En début octobre 1993, les Zèbres prirent la direction de la Perse à la place du Standard, dont de nombreux joueurs avaient été retenus pour les besoins des Diables Rouges. La mission spéciale à Téhéran devait se résumer à un match contre l'équipe nationale d'Iran qui préparait le deuxième tour qualificatif d'Asie pour le Mondial américain. Et le 22 octobre, à Doha, l'Iran devait même se mesurer à son grand ennemi, l'Irak. Un choc redouté après l'effroyable conflit qui opposa les deux pays.
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En début octobre 1993, les Zèbres prirent la direction de la Perse à la place du Standard, dont de nombreux joueurs avaient été retenus pour les besoins des Diables Rouges. La mission spéciale à Téhéran devait se résumer à un match contre l'équipe nationale d'Iran qui préparait le deuxième tour qualificatif d'Asie pour le Mondial américain. Et le 22 octobre, à Doha, l'Iran devait même se mesurer à son grand ennemi, l'Irak. Un choc redouté après l'effroyable conflit qui opposa les deux pays. Sans le mesurer vraiment le bon Sporting de Charleroi se retrouvait, toutes proportions gardées, dans le rôle de cette équipe de tennis de table américaine qui foula le sol de la Chine en 1971 et contribua au renouement des contacts entre Pékin et Washington. Il y avait déjà 14 ans que l'Iran vivait en marge du monde et un proche du président Ali Hachemi Rafsandjani déclara même que " c'est long mais que, quoi que vous fassiez, les feuilles tombent quand l'automne arrive ". C'est dire si ce voyage n'était pas comparable aux autres avec, à l'arrivée, à l'aéroport, une banderole résumant les problèmes internationaux de l'Iran : " Down with America ". En parfaits diplomates, Jean-Paul Spaute, Gaston Colson et le coach des Zèbres, Robert Waseige, firent preuve de calme et d'humour pour rassurer toute la délégation belge. En ville, à Téhéran, les passants cherchaient le contact, déjà heureux d'échanger un regard avec des Occidentaux. Elégant comme toujours, Colson fut parfaitement à la hauteur de la situation lors de la visite de quelques émissaires belges, dont je faisais partie, chez le Président de la fédération iranienne de football. Il fut question de lui offrir une bouteille d'Eau de Villée. Colson veillait heureusement au grain et ce trésor, interdit en Iran, resta, raconte la légende, dans la chambre de Spaute. Au siège de la fédération iranienne, il fut question des " Versets sataniques " de Salman Rushdie, des Diables Rouges, de Jean-Marie Pfaff, d'un joueur arménien de l'équipe nationale iranienne et Spaute précisa avec tact que " Affo Atty, Togolais, musulman pratiquant, était un des titulaires des Zèbres. " Un moment de diplomatie, d'intelligence et de savoir-vivre qui caractérisait le plus beau duo de dirigeants de l'histoire des Zèbres, Spaute-Colson. Le président de la fédération iranienne remit à chacun un magnifique tapis que je possède encore en souvenir de ce voyage. Les Zèbres méritèrent leur beau match nul (1-1, but carolo de Jean-Jacques Missé-Missé) contre l'équipe nationale d'Iran. A l'aéroport de Téhéran, des Iraniens offrirent gentiment des pistaches aux joueurs sous le regard amusé de Colson. Décédé il y a peu, ce brave homme a rejoint son fils spirituel, Spaute, au Panthéon du Sporting Charleroi.PAR PIERRE BILIC