Dix minutes pour briser un rêve... En se prenant les pieds dans le tapis lors du début de match à Genk, le gardien et les défenseurs du Standard ont fait passer tout un club du paradis à l'enfer. On n'a plus jamais retrouvé, au retour, l'équipe qui avait plus que correctement fait sa besogne à l'aller. Après les deux premiers buts de dimanche soir, la messe était dite : le moral avait changé de camp, c'était le Racing qui irait en UEFA, René Vandereycken sauverait sa tête et Dominique D'Onofrio s'en irait sur une fausse note. Les suspensions pour la deuxième rencontre de Sergio Conceiçao et Karel Geraerts ont pesé très lourd. A Sclessin, la digestion de cette pilule prendra du temps.
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Dix minutes pour briser un rêve... En se prenant les pieds dans le tapis lors du début de match à Genk, le gardien et les défenseurs du Standard ont fait passer tout un club du paradis à l'enfer. On n'a plus jamais retrouvé, au retour, l'équipe qui avait plus que correctement fait sa besogne à l'aller. Après les deux premiers buts de dimanche soir, la messe était dite : le moral avait changé de camp, c'était le Racing qui irait en UEFA, René Vandereycken sauverait sa tête et Dominique D'Onofrio s'en irait sur une fausse note. Les suspensions pour la deuxième rencontre de Sergio Conceiçao et Karel Geraerts ont pesé très lourd. A Sclessin, la digestion de cette pilule prendra du temps. Cédric Roussel (27 ans) est peut-être le Rouche qui en a le plus gros sur la patate. Après une année surtout faite de malheurs (le calvaire russe puis des pépins physiques au Standard), il rêvait de finir en beauté face à un club qu'il avait quitté par la petite porte en été 2004 et d'être un acteur dominant du double choc. Une commotion encourue lors de la dernière journée l'en a empêché. Cédric Roussel : J'en bave de ne pas avoir pu montrer ce que j'avais dans le ventre pendant deux matches complets. Tout ça à cause d'un bête contact avec un défenseur d'Ostende, lors de la dernière journée... Je ne me suis pas rendu compte tout de suite que c'était assez sérieux. J'ai seulement commencé à comprendre en rentrant au vestiaire à la mi-temps. Ça bourdonnait dans ma tête et j'entendais par moments des bruits comme celui d'un laser. Je me sentais partir et les médecins du Standard m'ont mis de la glace sur la tempe pour me tenir éveillé. Finalement, j'ai quand même pu terminer le match. Mais j'ai ensuite dormi pendant tout le trajet du retour et la nuit a été horrible, avec des vomissements répétés. J'ai passé la journée de lundi au lit, je me suis juste levé pour aller passer un scanner. Le verdict a été très clair : commotion et hématome à la tempe. Mais je ne voulais pas y croire et j'avais une idée fixe en début de semaine : jouer contre Genk dès jeudi, point. Ces deux matches, j'y tenais trop. Le mercredi, j'ai signalé au staff que je pouvais m'aligner, mais ils ont compris que mon raisonnement était passionnel ! J'avais encore des vertiges, j'aurais été fou de disputer le match aller. Il fallait des gars à 100 % pour un combat pareil. J'ai alors proposé de m'installer sur le banc. Mais ce n'était vraiment pas raisonnable. On m'a carrément interdit d'aller au stade jeudi soir : -Regarde sagement le match chez toi à la télé et essaye de te retaper pour dimanche. C'était dur mais la solution de la sagesse. Bien sûr. J'étais revenu à 100 %, Dominique D'Onofrio m'avait bien installé dans son 11 de base, j'avais recommencé à marquer des buts, j'étais à bloc. Et puis patatras. Une fois de plus. Cette blessure et cette absence contre Genk, ce n'est finalement que le reflet de ma saison. D'une année pourrie. En janvier, je m'étais pété un genou le lendemain de mes débuts avec le Standard, en Coupe contre Charleroi : entorse et distension des ligaments externes. J'avais enfin l'impression d'être remis sur les rails, puis boum ! Trois mois dehors ! Peut-être parce que je n'étais pas tout à fait fit et qu'on se fait plus facilement mal dans ces moments-là. J'ai rarement été blessé dans ma carrière, mais deux accidents pareils à des moments aussi cruciaux, c'est dur à digérer. J'aspire