1 CELTIC GLASGOW : 1903-1994 - Les Ecossais ne veulent pas de numéro

Dans un univers footballistique de plus en plus commercial, un maillot qui existe depuis 115 ans semble impensable mais au Celtic Football Club, on est très attaché à la tradition. Lors de leur fondation (1888), les Bhoys jouaient en maillot blanc. Un an plus tard, ils optèrent pour des lignes verticales blanches et vertes. En 1903, l'équipement légendaire voyait le jour : maillot avec de grosses lignes horizontales vertes et blanches, short blanc immaculé.

En août 1928, Arsenal et Chelsea signaient une primeur européenne : pour la première fois, les joueurs montaient sur le terrain avec des numéros reflétant leur position. Très vite, d'autres clubs britanniques suivaient le mouvement mais en 1960, lorsque cela devenait obligatoire, le président Robert Kelly, un idéaliste, faisait sécession. Selon lui, les " numéros violaient le maillot. " Un compromis était trouvé : les joueurs du Celtic affichaient leur numéro... sur le short.

En 1975, lorsque l'UEFA obligeait les clubs à disputer leurs rencontres européennes avec des numéros sur les maillots, Kelly -président de 1947 à 1971- ne pouvait plus rien faire. Mais en championnat d'Ecosse, le Celtic continuait à n'afficher le numéro des joueurs que sur le short. Ce n'est que des années après son départ que l'équipementier (Umbro), l'emblème (un trèfle) et un premier sponsor (le vitrier CR Smith, 1984) trouvaient une place sur le maillot légendaire des Boys, premier club britannique à avoir remporté la Coupe d'Europe des Clubs Champions (1967). Les numéros, eux, ne faisaient leur apparition sur le maillot qu'en... 1994. Sur obligation de la Scottish Football League, qui avait refusé une dernière contre-proposition (sur la manche).

2 Eintracht Braunschweig - Günter Mast, propriétaire de Jägermeister, pose en compagnie de Hans-Jürgen Hellfritz, Eberhard Haun et... d'un billet de 1000 marks !, GETTY
2 Eintracht Braunschweig - Günter Mast, propriétaire de Jägermeister, pose en compagnie de Hans-Jürgen Hellfritz, Eberhard Haun et... d'un billet de 1000 marks ! © GETTY

2 EINTRACHT BRAUNSCHWEIG : 1972-1973 - Le lion devenu chevreuil

Lorsque le championnat de Belgique est devenu professionnel, en 1974, les supporters ont été confrontés à un phénomène nouveau : le sponsoring des maillots. Sur celui du Club Bruges, on pouvait lire Carad (une marque de radios et téléviseurs), Anderlecht fut plus tard soutenu par Belle-Vue - la brasserie de son président, Constant Vanden Stock - tandis que le Standard, lui, était associé à Texaco.

En Bundesliga, ce n'était pas encore autorisé mais l'Eintracht Braunschweig - champion en 1967 - profitait d'une subtilité dans le règlement fédéral. S'il était interdit d'afficher un sponsor sur le maillot, il était autorisé d'y placer un logo - 14 cm de hauteur maximum -. Günter Mast, grand patron de Jägermeister et nouveau sponsor principal du club, sautait sur l'occasion. Il versait 100.000 marks (51.129 euros) au club pour que celui-ci remplace son logo - un grand lion rouge- par une tête de chevreuil à la ramure impressionnante, symbole de la célèbre liqueur aux herbes aromatiques.

3 Pays-Bas - Johan Cruijff lors de la finale du Mondial 1974. Avec une bande de moins que ses partenaires..., BELGAIMAGE
3 Pays-Bas - Johan Cruijff lors de la finale du Mondial 1974. Avec une bande de moins que ses partenaires... © BELGAIMAGE

Le 24 mars 1973, Die Löwen (Les Lions) montaient sur le terrain avec le logo de Jägermeister - 18 cm de haut - sur la poitrine. Le football allemand était sous le choc. " Je préfère des titres de journaux négatifs aux informations positives ", disait Mast. " Ça attire plus l'attention. " La fédération allemande traînait le club en justice mais elle était déboutée : en novembre, elle acceptait le jugement et dès la saison 1973-1974, les clubs étaient autorisés à afficher le nom d'un sponsor sur leur maillot.

3 PAYS-BAS : 1974-1977 - Johan Cruijff : plus fort que la marque

Au début des années '70, Johan Cruijff était l'une des plus grandes stars du football mondial. Un génie sur crampons qui, de 1965 à 1973, avait permis à l'Ajax de conquérir trois titres de champion des Pays-Bas et trois Coupes d'Europe des Clubs Champions. Il avait l'aura d'une rock star mais c'était aussi un visionnaire qui, en 1972, à l'âge de 25 ans, allait exploiter au maximum la rivalité entre les frères Dassler : Adolf (Adidas) et Rudolf (Puma).

