ont affiché au grand jour. En cause, l'absence surprise de certains binationaux évoluant en Europe dont Dieumerci Ndongala et Jordan Botaka et de certains jeunes aux dents longues récemment mis en avant grâce aux bons résultats des U23 (voir encart) comme Jackson Muleka, attaquant star du TP Mazembe à pas encore 20 ans. " J'étais déçu et surpris ", confesse Ndongala. " Parce que Ibenge m'avait dit que j'en serais. Et puis, d'un coup, je n'ai plus eu de nouvelles... " " Personnellement, j'ai perdu le fil de la pensée du sélectionneur depuis 2015 ", tonne, lui, Mulumbu. Et la sélection pour l'Égypte m'a confirmé qu'il était temps de tourner la page Ibenge. Parce que quand vous évoluez en 4-3-3 et que vous n'emmenez que deux ailiers, c'est qu'il y a un problème. Il n'y avait aucune bonne raison de se priver de Didi ( Ndongala, ndlr) et Botaka. C'est la confirmation qu'au Congo, tout est politique. Ce n'est pas la première fois qu'on prend certains joueurs pour faire plaisir à des agents." Une sortie au vitriol d'un des cadres de la RDC dans la presse, ce n'est pas la première fois. Le 29 juillet dernier sur Sofoot.com, Cédric Bakambu, le joueur africain le plus cher du monde depuis son transfert à 72 millions d'euros vers la Chine à l'hiver 2018, était le premier à expliciter clairement sa façon de penser sur la gestion de l'après CAN. " Lorsqu'un joueur est mauvais, on le remplace. Je pense qu'il devrait en être de même à tous les niveaux, que ce soit pour les entraîneurs ou pour les responsables de la Fédération. (...) Et aujourd'hui, à titre personnel, je pense que Florent Ibenge n'est plus l'homme de la situation. " Il n'est évidemment plus le seul à le penser. Le 31 juillet dernier, quelques groupes de supporters ont reçu l'autorisation préfectorale nécessaire pour défiler dans les rues de Kinshasa pour une marche pacifique demandant le retrait du sélectionneur congolais en poste depuis 2014. Fonction qu'il cumule avec celui d'entraîneur de l'AS Vita Club, le deuxième plus grand club du pays derrière le TP Mazembe. Un cumul qui ne verra pas le mois de septembre. Le 7 août, le sélectionneur annonce en effet sa démission après un bail de 4 ans à la tête des Léopards. À travers le départ de Florent Ibenge, c'est l'espoir d'un changement durable qui est à espérer."Ce qu'il faut au Congo, c'est un entraîneur indépendant ", affirme Dieumerci Ndongala. "Un fort en gueule, capable d'assumer ses choix, et qui n'est pas à la solde de la Fédération. Un homme qui donnerait les mêmes primes à tout le monde, qui nommerait un nouveau staff, qui aurait de nouvelles idées. Parce que là, clairement, on est arrivé à la fin d'un cycle." Un descriptif de fonction qui rappelle moins les compétences propres à un poste de sélectionneur qu'à celui d'un président de Fédération. Pourtant, le nom de Constant Omari ne reviendra jamais spontanément dans la bouche des joueurs congolais. Comme s'il n'y avait pas grand monde pour oser toucher à un homme dont on murmure qu'il aurait autant de connexions étatiques que de casseroles derrière lui. Proche du clan Mobutu puis de Laurent-Désiré et Joseph Kabila, Omari aura toujours su jouer placé pour résister aux différents changements de régime. Le résumé d'une carrière d'abord passée à cirer des pompes. Et à en récupérer les fruits. La preuve qu'on peut avoir soutenu Sepp Blatter jusqu'au bout et faire encore partie de ceux censés reconstruire l'image de la FIFA où il occupe toujours un rôle en vue. Toute la fourberie d'Omari est là. Et les maux du football congolais avec eux. " Je ne le défendrai pas, mais il faut rester pragmatique. Aujourd'hui, on sait ce qu'on a, mais l'on ne sait pas ce qu'on aura demain " avance, à tâtons, Mulumbu d'un coup moins disert lorsque l'on évoque avec lui le cas Omari. " Il est encore là pour deux ans, on ne va pas faire un putsch. De toute façon, il a pour lui d'essayer de réformer l'administration. Son vilain défaut, c'est que c'est un sentimental et qu'il a du mal à bien s'entourer. " Il ne faut pourtant pas plaindre Constant Omari. Sur les cinq dernières années, la FECOFA, comme les autres Fédérations africaines, a touché 5 millions d'euros de subventions de la part de la FIFA. Des sommes censées mettre en branle la série de réformes promises en décembre 2017 lors de la réélection, pour la quatrième fois, et à l'unanimité d'Omari à la tête de la FECOFA, mais dont on tarde à voir l'impact dans le marasme ambiant. " Normalement, cela ne devrait, par exemple, pas être à moi de démarcher les binationaux pour qu'ils rejoignent la sélection comme je l'ai fait avec Arthur Masuaku,Gaël Kakuta, Giannelli Imbula ou même Steven Nzonzi " , déplore encore Bakambu. Au niveau de la Fédération, il faut vraiment que des mesures soient prises pour qu'on puisse avancer tous ensemble." Si l'on a un temps évoqué la possibilité de faire venir un " grand nom " - Claude Makelele - pour reprendre en main la sélection en vue de la CAN 2021 et surtout du Mondial 2022 au Qatar et ainsi permettre de convaincre de rejoindre la sélection, dans un proche avenir, de joueurs à haut potentiel comme le très convoité Stanley Nsoki (20 ans, PSG), il n'en est finalement rien. Fin de semaine dernière, la FECOFA annonçait la nomination de Christian Nsengi Biembe. " Ce choix a été effectué au cours d'une rencontre avec le président de la FECOFA, Constant Omari. Il est congolais, il est compétent, il a les diplômes requis, c'était le meilleur choix qu'on pouvait faire ", a précisé à une radio congolaise le Ministre des sports Jean-Pierre Lisanga Bonganga. Jusque-là directeur technique national, l'homme chargé de l'intérim n'est donc pas inconnu. La fédé lui a donné six mois pour convaincre sans quoi un appel à candidatures sera lancé.