75 kilos. De muscles. Rien que de muscles. A se demander si Rafael Nadal a écouté les préceptes des médecins et autres préparateurs physiques, lesquels avancent qu'il est préférable d'attendre 18 ou 19 ans avant de se lancer dans un travail trop musculaire... Car, à voir la manière dont le corps de cet Espagnol né en 1986 û le 3 juin, son anniversaire tombant deux jours après celui de Justine û est sculpté, on peut raisonnablement penser qu'il s'est mis aux haltères pendant que les copains de son âge en restaient encore aux simples joggings. A tel point que Richard Gasquet, qui n'est pas un ange non plus, a lui-mêm...

75 kilos. De muscles. Rien que de muscles. A se demander si Rafael Nadal a écouté les préceptes des médecins et autres préparateurs physiques, lesquels avancent qu'il est préférable d'attendre 18 ou 19 ans avant de se lancer dans un travail trop musculaire... Car, à voir la manière dont le corps de cet Espagnol né en 1986 û le 3 juin, son anniversaire tombant deux jours après celui de Justine û est sculpté, on peut raisonnablement penser qu'il s'est mis aux haltères pendant que les copains de son âge en restaient encore aux simples joggings. A tel point que Richard Gasquet, qui n'est pas un ange non plus, a lui-même affirmé que, face à Nadal, il avait l'impression d'être un petit junior. De mémoire d'observateurs, on ne se souvient pas avoir vu un tel mastodonte de 19 ans débouler sur les terrains. Certes, à 17 ans, Boris Becker était déjà un champion mais sa musculature n'avait rien à voir avec celle de l'Ibère. Quant à Andre Agassi, il était vraiment fluet. Dieu sait pourtant qu'à l'époque, on trouvait que le Kid frappait de manière époustouflante dans la balle. Il tapait si fort que l'on croyait que le tennis moderne avait trouvé son Musclor, son Rambo. Eh bien, en fait de Rambo, Agassi fait plutôt figure de chochotte devant les coups inouïs de ce Rafael venu de Majorque. Lui, il ne frappe pas. Il défonce. Il ne distille pas ses coups. Il les décoche avec la violence d'un taureau meurtri par les picadors. Mais il n'y a pas que la musculature et la violence. Il y aussi la combativité. De celle que Lleyton Hewitt avait élevée au rang de qualité première. N'en déplaise à l'Australien, devant la volonté de Nadal, il fait piètre figure. On en aurait presque l'impression qu'il ne se bat pas, Hewitt. Tant l'Espagnol dégage une rage de vaincre. Laquelle, comme le reste, fait peur. A ses adversaires bien sûr, mais aussi à tous ceux qui ne se voilent pas la face et qui osent s'interroger : -Comment est-ce possible ?De réponse, on n'en a point et, donc, on se contentera d'apprécier le jeu que ce jeune champion a proposé pendant la demi-finale qui l'opposait au maître du circuit Roger Federer. Enfin, maître de toutes les surfaces, exception faite de la terre battue puisque Roland demeure le seul Grand Chelem qui ne s'est pas encore offert à lui. Et, tant que l'Espagne fournira quasi annuellement des terriens de haut niveau, on peut se demander si le Suisse s'imposera un jour Porte d'Auteuil. Surtout s'il aborde les spécialistes dans le même état d'esprit que lors de cette demi-finale. Trop habitué à terminer le point en une ou deux frappes, il a perdu pied, Federer, ne comprenant pas trop comment son rival pouvait ramener des envois qui, d'habitude, se transforment en point. Il nous a un peu fait penser à Pete Sampras, qui s'engluait dans des échanges sans fin, incapable d'accepter que la terre battue n'est pas le ciment ou l'herbe et qu'elle requiert une énergie de tous les instants. Comme si, sur elle, il fallait apprécier chaque coup comme s'il s'agissait de la balle de match. Il se sentait tellement démuni, Federer, qu'il s'est même énervé. Chose qui n'est pas coutumière chez lui. Et qui le mena à la défaite. Pour ne pas dire à la déroute. Dans ses yeux, on pouvait lire à la fois de la déception (il croyait que la terre lui était promise) et un rien de colère (il s'est senti incapable de développer son jeu).par Laurent Gérard et Bernard Ashed