Mercredi 12 novembre 2014. 150 fans seulement garnissent les tribunes du Marbella Football Center pour le match amical opposant les U21 russes aux U20 américains. Ceux-ci l'emportent 3-4 grâce à Ethan Horvath, le futur gardien du Club Bruges, qui a arrêté un penalty. Plus de 10.000 km à l'ouest, ce match fait l'objet de nombreuses discussions lorsqu'il apparaît que Luis Mártir a disputé ses premières minutes sous les maillots du Team USA. " Il détruit la politique de notre club ", disent les dirigeants du Club Deportivo Guadalajara.

Mártir n'a pas encore 18 ans et est considéré comme un des joueurs les plus talentueux de la cantera du grand club mexicain mais les règles de Las Chivas ( Les Chèvres) sont claires : depuis 1908, seuls des joueurs mexicains sont autorisés à porter le maillot rouge et blanc. Le règlement d'ordre intérieur a été assoupli au fil des années afin de permettre à des enfants de parents mexicains nés à l'étranger de pouvoir jouer, à condition de ne jurer fidélité qu'au drapeau mexicain et de ne pas jouer pour une autre équipe nationale.

L'année suivante, Mártir fera deux courtes apparitions avec Guadalajara mais le mal est fait : sa carrière a pris fin en novembre 2014 dans un petit stade de la côte espagnole. Tout comme celle d' Omar Salgado, qui a opté pour les États-Unis et a immédiatement dû quitter le centre de formation de Guadalajara.

" Nous n'avons pas l'intention d'adapter notre règlement d'ordre intérieur ", répétait chaque année Jorge Vergara, président de 2002 à 2019. " Notre politique de Mexicans only, nous oblige à miser au maximum sur notre centre de formation. " La cantera est l'aorte de l'équipe première et de tout le club qui, grâce à la vente de ses meilleurs joueurs - dont Javier Hernández à Manchester United en 2010 - peut continuer à augmenter le salaire de ses joueurs. " Et tant pis si des clubs ont davantage de succès que nous en transférant des étrangers. "

Guadalaraja n'a pourtant pas à se plaindre. El Rebaño Sagrado ( Le Troupeau Sacré) a décroché 12 titres nationaux - un de moins que le Club América - et, comme son grand rival de Mexico City, il joue sans interruption au plus haut niveau depuis 1943. Il a remporté deux Ligues des Champions de la CONCACAF (1962 et 2018) et est, de loin, le club le plus populaire du pays : 44 % de la population mexicaine (126 millions d'habitants) s'identifie au club de Guadalajara.

Selon une étude effectuée en 2016 par Euroamericas Sport Marketing Spain, aucun club au monde ne compte autant de fans dans son pays. Même pas les Brésiliens - Flamengo et Corinthians - ni les grands clubs espagnols. Le Mexique est rojiblanco.

Si le club existe, c'est grâce à un... Brugeois, Edgar Everaert. Cet étudiant de l'Institut Saint-François Xavier aimait le football dans sa ville. Alors qu'il n'avait que 16 ans, un homme d'affaires espagnol lui a proposé un boulot à Guadalajara et il a émigré. Les affaires marchaient bien et, lorsqu'il avait du temps libre, il aimait jouer au foot avec ses amis mexicains, français et belges.

En 1906, il a fondé l'Union Football Club, à qui il a donné les couleurs du drapeau brugeois : le rouge et le blanc. Deux ans plus tard, il rebaptisait le club en Club Deportivo Guadalajara. " Les clubs de football qui portent le nom de leur ville suscitent l'intérêt et la loyauté des citoyens ", expliquait-il. " C'est pourquoi, dès aujourd'hui, nous ne jouerons plus qu'avec des Mexicains. " Cent douze ans plus tard, Guadalajara est resté fidèle à la philosophie de son fondateur.

