Il a toujours voulu se produire pour un grand club. Après trois ans à l'AZ Alkmaar, c'est fait : Stein Huysegems (22 ans) est le nouvel avant de Feyenoord. Il se confesse à quelques jours de l'ouverture du championnat des Pays-Bas.
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Il a toujours voulu se produire pour un grand club. Après trois ans à l'AZ Alkmaar, c'est fait : Stein Huysegems (22 ans) est le nouvel avant de Feyenoord. Il se confesse à quelques jours de l'ouverture du championnat des Pays-Bas. Stein Huysegems : Oui, et c'est mission réussie, vous ne trouvez pas ? Avec tout mon respect pour l'AZ, Feyenoord est un cran au-dessus, par son encadrement et son histoire notamment. Ecrire une page à Rotterdam est merveilleux. L'AZ aura bientôt un superbe nouveau stade mais il est deux fois plus petit que le Kuip. L'AZ reste sur de belles saisons, avec trois qualifications européennes et la demi-finale en Coupe de l'UEFA. Il va devenir un grand club... mais Feyenoord l'est déjà. Le club cherchait une alternative à Salomon Kalou sur le flanc gauche. Il ne s'est vraiment intéressé à moi qu'au second tour. Je n'ai pas joué constamment mais quand c'était le cas, je m'illustrais. Je n'ai pas dû réfléchir longtemps, surtout qu'à Alkmaar, j'avais beaucoup fait banquette. Je ne percevais pas la confiance qui m'aurait incité à rester. Surtout au premier tour. Je jouais de 15 à 20 minutes, sur lesquelles on me jugeait. C'était injuste. Un attaquant titularisé a certainement une belle occasion durant le match. En moyenne, il en a six. En un quart d'heure, on peut être heureux si on en décroche une seule. J'ai été surpris. Avec Co Adriaanse, j'ai presque tout joué, hormis les derniers moments. Dès l'arrivée de Louis van Gaal, j'ai compris que je ne serais plus titulaire. Ce fut une terrible déception. J'ai encore tout donné pendant la préparation, sans recevoir de véritable chance. Compte tenu de mes ambitions, me retrouver sur le banc était encore plus malvenu. Si vous n'êtes pas suffisant pour jouer à l'AZ, un bon club du subtop, pourquoi un ténor voudrait-il de vous ? J'ai été aspiré par une spirale négative. Cela devenait difficile de me livrer à fond, je jouais moins bien. J'ai reculé. J'ai tenté de forcer les choses, j'ai perdu confiance. J'estime avoir souvent prouvé que j'avais les qualités requises. Je m'appuie sur ma vitesse, ma technique, mon sens du but, ce qui est quand même l'essentiel pour un ailier gauche, non ? J'ai peut-être marqué trop peu de buts, je l'admets, mais j'ai souvent été déterminant. J'ai ma part dans les succès du club ces dernières saisons. Avec Adriaanse, j'ai souvent évolué à un niveau élevé. Ce n'est pas un secret. Je n'avais pas de mauvais rapports avec Louis van Gaal mais ils étaient moins bons. Nous avons peu parlé, finalement. Ce n'est pas grave, chaque entraîneur, chaque footballeur est différent. Van Gaal répète que les 11 titulaires ont un meilleur crédit de confiance que les réservistes. Cela peut sembler logique pour certains mais je ne suis pas d'accord. Le club s'est manifesté à l'AZ juste après les playoffs. La direction n'a pas voulu collaborer dans un premier temps puis a remarqué que je ne voulais absolument pas rempiler. Elle a obtenu une indemnité - NDLA : on parle de 2,5 millions - et ne peut pas être mécontente. Ce qui m'importe aujourd'hui, c'est la confiance de Feyenoord. Je veux y montrer qui est le vrai Stein Huysegems. Me faire une telle confiance après une période délicate est grandiose. Ma conversation avec Erwin Koeman m'a donné des ailes : c'est ce qui me manquait à l'AZ depuis un an. Tout le staff technique me considère comme le choix idéal pour le flanc gauche. Il veut que je marque et délivre des assists à l'avant-centre. C'est un honneur auquel je ne pouvais que rêver depuis des années. Je ne me sens pas sous pression. C'est plutôt un stress positif. Mon objectif est de faire ce qu'il a réussi. Ce n'est pas une mission impossible. J'évolue dans un registre différent mais Kalou est un modèle à mon poste. Je dois jouer de sorte que les supporters l'oublient. Je ne connais pas vraiment ce concept, j'essaie de savourer