"Mon regard sur le football a changé. J'apprécie toujours le match du samedi matin en Amateurs, l'amitié et l'odeur du gazon fraîchement tondu mais le foot pro me laisse froid. J'espère que vous comprendrez pourquoi à la lecture de ce livre. Je pense que vous ne porterez plus le même regard sur le sport. " ( Declan Hill, dans l'introduction de son livre Comment truquer un match de foot ? Editions Florent Massot, 444 p. 21,90 euros. ISBN : 978-2916546216. )
...

"Mon regard sur le football a changé. J'apprécie toujours le match du samedi matin en Amateurs, l'amitié et l'odeur du gazon fraîchement tondu mais le foot pro me laisse froid. J'espère que vous comprendrez pourquoi à la lecture de ce livre. Je pense que vous ne porterez plus le même regard sur le sport. " ( Declan Hill, dans l'introduction de son livre Comment truquer un match de foot ? Editions Florent Massot, 444 p. 21,90 euros. ISBN : 978-2916546216. ) Chaque soir, avant de se coucher, quand il séjournait dans un hôtel bon marché, quelque part sur le continent asiatique, il avait pris l'habitude de tourner la lampe et de changer le lit de place. " Je pensais : il y a deux façons d'entrer dans ma chambre. Soit ils enfoncent la porte, allument et tirent sur moi. Ou ils s'infiltrent en silence dans l'obscurité et me tuent dans mon sommeil. "Hill espérait donc susciter un instant de perplexité chez ses assaillants éventuels. Et ensuite ? " Dieu sait ce que j'aurais pu faire pendant ces cinq secondes. "Le journaliste d'investigation canadien pense aux bandes mafieuses asiatiques, en parlant à la troisième personne du pluriel. " Les fixers ne sont pas réputés pour leur cordialité ", écrit-il dans le livre publié la semaine dernière. Les récits de leurs brutalités jettent une ombre sur le sport en Asie. J'ai reçu d'innombrables avertissements, me signifiant de me tenir à l'écart de tout ça, souvent de la bouche de joueurs et de dirigeants terrorisés. " Hill ne s'est pas laissé intimider. Pendant quatre ans, il a voyagé dans le monde entier. Il a réalisé plus de 200 interviews qu'il a couchées dans un livre qu'on pourrait décrire comme un croisement de polar, de thriller d'espionnage, de récit de voyage et de travail académique. La semaine dernière, l'auteur était de passage à Bruxelles. Declan Hill : Emmanuel Petit le considère comme une étape importante dans la lutte entre le bien et le mal. Shaka Hislop, l'ancien gardien de Portsmouth, Newcastle et West Ham, a parlé de livre important. Etonnamment, j'ai reçu des réactions de Ghanéens, ravis qu'on s'intéresse à leur pays, pour une fois. Par contre, la fédération du Ghana m'a menacé. Pourtant, dans mon livre, on peut découvrir que j'ai interviewé une grande partie des joueurs et officiels ghanéens, parmi lesquels le président lui-même. Celui-ci m'a dit que leur sélection de jeunes avait été approchée par des fixers au Mondial 1991 d'Australie. Il a même affirmé que chaque fois qu'une équipe ghanéenne franchit l'océan, elle est l'objet de tentatives de corruption. Stephen Appiah, le capitaine du Ghana, m'a fait le même récit : il a été approché au Mondial des -17 ans en 1997 et en a discuté avec ses coéquipiers. J'ai entendu des récits similaires à propos des Jeux olympiques 2004, du Mondial 2006 et du Mondial féminin 2007. Donc, le phénomène touche les jeunes, les hommes et les femmes ! J'ai l'impression que le Ghana est sous la menace permanente de tricheurs et que nul n'a eu le courage d'avouer devant moi qu'il y a un problème quand un pays ne peut plus participer au moindre tournoi sans être approché. Exactement. Il se penche sur un phénomène très récent : la globalisation du crime. La manière dont les bandes asiatiques ont d'abord démoli le football en Asie puis sont parties à la recherche de nouvelles proies et ont atterri en Europe. Elles ont débarqué dans les grands tournois, elles se sont implantées dans des équipes et ont acheté des matches. J'insiste : il s'agit d'une menace permanente. Si on n'agit pas, il est possible que cela signifie la mort du football. Naturellement ! En tant que Belge, vous êtes bien placé pour savoir à quoi cela peut mener. J'ai parlé à de nombreux Belges qui portent un autre regard sur le football depuis 2004, 2005 et 2006. (Il soupire) Le livre s'achève sur une déclaration de William Wilberforce, un avocat anglais qui a combattu l'esclavage au 18e siècle et dont les paroles m'ont toujours inspiré. Il a conclu une accusation de quatre heures devant le parlement par ces paroles : - Maintenant que vous m'avez entendu, vous pouvez choisir de ne rien faire mais vous ne pourrez plus jamais dire que vous ne saviez rien. Je dis à mes lecteurs et à ceux qui réagissent sur les blogs : c'est à votre tour. Soit vous acceptez ce qui se passe, soit vous faites pression pour que ça change. Ceux qui lisent mon livre ne peuvent que bouger. Ce qui est frustrant, c'est que la majorité des bloggers n'a pas lu mon livre. D'ailleurs, les réformes peuvent être très simples. Par exemple. Mais regardez le sport pro d'Amérique du Nord : tous ont un département sécurité développé, qui emploie d'anciens agents de police