Il y a les noms et les souvenirs. Celui de Luka Elsner transporte jusqu'à la pelouse du Lotto Park, un soir de Coupe de Belgique conclu par un 0-3 aux allures de résurrection pour l'Union. Ce soir-là, le marquoir n'en a que pour Youssoufou Niakaté, auteur d'un triplé en dévorant la profondeur offerte par les Mauves. L'incarnation d'une Union supersonique, qui brille dans les grands espaces croqués par Faïz Selemani, Percy Tau et Serge Tabekou, tous capables de désarçonner une défense en un coup de reins. L'aventure s'arrête en demi-finale de la Croky Cup et sur la dernière marche du podium de la D1B, mais fait décoller la cote de son entraîneur. "J'avais une super équipe et quatre joueurs offensifs incroyables", concède d'ailleurs volontiers le Franco-Slovène voici quelques mois. "Je suis conscient que ma cote et mon image, je la dois à ces joueurs."
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Il y a les noms et les souvenirs. Celui de Luka Elsner transporte jusqu'à la pelouse du Lotto Park, un soir de Coupe de Belgique conclu par un 0-3 aux allures de résurrection pour l'Union. Ce soir-là, le marquoir n'en a que pour Youssoufou Niakaté, auteur d'un triplé en dévorant la profondeur offerte par les Mauves. L'incarnation d'une Union supersonique, qui brille dans les grands espaces croqués par Faïz Selemani, Percy Tau et Serge Tabekou, tous capables de désarçonner une défense en un coup de reins. L'aventure s'arrête en demi-finale de la Croky Cup et sur la dernière marche du podium de la D1B, mais fait décoller la cote de son entraîneur. "J'avais une super équipe et quatre joueurs offensifs incroyables", concède d'ailleurs volontiers le Franco-Slovène voici quelques mois. "Je suis conscient que ma cote et mon image, je la dois à ces joueurs." Malgré les souvenirs fugaces des envolées offensives spectaculaires, l'Union ne boucle sa saison qu'avec la quatrième meilleure attaque de l'antichambre. Au microscope, l'atout le plus flagrant du onze saint-gillois d'Elsner est son intensité défensive. Les pensionnaires du Parc Duden laissent peu d'occasions (29,07 expected goals concédés en 28 matches) et récupèrent le ballon rapidement grâce à une intensité au-dessus de la moyenne. Par minute de possession adverse, les Unionistes font près de sept actions défensives (tacle, interception ou duel). Une moyenne qui, la saison dernière, en aurait fait la deuxième équipe la plus intense sans ballon de l'élite belge derrière le KV Ostende survitaminé d' Alexander Blessin. Sur les prés de D1B, l'équipe semble parfois se composer de deux entités. Les quatre de devant qui font le jeu et le spectacle, et les six autres qui passent l'essentiel de leur temps à assurer l'équilibre. Si l'un d'eux se projette, c'est généralement pour libérer un joueur de flanc des contraintes du couloir et lui permettre de filer vers l'intérieur du jeu sans perdre en impact sur la largeur du terrain. L'occupation des "cinq couloirs" (les flancs, l'axe du terrain et les demi-espaces, entre les lignes), principe fondateur de la possession de Pep Guardiola, est une clé récurrente de l'animation offensive de Luka Elsner. La suite est entre les pieds des joueurs: "L'idée, c'est de laisser s'exprimer les joueurs créatifs et de construire autour d'eux quelque chose de solide. Il y a des joueurs qui sont là pour défendre, pour fermer, pour bloquer les espaces, pour jouer simple. Et puis d'autres qui sont là pour amener de la qualité, de la créativité. Et les deux sont équivalents en termes d'impact à mes yeux." Rares sont ceux qui émergent dans la deuxième catégorie au sein du noyau dont hérite le trentenaire quand il prend en main la destinée d'Amiens, formation de Ligue 1 invitée à se battre pour son maintien. Pour imaginer les