Le coach national a pu mesurer à quel point Eden Hazard intéresse les médias. L'annonce de sa mise à l'écart de l'équipe nationale pour une période de deux matches, contre la Slovénie ce mercredi et en Azerbaïdjan, le 2 septembre prochain, les questions et les commentaires, ont occupé le gros d'une conférence de presse consacrée à la divulgation de l'effectif retenu pour le voyage à Ljubljana. En étant obligé de communiquer sur une décision juste mais surtout inutilement tardive, Georges Leekens a avivé le feu d'un débat inutile vu la classe du puni.
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Le coach national a pu mesurer à quel point Eden Hazard intéresse les médias. L'annonce de sa mise à l'écart de l'équipe nationale pour une période de deux matches, contre la Slovénie ce mercredi et en Azerbaïdjan, le 2 septembre prochain, les questions et les commentaires, ont occupé le gros d'une conférence de presse consacrée à la divulgation de l'effectif retenu pour le voyage à Ljubljana. En étant obligé de communiquer sur une décision juste mais surtout inutilement tardive, Georges Leekens a avivé le feu d'un débat inutile vu la classe du puni. Hazard et l'équipe nationale forment-ils un couple maudit ? Le malaise entre l'artiste de Lille et l'équipe nationale ne se résume pas à son énorme bêtise de Belgique-Turquie quand, après son remplacement, il quitta immédiatement la pelouse sans saluer le coach et sortit du stade pour manger un hamburger alors que la rencontre n'était pas terminée. Même s'il ne s'était peut-être pas rendu compte de ce que cela signifiait (manque de respect pour le coach et de ses équipiers, désintérêt à l'égard des objectifs et de l'image de l'équipe nationale, conscience professionnelle pas évidente, etc.), son attitude ne pouvait pas rester sans conséquence, sous peine de miner l'esprit de groupe. " Hazard est au top en France, mais ils ont des autres normes que nous ", a déclaré Leekens en commentant sa décision. " Eden doit respecter les règles, respecter le maillot et respecter l'équipe. "Le 3 juin dernier, le T1 national fulminait donc après Belgique-Turquie (1-1) mais ne le montra pas, tout en affirmant à sa garde rapprochée que cela ne passerait pas comme cela. Il entendait donner une leçon à l'insolent et en juin, lors d'un échange d'idées avec notre rédacteur en chef, Sven Martens, le nouveau secrétaire général de l'Union belge, affirma que cette attitude ne resterait pas sans conséquence pour Monsieur Hamburger. Big Eden sauce ketchup allait donc bien être suspendu mais pourquoi avoir tant attendu avant d'annoncer la sanction ? Si Leekens avait tranché tout de suite au lieu d'attendre trois mois, l'affaire n'aurait pas eu un tel retentissement et le soufflé serait retombé depuis longtemps. Mais était-ce le désir des décideurs et fallait-il un exemple retentissant, une victime expiatoire, pour mieux asseoir leur autorité ? Eden n'en était pas à sa première incartade, c'est certain, mais des babioles (trop cool à l'entraînement, des phrases peu prudentes : -Je n'aime pas m'entraîner, je préfère jouer) ont tout de suite été utilisées contre lui. Les sponsors relevèrent aussi plus d'une fois qu'il négligeait le costume des Diables Rouges, oubliait sa cravate, etc. Pas bien. Mais, d'autre part, est-il normal que le joueur soit informé par mail le jour où la sélection pour la Slovénie a été dévoilée ? Leekens voulait éviter que la nouvelle se répande avant la conférence de presse via twitter. Leekens et le team-manager des Diables, Nicolas Cornu, ont aussi souligné que Hazard avait changé de numéro de portable sans les avertir. Est-il si difficile de le retrouver ? Cela prend cinq minutes. Mais, attention, pas question pour Leekens et Cornu de galoper derrière Hazard. Avant Leekens, Dick Advocaat avait eu un problème avec Vincent Kompany (rentré plus tard que prévu à un rassemblement, et sans prévenir, des funérailles de sa grand-mère) qu'il renvoya séance tenante chez lui et le priva de la rencontre face au Qatar le 17 novembre 2009. Le Néerlandais prit ensuite l'avion pour Londres et régla ce problème entre quatre yeux. Leekens aurait-il