Euro 2003
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Euro 2003Mon emploi du temps ne me permet pas d'assister aux rencontres de l'équipe nationale masculine mais je leur souhaite autant de succès qu'à notre équipe féminine. Je ne prends pas un malin plaisir à dire que nous nous sommes qualifiées pour les Championnats d'Europe et eux pas. Les jours qui ont suivi notre qualification, on a pu entendre des commentaires du style : -Bravo les filles, vous avez réussi là où les hommes ont échoué. Je trouve ça tellement stupide... Nous nous rendons à cet EURO 2003 pour accumuler de l'expérience. Tout le monde évoque déjà une qualification pour les J.O. 2004 mais il faut rester réaliste : pour cela nous devrons accrocher le podium. Pour une première participation, cela me paraît trop ambitieux.ParquetLa première femme à dunker dans une rencontre a été l'Américaine Lisa Leslie mais je pourrais devenir la première à y parvenir en Europe. Lisa peut tout faire avec un ballon et en plus elle est mignonne. Aux Etats-Unis, elle contribue beaucoup à la promotion du basket féminin grâce à son style très tendance et son look de mannequin. Jouer contre elle fut un grand moment de ma carrière, j'étais très motivée. Cela dit, je dunke déjà à l'entraînement ( elle rit). Le problème chez les dames, c'est que la joueuse qui défend fera une faute pour vous empêcher de smasher, chez les hommes on le voit moins. La NBA ne me passionne pas tout le temps. Certaines rencontres se regardent avec délectation, d'autres sont ennuyeuses. Toujours cet élément de show et à tout prix vouloir des actions individuelles... non, je préfère une rencontre masculine de Coupe d'Europe sur le plan technique et tactique. Mais j'aime bien voir Kobe Bryant en action, tout comme Vince Carter et Jason Kidd. La rivalité entre mon club de Valenciennes et celui de Bourges, autre grand du championnat de France, est énorme. Les rencontres dégénèrent souvent, cela n'a alors plus rien à voir avec le basket. Je suis parfois surprise de voir l'agressivité entre joueuses françaises qui se retrouvent ensuite ensemble en équipe de France.Laurent Buffard, mon coach à Valenciennes m'a donné ma chance au plus haut niveau. C'est agréable de travailler avec lui parce qu'il est vraiment très proche des joueuses. Aux Etats-Unis, les coaches sont uniquement préoccupés par le basket. Avec Laurent, il y a moyen de bien s'amuser en dehors des parquets aussi. Je m'entraîne avec beaucoup de plaisir. Souffrir pour devenir meilleure, c'est un concept que j'apprécie. Je me lève du bon pied pour aller à l'entraînement. Les trophées ne changent rien à cela. Au contraire, mes adversaires étudient de mieux en mieux mon jeu, donc je dois progresser constamment. L'aspect créatif ne doit pas disparaître, il faut surprendre l'adversaire. Je constate qu'il devient plus difficile d'afficher des performances régulières.USAComme je combine le championnat WNBA avec Cleveland et l'Europe avec Valenciennes, je vois les points positifs et négatifs. Leur professionnalisme est incroyable, ils ont dix ans d'avance sur nous. L'aspect négatif, c'est leur individualisme. Le star system est énorme, chaque équipe compte une star dans ses rangs, à laquelle les fans s'identifient... Trois mois outre-Atlantique, c'est suffisant pour moi. La WNBA est en pleine phase de transition, vers plus d'indépendance vis-à-vis de la NBA. Mais, revers de la médaille, certaines équipes vont devoir dire adieu à leur franchise, faute de soutien financier. Cela démontre que la WNBA n'est pas si solidement ancrée dans le sport américain qu'on le croit. Le basket féminin a besoin des hommes pour tirer la charrette. Malgré qu'on ne doive pas se plaindre au niveau popularité, surtout pas en comparaison avec l'Europe. A Cleveland, nous jouions devant 10.000 spectateurs en moyenne.PersoMa famille me procure équilibre et stabilité. Ma soeur Ilse est ma meilleure amie et la naissance de sa fille Kato m'a beaucoup émue. Ce genre d'évènement permet de relativiser. Le monde du basket peut être si dur qu'il est agréable de prendre du recul de temps à autre. Je n'ai pas de petit ami. Je ne pense pas qu'un homme accepte facilement que sa copine focalise toute l'attention. Certaines de mes coéquipières ont un petit ami mais ce n'est pas évident. Parfois, je regrette que ma vie tourne exclusivement autour du sport, mais je dois encore trouver l'âme soeur. Comme j'évolue au pivot, je suis heureuse de ne pas avoir à trop surveiller mon alimentation. Aux USA on me dit même que je dois grossir. Il m'arrive donc de manger des frites, oui. Je profite vraiment de la vie, je ne mange pas tous les jours des pâtes et ne bois pas tous les jours de l'eau. Il y a des limites mais après une rencontre j'aime bien profiter de quelques coupes de champagne ( elle rit). Cela fait partie de l'après match. On a parfois besoin de bien se laisser aller. PlansL'Italie est en train de perdre son statut de référence du basket européen. Financièrement, cela reste un paradis mais sportivement, moins. Les deux équipes féminines italiennes en Euroligue sont avant-dernière et dernière et l'équipe nationale n'ira pas aux Championnats d'Europe. Avant je rêvais d'aller jouer dans la Péninsule, aujourd'hui j'ai tempéré mes ardeurs!Mais je n'ai pas peur de l'inconnu et j'ai bien quelques idées derrière la tête, comme aller évoluer quelques mois en Corée du Sud. Je souhaite aussi jouer encore dans d'autres pays, purement par goût de l'aventure. Pour terminer ma carrière, je veux beaucoup voyager, découvrir d'autres cultures. Matthias Stockmans"On a besoin des hommes"