4 SC Bastia - La tête de Maure, symbole du grand Bastia.

À l'époque, il était sous contrat avec Puma depuis cinq ans et négociait avec son grand concurrent avant de signer un nouveau contrat de 68.000 euros par an avec Puma. Un gros problème pour la fédération hollandaise de football qui, avant la Coupe du monde en Allemagne de l'Ouest, avait signé avec la marque aux trois bandes.

Puma ne voulait pas voir sa figure de proue jouer dans une tenue de l'ennemi tandis qu'Adidas menaçait de mettre fin à son sponsoring si la fédération hollandaise ne rappelait pas son numéro 14 à l'ordre. Cruijff s'en sortait à sa façon : il était le seul joueur de l'équipe orange à porter un maillot avec seulement deux lignes sur les manches.

Il restait fidèle à ses chaussures Puma, même si la légende raconte que, lorsqu'il intervenait pour soigner un blessé, le soigneur de l'équipe des Pays-Bas devait placer son coffret avec le logo Adidas devant les pieds du capitaine et que les cameramen étaient payés par Adidas pour ne zoomer qu'à ce moment-là sur le footballeur le plus cher du Mondial. Cruijff était élu Meilleur Joueur du tournoi mais les Pays-Bas perdaient la finale face au pays organisateur (2-1).

4 SC BASTIA : 1977-1978 - La beauté de la simplicité

En Ligue 1, les Corses jouaient dans un maillot insipide sur lequel on trouvait le nom du sponsor principal du club, le Club Méditerranée. En Coupe de l'UEFA, Les Lions de Furiani, du nom du quartier où se trouvait le vieux Stade Armand-Cesari) faisaient honneur à leur surnom.

La beauté de la simplicité et de la combativité : un maillot bleu et blanc avec trois lignes blanches sur lequel on trouvait les lettres SECB (Sporting Étoile Club Bastia) et la Testa Mora - une tête de Maure noire, symbole de l'indépendance de la Corse. L'international hollandais Johnny Rep, qui jouait comme en ses plus beaux jours, était le symbole de cette équipe chaleureuse dotée d'une génération exceptionnelle.

Claude Papi, un médian gauche qui fumait comme une cheminée, en était le grand patron et un des trois Corses (avec Charles Orlanducci et Paul Marchioni) qui surprenait l'Europe. Dans le chaudron de Furiani, personne ne s'imposait : le Sporting Clube de Portugal, Newcastle, Torino, Carl Zeiss Iena et le Grashopper Club Zürich y mordirent la poussière.

En match aller de la finale face au PSV, alors qu'un violent orage avait transformé le terrain en étang, Bastia se créait de nombreuses occasions mais la boue et une excellente prestation du gardien Jan van Beveren permettaient au PSV de s'en sortir avec un nul blanc. Cinq mille Corses se déplaçaient à Eindhoven, où leur équipe n'avait aucune chance (3-0). Mais personne n'a oublié ce maillot et le football produit par Bastia.

5 FC NANTES : 1980-1981 - Bob Marley sous le maillot des Canaris

En juillet 1980, le FC Nantes venait de remporter son cinquième titre de champion de France lorsque Bob Marley et son Uprising Tour faisaient étape au Palais de la Beaujoire. La légende jamaïcaine du reggae, auteur de 'No Woman, No Cry' et 'Redemption Song' adorait le football et trouvait toujours un peu de temps pour jouer au ballon. Avec son groupe, il se rendit à La Jonelière, le centre d'entraînement des Canaris, où sa firme de disque avait organisé un match amical de 45 minutes contre quelques professionnels.

5 FC Nantes - Bob Marley, moulé dans un maillot du FC Nantes, serre la main du légendaire Henri Michel., BELGAIMAGE
5 FC Nantes - Bob Marley, moulé dans un maillot du FC Nantes, serre la main du légendaire Henri Michel. © BELGAIMAGE

Henri Michel, Loïc Amisse, Gilles Rampillon, Bruno Baronchelli et Jean-Paul Bertrand-Demanes, cinq légendes du club, étaient impressionnées par les dribbles de Marley et de quatre membres de son groupe (The Wailers), qui ne s'inclinaient que 4-3, avec deux buts du chanteur. Lorsque le directeur sportif du club lui offrit le maillot officiel du club, Marley était aux anges.