vraiment à reprendre les entraînements pour la saison prochaine, avec une ardoise blanche, en ayant oublié tous mes problèmes. Je pars en vacances en Guadeloupe samedi : c'est fou comme je sens que j'ai besoin de faire le vide. J'avais réservé deux semaines à Bora Bora avec ma femme en fin d'année dernière : nous avions annulé parce que j'avais choisi de miser sur un transfert plutôt que sur notre lune de miel. Cette fois, plus rien ni personne ne m'empêchera de partir. Nous nous sentions tellement forts... Une semaine plus tôt, nous avions fait une démonstration contre Gand. Je ne dis pas que le groupe a consciemment levé le pied, que nous avons abordé le match à Ostende en nous disant que cette équipe déjà reléguée n'avait aucune chance de nous ennuyer. Nous savions qu'elle aurait la rage, qu'elle voulait disparaître sur un dernier coup d'éclat. Mais, inconsciemment, nous pensions sans doute qu'il ne pouvait plus rien nous arriver. Et cela nous a bloqués. Alors que si nous avions joué à Ostende comme nous avions joué contre Gand, l'adversaire n'aurait pas existé. Tout autour de l'équipe, nous sentions effectivement que, pour beaucoup de gens, la qualification européenne était gagnée d'avance. Mais le noyau ne raisonnait pas comme ça. Nous avons eu le tort de marquer trop tôt à Ostende. Mon but a renforcé toute l'équipe dans sa conviction d'avant match : ça allait bien se passer. Nous avons alors commencé à reculer et à laisser jouer Eric Joly, et ce fut la clé de la soirée. Electrique, oui. Mais il n'y a pas eu d'éclats de voix. Nous étions tous fâchés contre nous-mêmes, pas contre l'un ou l'autre coéquipier. Nous savions que nous n'avions pas terminé le boulot et que c'était impardonnable. Mais l'expérience a vite parlé : une fois installés dans le car, les joueurs pensaient déjà aux tests matches contre Genk. Dans des moments pareils, on voit la différence entre des gars qui ont de la bouteille et des joueurs qui débutent. Dès le lendemain matin, il n'y avait de nouveau que des visages souriants sur le terrain d'entraînement : la préparation des tests matches commençait de la meilleure façon. Nous étions fiers de notre bilan global et de ce superbe deuxième tour, mais nous étions aussi conscients d'une réalité : les supporters n'en ont rien à battre de voir leur équipe avec 70 points en fin de saison si elle n'est pas qualifiée pour l'UEFA. Cette Coupe d'Europe, elle est peut-être encore plus importante pour moi que pour la majorité des autres joueurs. A 27 ans, j'aimerais bien y participer enfin. J'ai vu les matches du Standard contre Parme et Besiktas notamment : ça fait flipper. Oui, 20 minutes mais j'ai oublié : je ne veux plus rien retenir de cette expérience en Russie... Non. Comme je vous l'ai dit, nous nous sentions tellement forts... Nous avions demandé à ne rien savoir pendant le match, mais nous avons tout compris quand les supporters d'Ostende ont hurlé de joie et commencé à chanter : -Allez Genk !Sans doute. Le coach m'a titularisé contre St-Trond : un match piège, dans lequel nous avions tout à perdre. Il y avait une grosse pression sur toute l'équipe. Après le couac d'Anderlecht, nos supporters ne voulaient pas entendre parler d'autre chose que d'une victoire convaincante, dans les chiffres et dans la manière. Wamberto et moi, nous avions le couteau sur la gorge : notre retour devait être gagnant. Il fallait être dedans directement mais la sauce a pris. Dominique D'Onofrio a en tout cas estimé que certains joueurs n'avaient pas répondu à l'attente. En début de semaine, il a fait remarquer que, si tout le monde avait joué à son niveau, le Standard n'aurait pas perdu ce match. Il a peut-être compris, aussi, qu'il n'avait pas été assez audacieux là-bas, que Sambegou Bangoura avait été trop isolé devant. Et il a alors décidé de m'introduire comme deuxième attaquant. Le Standard avec deux pointes, cela signifiait automatiquement, pour beaucoup de gens, un duo Bangoura-Mohammed Tchité ou Bangoura-Serhiy Kovalenko. Tout le monde disait que Tchité et Kovalenko étaient, plus que moi, complémentaires avec Bangoura. J'ai prouvé dans les quatre derniers matches du