C'est la rentrée des classes depuis maintenant deux semaines. Les joueurs font leur retour sur les pelouses et, cette année, pas mal d'entre eux découvrent un nouvel entraîneur. Le carrousel a très bien fonctionné et de nouvelles têtes sont apparues : Bart De Roover à Zulte Waregem et Bob Peeters au Cercle Bruges, sans oublier le retour sur nos terres de Marc Brys, à Malines.
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C'est la rentrée des classes depuis maintenant deux semaines. Les joueurs font leur retour sur les pelouses et, cette année, pas mal d'entre eux découvrent un nouvel entraîneur. Le carrousel a très bien fonctionné et de nouvelles têtes sont apparues : Bart De Roover à Zulte Waregem et Bob Peeters au Cercle Bruges, sans oublier le retour sur nos terres de Marc Brys, à Malines. Résultat : cela laisse des entraîneurs chevronnés sur le carreau. Les places sont aujourd'hui toutes prises et il n'y point de salut dans notre compétition pour les oubliés. Enzo Scifo, Albert Cartier, Hugo Broos et Emilio Ferrera devront s'exiler ou attendre un licenciement après les premières journées pour se trouver un employeur. Or, ces quatre entraîneurs ne sont pas n'importe qui. Ils ont déjà prouvé leurs qualités. Pourquoi ne trouvent-ils pas plus facilement de l'embauche ? Sont-ils brûlés dans notre pays ? Emilio Ferrera n'a pas trop à se plaindre. Il y a deux mois, il avait encore du boulot. Mais Lokeren qui restait sur une annus horribilis a décidé de jeter les bases du renouveau en repartant avec un nouvel entraîneur. Emilio avait espéré rebondir en Belgique mais englué dans un club qui n'en finissait plus de verser dans la crise, il a atteint l'objectif minimum : le maintien. Cette expérience ne l'a pas cramé dans la profession. Que du contraire, son nom est réapparu en tête de certains calepins, sans toutefois en faire quelqu'un de hot. Alors, comment expliquer que deux mois plus tard, il n'ait finalement rien trouvé ? Alors que Courtrai se cherche un successeur à Georges Leekens, parti à la Fédération, le comité directeur arrive assez vite à se mettre d'accord sur un nom : Emilio Ferrera. " On s'est tourné vers lui car il a beaucoup de qualités et qu'il travaille dur ", explique le président du KVK, Joseph Allijns, " mais également parce qu'Emilio est le frère de Manu qui, pendant trois ans, avait occupé les fonctions d'entraîneur ici et qui avait fait de l'excellent travail. On gardait de bons souvenirs de cette époque. Finalement, on ne l'a pas pris car un autre entraîneur est sorti du lot : Hein Vanhaezebrouck. Il possédait d'autres arguments : il connaissait la maison et avait décroché le titre en D2. Mais ce choix n'a rien à voir avec les qualités d'Emilio. Je suis sûr qu'il a le niveau pour entraîner un club de D1. " Pourtant, Courtrai ne s'est tourné vers Vanhaezebrouck qu'une fois les ponts rompus avec Emilio. Si l'affaire a capoté, c'est en grande partie à cause des prétentions financières de l'ancien entraîneur de Bruges qui exigeait le même salaire que celui perçu par Leekens l'année passée. Ce à quoi les dirigeants de Courtrai auraient répondu - Quand vous voyez le CV de Georges Leekens, il a réalisé davantage de choses que vous, monsieur Ferrera. " C'est clair qu'Emilio ne travaille pas pour rien ", explique l'agent Youri Selak. " Mais c'est tout à son honneur. " " Trop cher ? Non, je ne peux pas vous confirmer cela ", dit aujourd'hui le président Allijns. " Car tout est relatif quand on parle du salaire d'un entraîneur. On a dit que celui de Leekens était élevé mais il nous a conduits à la quatrième place. " Façon implicite de confirmer donc qu'on ne peut comparer une pomme à une poire. Le nom de Ferrera a également circulé à Malines et surtout au Germinal Beerschot. Mais, là encore, les négociations n'ont pas abouti. Question de salaire ? Pas seulement. " Au Germinal Beerschot, un des membres de la direction a mis son veto parce qu'il voulait un néerlandophone ", nous explique un proche du dossier. De plus, Ferrera ne plaît pas à tout le monde. Habitué à travailler de manière ultra professionnelle, il ne supporte pas la médiocrité, ni la paresse. " Il se comporte comme les grands entraîneurs étrangers ", explique un agent. " Et en Belgique, cela ne fonctionne pas de la sorte. Il faut être