Le duel à mort que se livrent chaque année le Real Madrid et le FC Barcelone dépasse largement le cadre du football. Cette saison encore, les deux équipes phares devraient être les principaux protagonistes de la lutte pour le titre. Avec, en embuscade, l'un ou l'autre outsider comme le FC Séville, le FC Valence et peut-être cette saison l'Atletico Madrid.
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Le duel à mort que se livrent chaque année le Real Madrid et le FC Barcelone dépasse largement le cadre du football. Cette saison encore, les deux équipes phares devraient être les principaux protagonistes de la lutte pour le titre. Avec, en embuscade, l'un ou l'autre outsider comme le FC Séville, le FC Valence et peut-être cette saison l'Atletico Madrid. Contrairement aux habitudes, c'est le FC Barcelone qui a attiré les noms les plus ronflants. Avec, comme figure de proue, un ThierryHenry qui viendra renforcer une ligne d'attaque déjà riche de joueurs comme Ronaldinho, SamuelEto'o et LionelMessi. Il fallait faire oublier le plus vite possible les mésaventures de la saison dernière : l'humiliation de Getafe (5-2 en Coupe du Roi), l'égalisation onthebuzzer du capitaine de l'Espanyol RaulTamudo qui a coûté le titre et les sautes d'humeur d'Eto'o. Henry a réussi une partie de sa mission en ramenant l'enthousiasme chez les 30.000 supporters présents lors de sa présentation au Camp Nou. Et le tout, avec un sourire qui a chassé la morosité des aficionados blaugranas. A l'intérieur du club, on a beaucoup insisté sur la nécessité de renouveler l'effectif sans donner l'impression de tout chambouler. " A la différence des étés précédents, nous avons introduit de nouvelles pièces de qualité dans l'effectif. Pas simplement des joueurs qui arrivent en complément d'autres déjà en place ", explique le directeur sportif TxikiBeguiristain. De fait, il faut remonter à plus de deux ans pour trouver un été où le Barça avait eu recours à des transferts aussi médiatiques. En 2005, on avait engagé MarkvanBommel et SantiagoEzquerro, alors que l'été passé, c'étaient EidurGudjohnsen, GianlucaZambrotta et LilianThuram qui avaient débarqué. A l'exception de l'arrière latéral italien, aucun de ces joueurs n'est parvenu à conquérir ses galons de titulaire. Mais aujourd'hui, personne ne doute que le transfert de Henry (24 millions) va ranimer la flamme des aficionados. On espère aussi que le Français ranimera celle de ses nouveaux coéquipiers. La direction a voulu envoyer un signal fort en direction de joueurs comme Ronaldinho et Eto'o : s'ils s'endorment sur leurs lauriers, FrankRijkaard n'aura pas d'autre choix que de renvoyer l'un des deux sur le banc. L'arrivée de Henry, réalisée à dessein pour stimuler la concurrence au sein du noyau, doit faire descendre plusieurs joueurs du petit nuage sur lequel ils s'étaient confortablement installés. Un débat autour de la complémentarité des quatre attaquants (Henry, Ronaldinho, Eto'o et Messi) commence cependant à faire rage. Qui sera le sacrifié ? Rijkaard changera-t-il son système de jeu ? " Au Camp Nou, les quatre attaquants peuvent évoluer ensemble ", estime CarlesRexach, ancien joueur et ancien entraîneur du club. " Ils possèdent tous un style de jeu différent. Je suis de ceux qui pensent que, à domicile, le Barça peut développer un jeu ultra offensif. Rijkaard peut parfaitement sacrifier un défenseur ou un milieu de terrain au profit d'un attaquant supplémentaire. Ronaldinho est le plus polyvalent des quatre. Il peut évoluer sur les flancs, comme il l'a fait ces deux dernières saisons, mais également en retrait des deux attaquants Henry et Eto'o, afin de les approvisionner en bons ballons. Pour que les quatre évoluent ensemble, ils doivent avoir un esprit de sacrifice développé, se montrer altruistes et garder leur position sur le terrain. Car, s'ils veulent tous les quatre prendre le jeu à leur compte, il en résulterait une certaine anarchie ". Le Barça possédera donc une richesse offensive exceptionnelle. Que faire des attaquants excédentaires ? La saison dernière, le Barça avait prêté MaxiLopez à Majorque afin d'accroître son temps de jeu, mais son faible rendement a réduit cet objectif à néant. Avec 14 matches comme titulaire et seulement trois buts pour le compte du club des îles Baléares, l'Argentin a mal plaidé sa cause et Majorque a déjà fait savoir au Barça qu'il ne comptait pas sur lui. Lopez est donc de retour au Camp Nou, mais sans doute en transit, car avec l'arrivée de Henry, les portes lui seront fermées également. Il devra donc partir, ce qu'a déjà fait LudovicGiuly. Gudjohnsen avait été le transfert vedette de la