Fin juillet 2000, c'est la fête sur les bords du Rhin, au début de la route touristique qui relie Mayence à Coblence. Cette petite ville, selon les normes allemandes, de 200.000 habitants fête le 600e anniversaire de Johannes Gutenberg, l'inventeur de l'imprimerie.
...

Fin juillet 2000, c'est la fête sur les bords du Rhin, au début de la route touristique qui relie Mayence à Coblence. Cette petite ville, selon les normes allemandes, de 200.000 habitants fête le 600e anniversaire de Johannes Gutenberg, l'inventeur de l'imprimerie. Le FSV Mainz 05, pensionnaire quasi centenaire de deuxième Bundesliga à l'époque, fête lui l'arrivée d'un nouvel entraîneur. René Vandereycken, qui au milieu des années 80 a joué une saison au Blau-Weiss Berlin, devient à 47 ans le deuxième Belge à entraîner en Allemagne depuis l'instauration du professionalisme, après Jef Vliers dans les années 70. Sur une belle terrasse des bords de Rhin, Vandereycken profite d'un bon repas accompagné de vin italien - c'est un connaisseur depuis sa période de joueur au Genoa - en compagnie de son assistant Jean-Pierre Stijnen, le père de Stijn, avec qui il a joué durant ses trois premières saisons au Sporting Hasselt. De là, Vandereycken avait rejoint le Club Bruges tandis que Stijnen prenait le chemin de Berchem Sport. Ce jour-là, Vandereycken vient personnellement nous chercher à notre hôtel pour nous conduire au centre de Mayence. Il montre avec admiration son nouveau gadget : un appareil dans sa voiture sur lequel on tape l'adresse à atteindre et qui indique ensuite l'itinéraire à emprunter. À l'époque, le GPS n'est pas encore répandu. L'entraîneur encode l'adresse avec un sourire radieux, mais ses yeux se plissent quand l'appareil cherche sans fin et ne trouve pas la bonne adresse. " Comment est-ce possible ? ", grommelle-t-il. " C'est la première fois que ça arrive. " Onze ans plus tôt, l'ancien milieu de terrain limbourgeois débutait comme coach à La Gantoise. Il était ensuite passé par le Standard, le RWDM et Anderlecht. Il espérait recevoir sa chance dans un club étranger depuis un moment, mais ce n'était pas évident à l'époque, car le diplôme d'entraîneur belge n'avait été validé à l'étranger qu'un an plus tôt. Au milieu des années 80, Georges Heylens, alors T1 de Lille, en France, avait dû porter plainte devant la Cour européenne de justice, car le syndicat des entraîneurs français ne voulait pas reconnaître son diplôme belge. Heylens avait finalement obtenu gain de cause. Au FSV Mainz 05, Vandereycken a tout de suite eu un bon sentiment. " Quand j'ai demandé un préparateur physique, ils ont aussi trouvé que c'était une bonne idée. En Belgique, on m'aurait demandé : combien ça va coûter et combien de points ça va nous rapporter ? Ils étaient également étonnés que je ne veuille pas faire venir des joueurs belges, mais des Allemands. Pourquoi voudrais-je embaucher un étranger si un Allemand est aussi bon ? " L'année précédente, il était déjà dans le viseur de l'Alemannia Aachen, Duisbourg et Brescia. Et cinq ans plus tôt, il avait eu des contacts aux Pays-Bas, en Allemagne et en Italie. " Ça n'avait pas été plus loin à cause du diplôme. Sinon, j'aurais pu aller à Vitesse ou, un an plus tard, au Borussia Mönchengladbach. Finalement, j'ai opté pour Anderlecht. " Depuis son aventure mauve, il est sans club depuis près de trois ans. " J'ai délibérément retardé beaucoup de choses en Belgique parce que je voulais partir à l'étranger. " Sur les bords du Rhin, il explique qu'il compte remplacer quelques anciens, jugés trop vieux. Jürgen Klopp, arrivé dix ans plus tôt comme attaquant et reconverti en défenseur, est l'un d'eux. Lorsque Sport/Foot Magazine interviewera Klopp des années plus tard en tant que coach à succès, il reconnaîtra que Vandereycken l'avait poussé vers la sortie, mais sans se montrer rancunier. " Au contraire, il m'a rendu service : mes meilleures années étaient derrière moi. " En novembre, Mainz finira par licencier Vandereycken alors que le club compte douze points en autant de matches et figure dans la zone rouge. Son successeur n'est pas plus convaincant. Le 28 février 2001, la direction demande à Klopp s'il veut prendre l'équipe en main. Trois jours plus tôt, il avait disputé son 325e match professionnel pour Mainz. Klopp parviendra à éviter la dégradation en D3 et mènera le club au septième ciel en 2004, en assurant la première promotion en Bundesliga de son histoire. Une belle manière de se faire un nom sur la planète foot. Un peu grâce à René Vandereycken, donc.