L'histoire commence le dimanche 14 avril, peu après 20 heures. Au terme de la conférence de presse des entraîneurs, après Anderlecht-Club, Juan Carlos Garrido quitte la salle. Il nous voit, nous serre la main et savoure nos compliments sur la bonne première mi-temps. À ses yeux, c'est l'essentiel de la soirée, la base sur laquelle il veut poursuivre son travail. Cela lui fait plaisir car il juge qu'on s'est trop focalisé sur la mauvaise prestation du Club en seconde période.
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L'histoire commence le dimanche 14 avril, peu après 20 heures. Au terme de la conférence de presse des entraîneurs, après Anderlecht-Club, Juan Carlos Garrido quitte la salle. Il nous voit, nous serre la main et savoure nos compliments sur la bonne première mi-temps. À ses yeux, c'est l'essentiel de la soirée, la base sur laquelle il veut poursuivre son travail. Cela lui fait plaisir car il juge qu'on s'est trop focalisé sur la mauvaise prestation du Club en seconde période. Quatre jours plus tard, nous nous retrouvons, après le 3-4 contre Zulte-Waregem. A-t-il une explication à cette défaite ? Garrido évoque les blessures, les suspensions, il précise qu'il aimerait pouvoir aligner la même ligne arrière, médian défensif compris, quelques semaines d'affilée. Il aurait pu ! Certes, la suspension de Laurens De Bock, qui a vu jaune à deux reprises à Bruxelles, l'a obligé à revoir sa ligne arrière mais il possède deux autres latéraux. Il suffisait de repêcher Fredrik Stenman, son arrière gauche attitré jusqu'à sa blessure au dos, ou Bart Buysse. Or, il a préféré effectuer plusieurs modifications en défense. Contre Anderlecht, il a aligné le quatuor Meunier-Donk-Duarte-De Bock, précédé de Jörgensen et d'Odjidja. Contre Waregem, c'est devenu Meunier-Duarte-Stenman-Högli avec Donk et Odjidja devant. Le lendemain, Hugo Broos relevait à juste titre : " Un ailier droit à l'arrière droit, un arrière gauche au coeur de la défense, un arrière droit à gauche et un défenseur central au milieu défensif. Personne ne joue à sa place ! " La réponse de Garrido était insatisfaisante, elle a reflété une certaine impuissance. Un autre match, un autre adversaire. Nous nous acharnons, en espagnol, pour lui faciliter la tâche. Cette fois, il s'excuse. Bart Verhaeghe l'attend. Ce que nous ne savons pas encore, c'est que le coach et le manager, Vincent Mannaert, ont eu une sérieuse discussion et qu'il faut recoller les morceaux. L'Espagnol, nerveux, s'en va. Bruges semble être en crise. Cette crise est-elle justifiée ? Vendredi, quand nous avons demandé à l'entourage de Garrido comment il se sentait, on nous a conseillé de regarder le classement à la mi-novembre, après la défaite 6-1 contre Anderlecht. Où se trouvait Bruges à ce moment ? Il était huitième, avec 22 points, comme le Standard. Anderlecht, le leader, en comptait 31. Et où était le Club à la fin du championnat régulier ? A la quatrième place. Il n'avait certes pas réduit son retard sur Anderlecht et Zulte Waregem mais il avait rattrapé les autres. Ce sont donc les chiffres que nous devons analyser. Le reste n'est qu'affaire de perception. En déplacement, le bilan est positif : 16 sur 21 en championnat régulier, avec un seul revers, le 4-1 à Genk. Victoires à Waregem et au Standard, nul à Lokeren. Le bilan contre les adversaires des PO1 est convenable. Garrido poursuit sur sa lancée en play-offs : victoires à Lokeren (1-4) et à Genk (0-2), match nul à Anderlecht (1-1). 