proche de ses joueurs, les rassurer. Un peu un prototype à la Leekens. "" Il a une très forte personnalité mais force est de constater qu'à chaque fois qu'il a repris une équipe, il l'a sauvée ", affirme l'agent de joueurs, Neko Petrovic. " En Belgique, les portes se ferment petit à petit pour lui cependant. Il y a des endroits où il est trop cher, des endroits qu'il ne juge pas assez professionnels et des endroits où sa personnalité ne passe pas. Je pense que son salut passe par l'étranger. Il a fait des miracles à Panthrakikos, preuve qu'il peut travailler dans l'urgence mais pour être reçu à l'étranger, il faut de l'entregent, ce qu'Emilio n'a pas, et un palmarès. " De tous les entraîneurs belges en activité, Broos est celui qui possède le plus beau palmarès dans notre championnat : deux titres avec Bruges (1992, 1996), un avec Anderlecht (2004), deux Coupes de Belgique (1995, 1996), une place de vice-champion avec Genk (2007) et un travail remarqué à Mouscron (entre 1997 et 2002). Pourtant, depuis son licenciement de Genk en 2008, il n'a plus trouvé d'employeur en Belgique, devant s'exiler à Panserraikos six mois et à Trabzonspor trois mois l'année passée. Comment expliquer le fait que le meilleur CV de Belgique ne trouve pas chaussure à son pied ? " Il a un gros inconvénient : il ne sait pas se vendre ", explique Petrovic. " Il a un meilleur palmarès que Leekens mais à la fin, c'est toujours Georges qui gagne. " D'autres avancent également la fronde des joueurs ayant eu sa peau à Genk. Les reproches de Mohamed Dahmane sont encore dans toutes les têtes (" Broos dit que je suis une pomme pourrie ? C'est le pommier Broos qui l'est. Hugo Broos m'a dégoûté ") et certains dirigeants ont peur qu'il ne sache plus gérer les émotions d'un groupe. " A un certain moment, les dirigeants ont envie de nouveauté, de sang neuf. Je pense qu'il a fait son temps en Belgique ", avance l'agent David Lasaracina. " Son profil ne correspond plus à la réalité actuelle. Il avait l'habitude de décider la politique sportive dans les clubs qu'il a dirigés. A Mouscron, il agissait quasiment comme un manager à l'anglaise et à Anderlecht, il avait son mot à dire sur les profils souhaités. Aujourd'hui, le métier a évolué. On met un entraîneur devant un groupe et il doit se débrouiller. Même Ariel Jacobs reconnaît qu'il ne choisit pas ses transferts à Anderlecht. " Alors, trop vieux, Broos ? A 58 ans, ce serait le comble... " Il n'est pas vieux ! Miroslav Blazevic a été champion cette saison avec Shanghai à 75 ans ! ", avance Petrovic. " Moi, je pencherais davantage sur des mauvais choix de carrière. A un moment, il a voulu retravailler absolument et il a accepté deux destinations pour lesquelles il n'était pas préparé. " A Panserraikos, il tombait dans un club à la limite de l'amateurisme, ce qu'il n'avait plus connu depuis le RWDM. A Trabzonspor, autre dimension. Mais club réputé pour virer ses entraîneurs plus vite que son ombre. Broos aura tenu trois mois. " En Turquie, les dés étaient pipés dès le départ ", explique un agent. " Son sort était scellé avant même qu'il ne commence. " Résultat : deux lignes de CV qui n'attirent pas forcément. " Elles font même un peu tache ", ajoute Petrovic. " Certains acquéreurs ne pensent pas à remonter à 2008. "Enfin, le parcours de Broos et son CV ne l'incitent pas à se brader. " Il a la réputation d'être cher pour les petits clubs ", affirme Petrovic. " Tout le monde croit cela mais personne ne m'a demandé ce que je voulais gagner ", lâche Broos. Pourtant, comme les grands clubs ont déjà donné, le marché belge semble bouché pour lui. " J'accepte que les clubs choisissent un autre profil ou donnent leur chance à un entraîneur débutant ", se défend Broos. " Ce que je n'accepte pas, c'est que ces clubs n'osent pas me le dire à moi ou à mon agent. Seul Gunther Hofmans, manager général du Germinal Beerschot, m'a appelé pour annuler un rendez-vous parce que son président avait pris langue avec Glen De Boeck. " Seul Courtrai a daigné prendre rendez-vous avec Broos. Certains clubs, comme Gand, ont même affirmé qu'il ne rentrait plus en ligne de compte parce qu'il... avait trop gagné. " Cette histoire de Michel Louwagie, je ne peux pas y croire. C'est donc mieux de remporter moins de trophées pour qu'on puisse croire