ayant servi au FBI ou à la section antimafia de New York et ont donc été confrontés à des situations très dures. La FIFA, l'UEFA, aucune fédération ne possède de tel département. Tout au plus deux hommes occupent-ils un bureau alors que ce département est habituel dans toute grande organisation, qu'il s'agisse d'IBM ou de Coca-Cola. Je ne dis pas que le sport américain est délivré de toute corruption mais au moins, on lutte contre elle. J'entends des déclarations divergentes. La FIFA envisagerait une enquête mais si c'est exact, elle serait menée par une personne extérieure. Le football a besoin d'une Carla del Ponte, l'ancien procureur du tribunal ayant jugé les crimes de guerre en Yougoslavie, ou d'un Giovanni Falcone, le juge d'instruction italien, assassiné, qui est parti en guerre contre la mafia italienne. Seule une personne de cette envergure est capable de rendre sa crédibilité au sport. Un nouveau phénomène va complètement changer l'industrie du football. Internet a déjà bouleversé l'industrie de la musique : il y a dix ans, nous achetions des CD, maintenant, nous les téléchargeons. Internet offre une plus grande échelle à la corruption. Celle-ci ne touche plus un match de fin de saison. Non, elle s'étend sur toute la saison. Les joueurs de clubs modestes peuvent gagner beaucoup d'argent chaque semaine en prenant une carte jaune, en ratant un penalty... Jusqu'à ce qu'ils soient complètement embourbés dans ce milieu et gagnent l'essentiel de leur argent en vendant des phases de matches. Le marché du pari, l'illégal en Asie comme le légal en Europe et en Amérique du Nord, est une industrie qui brasse des milliards. Imaginez qu'on dise à un footballeur : - Je ne te demande pas de perdre aujourd'hui mais je veux que tu prennes une carte jaune. Voilà 10.000 euros. Il peut en effet s'agir de détails qui, à première vue, n'influencent pas le résultat... Mais les petits matches me tracassent particulièrement. A Glasgow, il y avait un match de -17 ans, devant trois pelés et deux tondus mais aussi des Chinois qui ont passé leur temps au téléphone, à raconter le déroulement du match à Shanghai et à Bangkok. Des gamins de 17 ans étaient concernés ! On dit qu'il est difficile d'acheter des joueurs de grands clubs. Je suis tout à fait d'accord mais ce sont les petits clubs qui fournissent les grands. Certainement, mais il y en a peu. J'ai discuté avec Michael Franzese, un ancien chef de la mafia de New York, expert en psychologie. Il a falsifié des matches, approché des grands joueurs et les a traités comme des amis, pour trouver leur point faible et l'exploiter. Beaucoup de sportifs raffolent des paris. D'après Franzese, c'est ce qui fait d'eux de bons sportifs : ils ont de l'assurance, ils prennent des risques, ils sont agressifs - ce qui est en leur défaveur quand ils parient. Ils sont persuadés qu'ils ne peuvent pas perdre et sombrent dans les problèmes, qu'il s'agisse de paris, de femmes ou de drogues. Il s'agit de globalisation. Comme ce que décrit le journaliste Roberto Saviano dans son livre sur la camorra napolitaine et la façon dont elle cherche des bandes internationales. Le même phénomène est en train de se passer en football. Les gangs asiatiques essaient de se lier à des bandes organisées en Europe. Ces dernières sont en relation avec les joueurs. Aucune idée. Je n'aime pas spéculer. Ce qui est intéressant en Belgique, c'est que vous avez déjà vécu tout ça une fois. Je ne dois pas perdre mon temps à vous expliquer ce qui peut se passer. Dans les pays qui n'ont pas encore eu leur Ye, on me regarde d'un air bizarre. En Belgique, il est impossible qu'il reste des incrédules. En 1999, j'ai fait partie d'une équipe d'investigation de la télévision canadienne. Nous effectuions un documentaire sur les liens entre la mafia russe et les joueurs de hockey du championnat russe. A Moscou, nous avons rencontré un homme qui est un chef de la mafia russe, d'après le FBI. Je lui ai demandé s'il aimait le hockey . -Oui,mais aussi le football. J'ai assisté à la finale du Mondial 1994 dans la loge présidentielle, a-t-il répondu, J'ai pensé : - Si tu étais là, qu'est-ce qui est impossible en football ? En 2003, je couvrais la guerre en Irak quand on m'a annoncé que l'université anglaise d'Oxford m'attribuait une bourse. J'ai donc décidé d'enquêter sur les liens entre le football et le crime organisé. Début 2005, lorsque le scandale Robert Hoyzer, cet arbitre allemand qui a vendu des matches à une organisation criminelle croate, a éclaté, je revenais de mon premier voyage en Malaisie et à Singapour. J'avais vu les dommages apportés au football. J'ai pris la parole à un congrès du sport : - Vous n'avez aucune idée de ce qui vous attend ! Tout le monde m'a regardé avec stupéfaction. Une semaine plus tard, le scandale éclatait en Belgique. Non, mais je serais surpris de l'être. Des menaces ne feraient que prouver que j'ai raison. Tout ce que je peux vous dire à ce propos, c'est que je détiens encore de nombreuses informations qui ne figurent pas dans le livre. S'il m'arrivait quelque chose, à moi ou à ma famille, elles seraient publiées. par jan hauspie