Samedi 19 août. On joue la 85e minute du match Mouscron-Roulers lorsque DembaBa s'élance pour essayer de récupérer un ballon avant de s'effondrer dans un cri de douleur. Une partie du public et même des joueurs s'en prennent à KoenDeVleeschauwer, persuadés que l'ancien Hurlu avait cassé l'attaquant franco-sénégalais dans un contact. En fait, Demba Ba s'est blessé tout seul. Sa jambe est restée accrochée dans le gazon et le verdict est terrible : fracture du tibia en plein centre.
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Samedi 19 août. On joue la 85e minute du match Mouscron-Roulers lorsque DembaBa s'élance pour essayer de récupérer un ballon avant de s'effondrer dans un cri de douleur. Une partie du public et même des joueurs s'en prennent à KoenDeVleeschauwer, persuadés que l'ancien Hurlu avait cassé l'attaquant franco-sénégalais dans un contact. En fait, Demba Ba s'est blessé tout seul. Sa jambe est restée accrochée dans le gazon et le verdict est terrible : fracture du tibia en plein centre. Pour l'Excelsior, tout s'écroule. La victoire, d'abord, car perturbés par l'accident de leur coéquipiers, les Hurlus ne pourront empêcher Roulers d'égaliser dans les arrêts de jeu. La perspective de réaliser une très bonne saison, ensuite, car en deux matches et 85 minutes, Ba avait déjà réussi à se rendre indispensable. Les chiffres en attestent : pendant le temps où l'attaquant était sur la pelouse, l'Excel avait réalisé un 9 sur 9 (il menait 2-1 avant sa sortie contre Roulers) et ce n'est pas un hasard. Enfin et surtout, la perte d'un collègue qui avait déjà réussi à se faire apprécier. C'est peut-être le plus important, car un résultat sportif est évidemment accessoire par rapport à l'état de santé d'un homme. Ba, heureusement, va bien. Il a donné le coup d'envoi du match Mouscron-Westerlo, dans le cadre de la campagne contre le racisme Nefaitespaslesinge ! Il marche déjà sans béquille, mais boite toujours un peu. Dans son malheur, il a encore eu de la chance. Notamment, celle que le chirurgien Jean- FrançoisLabrique était présent au Canonnier, ce soir-là. " Je n'assiste pas à tous les matches, car l'Excel dispose d'une bonne équipe de généralistes autour du Dr. Ledoux mais le 19 août, j'étais effectivement dans la tribune ", confirme- t-il. " J'étais assis un peu plus haut que le banc des joueurs, près de l'endroit où s'est produit l'accident. Même de là, j'ai entendu le craquement. J'ai directement su qu'il s'agissait d'une fracture et je suis descendu sur le terrain pour apporter les premiers soins. Il s'agissait d'une fracture décalée et j'ai pu, dans les instants qui ont suivi, la réduire. C'est-à-dire, remettre l'os dans sa position normale. Cela permet de supprimer ou en tout cas de diminuer la douleur. J'ai aussi prévenu le bloc opératoire à la clinique et j'ai pu l'opérer directement, dans la nuit. En intervenant rapidement, on réduit le syndrome douloureux et inflammatoire, et on évite les gonflements. On gagne aussi du temps sur la période de rééducation. Plus vite on intervient, mieux c'est. Pour l'os, ce n'est pas très important : il peut rester six à douze heures dans son état, sans que cela porte à conséquence. Mais ce sont surtout les tissus environnants qui souffrent ". " La technique qui a été utilisée pour cette opération est très récente ", poursuit le Dr. Labrique. " Elle a été développée à Strasbourg. Il faut savoir qu'un os est un cylindre creux. Pour réduire le creux dans le cylindre, on a introduit un clou centro-médullaire (NDLR : le terme médullaire fait référence à la moelle : c'est ce qui a l'aspect ou la nature de la moelle). Tout se passe donc à l'intérieur et l'os retrouve ainsi sa position initiale. Pour introduire le clou, on pratique une petite incision au niveau du genou. C'est par là que l'on rentre tout le matériel nécessaire. Cette technique permet de ne pas devoir ouvrir la jambe. C'est un peu comme si l'on coulait du béton armé. L'agression chirurgicale est faible. L'armature interne permet aussi un développement musculaire sans immobilisation, alors qu'avec un plâtre, le patient est contraint à une mise au repos. Cela évite l'atrophie musculaire qui constitue souvent le principal problème chez un sportif, davantage que la consolidation de l'os lui-même. La fonte musculaire est difficile à récupérer, et plus la reprise d'exercices est précoce, plus vite on est en droit d'envisager un retour à la compétition ". Désormais, c'est au tour des kinésithérapeutes de jouer. Et en particulier de ChristopheSoyez, qui prend Ba en charge quotidiennement. " On en est à la huitième semaine après l'opération ", a-t-il calculé. " C'est-à-dire, près de deux mois. Pour une cicatrisation complète du tibia, il faut compter trois mois. On espère que Demba pourra recommencer à trottiner à la fin novembre. Actuellement, on travaille beaucoup la musculation des membres inférieurs. Le joueur doit retrouver de la force dans le quadriceps, les ischios, les mollets. On fait du cardio-training, du vélo, de la