offensives, il y a le soyeux gaucher Gaël Kakuta et le puissant et mobile attaquant Serhou Guirassy. Autour d'eux, beaucoup de joueurs d'espace ou de devoir, mais une volonté d'assumer le contrôle des évènements sans trembler. "J'aspire plus à construire qu'à détruire", racontait Elsner lors de ses meilleurs moments saint-gillois. Asservi par le rapport de forces, son Amiens facture seulement 45% de possession moyenne et 397 passes par match, sans pour autant briller dans les reconversions (2,54 contre-attaques par rencontre) dans des scénarios français où le bloc adverse s'écarte beaucoup moins que sur les prés belges. C'est presque un examen de réalisme. Contre les concurrents pour le maintien, leurs lignes resserrées et leurs duels musclés, le football amiénois peine à exister. Les pensionnaires du stade de la Licorne facturent d'ailleurs quatre points et pas la moindre victoire lors de leurs huit rencontres bouclées avec plus de 50% de possession, brillant essentiellement dans les scénarios où le ballon se partage sans excès (douze de leurs 23 points sont pris avec une moyenne comprise entre 40 et 49%). Les adversaires qui jouent et pressent permettent aux Picards de mettre en place leur animation favorite: puisque les deux milieux centraux brillent plus avec les poumons qu'avec les pieds, ce sont les centraux qui cassent les lignes adverses, cherchant quelques étages plus haut à joindre Guirassy et Kakuta. Dans un système qui oscille entre 4-2-3-1 et 4-4-2, le gaucher déserte souvent sa position initiale dans le couloir droit pour se rendre disponible entre les lignes, dans le demi-espace droit. À l'opposé, c'est le décrochage de Guirassy qui remplit le demi-espace gauche. Tout le reste de l'animation offensive amiénoise se met en marche autour de ce double mouvement: l'ailier gauche et le deuxième attaquant se chargent de menacer la profondeur pour élargir au maximum l'espace entre les lignes et augmenter la zone d'expression des deux talents majeurs du noyau, alors que le latéral droit décolle dans son couloir pour combler la zone laissée orpheline par Kakuta. Le plan offre un 4-4 spectaculaire contre le PSG, un partage contre Lyon entamé avec l'audace de ceux qui croient en leurs idées (57% de possession à la moitié de la première période) ou encore une victoire contre le LOSC. Le problème, c'est que l'adage dit que pour jouer un bon match, il faut être deux, et qu'Amiens ne fait jamais démentir le proverbe quand l'adversaire décide de mettre la sagesse populaire en péril. "La qualité de notre relance et de notre progression du ballon n'était pas suffisante pour mettre à mal des blocs bien organisés", explique Elsner dans le livre Comment gagner un match de foot. "On n'était jamais autant en difficulté que quand on avait le ballon face à un bloc fermé, faute de profils capables d'assumer ça." L'histoire se termine par une relégation précipitée par le Covid, puis un C4 dégoupillé quelques mois plus tard, après un pâle départ en Ligue 2: une seule victoire et deux petits buts marqués en cinq sorties. Comme si la Ligue 1 avait été une leçon de réalisme, Luka Elsner s'installe au stade des Éperons d'or avec les yeux dans le rétroviseur. Comme en Picardie, son noyau n'est pas vraiment une incitation à l'aventure offensive, et le Franco-Slovène répète qu'on n'a "jamais vu une équipe gagner quoi que ce soit si elle était complètement déséquilibrée quand elle perdait le ballon." Une nouvelle fois, il quadrille à merveille la pelouse du Lotto Park, muselle la ligne qui relie Albert Sambi Lokonga à Lukas Nmecha et surprend les Mauves de Vincent Kompany, battus 0-2 sans avoir l'opportunité de cadrer la moindre frappe. C'est le rare coup d'éclat d'une fin de saison que beaucoup de joueurs semblaient avoir