championnat que je pouvais aussi être bon avec lui : c'est une des satisfactions de ma première demi-saison au Standard. Certainement pas une surprise. Quand j'ai signé au Standard, j'ai entendu et lu partout que mon profil était trop semblable à celui de Bangoura et que nous ne pourrions pas jouer ensemble. Un seul connaisseur a dit que ça valait la peine d'essayer l'association : Jean-Paul Colonval. Ça peut être très déstabilisant pour une défense d'avoir affaire à deux gars comme nous. Sur les corners et les coups francs, les arrières notent toujours un temps d'hésitation : lequel prendre ? Ils se regardent, hésitent, et quand ce n'est pas un de nous deux qui en profite, ça peut être Ogushi Onyewu, qui joue à la perfection son rôle de troisième larron sur les ballons hauts. Un spécialiste du jeu de tête, c'est parfaitement gérable pour une défense. Deux, ça devient très compliqué. Et trois, ça peut devenir carrément ingérable. D'accord, je suis très semblable à Bangoura sur certains points : le jeu de tête et la façon de garder un ballon û un art que j'ai appris en Angleterre û par exemple. Mais nous sommes aussi fort différents dans d'autres domaines. Bangoura est un vrai rapide, il est capable de prendre un défenseur de vitesse sur 40 mètres. Ce n'est pas mon truc. Par contre, je dévie facilement en un temps, ce qui lui permet de filer à toute vapeur, et on ne le revoit plus. A côté de cela, je suis plus calme que lui devant le but. Sa nervosité a parfois été son péché mignon cette saison. Il a marqué 15 buts mais il aurait pu en mettre 25 s'il avait eu plus de concentration et de sang-froid. C'est vrai que je ne pensais pas arriver à six buts quand je me suis retrouvé sur la touche pour deux mois après ma blessure au genou. Et quand je suis redevenu opérationnel, je me suis fait une raison : Sambegou s'était tellement bien installé dans l'équipe que je me croyais condamné à attendre mon tour jusqu'à la saison prochaine. Pour la première fois de ma carrière, je me retrouvais condamné à un rôle de réserviste en étant en pleine possession de mes moyens. Tout le staff m'a encouragé mais la pilule passait difficilement. Je devais comprendre et accepter le raisonnement de Dominique D'Onofrio : l'équipe tournait bien sans moi, il n'y avait aucune raison de retirer un titulaire pour faire jouer Roussel. D'autant que quelques gros matches arrivaient. On a envie que je crie partout que j'aurais pu être le meilleur puncheur du championnat ? Non, mais si je suis épargné par les blessures, si je joue dans une bonne équipe et si on m'offre de la confiance, je marque des buts à coup sûr. Je l'ai prouvé partout, chaque fois que ces conditions étaient réunies. A cause de la concurrence dans les grands clubs, les attaquants ont de moins en moins de temps de jeu. Et on a aussi l'art de changer continuellement les systèmes : un attaquant une semaine, trois la suivante, deux celle qui suit. Ce n'est pas ce qu'il y a de meilleur pour le gars qui doit mettre les ballons au fond. Ce qui me frappe aussi, ce sont les 9 penalties de Nenad Jestrovic, le meilleur buteur : sur 18 goals, c'est énorme. Pour moi, les 17 buts de plein jeu de Kevin Vandenbergh ont plus de valeur que les 18 de Jestrovic. OK, il faut du caractère, du sang-froid et un grand sens des responsabilités pour réussir ses penalties, mais quand même ! Ça ne veut rien dire. J'ai été bon pendant une dizaine de matches. Les gars qui ont une bonne moyenne en ayant joué une trentaine de rencontres ont bien plus de mérite. Même si je ne vais pas jouer aux faux modestes non plus : ça me fait plaisir de constater que j'ai su me restructurer dans ce club. A part mes deux blessures, je ne conserverai que de très bons souvenirs de mes six premiers mois ici. Les deux meilleurs Standardmen de la saison sont Sergio Conceiçao et Ivica Dragutinovic : il n'y a pas photo. Conceiçao, c'est la toute grande classe, un tout grand monsieur. De l'intelligence, de la hargne, de la disponibilité, de la simplicité, des buts, des assists : il a tout, vraiment. Qu'est-ce que je serais fier si je pouvais faire une carrière comme la sienne ! Tout le foot belge doit être