Johan Cruijff observait dernièrement que 30 à 40 % des joueurs formés comme attaquants chez les jeunes réussissent en fait une carrière professionnelle comme défenseurs. Sa conclusion était, qu'en matière de formation, il ne faut pas mettre l'accent sur le développement spécifique des arrières, mais plutôt se focaliser sur l'éducation au jeu offensif.
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Johan Cruijff observait dernièrement que 30 à 40 % des joueurs formés comme attaquants chez les jeunes réussissent en fait une carrière professionnelle comme défenseurs. Sa conclusion était, qu'en matière de formation, il ne faut pas mettre l'accent sur le développement spécifique des arrières, mais plutôt se focaliser sur l'éducation au jeu offensif. Il est vrai que Georges Grün, centre avant de formation, a été placé pour la première fois comme arrière central à l'âge de 19 ans par Paul Van Himst. Pour rappel, Walter Meeuws était un ailier de formation au Beerschot... Sachant en plus qu'il sera toujours plus aisé de transformer des joueurs d'aile en arrières latéraux efficaces que l'inverse, nous n'avons pas de mal à partager l'avis du fameux numéro 14. A condition toutefois d'y apporter quelques nuances et suggestions. Les jeunes joueurs développeront plus de qualités techniques individuelles lorsqu'ils sont placés dans un contexte d'actions offensives à réaliser. Leur intelligence de jeu sera plus grande car ils apprendront aussi à être plus disponibles, donc à mieux se positionner pour recevoir le ballon. Leur lecture du jeu sera plus riche car la diversité des problèmes à résoudre sera plus grande. Leur vitesse d'exécution, et donc aussi la rapidité de décision mentale, seront plus élevées. Il est quasi indiscutable qu'une formation offensive donne plus d'atouts à un jeune pour se révéler demain au niveau de l'équipe Première qu'une spécialisation outrancière au niveau d'un poste à l'arrière. Mais avons-nous le droit de limiter la formation de certains jeunes en les condamnant à être des défenseurs ? Autrement dit, pouvons-nous accepter l'idée que ces joueurs n'auront, au bout du compte, que très peu de chances de percer ? Nous ne le pensons pas. La condition est que chaque arrière soit encouragé à se reconvertir offensivement le plus souvent possible ! En aucun cas, un système de jeu chez les jeunes ne peut freiner la progression technico-tactique d'un joueur, à fortiori, pas celle d'un défenseur. Nous prônons le 4-3-3 comme dispositif de référence en matière de formation. En effet, un de ses avantages est, qu'avec une double occupation de chaque flanc grâce à un arrière et un attaquant ne jouant pas loin l'un de l'autre, il encourage cette reconversion offensive. Il favorise aussi les permutations sur les ailes. Les arrières centraux ne sont pas oubliés. Si l'un d'entre eux sort, il en reste toujours trois, c'est-à-dire un nombre suffisant pour contenir une reconversion profonde de l'adversaire. Enfin, il permet aussi aux arrières d'être confrontés en permanence avec trois attaquants, dont deux ailiers, qui les obligent à se perfectionner dans leur jeu défensif. Nous plaidons aussi pour une certaine polyvalence dans cette éducation. Pourquoi ne pas travailler par couple et permuter régulièrement certains joueurs ? Intervertir deux joueurs de flanc ou un milieu défensif et un arrière central sont des exemples parmi d'autres. Si le 3-4-3 est aussi tourné vers le jeu offensif, il a le désavantage que les trois arrières spécifiques ne sortiront guère. Aucun d'entre eux ne peut laisser la dernière ligne en infériorité numérique face aux trois attaquants adverses. Mais derrière ce défaut apparent, il y a peut-être aussi un avantage spécifique. En effet, devoir perpétuellement défendre sa zone à un contre un, sans possibilité de couverture immédiate, développe le sens des responsabilités et augmente la qualité du jeu défensif. Nous conseillons donc de ne pas avoir peur de recourir de temps en temps à ce dispositif, en particulier lorsque l'intention est de souligner un aspect défensif spécifique. Le 4-3-3 est un des plus beaux décors pour faire éclore les meilleurs joueurs à condition d'y injecter une polyvalence de postes, réelle et régulière. Ce cadre de jeu permet certainement de former d'excellents défenseurs, à condition de recourir sporadiquement à des doses homéopathiques de 3-4-3. par Frans Masson