Club Deportivo Guadalajara

Fondé en

1906

Ville

Guadalajara (1.460.000 habitants)

Couleurs

rouge et blanc

Stade

Akron (46.232)

Mercredi 12 novembre 2014. 150 fans seulement garnissent les tribunes du Marbella Football Center pour le match amical opposant les U21 russes aux U20 américains. Ceux-ci l'emportent 3-4 grâce à Ethan Horvath, le futur gardien du Club Bruges, qui a arrêté un penalty. Plus de 10.000 km à l'ouest, ce match fait l'objet de nombreuses discussions lorsqu'il apparaît que Luis Mártir a disputé ses premières minutes sous les maillots du Team USA. " Il détruit la politique de notre club ", disent les dirigeants du Club Deportivo Guadalajara. Mártir n'a pas encore 18 ans et est considéré comme un des joueurs les plus talentueux de la cantera du grand club mexicain mais les règles de Las Chivas ( Les Chèvres) sont claires : depuis 1908, seuls des joueurs mexicains sont autorisés à porter le maillot rouge et blanc. Le règlement d'ordre intérieur a été assoupli au fil des années afin de permettre à des enfants de parents mexicains nés à l'étranger de pouvoir jouer, à condition de ne jurer fidélité qu'au drapeau mexicain et de ne pas jouer pour une autre équipe nationale. L'année suivante, Mártir fera deux courtes apparitions avec Guadalajara mais le mal est fait : sa carrière a pris fin en novembre 2014 dans un petit stade de la côte espagnole. Tout comme celle d' Omar Salgado, qui a opté pour les États-Unis et a immédiatement dû quitter le centre de formation de Guadalajara. " Nous n'avons pas l'intention d'adapter notre règlement d'ordre intérieur ", répétait chaque année Jorge Vergara, président de 2002 à 2019. " Notre politique de Mexicans only, nous oblige à miser au maximum sur notre centre de formation. " La cantera est l'aorte de l'équipe première et de tout le club qui, grâce à la vente de ses meilleurs joueurs - dont Javier Hernández à Manchester United en 2010 - peut continuer à augmenter le salaire de ses joueurs. " Et tant pis si des clubs ont davantage de succès que nous en transférant des étrangers. " Guadalaraja n'a pourtant pas à se plaindre. El Rebaño Sagrado ( Le Troupeau Sacré) a décroché 12 titres nationaux - un de moins que le Club América - et, comme son grand rival de Mexico City, il joue sans interruption au plus haut niveau depuis 1943. Il a remporté deux Ligues des Champions de la CONCACAF (1962 et 2018) et est, de loin, le club le plus populaire du pays : 44 % de la population mexicaine (126 millions d'habitants) s'identifie au club de Guadalajara. Selon une étude effectuée en 2016 par Euroamericas Sport Marketing Spain, aucun club au monde ne compte autant de fans dans son pays. Même pas les Brésiliens - Flamengo et Corinthians - ni les grands clubs espagnols. Le Mexique est rojiblanco.Si le club existe, c'est grâce à un... Brugeois, Edgar Everaert. Cet étudiant de l'Institut Saint-François Xavier aimait le football dans sa ville. Alors qu'il n'avait que 16 ans, un homme d'affaires espagnol lui a proposé un boulot à Guadalajara et il a émigré. Les affaires marchaient bien et, lorsqu'il avait du temps libre, il aimait jouer au foot avec ses amis mexicains, français et belges. En 1906, il a fondé l'Union Football Club, à qui il a donné les couleurs du drapeau brugeois : le rouge et le blanc. Deux ans plus tard, il rebaptisait le club en Club Deportivo Guadalajara. " Les clubs de football qui portent le nom de leur ville suscitent l'intérêt et la loyauté des citoyens ", expliquait-il. " C'est pourquoi, dès aujourd'hui, nous ne jouerons plus qu'avec des Mexicains. " Cent douze ans plus tard, Guadalajara est resté fidèle à la philosophie de son fondateur.