"J'ai gardé ma maison dans le Nord de la France... ", lance le T1 du Dinamo Zagreb, adversaire du Club Bruges en Europa League. " J'en ai une autre à Paris mais celle du Nord reste ma base, mon point de départ. La France est mon deuxième pays. Je dois beaucoup à cette région, aux Ch'tis. Ils m'ont fait confiance, je suis reparti de zéro là-bas : je ne pourrai jamais l'oublier. Et dans le Nord, on est proche de la Belgique. Il y a quelques années déjà, j'ai été contacté par Bruges, Anderlecht, le Standard et les Diables Rouges. C'est resté en rade car je suppose que j'étais un peu trop cher... "
...

"J'ai gardé ma maison dans le Nord de la France... ", lance le T1 du Dinamo Zagreb, adversaire du Club Bruges en Europa League. " J'en ai une autre à Paris mais celle du Nord reste ma base, mon point de départ. La France est mon deuxième pays. Je dois beaucoup à cette région, aux Ch'tis. Ils m'ont fait confiance, je suis reparti de zéro là-bas : je ne pourrai jamais l'oublier. Et dans le Nord, on est proche de la Belgique. Il y a quelques années déjà, j'ai été contacté par Bruges, Anderlecht, le Standard et les Diables Rouges. C'est resté en rade car je suppose que j'étais un peu trop cher... "L'ami de Stéphane Pauwels (" N'oubliez pas de le saluer de ma part ") coûte-t-il les yeux de la tête ? Pas sûr du tout. Zdravko Mamic, le boss du club, sait ce qu'il a fait en lui offrant un bon contrat (800.000 euros par an selon la presse et donc pas pharaonique) car cet entraîneur a l'art de bonifier ses joueurs, qui rapportent ensuite des fortunes sur le marché des transferts. Il ne coûte pas de l'argent mais en rapporte. Ivan Cvetkovic (50 ans, ex-attaquant de Saint-Trond de 1987 à 91, aujourd'hui recasé dans le management de joueurs à Zagreb) témoigne : " Son apport est considérable. Il a agi vite en prenant la succession de Velimir Zajec après l'élimination au troisième tour qualificatif de la Ligue des Champions par les Moldaves du FC Sheriff Tiraspol et un mauvais début de championnat. En Europa League, Dinamo a signé un des plus beaux matches de son histoire en balayant Villarreal au stade Maksimir (2-0). On a bien deviné ce qu'était la griffe Halilhodzic... "Vahid Halilhodzic : Ce sera en tout cas un rappel du niveau que nous pouvons atteindre. Face à un grand d'Espagne, Dinamo Zagreb a fait preuve de sérieux, d'application, de respect des directives tactiques, de vitesse d'exécution pour que la reconversion offensive soit immédiate. C'était nécessaire contre un adversaire possédant des individualités exceptionnelles et le meilleur jeu de passes de la Liga après le Barça . Zagreb a bien contrôlé le match et ses paramètres. Le succès (2-0) aurait pu être plus ample car nous avons eu pas mal d'occasions. Je suis content mais je reste calme, lucide et je me méfie des superlatifs car tout change très vite. L'essentiel, finalement, était de s'offrir du bonheur, de la joie de jouer chez soi, au stade Maksimir, notre maison. Et la victoire appartient d'abord aux joueurs... Oui, et c'était même assez dramatique. A peine arrivé, j'ai bossé entre 16 et 18 heures par jour. J'ai écouté, parlé, calmé, préparé un plan avant le match de barrage d'Europa League contre les Hongrois du FC Eto Györ. Il fallait tout requinquer en 48 heures car une élimination aurait été synonyme de crise très grave. Je ne connaissais pas mon nouvel effectif à fond et c'était risqué pour moi. La direction du club voulait absolument que je relève ce défi. Quand on reprend un groupe à la dérive, les mots justes et la vérité sont importants car ce sont les graines de la confiance, de l'envie de travailler ensemble. Nous avons gagné 0-2 en Hongrie mais au retour, j'ai perçu une grande peur de perdre. Les joueurs et tout l'entourage étaient pétrifiés par la crainte de se blouser dans leur stade. Nous avons gagné 2-1 et les choses se sont mises en place. Je ne connais pas de coaches et d'équipes qui gagnent sans travail, sans sacrifices. J'ai ma philosophie et un regard spécial sur le football. J'adore le football mais pour qu'il vous rende quelque chose, il faut aussi lui donner. Dans un monde en crise, ce sport offre la possibilité de vivre comme un roi : cela se respecte. Moi, le football m'a permis deux fois de m'en sortir. J'ai gagné pas mal d'argent durant ma carrière de joueur et je suis retourné à Mostar. Mais j'ai tout perdu dans cette sale guerre fomentée par des voyous et des fascistes. J'étais très riche et, brusquement, je me suis retrouvé avec un jeans et une chemise, rien d'autre. Je n'avais même plus une photo de mon passé de footballeur à montrer à mes enfants. Tout avait disparu. Je suis revenu en France pour étudier car sans diplôme, je ne pouvais pas travailler. Guy Roux ne le voulait pas. Il s'occupait de l'association des entraîneurs français. Je me suis sauvé grâce au football. La France est ma deuxième patrie mais personne ne m'a