5 FC Nantes

Il confiera plus tard à son agent que cet après-midi là fut " le meilleur moment de la tournée. " Ce que personne ne savait encore à l'époque, c'est que ce maillot Adidas du FC Nantes portant le logo de la chaîne de radio Europe 1 allait devenir un collector.

6 LIVERPOOL FC : 1981 - Un morceau de tape blanc sur la machine rouge

Novembre 1964. Dans les catacombes d'Anfield, le capitaine Ron Yeats (1m87) discute avec le manager Bill Shankly, un psychologue du foot avant la lettre. Shankly n'aime pas les shorts et bas blancs. Il dit à son défenseur qu'il doit porter un short rouge. Quelques minutes pus tard, il lui crie : " Ronnie, tu fais peur. On dirait que tu mesures 2,15 m ! " Lorsque Yeats enfile aussi des bas rouges, Shankly est sûr de son coup. Quelques jours plus tard, Anderlecht est balayé (3-0).

6 Liverpool FC - Le capitaine des Reds, Phil Thompson, soulève la 3e CE1 du club en 1981. Avec un logo camouflé sur le maillot., Getty Images
6 Liverpool FC - Le capitaine des Reds, Phil Thompson, soulève la 3e CE1 du club en 1981. Avec un logo camouflé sur le maillot. © Getty Images

Après le départ de Shankly en 1974, les Reds, symbole de puissance et de danger, vont conquérir six titres de champions d'Angleterre, une Coupe de l'UEFA (en 1976 contre le FC Bruges) et 3 Coupes d'Europe des Clubs Champions : ils vont balayer le Borussia Mönchengladbach (3-1) à Rome, battront à nouveau Bruges en 1978 à Wembley (1-0) et le Real Madrid (1-0, but d' Alan Kennedy) en 1981 au Parc des Princes.

Ces quatre finales européennes, Liverpool les jouera tout de rouge vêtu, avec l'emblème du club sur le côté gauche de la poitrine et le logo de son équipementier (Umbro) sur le côté droit. Mais peu avant le match à Paris, l'UEFA et les chaînes de télévision décideront que plus aucune marque ne peut figurer sur le maillot ni sur le logo.

Le coup d'envoi sera donc retardé de façon à ce que les joueurs anglais puissent camoufler le logo d'Umbro avec du tape. " Un scandale ", dira Alan Hansen. " Le Real a joué en maillot Adidas et l'UEFA a fermé les yeux sur les trois bandes. "

7 ARGENTINE : 1986 - " La main de Dieu " en bleu foncé

Les maillots argentins en Coupe du monde se suivent et ne se ressemblent pas. Les collectionneurs se disputent les maillots blancs aux lignes bleu clair qui symbolisent L'Albiceleste, mais le deuxième jeu de maillot s'apparente souvent à un cauchemar pour les entraîneurs et accompagnateurs. Lors du premier match de Coupe du monde en Suède (1958), contre l'Allemagne de l'Ouest, l'Argentine n'avait pas d'équipement alternatif et elle a dû jouer sous les couleurs d'IFK Malmö, un club de la ville-hôte.

En 1986, lorsque le Mondial posait sa tente pour la deuxième fois à Mexico, la fédération argentine faisait à nouveau preuve d'un manque de professionnalisme. En raison de la chaleur, elle optait pour un maillot blanc et bleu en Aertex, une matière qui laissait plus facilement passer la transpiration que les maillots classiques en coton. Mais elle n'en avait qu'un exemplaire et lorsqu'elle affronta l'Uruguay - qui jouait tout en blanc - en huitièmes de finale, elle s'est vue obligée de recourir à son équipement alternatif. Sous une chaleur infernale, Diego Maradona & Cie sont tout de même parvenus à se qualifier difficilement (1-0) pour les quarts de finale face à l'Angleterre, qui avait le choix du maillot et jouait en blanc.

7 Argentine - Le bleu ciel classique de l'Argentine a été remplacé lors du Mundial 86, face à l'Angleterre, par du bleu foncé dans un match devenu historique., BELGAIMAGE
7 Argentine - Le bleu ciel classique de l'Argentine a été remplacé lors du Mundial 86, face à l'Angleterre, par du bleu foncé dans un match devenu historique. © BELGAIMAGE

À trois jours du match, le sélectionneur argentin Carlos Bilardo envoyait un membre du staff dans la capitale, lui demandant de ramener un équipement fait d'une matière légère. Celui-ci rentrait avec des maillots bleu foncé qui étaient pesés et approuvés à l'hôtel. C'est Diego Maradona en personne qui donna son approbation. " Nous battrons les Anglais avec ce maillot. " El Diez avait raison : la Main de Dieu et un magnifique solo permettaient à l'Argentine de se qualifier.