7 sur 9, c'est un très bon bulletin. À domicile, c'est moins brillant : 16 sur 24 en championnat régulier, avec des points perdus contre Gand, Courtrai, Malines et Anderlecht (de 2-0 à 2-2, ce qui a fait naître les premiers soupçons de contrecoup physique, toujours démentis par le Club). Mais surtout : 0 sur 6 dans les play-offs contre le Standard et Zulte Waregem, deux résultats qui font caler le Club Bruges. Ce sont ces matches qui influencent la perception. Garrido se veut garant de combinaisons soignées et de fait, le spectacle est meilleur que sous Daum et Leekens. Mais le Club se crée trop peu d'occasions de but, ce qui lui a déjà joué des tours cette saison, d'autant que sa défense n'est pas précisément une forteresse et que son entrejeu, solide sur papier, s'effondre comme un château de cartes. En PO1, le Club a inscrit dix buts en cinq matches mais il en a encaissé huit. Il n'a préservé ses filets que dimanche soir. En championnat régulier, Garrido y est parvenu à six reprises. L'Espagnol évoque ses remaniements forcés. Le Club n'a pas l'atout de Zulte Waregem - une équipe-type. Ou plutôt, il n'en a plus car avant le Nouvel-An, elle semblait s'être mise en place : pendant quatre matches consécutifs, Hoefkens, Donk et Larsen ont campé en défense, flanqués à deux reprises de Buysse et puis de Stenman, rétabli. Puis Larsen s'est blessé et Stenman a obtenu des congés anticipés pour raisons familiales. À cette époque, le Club a pris 11 points sur 15 et n'a encaissé que trois buts, en en marquant 16. La stabilité défensive s'est envolée après la trêve. L'arrière droit Hoefkens a été écarté après le revers à Genk, lors de la deuxième journée de l'année. Tom Högli, qui pouvait partir mais n'a pas trouvé d'employeur, s'est vu attribuer un poste fixe à l'arrière droit, pour la première fois depuis qu'il porte le maillot brugeois et jusqu'à sa maladie, avant le match contre Lokeren. Depuis cette victoire, Thomas Meunier est le nouvel arrière droit de Bruges. C'est un poste nouveau pour l'Ardennais, qui a fait ses gammes en PO1, soit à l'heure de vérité. C'est plutôt audacieux. L'arrière gauche Buysse n'a plus joué depuis le Nouvel-An, suite à l'embauche de Laurens De Bock, qui n'a pas connu que de bons moments sous le maillot brugeois. Titularisé six fois, il a déjà été exclu à trois reprises... Le fait que face à Zulte Waregem, en l'absence de De Bock, Tom Högli a reçu une nouvelle chance en dit long sur la place de Buysse dans la hiérarchie. À moins qu'il ne soit repêché dimanche contre Anderlecht, puisque Stenman est out pour le reste de la saison et que De Bock est à nouveau suspendu pour une journée. Cela paraîtrait logique mais quelle est la signification de cet adjectif à Bruges ? Garrido a chipoté au coeur de la défense aussi. Pendant le stage, Jim Larsen s'est rétabli de sa blessure au genou. Aligné contre Louvain, il a été exclu, il est revenu, il s'est reblessé et n'a pu jouer qu'à une reprise avant les play-offs. Conséquences : remaniements. Aux yeux de Garrido, Almebäck n'est plus une option. Il n'a fait appel à lui qu'une seule fois, lors de son premier match, à Beveren. Il considère Donk comme un médian défensif, ce qui l'a conduit à adopter des options étranges. Stenman, l'arrière gauche attitré pendant des semaines, et de Bock ont été postés au coeur de la dernière ligne, comme Vadis Odjidja, à une reprise et en cours de match ! Sans succès : Stenman a joué à ce poste contre le Standard (0-2) et Zulte Waregem (c'était 0-1 quand il a quitté le jeu), De Bock à Genk (4-1) et contre Gand (0-0). Garrido a réalisé pas mal d'expériences de ce genre. Reste à voir si le déplacement de Meunier en défense sera une réussite. La composition de l'équipe qui a affronté Genk en championnat régulier était également bizarre - et ratée, avec Odjidja sur le flanc droit. D'ailleurs, ce match (4-1) a signifié la fin de la courte carrière brugeoise de Kofi Adu. Enrôlé pour pallier le départ de Zimling, il s'est encore montré quelques