Khalid Fouhami (29 ans) est dans l'actualité depuis son arrivée au Standard, l'été dernier. Sa rivalité sportive avec Filip Susnjara, son arrivée tardive qui lui a valu une sanction de Michel Preud'homme le jour du match contre Alost, sa non-sélection pour la Coupe d'Afrique qui -selon certaines sources- aurait fait l'objet d'un arrangement financier entre le club et la fédération marocaine, son coup de boule à Sergio Rojas... Le colosse a d'ores et déjà marqué la saison des Rouches.
...

Khalid Fouhami (29 ans) est dans l'actualité depuis son arrivée au Standard, l'été dernier. Sa rivalité sportive avec Filip Susnjara, son arrivée tardive qui lui a valu une sanction de Michel Preud'homme le jour du match contre Alost, sa non-sélection pour la Coupe d'Afrique qui -selon certaines sources- aurait fait l'objet d'un arrangement financier entre le club et la fédération marocaine, son coup de boule à Sergio Rojas... Le colosse a d'ores et déjà marqué la saison des Rouches.Ange ou démon? Il se défend d'être un indiscipliné. Derrière l'armoire à glace se cache en tout cas un gardien au grand coeur. Très sensible aux marques de sympathie des supporters par exemple.Khalid Fouhami: J'apprécie la réserve des supporters en Belgique. Des gars de Beveren ont fait le déplacement à Knokke, pendant notre stage, pour venir m'encourager. Quand nous sommes allés jouer au Freethiel, ils m'ont donné la chair de poule en scandant mon nom. Ceux du Standard me prouvent aussi leur attachement. Mais toujours sans débordements. Ils sont respectueux. Cela me change de ce que j'ai connu au Maroc et lors de mes deux saisons au Dinamo Bucarest. Dans mon pays, je ne peux pas faire un pas sans être agressé. Quand j'y retourne en vacances, je dois m'exiler dans des régions reculées. Votre plus grande fierté n'est-elle pas d'avoir gagné votre bras de fer avec Susnjara, qui avait entamé la saison comme titulaire?Mon transfert de Beveren ne s'était réglé qu'une semaine avant le début du championnat. Un handicap car j'avais tout à découvrir ici et je devais apprendre une nouvelle façon de travailler. En plus, je me suis blessé aux parties génitales dans un choc avec un joueur de Tubize, en match amical. Il a fallu m'opérer et cela a ralenti mon intégration. En arrivant ici, je savais que rien n'était acquis, que mon statut d'international ne voulait rien dire. Mais j'étais serein. Lors de mes premières semaines à Bucarest, je n'avais soi-disant aucune chance face au titulaire. J'étais le premier gardien étranger de l'histoire du Dinamo. J'avais pourtant fini par m'imposer dans l'équipe. Idem à Beveren. Susnjara a eu sa chance. Il a d'énormes qualités, mais il a commis quelques erreurs et j'en ai profité. C'est la loi du foot. Filip n'a pas su gérer la pression inhérente à tous les grands clubs parce qu'il manquait d'expérience. Quand vous passez à côté de votre match avec une grande équipe, vos bourdes font la une des journaux. Encore plus au Standard qu'ailleurs, vu la tradition de grands gardiens qu'il y a ici. Il faut un certain vécu pour résister à tout cela. J'avais cet avantage par rapport à Susnjara. Je sais relativiser, dans les bons et les mauvais moments. Il faut savoir, à chaque instant, remettre les choses à leur vraie place: je l'ai appris en Roumanie et en équipe nationale, où on impose aussi un stress terrible aux footballeurs. Je me suis tracé une voie et je la suis: je veux que, dans quelques années, les supporters du Standard m'ajoutent à la liste des gardiens de légende de ce club."Allo Michel?"La Roumanie n'est pas le pays rêvé pour un joueur africain qui veut faire une grande carrière en Europe...Je m'étais retrouvé là-bas un peu par hasard, via un entraîneur roumain qui travaillait au Maroc. Au début, je n'étais pas chaud. Mais après trois semaines de stage avec le Dinamo, j'étais convaincu que ce championnat pouvait être un bon tremplin. Il y avait huit ou neuf internationaux dans le noyau. Ce fut une excellente école. La pression sur les rares joueurs étrangers était terrible. Les médias ne nous pardonnaient rien. Quand j'avais l'impression d'avoir signé un tout grand match, j'obtenais simplement une cote moyenne.Le foot roumain est synonyme de corruption et de trucages en tous genres, non!La presse ne parlait que de cela. Moi, je n'ai rien remarqué. De toute façon, nous étions tellement forts que nous n'avions besoin d'aucune aide extérieure. En deux ans à Bucarest, j'ai été champion et gagné la Coupe de Roumanie.C'est avec cette équipe que vous aviez tapé une première fois dans l'oeil de Michel Preud'homme?Oui, lors d'un match de Coupe d'Europe que nous avions gagné sur le terrain de Benfica. Ce soir-là, nous avions discuté quelques minutes. Pour moi, c'était une légende vivante. J'ai suivi sa carrière de près. Putain, il avait tout arrêté contre le Maroc lors du Mondial 94 (il rit)... Il m'avait aussi vu à l'oeuvre plusieurs fois avec l'équipe nationale, parce qu'il suivait les internationaux marocains de Benfica. Vous l'avez vous-même contacté, l'été dernier?Involontairement... Un de ses anciens coéquipiers marocains de Benfica m'avait demandé son numéro. J'avais pu l'obtenir et je l'avais encodé sur mon GSM. Un jour, j'ai voulu appeler un ami, un autre Michel. Je me suis trompé. Quand on a décroché, j'ai compris que ce n'était pas le copain que je cherchais. J'ai dit: -A qui ai-je l'honneur? Vous imaginez ma tête quand il m'a répondu: -A Michel Preud'homme! Nous en avons profité pour discuter un peu et il m'a dit qu'il aurait peut-être bientôt un club pour moi. Quelques jours plus tard, il me rappelait: Runje était parti à Marseille et Preud'homme me proposait de signer au Standard. "On a frôlé la révolution au Maroc"Pourquoi avez-vous accepté de rester au Standard pendant la Coupe d'Afrique?Preud'homme m'a demandé mon avis et je lui ai dit de faire pour un mieux, d'intervenir pour que je reste ici s'il jugeait que c'était mieux pour le Standard. Je ne voulais pas de problèmes. Preud'homme est un grand ami de Coelho, le coach portugais du Maroc. Ils se sont connus à Benfica. Cela a joué un grand rôle: Coelho a accepté de me laisser à la disposition du Standard.Les Africains n'ont pas l'habitude de refuser une sélection...Evidemment, j'ai beaucoup souffert. J'avais été élu meilleur gardien d'Afrique après la CAN il y a deux ans, et j'aurais voulu confirmer mon titre. Mais bon, cela fait aussi plaisir d'avoir la confiance des gens de mon club.Y a-t-il eu un arrangement financier?Non. Tout s'est réglé entre Preud'homme et Coelho.Comment les Marocains ont-ils réagi?Coelho a raconté n'importe quoi. Il a dit qu'il ne me reprenait pas parce que je n'étais pas en forme, pas bien dans ma tête. C'est aberrant: si je ne suis pas en forme, je ne suis pas titulaire au Standard. Je ne me suis pas laissé faire. Quand des journalistes m'ont contacté, je leur ai expliqué la vérité. Quelque part, je comprends que Coelho n'ait pas osé tout dire, car pour les Marocains, le drapeau passe avant toute chose. Quand la vraie explication a été connue au Maroc, on a frôlé la révolution. Puis, ça s'est calmé car les médias ont tout fait pour que l'équipe nationale puisse préparer la CAN dans les meilleures conditions. Il y a quand même eu des réactions très marquées à gauche et à droite. Comme celle de Baddou Zaki, le plus grand gardien de l'histoire du football marocain. Il passe toujours pour une référence au pays. Après la Coupe du Monde 86, il avait été élu Footballeur Africain de l'Année. Et il a déclaré que mon absence à la CAN avait été une perte énorme."Faire sauter les amendes via Costantin? Mon oeil!"Votre contrat au Standard devait être revu en cours de saison: le fait que vous soyez resté à la disposition du club pendant la CAN devrait jouer pour vous?On verra. Je devais rencontrer la direction en décembre pour parler chiffres. Le rendez-vous a été reporté en janvier. Nous ne nous sommes pas encore vus, mais j'ai confiance: le club tiendra ses promesses. Il était normal qu'on ne me propose pas un contrat mirobolant dès mon arrivée, car j'avais encore tout à prouver avec cette équipe.Une augmentation de votre contrat vous permettrait de récupérer les amendes que vous devez régulièrement verser dans la caisse des joueurs...(Il se marre). Oh la la... En six mois dans ce club, j'ai déjà payé plus d'amendes que pendant toute ma carrière. Je dois approcher des 100.000 francs! Les patrons du Standard veulent montrer qu'ils exigent une discipline de tous les instants: c'est ce qui fait la grandeur de ce club... Je découvre tous les jours son fonctionnement. Au début, j'ai essayé de négocier une diminution des amendes avec Alphonse Costantin, mais j'ai vite compris que je ne frappais pas à la bonne porte (il rit). J'en ai ensuite parlé au capitaine, Didier Ernst. Il m'a simplement répondu: -Ici, c'est comme ça!Etes-vous particulièrement indiscipliné?Pas du tout. J'ai été sanctionné pour être arrivé avec une heure et demie de retard au rendez-vous du groupe, le jour du match contre Alost. J'avais dû aller chercher mon billet d'avion parce que je partais le lendemain pour un match de l'équipe nationale. Il y avait eu un enchaînement de circonstances et personne n'avait pu aller à Bruxelles pour moi. Mon seul tort, dans l'histoire, avait été de ne pas avoir prévenu l'entraîneur. Le club m'a ensuite puni pour ma carte rouge contre Charleroi. Entre-temps, j'ai dû payer quelques fois parce que mon GSM avait sonné pendant les séances de théorie ou les repas. Par contre, je ne suis jamais arrivé en retard à un entraînement. La caisse servira à aller au restaurant en fin de saison, et je pense que je vais payer à manger à tout le groupe (il rit). Pierre Danvoye