8 DANEMARK : 1986 - " Une tenue de carnaval "

Lorsque l'équipementier Hummel, dont le siège était situé à Aarhus, au Danemark, a dévoilé le maillot révolutionnaire avec lequel l'équipe nationale de ce pays allait disputer la Coupe du monde 1986 au Mexique, elle se fit descendre dans les médias : " Une tenue de carnaval ". Ou encore : " Des chiffons qu'on utiliserait plutôt pour essuyer la vaisselle. "

Lors de la présentation, Morten Olsen, défenseur d'Anderlecht et capitaine de l'équipe, faisait preuve de diplomatie. " Disons que c'est... différent. " Des années plus tard, KlausBerggreen, médian de Pise et de l'AS Roma, ne sait toujours qu'en penser : " C'était affreux mais, sur le plan publicitaire, c'était un grand coup. "

Plus de trente ans plus tard, ce maillot est toujours un must pour les collectionneurs, prêts à dépenser plus de 500 euros pour un exemplaire porté en match. C'est aussi dû au fait qu'il a appartenu à une génération exceptionnelle - Søren Lerby, Jesper Olsen, Preben Elkjaer Larsen, Michael Laudrup, Henrik Andersen, Frank Arnesen... - qui, sous la direction d'un sélectionneur allemand visionnaire ( Sepp Piontek), a séduit le monde.

8 Danemark - John Eriksen et sa vareuse qui a fait débat., BELGAIMAGE
8 Danemark - John Eriksen et sa vareuse qui a fait débat. © BELGAIMAGE

Pour leur première participation, les Danois, versés dans le " groupe de la mort ", ont battu l'Ecosse (1-0), l'Uruguay (6-1) et l'Allemagne de l'Ouest (2-0), avant de voir leur générosité offensive froidement exploitée par l'Espagne (5-1). Il n'empêche que la légendaire Danish Dynamite était née. En 1992, les Danois étaient sacrés champions d'Europe.

Hummel a été à la base des beautés graphiques des années '80 et '90. Au point que tous les collectionneurs placent le maillot du Danemark dans leur top 3, aux côtés des maillots Adidas des Pays-Bas (1988) et de l'Allemagne de l'Ouest (1988-1991). "

9 PAYS-BAS : 1988 - Les chevrons hollandais

Encore un maillot qui, 30 ans plus tard, a toujours ses partisans et ses détracteurs mais qui, à l'époque, fit sensation en matière de design : le maillot hollandais n'était plus monotone mais orné de chevrons. Une invention d'Adidas qui avait placé un motif identique sur les maillots est-allemands (bleus), russes (rouge) et marocains (rouge et vert).

Ruud Gullit, le capitaine hollandais, estime toujours que c'est " de très loin le maillot le plus laid " qu'il ait jamais porté et John van 't Schip n'aime pas non plus : " Avec toutes ces écailles, nous ressemblions à des poissons rouges. "

Mais la combinaison du design et du succès hollandais font en sorte que ce maillot est très apprécié des collectionneurs qui, en fonction du joueur, sont prêts à dépenser 2000 à 3000 euros pour l'obtenir. " Un design très particulier ", disait voici peu Jürgen Rank, chef designer d'Adidas depuis 2004, dans Staantribune.

" De plus, les Hollandais ont battu l'Allemagne de l'Ouest en demi-finale et ils sont été sacrés champions d'Europe à Munich : une belle histoire ! Si l'équipe avait joué dans un maillot orange uni avec des lignes noires, cela aurait déjà été très bon. Mais dans ce maillot spécial, très reconnaissable, c'était encore bien mieux. "

Les pieds en or de Marco van Basten, meilleur buteur du tournoi avec cinq buts, ont fait le reste. Grâce à Adidas ! Même s'il était sponsorisé par... Johan Cruijff, son entraîneur à l'Ajax, qui avait lancé sa propre marque (Cruyff Sports, avec Y), l'attaquant hollandais n'aimait pas les chaussures qui lui avaient été fournies. Il jouait donc avec des Adidas peintes en noir et maquillées avec le logo de Cruyff Sports...

10 ALLEMAGNE : 1988-1991 - Le dernier hommage à Adidas

Au milieu des années '80, Ina Franzmann débutait comme designer assistante chez Adidas, où elle collaborait surtout au développement des maillots d' Ivan Lendl et Stefan Edberg, les deux figures de proue du directeur, Horst Dassler.

