"La mode exprime son époque ", expliquait Karl Lagerfeld. En Pro League aussi, chaque époque a connu son lot de tendances. Loin d'être les derniers couturiers les plus hype du moment, nos acteurs du monde du ballon rond sont aussi des tendances makers à leur manière. Par cycle, les mercatos revêtent différentes colorations. Explications.
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"La mode exprime son époque ", expliquait Karl Lagerfeld. En Pro League aussi, chaque époque a connu son lot de tendances. Loin d'être les derniers couturiers les plus hype du moment, nos acteurs du monde du ballon rond sont aussi des tendances makers à leur manière. Par cycle, les mercatos revêtent différentes colorations. Explications. Et pour l'instant, le Serbe et le Croate sont devenus le prêt-à-porter belge. Les prix y sont corrects, la qualité acceptable et les fringues s'adaptent à tous. La preuve : Anderlecht vient de présenter Ivan Obradovic (Serbie) alors qu'IvanSantini (Croatie) a déjà secoué les filets pour le Standard. L'an passé, près de 10 % des joueurs de Pro League émanaient d'Europe de l'Est. Sur 444, 42 proviennent de l'ancien bloc de l'Est. Parmi eux, on retrouve 13 Serbes et 10 Croates. " Le marché est grand, la gamme l'est également ", sourit Yuri Selak, agent d'origine croate mais travaillant principalement avec des joueurs belges. Les gars sont, à l'exception de l'un ou l'autre prodige, abordables pour les clubs de notre championnat même s'il faut parfois ouvrir un peu le porte-monnaie. Souvent, les clubs savent où aller. Les gars des Balkans ont l'avantage de savoir s'adapter partout. Mettez un Serbe en Chine, il fera son boulot pour gagner sa croûte. Cela fait partie de la mentalité. Dans les Balkans, on est fiers, solidaires et capables de s'adapter à tout. " Cvijan Milosevic, ancien joueur (FC Liège ou Germinal Ekeren) devenu manager, ajoute un paramètre : le talent. " Je prends l'exemple de mon pays, la Serbie. Que ce soit au volley-ball, au handball, au basket-ball, nous sommes compétitifs. Dès qu'il est question d'un sport collectif, la Serbie réalise de belles choses. " Le talent n'est pas la seule raison du nombre croissant de joueurs issus de l'ex-Yougoslavie en Pro League. Les agents ne l'avouent qu'à demi-mot mais leur influence est grande. " C'est du copinage pur et simple et non une mode ", dira même un agent originaire des Balkans mais voulant rester anonyme. " Les gars ont une bonne relation avec certains clubs et leur refourguent leurs joueurs. C'est du pur relationnel car à part Obradovic et AleksandarMitrovic qui a vraiment réussi ? Et dans les grands clubs ? Il y a des régions du monde bien plus prolifiques. " Si le championnat grouille de joueurs des Balkans, c'est également parce qu'ils le valent bien. Même climat, seulement deux heures de vol pour rentrer au pays, des salaires plus conséquents et payés à temps et à heure, cela change une vie. " Puis, c'est un tremplin idéal pour se lancer ou se relancer ", explique Milosevic. " Il faut dire aussi que leurs clubs formateurs les poussent presque vers la sortie. Pour survivre, ils doivent vendre. " Il y a peu, on ne comptait plus les Sud-Américains. La mode n'était pas neuve mais Anderlecht avait décidé de la remettre au goût du jour et de sortir les billets pour former une garde argentine digne de ce nom. Après être passé à côté d'Angel di Maria et après avoir reculé devant le prix demandé pour Sergio Agüero, le Sporting a enchaîné des mercatos latinos avec plus ou moins de réussite. Nicolas Frutos, Nicolas Pareja, Matias Suarez et Lucas Biglia possèdent d'indéniables qualités et se sont imposés en A, au contraire de Cristian Leiva, Pier Barrios ou encore Pablo Chavarria. Le tout sans parler des fiascos brésiliens Triguinho, Diogo, Reynaldo ou Canesin. Kanu fait office de demi-exception. Menée par le duo GérardWitters-WernerDeraeve, la