"Il est taillé du même bois que moi ", l'avait flatté Bernard Hinault, quand Julian Alaphilippe avait terminé deuxième de la Flèche wallonne et de Liège-Bastogne-Liège, en 2015. Le jeune homme n'avait que 22 ans et s'était classé derrière Alejandro Valverde, El Imbatido (l'invincible, en VF), qu'il allait toutefois vaincre trois ans plus tard à la Flèche, en grimpant le Mur de Huy encore plus vite que l'Espagnol. Grâce à son principal atout : son explosivité en côte.
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"Il est taillé du même bois que moi ", l'avait flatté Bernard Hinault, quand Julian Alaphilippe avait terminé deuxième de la Flèche wallonne et de Liège-Bastogne-Liège, en 2015. Le jeune homme n'avait que 22 ans et s'était classé derrière Alejandro Valverde, El Imbatido (l'invincible, en VF), qu'il allait toutefois vaincre trois ans plus tard à la Flèche, en grimpant le Mur de Huy encore plus vite que l'Espagnol. Grâce à son principal atout : son explosivité en côte. Un an auparavant, en 2017, au Mondial de Bergen, cette explosivité avait failli lui valoir le succès. Dans la dernière ascension, Salmon Hill, il avait démarré sans que personne ne parvienne à le suivre, pas plus son équipier chez Quick-Step Philippe Gilbert que les autres. Mais Alaphilippe avait craqué non loin de l'arrivée. " C'est une erreur tactique, tu aurais dû m'attendre ", avait expliqué Gilbert dans une double interview avec Juju dans le guide cyclisme suivant de notre magazine. Le Français avait balayé le reproche de la main : " Je ne suis pas un sprinteur, je ne pouvais pas attendre. " Il n'en était pas moins profondément déçu. Le titre mondial constituait son rêve ultime, bien plus que n'importe quelle classique ou même que le maillot jaune. D'ailleurs, il l'avait indiqué sur son site : " Champion (du monde) en devenir. " En 2018, suite à sa victoire à la Flèche wallonne, dans deux étapes du Tour et à la Clasica San Sebastián, le Français rêvait à nouveau du maillot arc-en-ciel, cette fois à Innsbruck. Avec prudence, et non sans raison : sa crainte s'est réalisée. La côte de Gramartboden, un double Mur de Huy, était trop longue et trop dure. Cet échec ne l'a pas empêché de gravir quelques autres échelons au niveau international en 2019, avec des victoires aux Strade Bianche, à Milan-Sanremo et encore une fois à la Flèche wallonne. Grâce à ses qualités de puncheur, il a en plus obtenu deux nouvelles superbes victoires d'étape durant la première moitié du Tour de France. Sa rage de vaincre lui a permis de conserver le maillot jaune au Tourmalet, avant de plier dans les Alpes. Il n'en était pas moins devenu le héros de la France. Un héros très fatigué, car il était cuit au Mondial du Yorkshire, physiquement et mentalement. La pluie glaciale l'avait achevé. Le Français a donc entamé l'année 2020 avec un objectif majeur : devenir enfin champion du monde, sachant que le parcours très dur de Martigny, en Suisse, allait surtout avantager les grimpeurs. Après un hiver très chargé, sa condition n'était pas optimale. La pandémie a alors tout figé. Une chance pour Alaphilippe. Il a été obligé de s'entraîner à l'intérieur pendant des mois, en Andorre, ce qu'il déteste, mais il a enfin pu s'octroyer une pause mentale, aux côtés de sa nouvelle copine, la consultante TV Marion Rousse. Cette trêve lui a également permis de surmonter son chagrin, après le décès en juin de son père, dont il était très proche. Alaphilippe a entamé la saison post-corona avec pour objectif le Mondial et pas le Tour, même après avoir gagné la première étape à Nice. Toutes les échappées qui ont suivi n'avaient pour but que d'améliorer sa condition en prévision d'Imola, sur un nouveau tracé qui lui convenait mieux que celui de Martigny, abandonné à cause du virus. Une aubaine pour lui. Le lendemain du Tour, Alaphilippe a fait une croix sur les fortes sommes qu'il aurait pu gagner dans les critériums. Il s'est rendu dans la Botte et s'est préparé pendant une semaine. " J'ai refusé toutes les demandes d'interview. Il voulait rester dans sa bulle ", explique le manager Dries Smets. " Je savais que Julian serait au top de ses aptitudes. " De fait. Il a appris au fil des années à choisir le bon timing pour attaquer. Un effort explosif de trois minutes à la fin de la dernière ascension, à 7,5 watts par kilo, lui a permis de creuser l'écart et de le maintenir jusqu'à l'arrivée. Pour conquérir, enfin, le maillot tant convoité. Son site a depuis changé de titre : champion du monde ! ! ! Adieu, le " en devenir ".