Frau Franzmann, qui sortait de la Frankfurter Schule für Bekleidung und Mode, était plus audacieuse que ses collègues masculins et voulait amener de la couleur sur le maillot de la Mannschaft, que tout le monde trouvait bien trop monotone. " Les trois bandes Adidas sur une forme géométrique jaune-rouge-noir accentuaient les épaules, c'était une allégorie de la victoire. "

Le tournoi s'étant mal passé pour les Allemands - défaite en demi-finale face aux Pays-Bas - le maillot semblait voué à disparaître. C'est alors que Franz Beckenbauer, le sélectionneur, apprit que Franzmann et ses collègues réfléchissaient déjà à un nouveau design. " Il est venu au siège de la firme et a dit qu'il voulait jouer avec le même maillot en Italie car il dégageait une impression de puissance. "

Après un troisième titre mondial, le maillot devint légendaire. Au point qu'avant la Coupe du monde en Russie, les designers ont repris le design géométrique. Adidas venait de prolonger jusqu'en 2022 le contrat le liant à la fédération allemande pour un montant de 70 millions d'euros par ans. Car pour la firme d'Herzogenaurach, le sponsoring sportif est avant tout un business : lorsque l'Allemagne a été championne du monde, en 2014, plus de deux millions de maillots de la Mannschaft ont été vendus. Cette année, ce fut beaucoup moins bien...

