C'est comme si le sourire avait quitté son visage. Parti pour un long voyage sans escale. Après six mois difficiles à Gand, terminés par une pubalgie qui l'éloigne des terrains plus de quatre mois, il revient chez lui, à la maison, dans son club formateur, au Standard. " C'est Dominique D'Onofrio qui m'avait fait venir à l'Académie, lors de mon premier passage. C'était un peu mon papa au Standard, il était fantastique ", souffle Dieumerci Ndongala, marqué par son décès, il y a maintenant deux ans.
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C'est comme si le sourire avait quitté son visage. Parti pour un long voyage sans escale. Après six mois difficiles à Gand, terminés par une pubalgie qui l'éloigne des terrains plus de quatre mois, il revient chez lui, à la maison, dans son club formateur, au Standard. " C'est Dominique D'Onofrio qui m'avait fait venir à l'Académie, lors de mon premier passage. C'était un peu mon papa au Standard, il était fantastique ", souffle Dieumerci Ndongala, marqué par son décès, il y a maintenant deux ans. " À chaque fois qu'on se voyait à Charleroi, on se faisait un gros câlin. Il avait toujours des mots gentils, d'encouragement. J'avais seize, dix-sept ans. Si je faisais une connerie, il m'appelait directement pour me remonter les bretelles... " Parce que Didi a toujours marché à l'affectif. À Sclessin, il a tout pour réussir, dans son cocon, un groupe qui comprend l'un de ses meilleurs potes, Paul-José Mpoku. " Notre relation va au-delà du football ", dit-il encore. " Il était déçu de me voir partir. " Arrivé en janvier 2017 sur la pointe des pieds, Ndongala n'a jamais su s'imposer dans la rotation des Rouches. Blessé, bridé ou déprimé ? Il s'explique. Dans sa nouvelle enceinte, à Genk, où il est prêté avec option. Là, la rue qui longe le stade arbore déjà un drapeau à son effigie, avec son fameux numéro 77. Déjà, lors de l'été 2015, il avait failli signer chez les Limbourgeois. D'entrée, il inscrit un but qui vaut trois points, à Mouscron, et livre une prestation XXL, contre Zulte Waregem. Le destin, sans doute. Deux matches, deux victoires, un but... On a l'impression que tu revis. DIEUMERCI NDONGALA : ( Il sourit) C'est très bien, pour mes débuts et pour ma confiance. Je sens qu'on compte sur moi. La confiance fait beaucoup chez un joueur. Elle libère mentalement, physiquement, techniquement... Sur le terrain, tu te lâches quand tu te sens en confiance. Mais je viens juste d'arriver, donc il ne faut pas s'enflammer, rester les pieds sur terre et continuer à travailler. Une confiance qui te manquait au Standard. C'est comme si on recherchait toujours le Ndongala de Charleroi, celui qui percutait et dribblait de manière un peu folle... NDONGALA : Normalement, quand je joue, je ne me prends pas la tête. Je joue comme dans la rue. Là, mon jeu manquait non seulement de folie, mais aussi de personnalité. C'était très stéréotypé. Un peu comme le jeu du Standard en début de saison. Sauf que chez moi, ça se voyait beaucoup plus. Il y avait pas mal d'attentes à mon égard. Maintenant, je sens que ça revient. Il fallait reprendre du plaisir avant tout. Tu étais dégoûté du foot ? NDONGALA : Non, je n'irais pas jusque-là. Je savais très bien que je n'étais pas à mon niveau. À un moment donné, je suis bien revenu, contre Ostende en quart de finale de la Coupe. C'est dommage que je n'ai pas pu enchaîner. J'étais bien, j'étais en train de revenir, mais il y avait une équipe en place. Puis, il y a eu le stage ( en janvier, à Marbella, nldr), où je n'ai joué que quinze minutes, et j'ai senti que le coach n'allait peut-être pas m'aider à retrouver cette confiance dont j'avais besoin. Au final, cette saison, tu disputes 15 rencontres avec les Rouches, dont 6 comme titulaire, pour aucun but, ni passe décisive. Quand tu jouais, tu ne te sentais pas libéré ? NDONGALA : Ça ne m'a pas aidé qu'on me demande de jouer trop carré. J'essayais trop d'appliquer ce qu'on me demandait, de ne pas trop garder le ballon, par exemple. Tandis qu'ici, le coach ( Philippe Clement, ndlr) me donne la liberté de bouger, de faire des appels dans les espaces. En fait, il me donne la liberté que Mazzù me donnait à Charleroi. Mais je pense que maintenant, avec Mehdi Carcela, Sa Pinto va devoir lui donner cette liberté. Ce n'est pas quelqu'un qu'il faut brider. Ricardo Sa Pinto semblait te reprocher ta nonchalance. Comment était ta relation avec lui ? NDONGALA : Bonne. Je n'ai jamais été un poids ou un problème. Mais c'est clair qu'après le stage, il ne m'a pas repris parce qu'il trouvait que je manquais d'énergie, d'envie. J'espérais repartir sur de nouvelles bases, mais il pensait que je n'allais pas apporter un plus... Il avait ses raisons. Je respecte ses choix. Tu parlais de ce quart à Ostende, qui doit probablement être ton meilleur match au Standard. Une rencontre à l'extérieur. Au début, les supporters semblaient contents de ton arrivée, avant de te prendre progressivement en grippe. Sclessin te paralysait ? NDONGALA : Non, au début, ça allait. Cette saison, pour le premier match à domicile, j'étais titulaire contre Charleroi. Ça s'est bien passé aussi. Après, c'est clair que quand j'ai commencé à être moins