instants contre le Lierse puis rideau ou presque. Le Ghanéen n'a pas été aligné à Anderlecht alors que l'entrejeu prenait eau de toutes parts. Au moment où Garrido se décidait à le faire entrer, De Bock a été exclu. Dimanche dernier, Adu a ressurgi, en remplacement de Vazquez pour disputer un match convenable. Pas de stabilité dans l'équipe, peu d'équilibre et de discipline dans l'entrejeu offensif, au sein duquel Vadis Odjidja aime occuper un rôle constructif mais est souvent contraint à défendre alors que les avants ratent de nombreuses occasions : après la défaite contre Zulte Waregem, les regards se sont tournés, à juste titre, vers l'entraîneur. Vendredi et samedi, ses partisans nous ont renvoyé la balle. En plus des chiffres, ne devrions-nous pas nous pencher sur la politique des transferts du Club ? N'a-t-on pas consacré trop d'énergie à l'embauche de joueurs ? Ont-ils tous été des réussites ? Pas d'après les statistiques. Des quatre transferts hivernaux, un seul est titulaire : Oscar Duarte. De Bock connaît de sérieux problèmes d'adaptation, Adu ne joue presque pas et Garrido ne compte pas beaucoup sur Eidur Gudjohnsen. Son trio d'attaque est composé de Refaelov-Bacca-Lestienne depuis le premier match, à Beveren. L'Islandais n'est entré en ligne de compte qu'en l'absence d'un des deux extérieurs ou quand Mémé Tchite n'était pas en forme. Garrido a posté Gudjohnsen dans l'entrejeu à une reprise, contre Zulte - une nouvelle expérience ratée. Malgré son talent, l'Islandais n'est, aux yeux de Garrido, qu'un bon douzième homme, qui a un avantage sur les autres : il concrétise généralement ses occasions de but. L'Espagnol n'est pas satisfait de ses premiers transferts. Il n'a guère l'utilité des transferts de l'été dernier non plus : Buysse a disparu de la scène en décembre, Tchité n'a été titularisé qu'à quatre reprises et n'a inscrit qu'un but. Larsen a souvent été indisponible, Trickovski a été décevant. Depuis quelques semaines, Jörgensen ne pointe que sporadiquement du nez. Les jeunes du cru n'émergent pas malgré un essai prudent peu avant la trêve, avec Verstraete, qui jouit pourtant de plus de considération qu'Adu en interne. Le bulletin est donc insatisfaisant cette saison, alors que les transferts de l'hiver 2012 (Bacca, Jorgacevic, Bakenga et Figueras) n'étaient déjà pas des réussites. Pire : le Club a été affaibli par le départ de Dirar en janvier 2012 et celui de Zimling il y a quelques mois, même si le Danois n'était pas souvent disponible. Blondel n'a pas encore été en état de jouer non plus sous Garrido. Or, ces deux joueurs de caractère auraient pu rétablir l'équilibre de l'entrejeu. C'est l'origine du problème, se défend l'Espagnol. Il faut se concentrer sur la qualité, pas sur la tactique ni le physique. Et si le responsable des transferts, Vincent Mannaert, sort de son rôle - un directeur général n'a rien à faire dans le vestiaire à la mi-temps -, l'Espagnol, à cheval sur les principes, explose. La relation entre Mannaert et Garrido a été marquée d'emblée par un incident. Le Club avait suivi une autre piste, ibérique aussi, avant d'engager Garrido à qui on avait fait pourtant croire qu'il était LA priorité. Tout s'est finalement arrangé quand Arnar Gretarsson, le nouveau manager sportif, a plaidé pour qu'on reconduise le contrat de Garrido. Même si d'aucuns ont froncé les sourcils... Le récent accrochage est un nouveau signal d'alarme : en coulisses, le Club est nerveux. Surtout jeudi soir, quand l'Europe s'est éloignée. Le ciel s'est éclairci dimanche. Garrido a remercié le président pour son soutien. Mais la bombe est-elle désamorcée ?... PAR PETER T'KINT - PHOTOS: IMAGEGLOBEGarrido a remercié le président pour son soutien. Mais la bombe est-elle désamorcée ?