9 Pays-Bas - Ruud Gullit, Berry van Aerle et Ronald Koeman avec le fameux maillot orange écaillé., BELGAIMAGE
9 Pays-Bas - Ruud Gullit, Berry van Aerle et Ronald Koeman avec le fameux maillot orange écaillé. © BELGAIMAGE
10 Allemagne - Lothar Matthäus et Rudi Völler affublés du plus beau maillot de tous les temps de la Mannschaft., ullstein bild via Getty Images
10 Allemagne - Lothar Matthäus et Rudi Völler affublés du plus beau maillot de tous les temps de la Mannschaft. © ullstein bild via Getty Images
Dans un univers footballistique de plus en plus commercial, un maillot qui existe depuis 115 ans semble impensable mais au Celtic Football Club, on est très attaché à la tradition. Lors de leur fondation (1888), les Bhoys jouaient en maillot blanc. Un an plus tard, ils optèrent pour des lignes verticales blanches et vertes. En 1903, l'équipement légendaire voyait le jour : maillot avec de grosses lignes horizontales vertes et blanches, short blanc immaculé. En août 1928, Arsenal et Chelsea signaient une primeur européenne : pour la première fois, les joueurs montaient sur le terrain avec des numéros reflétant leur position. Très vite, d'autres clubs britanniques suivaient le mouvement mais en 1960, lorsque cela devenait obligatoire, le président Robert Kelly, un idéaliste, faisait sécession. Selon lui, les " numéros violaient le maillot. " Un compromis était trouvé : les joueurs du Celtic affichaient leur numéro... sur le short. En 1975, lorsque l'UEFA obligeait les clubs à disputer leurs rencontres européennes avec des numéros sur les maillots, Kelly -président de 1947 à 1971- ne pouvait plus rien faire. Mais en championnat d'Ecosse, le Celtic continuait à n'afficher le numéro des joueurs que sur le short. Ce n'est que des années après son départ que l'équipementier (Umbro), l'emblème (un trèfle) et un premier sponsor (le vitrier CR Smith, 1984) trouvaient une place sur le maillot légendaire des Boys, premier club britannique à avoir remporté la Coupe d'Europe des Clubs Champions (1967). Les numéros, eux, ne faisaient leur apparition sur le maillot qu'en... 1994. Sur obligation de la Scottish Football League, qui avait refusé une dernière contre-proposition (sur la manche). Lorsque le championnat de Belgique est devenu professionnel, en 1974, les supporters ont été confrontés à un phénomène nouveau : le sponsoring des maillots. Sur celui du Club Bruges, on pouvait lire Carad (une marque de radios et téléviseurs), Anderlecht fut plus tard soutenu par Belle-Vue - la brasserie de son président, Constant Vanden Stock - tandis que le Standard, lui, était associé à Texaco. En Bundesliga, ce n'était pas encore autorisé mais l'Eintracht Braunschweig - champion en 1967 - profitait d'une subtilité dans le règlement fédéral. S'il était interdit d'afficher un sponsor sur le maillot, il était autorisé d'y placer un logo - 14 cm de hauteur maximum -. Günter Mast, grand patron de Jägermeister et nouveau sponsor principal du club, sautait sur l'occasion. Il versait 100.000 marks (51.129 euros) au club pour que celui-ci remplace son logo - un grand lion rouge- par une tête de chevreuil à la ramure impressionnante, symbole de la célèbre liqueur aux herbes aromatiques. Le 24 mars 1973, Die Löwen (Les Lions) montaient sur le terrain avec le logo de Jägermeister - 18 cm de haut - sur la poitrine. Le football allemand était sous le choc. " Je préfère des titres de journaux négatifs aux informations positives ", disait Mast. " Ça attire plus l'attention. " La fédération allemande traînait le club en justice mais elle était déboutée : en novembre, elle acceptait le jugement et dès la saison 1973-1974, les clubs étaient autorisés à afficher le nom d'un sponsor sur leur maillot. Au début des années '70, Johan Cruijff était l'une des plus grandes stars du football mondial. Un génie sur crampons qui, de 1965 à 1973, avait permis à l'Ajax de conquérir trois titres de champion des Pays-Bas et trois Coupes d'Europe des Clubs Champions. Il avait l'aura d'une rock star mais c'était aussi un visionnaire qui, en 1972, à l'âge de 25 ans, allait exploiter au maximum la rivalité entre les frères Dassler : Adolf (Adidas) et Rudolf (Puma). À l'époque, il était sous contrat avec Puma depuis cinq ans et négociait avec son grand concurrent avant de signer un nouveau contrat de 68.000 euros par an avec Puma. Un gros problème pour la fédération hollandaise de football qui, avant la Coupe du monde en Allemagne de l'Ouest, avait signé avec la marque aux trois bandes. Puma ne voulait pas voir sa figure de proue jouer dans une tenue de l'ennemi tandis qu'Adidas menaçait de mettre fin à son sponsoring si la fédération hollandaise ne rappelait pas son numéro 14 à l'ordre. Cruijff s'en sortait à sa façon : il était le seul joueur de l'équipe orange à porter un maillot avec seulement deux lignes sur les manches. Il restait fidèle à ses chaussures Puma, même si la légende raconte que, lorsqu'il intervenait pour soigner un blessé, le soigneur de l'équipe des Pays-Bas devait placer son coffret avec le logo Adidas devant les pieds du capitaine et que les cameramen étaient payés par Adidas pour ne zoomer qu'à ce moment-là sur le footballeur le plus cher du Mondial. Cruijff était élu Meilleur Joueur du tournoi mais les Pays-Bas perdaient la finale face au pays organisateur (2-1). En Ligue 1, les Corses jouaient dans un maillot