qu'on a encore faim de titres ? Si je n'avais plus faim, mon licenciement d'Anderlecht ne me serait pas resté autant sur l'estomac... Maintenant, je veux prouver que tous ces gens qui ne voulaient pas discuter avec moi se sont trompés. " Depuis l'opération kamikaze avec Tubize, Albert Cartier n'a plus trouvé d'employeur belge. Il avait choisi l'exil, en succédant à Emilio Ferrera à Panthrakikos mais cela s'est très mal passé, n'étant pas parvenu à récolter plus de cinq points. Depuis lors, c'est le calme plat. " J'ai eu des contacts avec le KAC Marrakech et j'attends de leurs nouvelles ", explique l'ancien entraîneur de La Louvière, Brussels, Mons et Tubize. " J'ai été sollicité par un club iranien via Gino Gylain (ex-directeur commercial de Mouscron et du Brussels) et j'ai montré mon intérêt. J'ai également eu des contacts en Arabie Saoudite et en Tunisie, mais rien de concret. " Son nom semble nettement moins cité en Belgique. " Ce sont plutôt des personnes qui m'ont demandé si elles pouvaient proposer mon nom dans des clubs comme Courtrai, le Germinal Beerschot ou Lokeren mais aucun dirigeant ne m'a appelé. Il y a 48 heures, Roulers qui vient de descendre en D2 m'a sondé. Vous savez, cela fait un an que je suis parti et cela bouge vite. La D1 belge comprend pas mal de clubs néerlandophones où cela se complique pour moi. Je ne pensais pas que ma carrière passerait par la Belgique. Or, j'y suis resté cinq ans. "En attendant, Cartier profite d'un des rares moments d'inactivité pour passer du temps en famille. " J'ai fait des travaux de bricolage et je roule à vélo. Un virus que j'ai attrapé en Belgique. Aujourd'hui, je fais des sorties de 80 à 120 kilomètres tous les jours. Cela fait du bien de se poser un petit peu, chose que je n'ai pas pu faire depuis le début de ma carrière de joueur. Cependant, j'espère bien rebondir. J'essaie de renouer avec le marché français car récemment, j'ai parlé à Paul Le Guen qui est de ma génération et qui m'a dit que tout le monde croyait que c'était moi qui avais décidé de ne plus entraîner en France. On m'a proposé d'encadrer les chômeurs de l'UNFP pendant quinze jours (juillet-août) et comme on aura des matches amicaux tous les trois jours, cela va me permettre de croiser des président et dirigeants de clubs. J'ai également discuté avec Châteauroux qui a finalement opté pour quelqu'un d'autre. " Pourtant, tout le monde reconnaît que Cartier a fait du bon boulot partout où il est passé en Belgique. " Oui mais sur un CV, cela ne se remarque pas ", explique Petrovic. " Il a du charisme, il a du charme et il a du tempérament mais il est passé par tous les clubs pourris de Belgique. "" Je pense qu'il a fait le tour de la question en Belgique ", ajoute Selak, " Quand on regarde où il a évolué, La Louvière, Mons, le Brussels et Tubize, on se rend compte que tous ces clubs végètent aujourd'hui en D2 et D3. "Seul finalement Eupen a vraiment pensé à lui fin mai. " Ce fut surtout une démarche de sa part à partir du moment où l'absence de Licence pro de Danny Ost pouvait constituer un problème. Une fois une dérogation obtenue pour Ost, Eupen n'a jamais envisagé un nouvel entraîneur ", explique Lasaracina qui avait pris contact avec Cartier. Pourtant, les négociations avec le Français n'avaient pas été très longues. " S'il veut s'orienter vers des clubs comme Eupen, son salaire est trop élevé même si on sait très bien que tout est négociable. D'autant plus que Cartier est sans emploi ", continue Lasaracina. " Mes conditions ont toujours été les mêmes en Belgique ", se défend Cartier. Son nom ayant été cité dans l'affaire des matches truqués à La Louvière, cela n'incite pas non plus certains clubs à faire le pas. Alors que rien n'a jamais été prouvé contre lui ! " C'est injuste mais c'est clair qu'entre deux candidats, ce petit élément peut parfois faire la différence ", affirme un agent. " Les dirigeants ne font pas de cadeaux à un entraîneur étranger. La suspicion suffit pour l'écarter alors qu'elle ne les dérange nullement pour de nombreux entraîneurs belges. "lpar stéphane vande veldeTout le monde croit que je suis trop cher mais aucun club ne m'a demandé combien je voulais gagner. (Hugo Broos)On se rend compte que tous les clubs où a évolué Cartier végètent aujourd'hui en D2. (Youri Selak)