saison dernière, mais malgré le rendement irrégulier de l'Islandais, Rijkaard ne veut pas s'en séparer. Toutefois, le club ne le retiendra pas si une bonne offre se présente. Car s'il reste, Gudjohnsen deviendrait, au mieux, le cinquième attaquant. Mais les supporters pourraient également faire pression sur Rijkaard pour qu'il offre une chance aux jeunes du club plutôt qu'à un étranger. Des jeunes comme DosSantos (18 ans) et BojanKrkic (16 ans). Ce dernier avait été l'un des grands animateurs du Championnat d'Europe des -17 ans, organisé en Belgique voici deux mois, et vient d'intégrer le noyau A. Si l'attaque a été renforcée, les autres secteurs n'ont pas été négligés. Le transfert d'un milieu de terrain défensif était indispensable. La saison dernière, aucune position n'avait été aussi controversée dans l'équipe. Ni Edmilson, ni ThiagoMotta, n'avaient réussi à convaincre. Au point que Rijkaard s'était parfois privé de médian défensif, en alignant de concert Deco, Xavi et AndrésIniesta. Avec pour conséquence que l'équipe souffrit le martyre en phase de récupération du ballon. Le 3-4-3, avec RafaelMarquez dans l'entrejeu, n'avait pas donné non plus le résultat escompté, vu le manque d'inspiration du Mexicain. La recherche d'un médian défensif, puissant dans le jeu aérien, crédité d'une bonne frappe et assez roquet pour dégoûter le rival, fut donc l'une des priorités du Barça. Le profil recherché : un vague sosie d' EdgarDavids, qui avait joué au Camp Nou lors de la première saison de Rijkaard à Barcelone. YayaTouré, 1m90 et que l'on a connu jadis à Beveren, correspondait parfaitement à ce profil. Certains le comparent déjà à PatrickVieira. Acheté à Monaco pour 9 millions, l'Ivoirien est destiné à devenir le chien de garde de l'entrejeu. Pour que les attaquants donnent libre cours à leur tempérament offensif, ils doivent en effet avoir derrière eux un joueur capable d'arracher des ballons dans les pieds de l'adversaire et de les utiliser à bon escient. Le troisième transfert concerne le flanc gauche de la défense. Depuis que Belletti et Sylvinho ont été confinés au rôle de doublures, et depuis le départ de GiovannivanBronckhorst à Feyenoord, Rijkaard réclamait avec insistance l'engagement d'un arrière latéral gauche. Voilà un bon bout de temps qu'un nom revenait souvent dans les conversations : celui d' EricAbidal, international français actif à Lyon et auteur d'une excellente Coupe du Monde. Barcelone a payé 15 millions pour l'acquérir. Son explosivité et ses poumons ont été ses meilleurs arguments pour convaincre la direction catalane de l'engager. A 27 ans, il arrive au Barça pour permettre à Ronaldinho de donner libre cours à ses dribbles. Abidal est capable d'arpenter son couloir, de centrer et de reprendre sa position avant que le gardien adverse ait eu le temps de dégager. Il devra aussi s'acquitter de ses tâches défensives. Mais cela ne l'effraie pas : il est quasiment infatigable. Enfin, Barcelone s'est offert les services de GabrielMilito, l'un des meilleurs défenseurs centraux de la Liga. Saragosse l'avait déclaré intransférable, mais Barcelone a remporté son bras de fer avec la Juventus pour l'acquisition de l'Argentin. Avec ces arrivées, alors qu'aucune vedette n'est partie, le Barça version 2007-2008 sera l'un des plus galactiques de toute son histoire. Aucune vedette n'est partie ? Si, tout de même : JavierSaviola est même allé chez l'ennemi. Au Real Madrid, l'Argentin a rejoint un autre ancien Blaugrana : l'entraîneur allemand BerndSchuster. Schuster avait déjà été joueur au stade Santiago Bernabeu, qu'il avait rejoint à l'époque de la QuintadelBuitre. Il avait alors 29 ans et il avait quitté Barcelone après huit années entremêlées de talent et de polémique. Lors de sa dernière saison, il avait même été écarté de l'équipe après des démêlés avec le président JoséLuisNunez, qu'il avait traduit en justice. Il avait terminé son contrat et avait immédiatement enfilé le maillot blanc, dans une transaction que le président de l'époque, RamonMendoza, avait qualifiée de morbide, se rappelant sans doute les coups bas que l'Allemand avait assénés aux Madrilènes lors d'une finale de coupe remportée par les Catalans. Mais, dans la capitale, avec LeoBeenhakker comme entraîneur en 88-89, Schuster démontra rapidement ses talents d'organisateur dans l'entrejeu où il brilla de toute sa classe. Lors de sa deuxième saison, le Real Madrid inscrivit 107 buts dans la Liga, un record. L'Allemand remporta deux titres et une coupe, avant qu'une tournée en Amérique du Sud ne provoque son départ. Le refus du club d'autoriser son épouse et ses enfants à voyager avec