insipide sur lequel on trouvait le nom du sponsor principal du club, le Club Méditerranée. En Coupe de l'UEFA, Les Lions de Furiani, du nom du quartier où se trouvait le vieux Stade Armand-Cesari) faisaient honneur à leur surnom. La beauté de la simplicité et de la combativité : un maillot bleu et blanc avec trois lignes blanches sur lequel on trouvait les lettres SECB (Sporting Étoile Club Bastia) et la Testa Mora - une tête de Maure noire, symbole de l'indépendance de la Corse. L'international hollandais Johnny Rep, qui jouait comme en ses plus beaux jours, était le symbole de cette équipe chaleureuse dotée d'une génération exceptionnelle. Claude Papi, un médian gauche qui fumait comme une cheminée, en était le grand patron et un des trois Corses (avec Charles Orlanducci et Paul Marchioni) qui surprenait l'Europe. Dans le chaudron de Furiani, personne ne s'imposait : le Sporting Clube de Portugal, Newcastle, Torino, Carl Zeiss Iena et le Grashopper Club Zürich y mordirent la poussière. En match aller de la finale face au PSV, alors qu'un violent orage avait transformé le terrain en étang, Bastia se créait de nombreuses occasions mais la boue et une excellente prestation du gardien Jan van Beveren permettaient au PSV de s'en sortir avec un nul blanc. Cinq mille Corses se déplaçaient à Eindhoven, où leur équipe n'avait aucune chance (3-0). Mais personne n'a oublié ce maillot et le football produit par Bastia. En juillet 1980, le FC Nantes venait de remporter son cinquième titre de champion de France lorsque Bob Marley et son Uprising Tour faisaient étape au Palais de la Beaujoire. La légende jamaïcaine du reggae, auteur de 'No Woman, No Cry' et 'Redemption Song' adorait le football et trouvait toujours un peu de temps pour jouer au ballon. Avec son groupe, il se rendit à La Jonelière, le centre d'entraînement des Canaris, où sa firme de disque avait organisé un match amical de 45 minutes contre quelques professionnels. Henri Michel, Loïc Amisse, Gilles Rampillon, Bruno Baronchelli et Jean-Paul Bertrand-Demanes, cinq légendes du club, étaient impressionnées par les dribbles de Marley et de quatre membres de son groupe (The Wailers), qui ne s'inclinaient que 4-3, avec deux buts du chanteur. Lorsque le directeur sportif du club lui offrit le maillot officiel du club, Marley était aux anges. Il confiera plus tard à son agent que cet après-midi là fut " le meilleur moment de la tournée. " Ce que personne ne savait encore à l'époque, c'est que ce maillot Adidas du FC Nantes portant le logo de la chaîne de radio Europe 1 allait devenir un collector. Novembre 1964. Dans les catacombes d'Anfield, le capitaine Ron Yeats (1m87) discute avec le manager Bill Shankly, un psychologue du foot avant la lettre. Shankly n'aime pas les shorts et bas blancs. Il dit à son défenseur qu'il doit porter un short rouge. Quelques minutes pus tard, il lui crie : " Ronnie, tu fais peur. On dirait que tu mesures 2,15 m ! " Lorsque Yeats enfile aussi des bas rouges, Shankly est sûr de son coup. Quelques jours plus tard, Anderlecht est balayé (3-0). Après le départ de Shankly en 1974, les Reds, symbole de puissance et de danger, vont conquérir six titres de champions d'Angleterre, une Coupe de l'UEFA (en 1976 contre le FC Bruges) et 3 Coupes d'Europe des Clubs Champions : ils vont balayer le Borussia Mönchengladbach (3-1) à Rome, battront à nouveau Bruges en 1978 à Wembley (1-0) et le Real Madrid (1-0, but d' Alan Kennedy) en 1981 au Parc des Princes. Ces quatre finales européennes, Liverpool les jouera tout de rouge vêtu, avec l'emblème du club sur le côté gauche de la poitrine et le logo de son équipementier (Umbro) sur le côté droit. Mais peu avant le match à Paris, l'UEFA et les chaînes de télévision décideront que plus aucune marque ne peut figurer sur le maillot ni sur le logo. Le coup d'envoi sera donc retardé de façon à ce que les joueurs anglais puissent camoufler le logo d'Umbro avec du tape. " Un scandale ", dira Alan Hansen. " Le Real a joué en maillot Adidas et l'UEFA a fermé les yeux sur les trois bandes. " Les maillots argentins en Coupe du monde se suivent et ne se ressemblent pas. Les collectionneurs se disputent les maillots blancs aux lignes bleu clair qui symbolisent L'Albiceleste, mais le deuxième jeu de maillot s'apparente souvent à un cauchemar pour les entraîneurs et accompagnateurs. Lors du premier match de Coupe du monde en Suède (1958), contre l'Allemagne de l'Ouest, l'Argentine n'avait pas d'équipement alternatif et elle a dû jouer sous les couleurs d'IFK Malmö, un club de la ville-hôte. En 1986, lorsque le Mondial posait sa tente pour la deuxième fois à Mexico, la fédération argentine faisait à nouveau preuve d'un manque de professionnalisme. En raison de la chaleur, elle optait pour un maillot blanc et bleu en Aertex, une matière qui laissait plus facilement passer la transpiration que les maillots classiques en coton. Mais elle n'en avait qu'un exemplaire et lorsqu'elle affronta l'Uruguay - qui jouait tout en blanc - en huitièmes de finale, elle s'est vue obligée de recourir à son équipement alternatif. Sous une chaleur infernale, Diego Maradona & Cie sont tout de même parvenus à se qualifier difficilement (1-0) pour les quarts de finale face à l'Angleterre, qui avait le choix du maillot et jouait en blanc. À trois jours du match, le sélectionneur argentin Carlos Bilardo