Rien à voir avec la confiture : c'est du latin, tous ceux d'un certain âge shootés au catéchisme durant l'enfance savent ça, c'est le titre d'une prière catho et ça signifie " Je confesse ". Je confesse à Dieu Sepp Blatter tout-puissant, à saint Michel Platini Archange, aux Saints Apôtres de l'International Board, et à tous les saints du foot. Je confesse quoi ? Qu'en tant que petit entraîneur de Provinciale depuis une quinzaine d'années, je pèche de plus en plus (rien à voir avec la pêche, mais bien avec le péché !) dans les trois catégories officiellement reconnues : par pensée, par action et par omission.
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Rien à voir avec la confiture : c'est du latin, tous ceux d'un certain âge shootés au catéchisme durant l'enfance savent ça, c'est le titre d'une prière catho et ça signifie " Je confesse ". Je confesse à Dieu Sepp Blatter tout-puissant, à saint Michel Platini Archange, aux Saints Apôtres de l'International Board, et à tous les saints du foot. Je confesse quoi ? Qu'en tant que petit entraîneur de Provinciale depuis une quinzaine d'années, je pèche de plus en plus (rien à voir avec la pêche, mais bien avec le péché !) dans les trois catégories officiellement reconnues : par pensée, par action et par omission. Par pensée d'abord, et ça ne m'arrivait pas au début, quand je voulais encore croire qu'on puisse coacher et rester zen. Mes joueurs étaient victimes d'une décision ahurissante, mais je continuais d'aimer l'arbitre comme un brave mec : nulle mauvaise pensée, seulement de la solidarité dans un contexte difficile. Alors qu'aujourd'hui, quand je reste de marbre malgré l'ahurissement, je dois bien reconnaître qu'en pensée, je réduis fréquemment le referee en bouillie, je rêve de grande casserole à taille humaine comme dans Tintin au Congo et de cuisson à petit feu, je cogne en virtuel, j'ai l'âme d'un bourreau passif... Perso, je ne trouve pas ça trop grave même si Benoît XVI et ses sbires stigmatisent l'attitude, ça reste un secret entre mon moi intime et mon moi intime, et ça me défoule pacifiquement... Passons au péché par omission... plus tangent celui-là ! Exemple. Jadis, quand un ballon sortait devant mon nez au profit de mes adversaires, et vu qu'il n'y a pas de juges de ligne dans nos petites divisions, j'indiquais du bras au ref que le cuir était sorti en ma défaveur. Comme j'étais bon et pur ! Maintenant c'est terminé, ras-le-bol, j'ai vécu trop de décisions fantaisistes, que l'arbitre se démerde puisqu'il aime ça, puisqu'il consent à cette mascarade de règlement, et tant mieux s'il se goure parfois à mon profit : si le ballon sort devant mon nez, mon nez omettra et mon bras aussi... Ce n'est pas glorieux, mais c'est l'usure. Confiteor. Vient enfin le vrai grand péché : l'action, la parole, la gueulante sur l'arbitre, le pétage de plomb ! J'aimerais être un saint, mais il m'arrive de succomber au pétage, fort peu souvent, mais à l'occasion. Et davantage aujourd'hui qu'hier, j'admets : encore une fois l'usure, l'accumulation d'incompréhensions... Récemment, ma mémoire hélas éléphantesque me serinait, en plein match, que X m'arbitrait pour la quatrième fois en quelques années, que j'allais pour la quatrième fois être battu de justesse sous sa direction, que ses options arbitrales me stupéfiaient pour la quatrième fois, mais que j'avais fermé ma grande bouche les trois fois précédentes en croyant bien faire : y'a pas eu de quatrième fois silencieuse, y'a eu selon moi un péno non sifflé en ma faveur, ma soupape a pété, et je pardonne à ma soupape. Toomuch is too much à la longue, la plus belle soupape du monde ne peut donner que ce qu'elle a. Je démarre toujours un match en me disant que le mieux sera d'écraser quoi qu'il arrive, mais je n'y arrive plus toujours. Peut-être devrais-je faire comme cet autre coach dans notre Belle Province : chaque dimanche, paraîtrait que son épouse le dépose à 15km du terrain, et qu'il se tape les 15 dernières bornes en courant, histoire - je suppose - de ne pas (trop) entamer le match sur les nerfs. Pas bête, il faut juste disposer d'une taxiwoman... Toujours est-il que, quant à moi, les années n'amènent pas la sagesse, mais au contraire l'érosion de la patience. Ras-le-bol de la créativité arbitrale, du je-siffle-blanc-ou-noir-et-c'est-toujours-valable. Ras-le-bol du pouvoir subconscient mais sado-maso, conféré à de braves mecs sur base de lois équivoques. Ras-le-bol surtout du prêchi-prêcha pour le fair-play, qui ose condamner les moindres dérapages sur pareilles bases faites pour frustrer. Ras-le-bol de l'argument ça-finit-toujours-par-s'équilibrer, il est trop peu compatible avec l'enthousiasme. Ce qui motive un coach, ce doit être la passion, pas l'ascétisme ou le dénuement : si le but du coaching/foot est d'arriver à la sainteté, alors je préfère faire moine que coach, entrer dans les ordres au lieu d'être partie prenante du désordre, écouter du Grégorien plutôt que du sifflet... Nous sommes amoureux fous d'un sport follement malsain, je vous ai déjà refilé cette phrase en conclusion. Voici 8 ans, je crois. Elle est toujours valable. par bernard jeunejean