performant, je n'étais pas vraiment à l'aise. ( Il marque une pause) En fait, je ne sais pas l'expliquer. J'ai fait plusieurs mauvais matches, je le savais, mais je ne comprenais pas comment je pouvais avoir ce niveau-là... Les supporters peuvent être mécontents, c'est le foot. Mais j'étais encore dix fois plus dur avec moi-même. Je me remets beaucoup en question. Pas un peu trop, justement ? NDONGALA : ( Il souffle) C'est clair que j'ai eu une période où j'ai beaucoup douté. En octobre et novembre derniers, surtout. Je n'ai pas su saisir ma chance et passer au-dessus de cette spirale négative. Sa Pinto me parlait énormément, mais je pense qu'à ce moment-là, il avait aussi beaucoup de pression sur lui et il ne pouvait pas forcément m'aider. On le voyait dans ses réactions. Maintenant, il est plus calme ( il rit). Cet été, sur les réseaux sociaux, tu faisais le forcing pour faire revenir Paul-José Mpoku au Standard. Tu as exercé la même pression sur Luis Cavanda ? NDONGALA : On a discuté avant qu'il signe. On m'a demandé de lui parler pour savoir s'il était prêt à relever le challenge. Je l'ai convaincu... Après, la direction s'est occupée de tout. J'ai des très bons contacts avec Olivier ( Renard, ndlr) et Bruno (Venanzi, ndlr) . Polo ( Mpoku, ndlr) aussi. Il était hésitant et on en a parlé. Je lui ai retourné le cerveau pour qu'il vienne ( il rit). Polo et Luis ont grandi et joué au Standard, ils connaissent les valeurs du club. Toi aussi, tu as grandi chez les Rouches. À l'Académie, tu as même fait quelques petites bêtises... NDONGALA : Oui, avec Paul-José ( il sourit). Par exemple, si la bouffe n'était pas bonne, on commandait des pizzas. Mais on les commandait au nom de l'internat, donc c'était à eux de les payer ( rires). Les pizzas arrivaient à l'internat et ils se demandaient d'où ça venait... On faisait comme si de rien n'était mais ils ont fini par savoir que c'était nous. C'est comme ça qu'on a été mis à la porte de l'internat, Polo et moi, pendant deux mois. On a été dormir chez Mehdi Carcela. Sa maman nous a gentiment hébergés et traités comme ses enfants. Tu avais tous les ingrédients nécessaires pour réussir dans ton club formateur. Alors que tu arrives blessé, tu signes un contrat jusqu'en 2020, ce qui est une belle marque de confiance. Puis, tu avais donc tes potes Mpoku, Cavanda, Luyindama ou Bokadi dans le groupe... NDONGALA : Tout était réuni pour que ça se passe bien. Mais je n'en veux à personne, je ne peux m'en prendre qu'à moi-même. Tous les joueurs connaissent un creux dans leur carrière. Il a fallu que pour moi, ça soit à ce moment-là, au Standard... C'était inévitable que tu partes ? Tu dois encore avoir un goût d'inachevé. NDONGALA : C'est la vie. Je ne souhaitais pas forcément partir. La proposition de Genk est arrivée le dernier jour du mercato. On a étudié ça calmement, le matin. J'ai eu une discussion avec Olivier et Bruno. On s'est dit que c'était la meilleure solution. Ils ne m'ont pas freiné, alors que je rejoignais un concurrent direct. Le but, c'était surtout de m'aider, moi. On peut étendre ta mauvaise passe à ta période à Gand, où tu évolues six mois jusqu'en janvier 2017, pour neuf matches et deux blessures. C'est clairement un " échec "... NDONGALA : ( Il coupe) Je ne devais pas partir. Personne ne m'a obligé. Personne ne m'a dit : " Didi, tu pars ". Le recrutement de Samuel Kalu, à l'époque, y ressemble quand même... NDONGALA : C'est normal, j'étais blessé. Ils étaient obligé de recruter quelqu'un. Après, j'ai fait un choix. Mon club formateur est venu toquer à la porte. Si le Standard n'était pas venu, je serais resté à Gand. On n'a pas spécialement discuté d'un départ avant ça. Quand je suis parti, Hein ( Vanhaezebrouck, ndlr) était étonné. Il ne s'attendait pas à ce que je parte. Ce n'était pas un peu bizarre de te voir signer à Gand ? NDONGALA : Mon premier choix, c'était Bruges. J'avais eu une discussion avec Bart Verhaeghe et Vincent Mannaert. Je voulais travailler avec Preud'homme et lui avec moi. C'était un choix par rapport au système de jeu, en 4-3-3 ou 4-2-3-1, et son animation offensive, avec des ailiers créatifs. Ça collait plus avec mon profil. À Gand, je sentais moins le système, je me disais que c'était peut-être dangereux de signer là-bas. C'est dommage que ça ne se soit pas fait avec Bruges. Ça n'a pas abouti, je ne sais pas pour quelles raisons. Je n'ai pas cherché à comprendre. Dans les moments difficiles que tu as traversés, tu t'en es remis à la religion ? NDONGALA : C'est une force. C'est aussi pour ça que j'ai pris le numéro 77. Déjà, le chiffre 7 est sacré. Et 77, c'est en référence à un verset de la Bible. Il dit : " Cherchez et vous trouverez ; frappez et on vous ouvrira ; demandez et on vous donnera ". Ça veut dire qu'en toutes circonstances, tu peux trouver une solution et il y a du bien qui peut t'arriver. Je suis convaincu que ce n'était qu'une mauvaise passe. Je ne sais pas de quoi demain sera fait, mais je crois en moi et ça fait du bien de voir qu'il y a des gens qui croient aussi en moi. Il faut que je continue à me battre. Dieu est grand et il va faire de grandes choses. Toi aussi ? NDONGALA : Non. On m'appelle Dieu, mais je suis petit ( rires)