L'US Open a vibré pendant deux semaines au rythme de la ville qui l'accueille, New York. Le dernier des tournois du Grand Chelem est le moins lié à la tradition mais le plus spectaculaire. Les spectateurs se déplacent moins pour le tennis que pour l'excitation du moment, ils préfèrent le show à la technique. Il n'y a qu'à Flushing Meadows, dans le stade Armstrong, la cuvette située à côté du gigantesque stade Arthur Ashe, qu'on peut entendre des sifflements ponctuer les mouvements d'une belle blonde pulpeuse. Quand, un peu plus tard, elle est remplacée par un garçon, celui-ci subit les huées d'un public égayé par l'alcool.
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L'US Open a vibré pendant deux semaines au rythme de la ville qui l'accueille, New York. Le dernier des tournois du Grand Chelem est le moins lié à la tradition mais le plus spectaculaire. Les spectateurs se déplacent moins pour le tennis que pour l'excitation du moment, ils préfèrent le show à la technique. Il n'y a qu'à Flushing Meadows, dans le stade Armstrong, la cuvette située à côté du gigantesque stade Arthur Ashe, qu'on peut entendre des sifflements ponctuer les mouvements d'une belle blonde pulpeuse. Quand, un peu plus tard, elle est remplacée par un garçon, celui-ci subit les huées d'un public égayé par l'alcool. C'est à l'US Open que le système Hawk-Eye trouve sa meilleure expression. La répétition vidéo des phases rencontre un vif succès auprès des joueurs comme des fans. Les New Yorkais raffolent se mêler du déroulement d'une partie. Sur chaque phase controversée, ils crient à pleins poumons Challenge (vas-y). Les écrans géants retransmettent fidèlement le parcours de la balle. Après quelques jours, on retarde la diffusion des replays, afin de faire monter le suspense. Ici, à Flushing Meadows, les derniers effets d'Ernesto, le cyclone tropical, perturbent le programme des premiers jours. Des dizaines d'hommes installés sur de curieuses machines ont dû sécher le court, après la énième averse. La fédération américaine de tennis a commandé ces machines, lasse de se faire moquer pour ses actions " essuies " afin de sécher la surface, dans la plus grande et plus coûteuse arène de tennis du monde. Doter le stade d'un toit n'est pas à l'ordre du jour car cela coûterait trop cher, l'équivalent de 80 millions d'euros, mais le stade Louis Armstrong, plus petit, pourrait en bénéficier car cela ne coûterait que 25 à 30 millions d'euros. Durant cette semaine chaotique et terriblement humide, aucune installation d'entraînement n'est prévue à l'attention des joueurs. Ceux qui le veulent peuvent louer un court intérieur mais doivent prendre un taxi pour y arriver. Ce n'est pas digne d'un tournoi Challenger mais cela fait partie des charmes de l'approche américaine. Au fil des années, les joueurs ont appris à s'en accommoder : les jets qui survolent le stade pour atterrir à La Guardia, l'odeur des hot-dogs au Billy Jean King National Tennis Center et les manières des supporters des Yankees font couleur locale. Justine Henin-Hardenne n'est toujours pas tombée sous le charme du tournoi de Big Apple. Cela n'a pas empêché la Rochefortoise d'y atteindre sa quatrième grande finale de l'année, une performance signée pour la dernière fois par MartinaHingis en 1997. Si elle n'a pu accrocher ce qui eût été sa sixième victoire, c'est à cause de Maria Sharapova. La Russe est à New York ce que ses longues jambes sont à sa robe du soir. Sharapova est bruyante, exubérante et elle aime les feux de la rampe. Cet amour est réciproque. Elle n'eût pu trouver meilleure scène pour sa deuxième victoire dans un tournoi du Grand Chelem. Précisons qu'elle ne compte pas ses heures à l'entraînement : son service est devenu une arme fatale, elle a amélioré son jeu de jambes et, même si ce n'est pas encore naturel, elle ose chercher le filet. Elle a perfectionné son jeu. Son père, Youri Sharapov, sait, comme Carlos Rodriguez, que c'est indispensable sous peine de piétiner. Leurs joueuses sont des travailleuses. Agée de 19 ans, Sharapova a encore une large marge de progression. Sa soif de progrès, alliée à sa rage de vaincre, est impressionnante. Si Henin n'a jamais vraiment émergé durant cette finale, c'est partiellement psychologique. Peu de joueuses osent afficher autant de caractère, si pas plus, que celle qui s'est adjugé Roland Garros à trois reprises. La Sibérienne Maria Sharapova en est capable et ose. Elle a transformé le match du week-end dernier en combat de chattes. Celle qui a le mieux su gérer les attentes l'a remporté. Sharapova savait qu'elle ne pouvait montrer aucune faiblesse et elle s'en est gardée, sur le court comme dans son langage corporel. La froideur russe a canalisé le feu américain. Une combinaison mortelle. En demi-finales, Henin avait pourtant prouvé qu'elle était une surfemme. Face à l'étonnante