Si l'on demandait aux profanes qui a remporté le titre de Coach de l'Année en 2001, bien peu d'entre eux seraient en mesure de répondre à cette question. Paul Vervaeck ne jouit pas de la même réputation que Lucien Van Kersschaever, Giovanni Bozzi ou Tony Van den Bosch. "Je me vends sans doute mal", avoue celui qui a hissé Bree en demi-finale des playoffs et dans les poules de la Coupe Korac.
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Si l'on demandait aux profanes qui a remporté le titre de Coach de l'Année en 2001, bien peu d'entre eux seraient en mesure de répondre à cette question. Paul Vervaeck ne jouit pas de la même réputation que Lucien Van Kersschaever, Giovanni Bozzi ou Tony Van den Bosch. "Je me vends sans doute mal", avoue celui qui a hissé Bree en demi-finale des playoffs et dans les poules de la Coupe Korac.Paul Vervaeck: D'origine malinoise, j'ai débuté à Battel, en D3. Il comptait en ses rangs Kurt Mollekens, Chris Delporte et Rudy Moortgat. Ces trois joueurs et moi-même, formés sur les plaines de jeux de l'endroit, avons parcouru ensemble toutes les sélections nationales de jeunes et avons ensuite été transférés en bloc à Pitzemburg, le deuxième club de Malines qui partageait le Winketkaai avec le Racing en D1. C'était le temps bénit de Gilbert Ibens (le père de Steve). J'avais 17 ans. Mais, très tôt, j'ai été victime d'une blessure au genou. A 21 ans, j'ai été transféré à Tongres. J'ai été appelé par Guy Vandenbroeck pour la pré-sélection du Championnat d'Europe 1977 organisé en Belgique. Mon genou, hélas, était en trop mauvais état et j'ai dû descendre en D2. C'était le début de la fin. J'ai bouclé la boucle à Pitzemburg en D3, mais je n'ai même pas terminé la saison. J'ai raccroché les baskets à 29 ans. J'avais déjà bifurqué vers le coaching. A 18 ans, je m'occupais déjà d'équipes de jeunes, et à 23 ans, j'ai pris en charge un club de Provinciale. Un jour, alors que je dispensais un entraînement avec le club de Berkenhof, sur un terrain annexe à celui où s'entraînait le Racing de Malines, Lucien Van Kersschaever est venu me trouver. Il m'a proposé un poste d'assistant. Pendant deux ans, j'ai officié comme coach adjoint à l'époque de Rick Raivio, Dan Hartshorne et consorts. Parallèlement, j'entraînais les Juniors FIBA de Malines qui, avec Paul Bayer et Dimitri Lambrecht notamment, ont tout gagné. J'ai dispensé des entraînements à Eric Struelens durant l'été. J'ai ensuite voulu voler de mes propres ailes. J'ai pris en charge Pitzemburg, en D3, où évoluait Danny Herman. Je l'ai aujourd'hui sous mes ordres à Bree, dont il est le capitaine et le coordinateur des jeunes. Avec Pitzemburg, nous avons remporté le titre de D3 et avons atteint les demi-finales de la Coupe contre... Malines! Dans l'équipe de Pitzemburg, il y avait aussi un certain Eddy Casteels. L'année suivante, nous avons terminé deuxième en D2, derrière Courtrai, mais le club n'avait pas d'argent pour assumer la montée en D1. Ensuite : huit saisons à Willebroek, où j'ai également fêté une promotion de D2 en D1. Le budget trop limité a empêché le club de jouer un rôle en vue parmi l'élite. Me voilà maintenant à Bree depuis décembre 1997. Un club qui m'a enfin donné les moyens de mes ambitions."J'étais un distributeur"Vous avez été éduqué à l'école de Lucien Van Kersschaever mais vos styles respectifs apparaissent diamétralement opposés.A un certain moment, il faut pouvoir développer ses propres idées. Mais on retrouve des points communs dans les méthodes de travail de Lucien Van Kersschaever, d'Eddy Casteels et de moi-même. Entre autres, au niveau de la conscience professionnelle et de la manière d'atteindre un objectif. Les façons d'élaborer un schéma d'entraînement et de préparer un match sont fort similaires. Les styles de jeu sont fort différents, mais je trouve cela logique. Joueur, j'étais un distributeur alors que Lucien Van Kersschaever était un pivot. Ces caractéristiques se retrouvent un peu dans le style de jeu respectif que nous inculquons. En outre, j'étais un distributeur qui marquait beaucoup: à Tongres, j'inscrivais 17 points de moyenne. J'avais un très bon tir à distance. Cela