mes matches. Un footballeur professionnel ne doit jamais perdre de vue qu'il est très privilégié. On l'oublie quand on est blessé ou qu'on traverse une période difficile mais ce sentiment devrait rester dominant. Nous avons tant de privilèges par rapport à la majorité de la population... Nous gagnons énormément d'argent grâce à notre hobby et ce n'est pas vraiment pénible. Savez-vous qui trime ? Mon père, qui travaille dans la construction de l'aube à la soirée, qu'il gèle ou qu'il vente. Je saurais mieux ce que c'est si j'avais tâté de cette dure vie. Je n'ai jamais dû travailler dans le secteur de la construction mais, gamin, j'ai souvent vu mon père revenir épuisé et s'effondrer devant la télévision. Les footballeurs ont souvent fini leur journée à 13 heures et peuvent profiter du reste de leur temps. Je comprends que les gens trouvent inouïs les montants qui circulent dans le football. On parle en millions. Moi aussi, je trouve parfois ça anormal. Quelle est ma valeur ? Personne ne peut me le dire. Ronaldinho coûte 300 millions d'euros. C'est du... Monopoly. Ronaldo quand j'étais avant-centre. Avant, il était génial. Le voir conspué me fait mal au c£ur. Il est peut-être trop gros mais il n'a quand même pas mal joué lors du Mondial ? Il a inscrit trois buts et est devenu le meilleur buteur de tous les temps en phases finales de Coupe du Monde. Il répond sur le terrain aux critiques. Quand j'avais 17 ans, un journal français a publié des photos d'action de moi à côté des siennes. Une vraie comparaison : nous étions comme deux gouttes d'eau. Notre jeu est semblable, nous sommes rapides et nous possédons une bonne technique. Mais bon, Ronaldo évolue évidemment à un niveau nettement supérieur... En effet, c'est un manquement dans mon jeu. En trois saisons à l'AZ, j'ai inscrit 17 buts, c'est trop peu. Je dois faire mieux à Feyenoord. Le club me l'a d'ailleurs dit dans nos conversations. Je me suis fixé un objectif minimum : 12 buts cette saison. Si l'ailier droit fait de même et que l'avant-centre marque deux fois plus, nous lutterons pour le titre. Mais pourquoi ai-je du mal à trouver le chemin du but ? En Belgique, je marquais régulièrement. Mais je dois devenir plus égoïste, sur le terrain et en dehors. Plutôt de la Campine. On y est moins dur que dans les villes comme Anvers. Je dois m'endurcir, même si je resterai toujours effacé. Je dois m'affirmer. Je ne prends en moyenne que deux cartes jaunes par saison. Je dois montrer plus souvent qui je suis, être moins correct. Je dois vraiment exercer cette passe. Une demi-heure après l'entraînement, avec un avant. Il le faut, pour que cela devienne un automatisme. Pour être franc, je l'ai rarement fait à l'AZ, mais si je veux progresser, je dois m'y astreindre. Je constate déjà des progrès. Au début, ma jambe droite était comme en chocolat, mais je parviens déjà à mieux l'exploiter. Mes passes sont plus constantes qu'il y a trois ans aussi. Oui. Pour atteindre l'élite absolue, on ne peut jamais se reposer sur ses lauriers, on doit constamment affiner certains aspects de son jeu. Ne jamais être satisfait. Si on a la possibilité de se montrer au plus haut niveau mais qu'on ne la saisit pas par négligence, on ne peut que s'en vouloir après. Je ne me pardonnerais jamais ce genre de chose. Je ne connaissais pas encore Benjamin De Ceulaer personnellement avant la reprise des entraînements, puisque nous n'avons jamais joué ensemble dans les différentes équipes nationales. Il a fait bonne impression au RKC Waalwijk la saison dernière et pour le moment, il se montre aussi à l'entraînement. Il est confronté à une rude concurrence avec Romeo Castelen mais la rapidité avec laquelle il est revenu après sa grave blessure est fantastique. Il s'est vraiment battu. Ce serait chouette de former avec Benji les ailes du nouveau Feyenoord. L'AZ m'a mué en véritable ailier gauche, ces dernières saisons. Je continue à préférer jouer à l'avant-centre mais j'ai entamé un nouveau chapitre au niveau des clubs, qu'il s'agisse de ma position ou des progrès à réaliser. Disons que j'ai sept sur dix actuellement et je dois arriver à neuf. DAVID DE VRIES, ESM