dû imiter Advocaat avant de mettre Hazard au frais ? Oui et il y a aussi un... aéroport à Lille. Le problème n'a pas encore été résolu mais bien aggravé : l'ombre de Hazard plane au-dessus de l'équipe nationale. L'heure est-elle au divorce définitif ou à la séparation provisoire ? Rien que se poser la question, c'est déjà du gâchis. Trois images de Hazard se dégagent pour le moment : celle qu'il a méritée à Lille, celle de l'équipe nationale et son côté rebelle d'enfant star qui n'a forcément pas le même langage que Leekens... aussi moderne ce dernier veut-il être. Le plus étonnant dans le discours de Leekens et de son staff est le manque d'estime à l'égard de Lille et du football français. La L1 est un championnat difficile, surtout pour les attaquants. Lille a réalisé le doublé championnat-Coupe de France la saison passée et Hazard a été élu meilleur joueur de L1. C'est exceptionnel mais certains ont fait la fine bouche en parlant du foot français, bien avant l'affaire du hamburger. Or, les performances de Lille sont autrement plus belles que celles de Twente, par exemple, aux Pays-Bas. Quand on affirme dans le giron de l'équipe nationale que " Hazard est un dieu à Lille et qu'il peut tout s'y permettre ", cela frise l'incorrection. Le coach fédéral a même déclaré qu'il ne voulait surtout pas vivre les mêmes problèmes que les Bleus en grève et en pleine tempête lors de la dernière Coupe du Monde. Est-ce que cela signifiait à ses yeux que Hazard pouvait transmettre des virus aussi dangereux dans le vestiaire des Diables Rouges ? On doit en rire à Lille où le coach, Rudi Garcia, a probablement entendu les propos suivants de Leekens : - Nous voulons rendre Hazard meilleur. Si le joueur vaut 50 millions d'euros (c'est ce qu'espère en tirer le LOSC qui a refusé l'offre de l'Inter Milan et une autre du PSG), Hazard le doit à son travail en club et pas à l'équipe nationale. S'il n'en touchait pas une, Hazard ne serait pas courtisé par les grands d'Europe. " Nous travaillons avec un groupe de 30 joueurs où le collectif prime sur l'individu ", dit encore Leekens. " Nous avons une magnifique discipline de groupe et souhaitons la maintenir. Les joueurs qui franchissent la ligne blanche sont sanctionnés. L'affaire est close en ce qui me concerne. "Pas si vite, un coach doit aussi résoudre au mieux les cas délicats... La Belgique a-t-elle toujours des problèmes avec ses surdoués ? Avant Hazard, Paul Van Himst, Enzo Scifo et Marc Wilmots, le T2 actuel des Diables (voir encadré) ont aussi eu des problèmes en équipe nationale. Van Himst est revenu après sa bouderie et, en tant que capitaine, il emmena les Diables Rouges vers la troisième place de l'Euro 72. C'est l'exemple à suivre dans le cas de Hazard et Leekens n'a pas fermé la porte. La Belgique ne dispose pas assez de grands talents pour se passer du Lillois. Personne ne peut attendre dans sa tour d'ivoire. Leekens ne veut pas courir derrière un gamin ? Il devra assouplir sa position, ne pas se contenter d'une punition, prendre Hazard sous son aile ; sans cela, il restera le coach qui a du mal avec les stars. Il déteste, certes, toute forme de ce qui peut ressembler à du désintéressement. On peut comprendre que ce soit un signe de faiblesse pour lui. Aux yeux de Leekens, l'équipe nationale - à nouveau soutenue par un large public - exige des joueurs un grand amour, des attitudes positives et volontaires. Le football belge a toujours fonctionné sur ce canevas mais Eden a été nourri à d'autres biberons. Il devra évoluer lui aussi, s'adapter aux réalités belges et " affronter son problème, de telle sorte qu'il y trouve sa destinée, sa peine et son plus grand bonheur ", comme disait un philosophe. Hazard a l'obligation de faire le premier pas mais Leekens doit aussi se rendre à Lille, discuter et remettre les choses à plat avec Eden, son papa, Garcia, etc. S'il lui manque quelques numéros de numéros de téléphone, nous les avons. PAR PIERRE BILIC - PHOTOS: REPORTERS Leekens et Hazard doivent se parler : personne ne peut attendre dans sa tour d'ivoire. La Belgique ne dispose pas d'assez de grands talents pour se passer du Lillois.