Florentino, dégage ! C'est ce qu'on pouvait lire sur une pancarte dans les tribunes lors des premières minutes du match opposant le Real Madrid au Celta Vigo. Il s'agissait du premier match sous la direction de Zinédine Zidane mais au stade Bernabéu, l'ambiance n'était pas des plus chaleureuses.
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Florentino, dégage ! C'est ce qu'on pouvait lire sur une pancarte dans les tribunes lors des premières minutes du match opposant le Real Madrid au Celta Vigo. Il s'agissait du premier match sous la direction de Zinédine Zidane mais au stade Bernabéu, l'ambiance n'était pas des plus chaleureuses. Au moment de l'annonce de la composition des équipes, il n'y a guère eu de réactions. Pourtant, en faisant confiance à Keylor Navas, Isco, Marcelo et Gareth Bale, Zidane avait réservé quelques surprises de taille. Lorsqu'ils ont vu la pancarte, les stewards se sont précipités à quatre pour la faire enlever. Ça a fait un peu de grabuge mais elle a fini par disparaître et ceux qui l'affichaient ont été gentiment priés de quitter le stade car les tifos, les banderoles et les messages ne peuvent être déployés qu'à des endroits bien précis... et contrôlés par le club. Or, jusqu'à nouvel ordre, le club, c'est Florentino Pérez. Il y a un mois, un fan du Real Madrid se disant socio depuis 1954 a écrit une lettre à El País. Il y déplorait le comportement du président, qu'il comparait à un dictateur ne supportant pas la critique. Ce n'était pas la première fois de la saison que la gestion de Pérez était critiquée. Tout a commencé lorsque Zinédine Zidane a annoncé son départ, l'an dernier, quelques jours à peine après la victoire en Ligue des Champions. Après avoir ramené trois fois de suite la coupe aux grandes oreilles à Madrid, le coach français avait préféré jeter l'éponge. Ce coup-là, Pérez ne l'avait pas vu venir. Il avait donc dû engager en toute hâte un nouvel entraîneur. Par manque de candidats disponibles, il a trouvé un accord avec Julen Lopetegui, déstabilisant ainsi l'équipe nationale espagnole qui, suite à cela, allait louper sa Coupe du monde. En juillet, lorsque Cristiano Ronaldo est parti à la Juventus, Pérez s'est frotté les mains. Quel attaquant de 33 ans aurait pu lui rapporter 105 millions d'euros ? D'autant que cela faisait longtemps qu'il avait envie de se débarrasser de CR7, avec qui ses relations n'étaient plus au beau fixe. Selon lui, il n'y avait même pas besoin de remplacer le Portugais. Il attendait de ceux à qui Cristiano avait fait de l'ombre qu'ils se montrent. À commencer par Gareth Bale. Mais ça n'a pas fonctionné. Peu après le début de saison, quand il a compris que Lopetegui ne parvenait pas à faire démarrer le moteur, Pérez l'a mis de côté et a fait appel à Santiago Solari, coach du Real Madrid Castilla. Considéré dans un premier temps comme intérimaire, l'Argentin a vu ses chances de rester en place augmenter au fil du temps. Jusqu'à ce que, en une semaine, le Real soit éliminé de la Copa del Rey par le FC Barcelone et de la Ligue des Champions par l'Ajax.a Avec, entre les deux, une défaite en championnat face au rival catalan. Et tout cela au stade Bernabéu... Craignant que les socios ne provoquent une élection présidentielle pendant l'été, Pérez se devait d'intervenir. Plus possible pour lui de garder Solari, que beaucoup décrivaient comme sa marionnette. José Mourinho lui a proposé ses services mais Florentino a refusé. Même s'il a beaucoup d'estime pour The Special One, le président savait aussi que les cadors du vestiaire préféraient encore aller faire du shopping avec leur belle-mère que retravailler avec le Portugais. Pérez a alors demandé à quelqu'un du club de téléphoner à Zidane pour voir ce que celui-ci pensait d'un retour éventuel. Le Français a engagé à son tour un intermédiaire pour dire " non ", tout en ajoutant que ce refus n'était pas définitif. Dans un premier temps, il n'avait pas envie de reprendre en cours de saison. Il n'était même pas encore sûr de vouloir reprendre en juin, que ce soit en Espagne ou à l'étranger. Car on affirmait qu'il avait déjà une offre de la Juventus en poche. Si Zidane se montrait aussi froid, c'est parce qu'il n'avait pas avalé la façon dont il était parti du Real. La saison dernière, il avait en effet convenu avec Pérez que Gareth Bale serait vendu et que, si Cristiano, partait, il serait remplacé par Neymar, Kylian Mbappé ou Eden Hazard. Lorsqu'il a appris que Pérez avait décidé de garder Bale sans lui en parler, il était tellement déçu qu'il a préféré jeter l'éponge. Plus tard, après son départ, certains dirigeants du Real racontaient que Zidane voulait que son fils Luca, alors gardien de l'équipe B, devienne réserviste en équipe première. L'entraîneur aurait également été déçu que le club engage le jeune gardien ukrainien Andriy Lunin, qui allait barrer Luca Zidane. Dans ces conditions, il était logique que Zizou n'ait guère envie de revenir. Florentino Pérez a alors empoigné lui-même son téléphone. Car, ne vous y trompez pas, le président avait besoin d'un deux ex machina pour sortir de la crise. Les supporters n'étaient pas les seuls à se retourner contre lui. Dans le vestiaire aussi, la colère grondait. Lorsque le président a parlé aux joueurs après l'élimination des oeuvres de l'Ajax en Champions League, leur reprochant un manque de professionnalisme, Sergio Ramos lui a répondu que le problème n'était pas lié à ça mais à un manque de buteur et que la responsabilité en incombait à la direction. En d'autres mots : on a vendu Cristiano Ronaldo et on n'a acheté personne à sa place. Pérez serait devenu fou furieux et aurait menacé Ramos de renvoi. " Paye-moi et je m'en vais ", a alors répondu le capitaine, selon le journal As. " J'ai tout donné pour ce blason, pour ce club et même pour toi. " En effet, Ramos a joué un rôle important dans la glorieuse épopée du Real, marquée par la conquête de quatre Ligues des Champions en cinq ans. Lors de la finale de 2014, c'est lui qui a fait 1-1 dans le temps additionnel face à l'Atlético de Thibaut Courtois. Sans cela, il n'y aurait pas eu de Décima, une dixième victoire en Ligue des Champions, et l'histoire aurait peut-être été différente. Cet accrochage entre Pérez et Ramos démontre en tout cas que les relations entre le président et les joueurs étaient plus tendues que jamais. En rappelant Zidane, Pérez a calmé à la fois le vestiaire et la tribune. On ne saura peut-être jamais ce qu'il a dit à Zizou pour le convaincre mais il lui aurait fait d'énormes promesses en vue de la saison prochaine. Certains médias parlent d'une enveloppe de 500 millions d'euros pour les transferts. D'autres disent que c'est beaucoup moins car le Real va investir dans l'aménagement du stade Bernabéu, ce qui va lui coûter des centaines de millions d'euros. Ce qui est sûr, c'est que Zidane sera beaucoup plus impliqué que par le passé dans la politique sportive. À quel point ? On le saura lors du prochain mercato. Kylian Mbappé, Paul Pogba, Eden Hazard, Christian Eriksen, Matthijs de Ligt, Adrien Rabiot, Sadio Mané, Harry Kane, ... Au cours des dernières semaines, de nombreux grands joueurs ont été cités au Real Madrid. La présence de Zidane a un effet magnétique. Le Français est souvent très discret lorsqu'on évoque les transferts mais lors de la conférence de presse précédant le match face à Huesca, il s'est quelque peu lâché. Au sujet de Mbappé, il a entonné une rengaine connue : " Il ne joue pas chez nous. Par respect pour lui, pour le PSG, pour notre club et pour nos joueurs, je ne vais pas parler de lui. " Mais quand on a cité le nom de Pogba, il a réagit différemment : " Tout le monde sait