aussi, cela se retrouve dans le jeu de Bree. Je veux accorder à chaque joueur une certaine liberté d'action, mais au sein d'un certain concept. Le basket est basé sur les un-contre-un, deux-contre-deux, trois-contre-trois. Si l'on se base sur des schémas offensifs rigoureux, avec le distributeur qui énonce un numéro pour avertir ses partenaires de la phase de jeu qui va être développée, on ôte selon moi une grande part de créativité aux joueurs et on les empêche de jouer sur leurs points forts. Lorsque j'analyse le concept de l'université de Duke, je découvre une motion offense (attaque en mouvement) qui me plaît beaucoup. Ce basket apparaît désordonné, mais ce n'est qu'une impression: il y a des règles à suivre. Ce sont ces règles que j'essaye d'inculquer. J'ai lu l'ouvrage de Mike Krzyzewski, le coach de Duke, et j'en ai retenu de nombreux principes. C'est un style de jeu qui est très difficile à contrer. Lorsque j'entends le distributeur adverse crier "1", je sais -si j'ai visionné cette équipe au préalable- à quelle phase de jeu je dois m'attendre. A Bree, personne ne crie "1". Notre jeu est beaucoup plus imprévisible pour l'adversaire. C'est, en fait, du basket organisé fondé sur la libre inspiration des acteurs. Ce style de jeu se révèle encore plus efficace depuis l'introduction de la règle des 24 secondes: nous ne nous retrouvons pratiquement jamais à court de temps pour élaborer une attaque. "On joue vite"On affirme parfois que Bree ne sait pas défendre. Est-ce un cliché?A Wevelgem, voici dix jours, je trouve au contraire que nous avons remporté le match grâce à notre défense. Cette saison, je pense que nous défendrons mieux que les années précédentes. Voici trois ans, j'avais sept joueurs à ma disposition. La plupart de ces joueurs étaient à vocation offensive. C'était un choix: puisqu'il n'y avait pas d'argent pour bâtir un noyau de dix joueurs compétitifs, j'ai préféré opter pour des joueurs offensivement doués. Nous remportions tous nos matches à domicile en marquant 110 ou 120 points. Cela plaisait beaucoup au public. Mais nous perdions tous nos matches en déplacement. Au fil des ans, Bree a pu étoffer son effectif. Cela a commencé avec Eric Hinrichsen, qui est un rebondeur: un joueur à vocation défensive. Cette année, avec Yves Dupont, je dispose d'un atout supplémentaire. C'est aussi un rebondeur. Il est offensivement plus complet. Il doit encore s'habituer à notre style de jeu, mais cela ira vite. Dans ma philosophie, on retrouve beaucoup de principes que lui a également inculqué Eddy Casteels à Anvers et à Ypres. Simplement, Bree élabore ses attaques plus rapidement.Dimanche, contre Charleroi, Bree inaugure sa nouvelle salle...A Bree, il y a un trio formé par le président Rik Monnens, le manager Eddy Swaeb et moi-même. Chacun travaille dans son domaine, sans empiéter sur le jardin de l'autre, mais en parfaite concertation mutuelle. Après avoir bâti l'équipe, nous avons estimé qu'il fallait se donner d'autres moyens pour grandir. Et seules des infrastructures adéquates pouvaient nous y aider. A l'Olympia, nous avions parfois accueilli jusqu'à 700 personnes au dîner VIP d'avant-match! C'était la capacité maximale. De nombreux spectateurs hésitaient à venir parce qu'ils n'étaient pas certains de trouver une place. Les 1.500 places étaient vite occupées. Désormais, il faudra remplir une salle de 4.000 places. Ce ne sera pas une mince affaire: Bree ne compte que 12.000 habitants. Il faudra aller chercher les spectateurs dans tout le Limbourg. Et pourquoi pas à Houthalen, qui était autrefois l'ennemi juré, et dont les supporters ne se retrouvent pas nécessairement dans la nouvelle équipe de Hasselt? Sportivement, certains affirment que l'équipe perdra l'avantage de jouer à domicile. Ce sera sans doute vrai un certain temps: les joueurs devront trouver leurs marques dans cette nouvelle salle plus vaste. Mais, passée cette période transitoire, ils deviendront encore plus redoutables. Au niveau de l'ambiance, on n'y perdra pas au change: la nouvelle salle a été conçue comme une véritable cuvette. Lorsqu'elle sera pleine, cela fera du bruit également.reportersDaniel Devos