En l'espace de quelques mois, le football d'Eupen a beaucoup changé. Peut-il vraiment en être autrement, quand vous voyez partir Mamadou Sylla et Henry Onyekuru pendant l'été ? À eux deux, le Sénégalais et le Nigérian avaient inscrit 23 des 40 buts plantés par Eupen en phase classique. Et dans une lutte pour le maintien où chaque réalisation peut valoir son pesant de points, remplacer plus de 50 % de son capital buts demande inévitablement une adaptation.
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En l'espace de quelques mois, le football d'Eupen a beaucoup changé. Peut-il vraiment en être autrement, quand vous voyez partir Mamadou Sylla et Henry Onyekuru pendant l'été ? À eux deux, le Sénégalais et le Nigérian avaient inscrit 23 des 40 buts plantés par Eupen en phase classique. Et dans une lutte pour le maintien où chaque réalisation peut valoir son pesant de points, remplacer plus de 50 % de son capital buts demande inévitablement une adaptation. Le football des Pandas est devenu plus proche des standards belges que des préceptes d'Aspire. Au milieu, les muscles et le volume de Mickaël Tirpan ont remplacé le flair du petit gabarit de Lazare. Sur les côtés, Eupen a choisi Niels Schouterden pour enfiler le costume d'Onyekuru. Et en pointe, c'est le très vertical Nicolas Verdier qui est venu remplacer Sylla. L'ensemble donnait une équipe assez floue, perdue entre un passé à faire oublier et un futur sans clarté. Il a fallu attendre l'arrivée de Mbaye Leye pour tout réordonner. En plus de son expérience dans un championnat qu'il connaît par coeur, l'ancien capitaine de Zulte Waregem permet à Jordi Condom d'installer un 4-4-2 où les cerveaux lents de l'équipe gagnent du temps pour s'associer, avant de mettre les talents supersoniques sur orbite. Dans un système de jeu qui sublime les marathoniens au milieu de terrain, les jambes vieillies de Luis Garcia ne devraient pas pouvoir survivre aux allées et venues incessantes d'une Belgique amoureuse de football anglais. C'est là que le rôle de Leye fait la différence. Le Sénégalais profite de la vitesse de Nicolas Verdier, menace permanente en profondeur qui fait reculer les défenses, pour s'offrir de l'espace entre les lignes. Quand Eupen prend le ballon, Leye officie en décrochage, comme un numéro 9 qui se transforme en 10, dans un registre rendu populaire par le Zlatan Ibrahimovic du PSG de Laurent Blanc. Avec sa conservation de balle et son intelligence de jeu, Mbaye gagne du temps, et permet à Luis Garcia de rapprocher des lignes écartées. Leye peut alors servir l'Espagnol face au jeu, et le pied en or du capitaine d'Eupen fait le reste. Capable de mettre ses ailiers sur orbite d'un ballon impeccable de trente mètres, Garcia profite ainsi de la vitesse d'Eric Ocansey ou d'Akram Afif, dans une phase de jeu qui fait briller les talents made in Aspire dans la zone de vérité. Et puis, en bout de chaîne, Mbaye Leye finit toujours par réapparaître. Jordi Condom était déjà tombé amoureux de lui la saison dernière. Ce n'est ni le plus rapide, ni le plus grand, ni le plus costaud, ni le plus technique. Mais le Sénégalais comprend le jeu, et en profite pour être plus souvent que les autres au bon endroit. Une gestion du rythme d'un match impressionnante, qui trouve écho au classement des buteurs. Depuis son arrivée dans les Cantons de l'Est, Leye facture six buts et une passe décisive en sept rencontres disputées. Et puisque le football reste un sport où les ballons au fond des filets sont les plus précieux, un homme qui finit la saison au-delà de la barre des dix buts est un atout considérable dans une équipe qui lutte pour son maintien. À Eupen, Leye est au four et au moulin. À la base des actions, puis à la bonne place pour les conclure. L'équipe s'est donc logiquement construite autour de lui. L'avenir du Kehrweg en D1 fêtera bientôt son 35e anniversaire. GUILLAUME GAUTIER