L'estime entre les deux hommes est réciproque. Cela se sent. L'ambiance est détendue. La rencontre se passe à l'ombre de la collégiale de Nivelles, à mi-chemin entre Mons et Bruxelles. Pas de privilégié donc ! Durant deux heures, les deux entraîneurs, qui entament tous les deux leur troisième saison à la tête de leur formation, vont échanger leur point de vue (souvent proche). Réunir Albert Cartier, le guide du Brussels, et José Riga, celui de Mons, c'est une garantie d'un débat réfléchi et animé sur différentes thématiques.
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L'estime entre les deux hommes est réciproque. Cela se sent. L'ambiance est détendue. La rencontre se passe à l'ombre de la collégiale de Nivelles, à mi-chemin entre Mons et Bruxelles. Pas de privilégié donc ! Durant deux heures, les deux entraîneurs, qui entament tous les deux leur troisième saison à la tête de leur formation, vont échanger leur point de vue (souvent proche). Réunir Albert Cartier, le guide du Brussels, et José Riga, celui de Mons, c'est une garantie d'un débat réfléchi et animé sur différentes thématiques. José Riga : Moi, j'ai besoin de me défouler. Quand j'ai deux heures, je vais faire un tennis ou courir. Albert Cartier : Il y a l'envie mais il y a aussi le besoin de souffrir derrière le sport. Et puis, quand on a souffert de la compétition pendant 20 ans, on ne peut abandonner son corps du jour au lendemain. Le fait de m'entretenir, cela me permet d'avoir moins mal au genou ou au dos. Riga : Quand je travaillais à Bruxelles, je faisais de nombreuses heures de voiture. Une fois arrivé à la maison, j'avais besoin de m'entretenir. Cartier : Quel que soit notre niveau, on a des gènes de sportif. Moi, je ne me force pas à être sportif. Si je n'avais pas choisi d'entraîner, je serais devenu professeur d'éducation physique. Riga : Pour moi, l'idéal serait que la semaine soit partagée entre l'effort sportif et l'effort intellectuel. Cartier : Dans le même ordre d'idées, je ne me vois pas devenir un jour entraîneur de bureau. J'ai besoin d'aller sur le terrain, de sentir le gazon mouillé sous mes pieds, l'air piquant, la pluie. Riga : C'est clair que le terrain est l'endroit où je m'éclate le plus. Cartier : Je ne sais pas à quel niveau j'entraînerai dans un an ou deux mais je sais que je continuerai à entraîner. Cartier : On demande aux entraîneurs de gagner. Alors que c'est les joueurs qui gagnent. Ensuite, l'important, c'est de faire progresser mes joueurs. Riga : C'est pour cela que rester dans un club ne constitue certainement pas un échec. On voit, année après année, nos joueurs évoluer. Pour autant que l'effectif ne soit pas chamboulé ! Cartier : Quand tu vois qu'un joueur, qui n'était pas titulaire quand il est arrivé, l'est devenu et qu'il peut partir dans un club plus huppé, c'est gratifiant. Riga : Le plus difficile pour un entraîneur est de durer dans un même contexte et de garder un message cohérent car il y beaucoup d'éléments qui interviennent. Cartier : Certains coachs pensent qu'ils ne peuvent pas rester plus de trois ans dans un même club. S'ils le voient comme cela, ils sont programmés pour bouger au bout de ce cycle. Cela dépend de chacun. Pablo Correa, cela fait six ans qu'il est à Nancy ! Riga : Pour rester dans un club, il faut que tu sentes que tu continues d'avancer, que le club soit ambitieux et qu'il y ait une symbiose qui dépasse le cadre sportif. Avec certains joueurs, tu sens que tu peux aller à la guerre longtemps. Tu gardes ces éléments et tu renouvelles le reste de ton groupe. Cartier : Quand j'étais joueur, j'avais des offres de Marseille et du Matra Racing mais je préférais être un grand chez les petits que l'inverse. Et finalement, je n'ai connu que deux clubs (Nancy et Metz). Mais le jour où je suis devenu entraîneur, j'ai dit à ma femme qu'on changeait de philosophie : les valises doivent toujours être prêtes. C'est le métier qui veut cela. On n'a pas toutes les cartes en mains. Au Brussels, je n'étais venu que pour un an et j'en suis déjà à trois. Riga : Moi, avant de penser au passé ou à l'avenir, je vis d'abord l'instant présent. Il y a tellement de paramètres qui interviennent que cela devient difficile de faire une projection en terme de carrière. J'agis comme si j'allais rester longtemps à Mons car j'ai envie de laisser un héritage. Je pense également qu'on est meilleur quand on connaît tous les rouages d'un club. Cartier : Un entraîneur, par définition, c'est quelqu'un d'entraînant. Pourquoi sommes-nous restés en place quand cela allait mal ? Car les présidents ont jugé que l'on faisait progresser nos joueurs et que ceux-ci continuaient à éprouver du plaisir. Le jour où j'aurai l'impression d'avoir fait le tour d'un club, je partirai. Cartier : On va vers un changement de mentalité. On élimine de moins en moins les entraîneurs. Les statistiques prouvent que le limogeage n'est pas toujours bénéfique. On parle de choc psychologique mais dans ce terme, il y a un côté bénéfique mais aussi un côté traumatisant. Riga : Par définition, le mot choc recèle un côté éphémère. Cela ne dure pas. Cartier : Il y a une phrase d'Horace qui résume très bien notre métier. Elle dit à peu près ceci : il faut avoir la patience de supporter ce qui ne peut être changé, le courage de changer ce qui doit l'être et la force de distinguer l'un de l'autre. Cartier : L'entraîneur est là pour faire l'alchimie entre tradition et professionnalisme, entre convivialité et compétition. Il faut sentir où on met les pieds. Si j'avais été aussi dur que je l'étais lorsque j'officiais en France, je ne tenais pas 15 jours en Belgique. Je ne pouvais pas être aussi dur avec quelqu'un qui n'a pas eu de formation que je l'étais avec des gens qui vivent comme des pros depuis qu'ils ont 12 ans. Ici, certains gamins arrivaient en disant - Je veux me battre pour le Brussels mais je ne sais pas comment. Lorsque je voyais certains joueurs, je me disais - Lui, il n'a pas de pied gauche avant d'ajouter quelques secondes plus tard - Il n'a apparemment pas de pied droit non plus. Riga : Il faut tenir compte également de l'identité du club. Cartier : Exactement. Dans un club, les gens passent mais la philosophie reste. Riga : C'est cela qui fait la différence entre les formations qui perdurent et celles qui ne font que passer. L'entraîneur doit s'inscrire dans la continuité et la philosophie d'un club. Cartier : Quand on arrive dans un club, on reçoit un héritage. Qu'il soit bon ou mauvais, on doit faire avec. Cartier : C'est difficile de définir le football belge. Avant, on pouvait dire qu'il était défensif, organisé avec un avant qui faisait la différence. Mais tout évolue. On ne peut plus qualifier le football anglais de kick and rush. On ne peut pas dire - En Belgique, pour gagner, il faut faire cela ou cela. Riga : Je trouve en tous cas qu'il faut changer notre fusil d'épaule. On se fait trop petit. C'est vrai qu'on est petit dans les moyens qu'on se donne mais on tient malgré tout des discours trop fatalistes. La première réflexion des Français qui débarquent dans notre championnat consiste à dire qu'il n'est pas si facile que cela. Je reste convaincu qu'il faut changer d'état d'esprit. Ce qui est paradoxal, c'est que d'un côté on se fait trop petit mais de l'autre, on encense un joueur quand il dispute deux matches à l'étranger. Allez comprendre ! Cartier : Le football belge a traversé des moments difficiles mais quand je suis arrivé, les clubs ne misaient sur les jeunes que par nécessité. Aujourd'hui, le Standard joue le titre avec Marouane Fellaini, Axel Witsel et Steven Defour. On les aligne non plus par nécessité mais avec l'objectif de gagner quelque chose. Riga : Fondamentalement, les joueurs ne sont pas devenus plus mauvais. Cartier : C'est le contexte qui a changé. Par exemple, on ne valorise plus les clubmen. Maintenant, le must, c'est de faire le maximum de clubs et d'aller le plus rapidement possible dans un grand club. Avant, on voulait s'inscrire davantage dans la durée. Et puis, il y a beaucoup plus de parasites extérieurs. Par exemple, à mon époque, des joueurs comme Philippe Gaillot, Philippe Hinschberger, Sylvain Kastendeuch ou moi n'avions pas de managers. Et pourtant, on jouait au football aussi. Et parfois, on jouait bien ( il sourit). Riga : Je n'ai pas l'impression que les clubs ont mal travaillé. Brussels, Mouscron, Zulte Waregem se sont renforcés. Si le marché des transferts est calme, cela ne signifie pas que les clubs n'ont pas bossé. Conserver ses meilleurs éléments, cela demande également du travail. Cartier : Cela prouve aussi que les clubs ont bien travaillé en amont. On valide ce qui a été fait il y a six mois lors du mercato hivernal. On ne bouleverse pas tout et on mise sur la stabilité. On n'est pas en train de défaire la pelote qu'on a mise six mois à fabriquer. Et c'est rassurant. Riga : On travaille différemment. Le mercato d'hiver ne sert pas que six mois. Et encore une fois, quand j'analyse les adversaires, je trouve que tout le monde s'est renforcé. Dender a étoffé son noyau ; Lokeren a marqué le coup avec son entraîneur... Cartier :... La Gantoise a pris 12 joueurs Riga : J'ai l'impression que le championnat sera encore davantage disputé. Riga : Quand je suis arrivé, le club venait de chuter en D2 avec un traumatisme à tous les niveaux. Il a fallu rendre vie à ce club. Depuis lors, Mons a évolué à tous points de vue. On sent une progression. Et pas seulement au niveau des résultats. Quand on commence à bien vivre le quotidien, on peut parler de grosse réussite. On a atteint une certaine sérénité. L'image globale du club a également évolué dans le bon sens. Cartier : Quand tu es extérieur au Brussels, tu as l'impression que c'est un club qui vise à ce qu'on parle de lui. En bien ou en mal, peu importe. Pourtant, quand tu es à l'intérieur, tu te rends compte que des gens travaillent et vivent pour le Brussels. On doit aussi tenir compte d'un paramètre pour comprendre le club : ici, tu es à Bruxelles. Tu es dans la capitale. Il y a plus de journaux, plus de télévisions, plus d'effet médiatique. En ce qui concerne les infrastructures, tu n'as pas trois hectares de terrain disponibles facilement. Quand on a saisi tout cela, on peut analyser l'évolution du club. La force de notre président consiste à avoir un souci d'ouverture. Il va prendre ce qu'il y a de meilleur ailleurs. Riga : On a parlé beaucoup de départs mais finalement on a conservé le même groupe. Je ne sens pas de sentiment de déception car ceux qui étaient en balance ont prolongé. Ils sont conscients qu'on n'a pas fini le boulot. Néanmoins, les résultats qu'on a réalisés au deuxième tour de la saison dernière n'apportent aucune garantie d'avenir. Cela doit nous aider car on sait ce dont on est capable mais se dire, qu'en partant du second tour, on va faire des résultats serait la plus grosse des erreurs. Chaque club s'est renforcé et une compétition n'est pas une autre. Cartier : Quand je suis arrivé, j'ai trouvé une équipe préparée à défendre uniquement. Moi, j'essaie de la faire évoluer en possession de balle. J'y arrive petit à petit. Je vois, par exemple Richard Culek, un vrai buteur individuel, devenir un joueur collectif. Auparavant, il courait dans tous les sens avec une philosophie de box-to-box. Maintenant, il éprouve du plaisir à jouer court. Ce qu'il a réalisé en 24 mois à 33 ans, c'est génial. La remarque vaut également pour Alan Haydock. Quand j'ai débarqué, on m'a dit de lui - Il donne des coups et ne fait pas de passes. Maintenant, c'est un footballeur qui joue au ballon. Même chose pour Zoltan Petö et Christ Bruno. Riga : Ce qui m'énerve, c'est qu'on confine trop facilement les joueurs à certains rôles. Quand on leur tient un discours pareil, comment voulez-vous qu'ils évoluent ? Cartier : Patrick Nys, il a 38 ans et on a décrété qu'il ne pouvait plus jouer. Ah bon, ça vient d'où ça ? Riga : A Mons, à mon arrivée, on s'extasiait devant Daré Nibombe ou Alessandro Cordaro. Puis, ont débarqué les Frédéric Jay, Wilfried Dalmat, Hocine Ragued. Et maintenant, ceux qui sont là depuis le début accrochent le wagon. Je vois des diagonales de 30 ou 40 mètres que je n'apercevais pas il y a deux ans. Lors des deux premiers matches amicaux, j'ai vu mon équipe, pendant 45 minutes, évoluer à un très haut niveau. Avant évidemment de baisser de rythme mais je ne pensais quand même pas voir un tel spectacle. Cartier : J'aime travailler avec des fortes personnalités. Avec Johan Vermeersch, j'apprends beaucoup de choses. Il connaît le foot et la vie. Son langage direct évite pas mal de pertes de temps. Riga : Plus tu côtoies des gens exigeants, plus tu te dois d'être performant. Cartier : Pour tout ce qu'il a fait, l'an dernier, j'espère qu'Haydock vivra une belle saison. Après les matches amicaux, je le voyais à 23 heures se faire soigner par le kiné. C'est une preuve de professionnalisme. Riga : Un garçon comme Dalmat s'est stabilisé ici. C'est une marque de confiance vis-à-vis du club. Pour moi, il n'a pas encore exploité tout son talent. Je souhaite également à Roberto Mirri moins de soucis. Lui aussi est un vrai pro. Enfin, j'espère que ce sera l'année d'Alessandro Cordaro. Riga : Peut-être Mohamed Amroune Cartier : Ce serait qu'on batte Anderlecht par stéphane vande velde