Jelena Jankovic, une version plus jeune de Kim Clijsters, elle a clairement montré qu'elle était mue par une foi invincible en ses moyens. Cette confiance en ses qualités de battante et la conviction qu'à tout instant, elle pouvait renverser le cours d'un match, constituent sans doute un progrès plus intéressant encore que le renforcement de son corps, l'amélioration de son service ou son travail de reprise. Henin-Hardenne a acquis le rayonnement qui animait Hingis, les Williams et même Steffi Graf à leur apogée : quoi qu'il arrive, l'adversaire doit se sublimer pour les vaincre. Cela s'appelle une réputation. Henin-Hardenne l'a acquise. Même si Jankovic l'a parfois dominée, dès que Justine a aperçu ne serait-ce qu'une faille dans le panzer mental de la Serbe, elle s'y est infiltrée et elle a renversé le cours du match. Même quand elle ne se sent pas bien et que son tennis n'est pas brillant, la pupille de CarlosRodriguez a appris qu'il se présente toujours une occasion au cours d'un match et elle est en général impitoyable. Cette fille de 1,67 mètre est un killer. Lindsay Davenport, victime de la rage de vaincre de Henin en quarts de finale, a expliqué : " J'ai beau bien frapper la balle, elle me la renvoie mieux. Elle se bat, c'est inouï. Elle est une formidable athlète. A mes yeux, elle est la meilleure joueuse du monde ". Il n'en fallait pas davantage à Sharapova pour être motivée à l'instant de monter sur le court. Si le phénomène russe coupe le souffle de tous les mâles américains en apparaissant aux séances vespérales dans une sorte de robe cocktail, c'est à mettre sur le compte du marketing omniprésent. Le fait que la jeune prodige ait survécu pour la première fois aux demi-finales d'un grand tournoi depuis sa victoire à Wimbledon en 2004 a suscité autant d'admiration. Sharapova a fait mal avec ses gémissements mais aussi avec son coup droit et ses reprises. Son étoile s'est élevée au-dessus des immeubles de Manhattan et n'a jamais faibli. Même si le tournoi masculin a obtenu une finale de rêve entre Roger Federer et AndyRoddick, le héros local, l'US Open était placé sous le signe de la retraite d'Andre Agassi. Le public américain rêvait d'adieux en beauté. Il y a quatre ans, Pete Sampras n'avait-il pas gagné son dernier US Open ? Les présages n'étaient pas bons. Agassi avait dû renoncer à deux tournois de préparation et avait reçu une infiltration de cortisone pour pouvoir se produire à Flushing Meadows. Cela ne s'est pas arrangé pendant le tournoi. Après un deuxième tour héroïque contre le fantasque Cypriote Marcos Baghdatis - tout le stade était debout sur les bancs pendant le point de match au cinquième set, ce qui ne s'était sans doute jamais vu sur un court de tennis-, Agassi ne pouvait plus se tenir droit. Il a encore eu recours à une infiltration et à des anti-inflammatoires pour monter sur le terrain. Sa défaite au tour suivant face à B(enjamin) Becker était symbolique. Son discours d'adieu et l'ovation de huit minutes ont été poignants mais Agassi n'a eu la chair de poule qu'en rentrant dans le vestiaire, où tous ses collègues l'ont accueilli avec des applaudissements. Andy Roddick était soulagé de n'avoir pas à affronter son maître au quatrième tour. " Naturellement, j'ai envie de jouer contre mes idoles mais je préfère ne pas être l'homme qui a abattu Bambi ", a commenté A-Rod. " Par contre, liquider l'homme qui a tué Bambi ? Cela me pose moins de problèmes ". Donc, Roddick a battu Becker, Hewitt et Youzhny pour atteindre sa première finale du Grand Chelem depuis Wimbledon 2005. En même temps que son statut, il a retrouvé son arrogance et ses commentaires spitants. Ces derniers mois, faute de résultats, il avait été le bouc émissaire du déclin général du tennis américain. Son carrousel d'entraîneurs et ses réactions acerbes n'avaient pas amélioré son image. Puis, il y a un mois, il a adjoint Jimmy Connors à son entourage. Jimbo est un demi-dieu pour l'Amérique tennistique. D'un coup, tous les doutes concernant le talent de Roddick se sont envolés, y compris dans la tête du Texan de 24 ans, qui a retrouvé à l'US Open le style qui lui avait permis de s'adjuger ce tournoi en 2003 et de s'emparer du numéro un mondial. Son service dur était infléchi vers le bas, son coup droit a fait le reste et les chauvins new yorkais ont répondu avec chaleur à son enthousiasme. Il n'en fallait pas plus à Roddick pour disputer la quatrième grande finale de sa carrière. Cet US Open était placé sous le signe des adieux. Ceux d'Andre Agassi mais aussi de Martina Navratilova, qui fêtera bientôt ses 50 ans mais a remporté son 57e Grand Chelem en double mixte ! Christophe Rochus a également annoncé sa retraite. Malheureusement pour Justine, Maria Sharapova aussi a fait ses adieux. A l'image d'une fille qui avait gagné Wimbledon un peu par hasard. ? FILIP DE WULF