que j'aime Pogba. Je le connais personnellement. Comme joueur, il est différent, il apporte beaucoup. Peu de joueurs apportent autant que lui. Sur un terrain, il peut tout faire. Pourquoi ne débarquerait-il pas chez nous après son expérience à Manchester United ? " Effectivement, l'intérêt que Zidane porte à Pogba ne date pas d'aujourd'hui. En janvier 2016, lorsqu'il est devenu entraîneur du Real, le nom de Pogba figurait déjà tout en haut de sa liste. Mais cette année-là, le médian était passé de la Juventus à Manchester United parce que les négociations entre Florentino Pérez et Mino Raiola, son agent, n'avaient pas abouti. Pérez, qui n'aime pas les têtes brûlées comme Raiola, aurait promis à Zidane de reprendre les négociations. Ce ne sera pas simple car Pogba est encore sous contrat pour deux ans chez les Red Devils et Ole Gunnar Solskjaer s'est mis en tête de le convaincre de rester. Avec ses promesses à Zidane, Pérez s'est mis en difficulté. En coulisses, l'entraîneur jongle avec des noms comme Pogba, Hazard et Mané tandis que le président a d'autres intentions. Il veut continuer à investir dans les jeunes joueurs et offrir ainsi au Real une " éternelle jeunesse ". La preuve : au cours des dix dernières saisons, le club a déjà dépensé 270 millions pour acquérir des joueurs de moins de 23 ans. Le dernier de la liste s'appelle Brahim Díaz, un médian espagnol de 19 ans arrivé de Manchester City en janvier dernier en échange d'une somme de 17 millions. Lors de sa conférence de presse, Pérez a dit : " Nous continuons à nous renforcer avec des jeunes talents de grande qualité. C'est ainsi que nous allons jeter les bases d'aujourd'hui et de demain. Nous restons fidèles à notre vision du sport. C'est elle qui nous a permis de lancer une formule gagnante, d'arriver à l'équilibre financier et de garder notre rang dans le contexte économique actuel du football. " Pérez pense ainsi pouvoir rivaliser avec les pétro-dollars des cheikhs du PSG et de Manchester City. Son intention est de laisser ces jeunes talents mûrir au Real Madrid Castilla avant de les lancer dans le noyau A. Une philosophie mise en place à l'été 2013, lorsque les jeunes internationaux Asier Illarramendi, Isco et Dani Carvajal ont été engagés. Au début, la préférence allait encore à de jeunes Espagnols mais au fil du temps, le Real a engagé de plus en plus d'étrangers : le Norvégien Martin Odegaard, le Hollandais Martin Peeters, les Brésiliens Lucas Silva et Abner. Marco Asensio n'avait lui aussi que 19 ans lorsqu'il a signé au Real. Les montants versés pour ces jeunes joueurs ne cessent d'augmenter. En 2017, Pérez a déboursé 45 millions pour s'offrir Vinícius Júnior. Et l'été dernier, il a versé 40 millions sur le compte de Santos pour Rodrygo Goes (17 ans). Ce sont ces jeunes joueurs que Pérez veut voir briller au stade Bernabéu, parce qu'il a investi en eux. Zidane voit les choses différemment. Il croit aux valeurs sûres. Le plus bel exemple est l'amour qu'il porte à Marcelo. À près de 31 ans, le Brésilien s'est retrouvé sur le banc avec Solari, Sergio Reguilón (22 ans) prenant sa place. Marcelo a clairement son avenir derrière lui mais, depuis le retour de Zidane, il joue tous les matches. " Marcelo est Marcelo et j'aime son style ", dit le nouvel entraîneur. " À mes yeux, il se débrouille bien. Il s'entraîne bien et il s'implique. " Ça ne plaît pas à Florentino, qui voulait s'en séparer au cours de l'été. Pour le moment, le président doit faire profil bas. Mais pour combien de temps ? Sa façon de voir les choses est totalement opposée à celle de Zinédine Zidane. Cela va faire des étincelles mais Pérez sait qu'il ne peut pas faire ouvertement la guerre au Français. Il manoeuvre donc dans l'ombre afin de réduire le pouvoir de celui-ci. Comme le dit un observateur averti du Real : " Quel cirque, ici ! "