filière a du plomb dans l'aile mais a repris du service l'hiver dernier avec Guido Carrillo qui vient de leur filer sous le nez. Anderlecht n'a pas su revenir sur le marché Sud-Am et c'est désormais Bruges qui a relancé cette mode avec Carlos Bacca, Nicolas Castillo, José Izquierdo et Felipe Gedoz. Les BlauwenZwart ont, comme de plus en plus de clubs, décidé d'aller voir dans les plus petits pays pour faire leur marché. " L'Argentine et le Brésil, c'est surfait, surcoté ", lâche un agent spécialisé dans le marché sud-américain. " La mode est aux pays voisins. Les joueurs que le Club Bruges a achetés là-bas sont de bon niveau même si, en ne passant pas par des filiales implantées localement, ils les ont payés plus chers que si nous avions négocié le deal. Mais au moins, eux ont compris que l'Amérique du Sud était plus qu'une tendance. C'est un vivier de talents. " Le Club Bruges n'est pas le seul à avoir saisi l'attractivité du marché sud-américain. " La Colombie, par exemple, a un climat plus propice à l'acclimatation en Europe. Le jeu y est rude derrière et frivole devant. Les prix montent là-bas car les locaux ont compris que le monde avait les yeux rivés sur leurs pépites. " Reste que les Sud-Américains ne sont désormais plus que des éclairs ponctuels de la part des recruteurs. " Il faut alors voir à long terme avec des gars entre 18 et 22 ans. Peut-être faudra-t-il payer 2 ou 3 millions mais la plus-value sera grande. Si les clubs belges finissaient par le comprendre, la mode ne serait plus aux Balkans mais aux Latinos. Mais notre pays est frileux et veut de l'efficacité directe, sans voir trop loin. " Et pour ne pas aller trop loin, rien de tel que la France. Nos voisins sont les plus gros fournisseurs de joueurs étrangers en Belgique. La proximité géographique est la principale explication de cette tendance. Certains managers belges ont de gros réseaux français tandis que des agents français commencent à comprendre la force du marché belge. " Nous sommes très regardants à qui est passé avant ", commente Grace Diamouangana, un manager français qui s'implante doucement mais sûrement en Belgique. " C'est un truc de chez nous. Avant, on dénigrait un peu la compétition belge. Quand on voyait certains joueurs qui se plantaient chez nous devenir de bons joueurs en Belgique, on se posait des questions. Quand je dois convaincre un jeune Français de signer en Belgique, je lui montre William Vainqueur. Directement, le franc tombe et il saisit à quel point la Belgique peut être une vitrine. Il ne faut pas regarder à l'argent à ce moment-là car il n'y en a pas autant en Belgique. " Et si des Français n'émanant pas au top sont venus en Belgique, c'est parce que la formation française jouit d'une énorme réputation. " Déjà, nous sommes plus nombreux ", poursuit le manager. " Et dès le plus jeune âge, les meilleurs sont envoyés en centre de formation. Tous ne franchissent pas les portes de l'équipe A mais leur formation n'en reste pas moins de qualité. À 15-16 ans, ils affrontent déjà des hommes avec les équipes de CFA. En Belgique, ils jouent entre gamins. Si un club de Pro League veut un joueur de 18 ans prêt à l'emploi, il penchera plus vers un Français car il connaît la valeur du produit. Si les Français sont de plus en plus intéressés, ils sont également de plus en plus intéressants. " Mais la plus grosse mode est et reste la formation de jeunes Belges. La génération 2007-2008 du Standard a été un déclic qui fut appuyé par l'excellente réputation de nos compatriotes à l'étranger. " Les autres pays veulent du belge ", dit Yuri Selak. " Le fait de venir de chez nous fait avancer les dossiers plus rapidement. Et puis, c'est un produit qui se vend très bien. " PAR ROMAIN VAN DER PLUYM" Quand je dois convaincre un jeune Français de signer en Belgique, je lui montre William Vainqueur. " Grace Diamouangana