piscine. Il travaille déjà sans douleur, même s'il boite toujours un peu. Aussi longtemps que le cadre osseux ne sera pas totalement formé, il y aura toujours une gêne au niveau du tibia. Une première vis lui a été enlevée il y a trois semaines. On espère lui en enlever une autre dans une ou deux semaines. C'est le chirurgien qui décidera. Demba passe une radio de contrôle tous les 15 jours. Dans les délais les plus optimistes, on peut espérer le revoir sur un terrain au début ou à la mi-janvier. Mais pour cela, il faut que la cicatrisation de l'os suive son cours normalement. Après, il y aura évidemment tout le reste qui interviendra : retrouver ses sensations, chasser ses craintes, retrouver la confiance. En fait, Demba a souffert de la même blessure que DjibrilCissé en mai, un peu dans les mêmes circonstances, dans un match amical de l'équipe de France, juste avant la Coupe du Monde. Djibril est un peu en retard par rapport aux prévisions, mais le temps de récupération peut varier, l'essentiel est que le joueur retrouve toutes ses facultés ". Demba Ba garde le moral. Il continue à encourager ses coéquipiers. " Cela m'a fait très plaisir de les voir livrer une belle prestation contre Westerlo ", sourit-il. " Je crois que ma blessure les avait un peu perturbés, et c'est la première fois que je les ai sentis vraiment libérés depuis mon absence. C'est bien. Je suis certain que l'Excelsior va poursuivre sur sa lancée d'un bon début de saison. Ce n'est pas parce que je ne suis plus là que tout doit s'effondrer. Il y a d'autres éléments de qualité, comme AdolpheTohoua qui prend de plus en plus d'assurance sur le flanc gauche, ou AliouneKebe qui vient d'arriver et qui est aussi capable de faire la différence. Je suis confiant. L'entraîneur a modifié son système de jeu, et il a fallu le temps que les joueurs se réadaptent, mais cela va aller. BertinTomou s'affirme également après avoir traversé une période plus difficile. Il a sans doute été sous le choc, lui aussi. Ce n'est pas tous les jours qu'on voit des blessures pareilles. On m'a dit que c'était la même blessure que celle dont a été victime Cissé. Cela me fait une belle jambe : j'aurais préféré imiter ce joueur dans d'autres domaines. Au niveau footballistique, notamment ". Quels souvenirs Ba garde-t-il de cet accident ? " Je me souviens d'une grosse douleur au moment du choc, mais après, elle s'est atténuée. Moi aussi, j'ai senti que ma jambe s'était fracturée. Là, je me suis dit : - C'estfinipourunbonmoment ! Cela a été le moment le plus difficile. Aujourd'hui, j'essaie de ne plus y penser. C'était une malheureuse glissade, cela arrive chez les footballeurs. Cette glissade a brisé mon élan alors que j'étais bien lancé, mais que voulez-vous ? C'est le destin. C'est souvent lorsque tout va trop bien qu'un malheur arrive. Désormais, je me concentre sur l'avenir. Les prévisions les plus optimistes font état d'un retour possible pour le mois de janvier. Dans les premiers jours, lorsqu'on m'a expliqué que ma guérison prendrait au moins quatre mois, j'avais effectivement calculé et cela me menait au début 2007. Aujourd'hui, je préfère ne pas me fixer de délai et travailler à mon rythme. C'est parfois dur de voir les autres jouer sans pouvoir les aider. Je dois prendre mon mal en patience et éviter de brûler les étapes. Si j'étais la révélation des trois premiers matches, j'espère que je deviendrai la... confirmation du deuxième tour ". Ba est conscient qu'en trois matches, il avait déjà apporté beaucoup à l'Excelsior. " J'ai fait de mon mieux pour obtenir le meilleur rendement possible. Après, c'est aux autres de juger. Je ne veux pas paraître prétentieux, mais je n'ai pas été surpris par mon éclosion rapide. Même si je n'avais jamais évolué à ce niveau auparavant, j'étais conscient de ma valeur. J'ai mon style de football, qui n'est peut-être pas celui qu'on enseigne dans les centres de formation, mais il peut être efficace également. J'ai beau jouer à l'instinct, je sais de quoi je suis capable et j'essaie de le montrer sur le terrain ". Immédiatement après l'accident, Ba est rentré un moment dans sa famille en France avant de revenir à Mouscron... où il vit seul. D'autant plus dur ? " Je m'en accommode. Je ne suis pas trop dépaysé en Belgique : c'est un pays où l'on parle français, ce n'est pas comme si j'étais en Angleterre ou en Espagne. Je suis débrouillard. J'ai été habitué, très tôt, à vivre seul. En fait, j'aime bien ma solitude. Et puis, des amis viennent régulièrement me rendre visite à mon appartement. Je me retrouve souvent aux côtés de mes coéquipiers. Mes amis, ma famille, mon agent sportif Alex Gontrand m'ont tous soutenu, et je dois les remercier ". Ba n'a pas trop de soucis à se faire pour son avenir, puisqu'il est sous contrat jusqu'en 2009. " C'est sûr que, si un tel accident était survenu à un moment où j'arrivais en fin de contrat, cela aurait été plus ennuyeux encore. Ceci étant, le terrain me manque malgré tout. Je dois apprendre à gérer mon impatience ". DANIEL DEVOS