anticipée chez les Kerels. Pour juger le travail du coach plus justement, mieux vaut se pencher sur le début de saison, avec plus d'entraînement dans les pattes et d'idées dans les têtes. "Je serai heureux si on dit que Courtrai est une équipe difficile à jouer, avec une saine agressivité, qui se bat pour chaque ballon et force le respect", déclare le coach après les nonante premières minutes de ce nouvel exercice. Dans un 4-4-2 où Teddy Chevalier reçoit la compagnie de Mohamed Badamosi ou Habib Gueye, les mouvements rappellent parfois ceux d'Amiens, notamment en négligeant souvent à la construction le passage par un milieu de terrain pas spécialement à l'aise pour imaginer des offensives balle au pied. Pendant que Chevalier menace la profondeur, souvent en compagnie de l'électrique Colombien Marlos Moreno, Faïz Selemani s'invite entre les lignes et l'attaquant grand format régule le trafic dans les nuages. Avec ses 46,1 duels aériens par match, le KVK et l'équipe la plus active dans les airs de l'élite. Les Kerels lancent alors une chasse au deuxième ballon qu'Elsner regrettait de ne pas avoir adoptée plus tôt en Ligue 1, s'inspirant de l'école allemande qui veut que les secondes qui suivent un face-à-face dans les airs sont toujours l'embryon d'une transition. C'est sans doute pour cela qu'après Bruges, Courtrai est l'équipe qui réussit le plus de passes en profondeur en Pro League. De la vitesse, un jeu direct, et des courses répétées dans le dos de la défense. Toujours en occupant les cinq couloirs, même après le départ de Chevalier et le passage en 4-2-3-1 puis en 4-3-3 pour resserrer les rangs dans l'axe. Avec un milieu généralement composé de Kevin Vandendriessche, Ante Palaversa et Matthias Fixelles, pas spécialement brillants aux abords de la surface adverse, ce sont les latéraux qui prennent de l'importante dans cette occupation de l'espace offensif. Selemani et Moreno n'hésitent pas à rentrer dans le jeu, et offrent les couloirs aux très actifs Kristof D'Haene et Sieben Dewaele. Tous se projettent rapidement vers l'avant, sans s'embarrasser de longues phases de possession. Le Courtrai de Luka Elsner tourne à 42,6% de temps passé avec ballon, pourcentage le plus faible de l'élite, et ne réalise en moyenne que 2,99 passes par possession. "J'aimerais dire que j'ai un cadre inamovible, mais tu te retrouves souvent confronté aux limites de ce que tu pouvais exiger", se dédouane presque l'intéressé pour évoquer la différence entre ses idées initiales et leur réalisation finale.Si Courtrai peut se vanter d'un début de saison réussi, malgré une menace offensive assez faible au-delà des exploits de Faïz Selemani, c'est surtout grâce à sa défense, actuellement la deuxième de Pro League avec douze buts encaissés en dix sorties. Passé du 4-2-3-1 au 4-3-3 pour renforcer l'axe du terrain, qui peinait à couvrir la largeur en perte de balle et laissait à l'adversaire beaucoup d'espace devant les latéraux, le KVK sait subir sans céder, notamment grâce à une densité face au but qui permet à l'équipe d'intercepter de nombreux ballons ou de surpeupler les trajectoires de frappes potentielles. Personne, au sein de l'élite belge, ne bloque plus de tirs que les Kerels (4,77 tirs contrés par match). En quête de solidité défensive, le Standard a peut-être frappé à la bonne porte. Parce que les Courtraisiens de Luka Elsner n'ont encaissé qu'une seule fois sur une transition défensive, talon d'Achille de l'organisation liégeoise sans ballon. Parce qu'à l'inverse, ses hommes faisaient partie des plus efficaces de Pro League en reconversion offensive (trois buts marqués en contre-attaque, seul Anderlecht fait mieux). Et parce qu'il y aura au moins un déplacement au Lotto Park au programme d'ici la fin de saison.