immensément honoré d'avoir un joueur pareil dans le championnat. Quand j'ai lu l'info dans le journal, j'ai fait des bonds. Oui, c'était la bonne nouvelle de la semaine. C'est chouette, je sais que j'aurai encore plein de bons centres la saison prochaine ! Normal, avec ce qu'il a montré cette saison, non ? En plus, on disait partout qu'il était venu au Standard simplement pour se relancer. En prolongeant, il a prouvé le contraire : il se plaît beaucoup au Standard, il est bien considéré et il apprécie sûrement de jouer sans aucune pression. Quand on a son talent, on ne souffre pas de la pression dans le championnat de Belgique, il ne faut pas rigoler... En rentrant au vestiaire, il s'est excusé devant tout le groupe. Nous sommes tombés sur le cul ! Comment pouvait-il penser qu'il devait encore s'excuser pour un penalty raté après nous avoir autant apporté pendant toute la saison ? C'est Eric Deflandre qui a le brassard, mais il est surtout le capitaine de l'organisation. Il gère les soupers, les soirées récréatives, les amendes, etc. Il ne faut pas compter sur lui pour secouer durement le groupe : il est trop gentil et trop sympathique pour cela, je ne l'ai jamais vu s'énerver. Par contre, il y en a qui savent montrer de quel bois ils se chauffent. Quand Ivica Dragutinovic nous fait une remarque, on entend une mouche voler dans le vestiaire. On sait qu'on n'a pas intérêt à répondre. Je l'adore, je l'ai connu à Gand et il m'avait directement pris sous son aile, mais il ne faut pas le provoquer. Idem avec Conceiçao. C'est bien d'avoir de vrais patrons dans un noyau, des gars capables de remonter les bretelles et le moral des autres. A Mons, personne ne répliquait quand une remarque dure venait d'un des leaders : Olivier Suray, Eric Joly ou moi. Les joueurs s'y attendaient mais nous avons été surpris qu'il le fasse savoir aussi tôt dans la saison. Il a compris qu'il avait un groupe fort dans la tête, des joueurs capables de faire abstraction de déclarations pareilles, et il a donc joué le jeu. Je n'ai qu'une réponse : il a d'énormes qualités. Quand les dirigeants lui ont donné sa chance, ils le connaissaient parfaitement et ils savaient où ils allaient. C'est la première fois que je vois une relation entraîneur/joueurs aussi forte. Dominique, on le tutoie à l'entraînement et tout le monde lui fait la bise. Vous en connaissez d'autres comme ça en D1 ? A Mons, j'avais une relation très forte avec Marc Grosjean, mais je ne l'ai jamais embrassé et je continue à le vouvoyer. Il n'y a pas un mais plusieurs profils. A la limite, je suis prêt à travailler avec tous les coaches sauf un : René Vandereycken. J'ai adoré travailler avec lui à Gand. Il est beaucoup, beaucoup plus distant que Dominique D'Onofrio mais c'est un chouette type aussi, avec d'énormes compétences techniques et tactiques. Oui, puisqu'il a été champion avec un noyau moins talentueux que celui d'Anderlecht. Sollied est un coach qui réussira de grands résultats partout. Mais bon, je vous avoue que j'ai quand même voté pour Jacky Mathijssen ! Nous aussi. Il aurait mérité le podium pour ce qu'il a réussi cette saison mais aussi pour l'ensemble de son £uvre au Standard. Je n'attends plus rien des Diables Rouges sous Aimé Anthuenis. Il ne comptait pas sur moi quand je claquais des buts avec Mons puis avec Genk, je ne vois pas comment il justifierait mon retour aujourd'hui. Il a Luigi Pieroni, Emile et Mbo Mpenza, Thomas Buffel, Kevin Vandenbergh : c'est très bien. (Ironique). Moi, je vais découvrir la Guadeloupe, c'est sûrement aussi bien. Je ne demande même plus qu'on m'explique certaines sélections. Tom Soetaers est redevenu international en début d'année parce qu'il avait marqué quelques buts avec Genk. Moi, je reste sur la touche alors que j'ai recommencé à scorer avec le Standard. Karel Geraerts a été superbement ignoré quand il crachait le feu avec nous. Maintenant, on l'appelle enfin alors qu'il est un peu dans le creux. Bonne chance aux Diables, point à la ligne. Pierre Danvoye" DEUX BLESSURES AUX PLUS SALES MOMENTS, c'est le reflet de ma saison " " Conceiçao et Dragutinovic sont LES DEUX MEILLEURS STANDARDMEN DE LA SAISON "