Ce fut le buzz en janvier 2018, c'était du jamais vu : Tony Chapron siffle Nantes-PSG et court loin derrière Kylian Mbappé qui va au but. Diego Carlos qui se replie arrive à sa hauteur, Chapron ne le voit pas, oblique légèrement, s'emberlificote dans les gambettes du gars, s'étale : couché mais furieux d'avoir perdu la phase de vue, il file aussitôt un coup de pied vengeur au défenseur nantais ...avant de lui brandir un carton jaune qui devient même rouge, vu que le pauvre gars avait déjà été averti ! Ahurissement général.
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Ce fut le buzz en janvier 2018, c'était du jamais vu : Tony Chapron siffle Nantes-PSG et court loin derrière Kylian Mbappé qui va au but. Diego Carlos qui se replie arrive à sa hauteur, Chapron ne le voit pas, oblique légèrement, s'emberlificote dans les gambettes du gars, s'étale : couché mais furieux d'avoir perdu la phase de vue, il file aussitôt un coup de pied vengeur au défenseur nantais ...avant de lui brandir un carton jaune qui devient même rouge, vu que le pauvre gars avait déjà été averti ! Ahurissement général. Neuf mois plus tard, Chapron, qui a terminé sa carrière, accouche de ses mémoires (*) ; je viens de les lire ...et je comprends mieux quelle mouche l'a piqué à Nantes : ce bonhomme ne peut pas digérer que son nombril ait tort ! Livre à lire absolument, utile mais autant qu'énervant. L'arbitrage n'en sort pas grandi et c'est le grand mérite du bouquin, mais Chapron n'en sort pas grandi non plus, à mes yeux en tout cas : jamais je n'ai lu d'autobiographie à ce point hâbleuse ! C'est évidemment truffé d'anecdotes vécues, de situations conflictuelles d'arbitrage, mais dont Zorro siffleur sort héros souvent, et victime quand ce n'est pas le cas... Chapron dégomme le milieu de l'arbitrage : c'est peut-être cracher dans une soupe qu'il a mangée 15 ans, mais le coup de balai fait du bien. Les classements et désignations d'arbitres ne sont que magouilles. Les visionneurs sont subjectifs, ils ne font que souligner des erreurs. Les arbitres sont en compétition, ils se critiquent bien au-delà de leurs possibles affinités. Fliqués, aliénés, cadrés, ce sont des moutons de Panurge acceptant d'écraser dans l'espoir de percer. La formation ne fait d'eux que des coureurs de fond, sur fond de pensée unique. Ne former les arbitres qu'avec d'anciens arbitres, c'est d'ailleurs proche d'une consanguinité... Dans pareil milieu, si Tony ne fut pas mouton, il le doit à ses talents d'observateur sagace et pragmatique. En fin de bouquin, il a d'ailleurs de bonnes propositions quant aux modifications de règlement. Mais surtout, il sait que bien des fautes ne sont pas d'une évidence absolue, il admet que les pénos, c'est bien souvent du 50/50, et que c'est l'humain qui te fait basculer : si tel joueur est infect, pas de cadeau ! Il considère que la fameuse compensation est plutôt une recherche d'équilibre. Il dit avoir fait le pari risqué de prendre des décisions fortes, impopulaires : si l'arbitre veut de bonnes notes, il a intérêt à ce que le match soit difficile ...pour mieux se faire voir en le contrôlant bien ! Il a conscience de cette résonance toute particulière quand on sanctionne l'équipe locale, les sanctions contre les visiteurs étant, elles, quasi acceptées comme faisant partie du folklore ! Qui, mieux que l'arbitre, a le pouvoir d'influer sur le déroulement et l'issue d'une rencontre ? interroge-t-il. Partir arbitrer était devenu pour moi comme partir jouer une pièce... Et tous ces constats n'empêchent pas Chapron d'affirmer que les arbitres français sont honnêtes : la suspicion de partialité serait un fantasme ! Siffleur paradoxal ! Autre paradoxe, cette fois commun à tous les siffleurs, Tony compris : vouloir le respect de l'arbitre en toute circonstance, mais clamer que l'essence de l'arbitrage est le ressenti, que son charme est la libre interprétation de la Loi ; hurler au danger du robot/vidéo, et affirmer que l'arbitre a le droit, autant que les joueurs, de faire des erreurs. ... Là, Bibi ne sera jamais d'accord, même la gaffe d'un bon flic ne sera jamais celle d'un créateur ! Mais Tony va jusqu'à se voir comme un chef d'orchestre qui s'approprie une partition pour en faire jaillir la quintessence de l'oeuvre ! Oufti ! S'il s'imagine artiste, faudrait qu'il admette qu'un créateur est criticable par essence ! En fait, je me redis là qu'il pète plus haut que son cul, que Pep Guardiola et les autres sont ramenés à que dalle ! Tout ça n'empêchant pas Chapron de conclure : contrairement à ce que l'on peut penser, arbitrer est une école de l'humilité ! Ah bon ? (*) Enfin libre ! Itinéraire d'un arbitre intraitable, Arthaud Editions, en collaboration avec Patrick Lafayette.