fait de cadeau. Non, non : j'ai travaillé, voyagé, étudié. J'ai même obtenu la Légion d'Honneur... Oui, c'était sous Jacques Chirac, Président de la République. François Pinault, mon ex-président à Rennes était là. Je suis également Citoyen d'Honneur de Rezé (près de Nantes) et j'ai obtenu la Médaille d'Or de la Ville de Lille. Je suis très fier de tout cela et c'est le football qui m'a procuré ces bonheurs. J'ai été pauvre, riche, sans le sou et à nouveau à l'aise. Le football et sa magie... Et puis, même si ce fut très dur, j'ai accompli certaines choses durant la guerre en Bosnie. J'ai beaucoup donné à Mostar. Football champagne ou football muscadet. Du jeu et des bulles. Le style offensif. Jean-Claude Suaudeau. A 28 ans, je voulais avancer. Avec l'ex-Yougoslavie, j'avais gagné l'EURO des Espoirs en 1978 et je fus sacré meilleur joueur de ce tournoi. Même si c'est bizarre de le dire, Mostar pratiquait un des plus beaux jeux d'Europe. Mais je devais partir pour bâtir ma carrière et ma vie. Nantes, c'était le bon choix. Le club était attachant mais j'ai quand même mis un an à m'adapter avant de vivre comme dans un rêve. J'ai gardé de bons contacts là-bas. En 1986, j'avais besoin d'un autre défi. Nantes m'a proposé un contrat à vie. J'étais comme un fils pour le président Louis Fonteneau. Le plaisir s'était cependant étiolé et j'ai refusé pour rentrer à Mostar. Au dernier moment, Francis Borelli, président du PSG, m'a fait une offre : -Veux-tu jouer un an à Paris . Non, non, non... Et il m'a dit : -Je te propose autant . C'était un tellement beau contrat que je ne pouvais pas refuser. J'ai donc joué au PSG jusqu'au moment où j'ai perdu ma mère. Là, c'était fini, je ne pouvais plus jouer au football. Probablement même si je n'oublie pas du tout Beauvais et les aventures fantastiques vécues au Raja de Casablanca. Mais il s'est passé quelque chose de tellement fort à Lille qui s'est projeté de la L2 à la Ligue des Champions. Au début, il y avait 1.000 spectateurs dans notre stade. Oui, oui, tout était à reconstruire et nous avons reconstruit. Le public a apprécié et nous a suivis. Quand je suis parti, il y avait une moyenne de 18.000 assidus. Il y avait une osmose entre les joueurs, le public, la région. Là, c'est le " vrai " qui compte, les faux culs, ça ne marche pas à Lille. J'ai des amis pour la vie là-bas et je suis devenu un petit Ch'ti. Et Lille a été digne de ses progrès sur la scène européenne. Nous y avons regardé des géants dans le fond des yeux. Mes joueurs y ont signé des miracles car ils y croyaient. Ce fut inoubliable, tellement fort que j'en ai des frissons rien que d'y penser. C'était la récompense de la volonté et du travail. Tout le monde peut y arriver avec un tel esprit. Ah, la gagne... Un retour qui me plaisait bien. La première année, on a gagné la Coupe de France. Puis, hélas, il y a eu des conflits au niveau de la direction et le vestiaire n'a plus été aussi solidaire. J'ai pris de la distance en Turquie et en Arabie Saoudite. Là, je ne pardonnerai jamais ce qu'on m'y a fait. Pas de pardon, pas d'oubli. On m'a écarté après 24 matches dont 23 sans défaite. Après, j'ai appris que certains de mes joueurs avaient surtout songé à rentrer au pays. Ils étaient sous le choc de l'attaque contre l'autobus du Togo. Je peux comprendre mais de là à me démettre pour la Coupe du Monde. Non, non, non, cela ne va pas. J'en rêvais de cette Coupe du Monde. Je tenais enfin ma revanche... En 1982, je n'ai pas joué une seule minute à la Coupe du Monde. J'y étais réserve et j'ai pu apprécier la gentillesse et la classe d'un joueur bien connu en Belgique : Edhem Sljivo ; le destin l'a frappé durement mais j'ai rarement vu de médian aussi fort que lui. Avec la Côte d'Ivoire, j'allais effacer le mauvais souvenir de mon seul tournoi international de 1982. On m'en a injustement écarté et c'est pour cela que je ne l'oublierai pas. Jamais... Les résultats ne sont plus les mêmes qu'à l'époque faste où vos clubs et l'équipe nationale étaient de grandes puissances européennes. Leurs succès ne se comptaient pas. J'ai suivi tout cela et je continue à observer le football belge. Même si la courbe des résultats n'est plus la même, on parle énormément des nombreux jeunes joueurs belges de grand talent. Les géants d'Europe les suivent. C'est une chance, un espoir pour l'avenir mais avant de vivre le succès, il faut le préparer et beaucoup travailler. Il n'y a pas que lui. A ce niveau, c'est comme une cordée d'alpinistes. Ils arrivent ensemble au sommet, il n'y a pas moyen de faire autrement, mais si quelqu'un dévisse, c'est toute l'équipe qui chute. Tout le monde l'a compris. Quand il est dans cet état d'esprit, il est exceptionnel. Comme d'autres. Personn ne peut dire ça aujourd'hui. Si cela s'annonce bien, il faut que cela passe sans cesse par des confirmations. PAR PIERRE BILIC"Jacques Chirac m'a donné la Légion d'Honneur."