envoyait un membre du staff dans la capitale, lui demandant de ramener un équipement fait d'une matière légère. Celui-ci rentrait avec des maillots bleu foncé qui étaient pesés et approuvés à l'hôtel. C'est Diego Maradona en personne qui donna son approbation. " Nous battrons les Anglais avec ce maillot. " El Diez avait raison : la Main de Dieu et un magnifique solo permettaient à l'Argentine de se qualifier. Lorsque l'équipementier Hummel, dont le siège était situé à Aarhus, au Danemark, a dévoilé le maillot révolutionnaire avec lequel l'équipe nationale de ce pays allait disputer la Coupe du monde 1986 au Mexique, elle se fit descendre dans les médias : " Une tenue de carnaval ". Ou encore : " Des chiffons qu'on utiliserait plutôt pour essuyer la vaisselle. " Lors de la présentation, Morten Olsen, défenseur d'Anderlecht et capitaine de l'équipe, faisait preuve de diplomatie. " Disons que c'est... différent. " Des années plus tard, KlausBerggreen, médian de Pise et de l'AS Roma, ne sait toujours qu'en penser : " C'était affreux mais, sur le plan publicitaire, c'était un grand coup. " Plus de trente ans plus tard, ce maillot est toujours un must pour les collectionneurs, prêts à dépenser plus de 500 euros pour un exemplaire porté en match. C'est aussi dû au fait qu'il a appartenu à une génération exceptionnelle - Søren Lerby, Jesper Olsen, Preben Elkjaer Larsen, Michael Laudrup, Henrik Andersen, Frank Arnesen... - qui, sous la direction d'un sélectionneur allemand visionnaire ( Sepp Piontek), a séduit le monde. Pour leur première participation, les Danois, versés dans le " groupe de la mort ", ont battu l'Ecosse (1-0), l'Uruguay (6-1) et l'Allemagne de l'Ouest (2-0), avant de voir leur générosité offensive froidement exploitée par l'Espagne (5-1). Il n'empêche que la légendaire Danish Dynamite était née. En 1992, les Danois étaient sacrés champions d'Europe. Hummel a été à la base des beautés graphiques des années '80 et '90. Au point que tous les collectionneurs placent le maillot du Danemark dans leur top 3, aux côtés des maillots Adidas des Pays-Bas (1988) et de l'Allemagne de l'Ouest (1988-1991). " Encore un maillot qui, 30 ans plus tard, a toujours ses partisans et ses détracteurs mais qui, à l'époque, fit sensation en matière de design : le maillot hollandais n'était plus monotone mais orné de chevrons. Une invention d'Adidas qui avait placé un motif identique sur les maillots est-allemands (bleus), russes (rouge) et marocains (rouge et vert). Ruud Gullit, le capitaine hollandais, estime toujours que c'est " de très loin le maillot le plus laid " qu'il ait jamais porté et John van 't Schip n'aime pas non plus : " Avec toutes ces écailles, nous ressemblions à des poissons rouges. " Mais la combinaison du design et du succès hollandais font en sorte que ce maillot est très apprécié des collectionneurs qui, en fonction du joueur, sont prêts à dépenser 2000 à 3000 euros pour l'obtenir. " Un design très particulier ", disait voici peu Jürgen Rank, chef designer d'Adidas depuis 2004, dans Staantribune. " De plus, les Hollandais ont battu l'Allemagne de l'Ouest en demi-finale et ils sont été sacrés champions d'Europe à Munich : une belle histoire ! Si l'équipe avait joué dans un maillot orange uni avec des lignes noires, cela aurait déjà été très bon. Mais dans ce maillot spécial, très reconnaissable, c'était encore bien mieux. " Les pieds en or de Marco van Basten, meilleur buteur du tournoi avec cinq buts, ont fait le reste. Grâce à Adidas ! Même s'il était sponsorisé par... Johan Cruijff, son entraîneur à l'Ajax, qui avait lancé sa propre marque (Cruyff Sports, avec Y), l'attaquant hollandais n'aimait pas les chaussures qui lui avaient été fournies. Il jouait donc avec des Adidas peintes en noir et maquillées avec le logo de Cruyff Sports... Au milieu des années '80, Ina Franzmann débutait comme designer assistante chez Adidas, où elle collaborait surtout au développement des maillots d' Ivan Lendl et Stefan Edberg, les deux figures de proue du directeur, Horst Dassler. Frau Franzmann, qui sortait de la Frankfurter Schule für Bekleidung und Mode, était plus audacieuse que ses collègues masculins et voulait amener de la couleur sur le maillot de la Mannschaft, que tout le monde trouvait bien trop monotone. " Les trois bandes Adidas sur une forme géométrique jaune-rouge-noir accentuaient les épaules, c'était une allégorie de la victoire. " Le tournoi s'étant mal passé pour les Allemands - défaite en demi-finale face aux Pays-Bas - le maillot semblait voué à disparaître. C'est alors que Franz Beckenbauer, le sélectionneur, apprit que Franzmann et ses collègues réfléchissaient déjà à un nouveau design. " Il est venu au siège de la firme et a dit qu'il voulait jouer avec le même maillot en Italie car il dégageait une impression de puissance. " Après un troisième titre mondial, le maillot devint légendaire. Au point qu'avant la Coupe du monde en Russie, les designers ont repris le design géométrique. Adidas venait de prolonger jusqu'en 2022 le contrat le liant à la fédération allemande pour un montant de 70 millions d'euros par ans. Car pour la firme d'Herzogenaurach, le sponsoring sportif est avant tout un business : lorsque l'Allemagne a été championne du monde, en 2014, plus de deux millions de maillots de la Mannschaft ont été vendus. Cette année, ce fut beaucoup moins bien...