lui fut à l'origine de la rupture. Au retour en Espagne, l'Allemand signa à l'Atletico Madrid. Une solution drastique à un différend somme toute mineur. Mais on reconnaît là tout le tempérament de ce fier Bavarois né à Augsbourg. A Madrid, on espère qu'il transmettra ce tempérament à l'équipe. A Barcelone, on fait remarquer ironiquement que le socio n°115.088 entraînera les Blancs. Saviola, comme Schuster en son temps, a quitté Barcelone en étant fâché sur le club, à cause du comportement des dirigeants à son égard. Madrid espère que l'histoire se répètera et que, comme l'Allemand jadis, l'Argentin fera comprendre aux Blaugranas qu'ils ont eu tort de ne pas croire en lui. Le transfert de Saviola avait été suggéré, dès le mois d'avril, par JoséAngelSanchez, le directeur général du club, sans que le directeur sportif PredragMijatovic ne soit consulté. Lorsqu'on sut que Schuster verrait également d'un bon oeil l'arrivée du petit Argentin, les Madrilènes mirent tout en oeuvre pour l'acquérir. " Saviola est encore jeune et il peut nous rendre de fiers services ", affirme l'entraîneur allemand. Un transfert très médiatique, comme on a pu s'en apercevoir lors de la présentation du joueur aux supporters. " C'est un très grand jour pour moi ", déclara l'Argentin. " J'ai rejoint l'une des plus grandes institutions du monde ". ElConejo (le Lapin) a même revu ses prétentions financières à la baisse pour rejoindre la capitale : il gagnera 2,5 millions nets par an, durant quatre ans, alors qu'il en percevait 3,5 millions au Barça. Il a toutefois perçu une prime de 2,5 millions pour être arrivé en qualité de joueur libre de contrat. L'Argentin complétera une ligne d'attaque dans laquelle figuraient déjà RuudvanNistelrooy et RobertoSoldado, de retour d'Osasuna. Mais il en faudra plus pour développer le football champagne qu'exige le public du stade Santiago Bernabeu. Car jusque-là, le Real Madrid avait exclusivement transféré des défenseurs : l'Allemand ChristophMetzelder et le joueur du FC Porto Pepe, deux arrières centraux. Il faut reconnaître à Schuster le mérite de vouloir construire sa nouvelle équipe en commençant par les fondations. Avant d'exiger des attaquants supplémentaires, il a veillé à protéger IkerCasillas, afin que le gardien international ne souffre plus autant que les années antérieures. Alors qu'il n'était pas encore officiellement l'entraîneur du Real, il avait opposé son veto à l'arrivée de DanielAlvés, l'arrière droit brésilien du FC Séville sans doute trop offensif à son goût, et après avoir signé, il a appuyé l'acquisition de Pepe plutôt que celle du Roumain de l'AS Rome, ChristianChivu. " En commençant sa campagne de transferts par l'acquisition de deux défenseurs centraux, le Real Madrid a démontré qu'il n'était pas convaincu que sa ligne arrière offrait suffisamment de garanties ", analyse l'ancien entraîneur Jorged'Alessandro. " Mais il n'empêche que l'équipe souffre également au niveau de la création. Dans ce secteur, il manque encore deux pièces, selon moi. FernandoGago ne dirige pas la manoeuvre avec suffisamment d'autorité, il ne s'est pas encore défait de ses habitudes argentines et abuse encore trop du jeu court. Son jeu est trop lent et manque de changements de rythme, ce qui le rend trop prévisible. Il manque aussi au Real Madrid un joueur capable d'imprimer sa griffe sur l'équipe : quelqu'un qui possède une bonne sélection de passes et suffisamment de rayonnement pour s'imposer à ses partenaires. Cet homme aurait pu être CescFabregas, mais il ne viendra pas. D'aucuns estiment que Guti a les capacités voulues pour être cet oiseau rare, mais je n'y crois pas : chaque fois qu'il a reçu sa chance, il a failli à sa mission. Il n'est pas fiable, il gâche trop d'opportunités. J'estime donc que le Real devrait encore transférer deux milieux de terrain, et si j'étais à la place des dirigeants, j'essaierais de convaincre JuanRomanRiquelme. La blessure barcelonaise du joueur argentin n'est pas encore cicatrisée et il ne cracherait sûrement pas sur une occasion de se venger. Pour le reste, j'ajoute que Schuster a ma confiance, mais il devrait oxygéner le vestiaire. L'ambiance ne doit pas être dictée par les vachessacrées, un peu d'air frais ne ferait pas de tort ". Dans cette campagne de transferts du Real Madrid, il manque aussi un véritable crack, que ne sont ni RoystonDrenthe, ni même ArjenRobben. C'est pourquoi la direction fait le forcing pour attirer Kaka. Après avoir proposé 90 millions à l'AC Milan, elle propose maintenant 55 millions plus JulioBaptista et AntonioCassano. par roger xuriach et juan carlos casas (esm) - photos: reporters