Ce mercredi 30 octobre, personne, à Charleroi, n'imagine le tourbillon médiatique qui va submerger le club suite aux négociations de Felice Mazzu avec le Standard, révélées par la presse ce jour-là. Pendant trois jours, le Sporting se trouve mêlé aux velléités de départ de son entraîneur, à ce que d'aucuns ont considéré comme des mensonges, les dirigeants devant moduler leur discours en fonction de certaines révélations. Tout s'est mélangé : Mazzu aurait-il dû dire la vérité sur le plateau de La Tribune au risque de lancer un débat alors qu'il avait déjà pris la décision de rester à Charleroi ? Mehdi Bayat aurait-il dû attendre d'avoir tous les éléments en sa possession avant de jeter l'anathème sur Roland Duchâtelet ?
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Ce mercredi 30 octobre, personne, à Charleroi, n'imagine le tourbillon médiatique qui va submerger le club suite aux négociations de Felice Mazzu avec le Standard, révélées par la presse ce jour-là. Pendant trois jours, le Sporting se trouve mêlé aux velléités de départ de son entraîneur, à ce que d'aucuns ont considéré comme des mensonges, les dirigeants devant moduler leur discours en fonction de certaines révélations. Tout s'est mélangé : Mazzu aurait-il dû dire la vérité sur le plateau de La Tribune au risque de lancer un débat alors qu'il avait déjà pris la décision de rester à Charleroi ? Mehdi Bayat aurait-il dû attendre d'avoir tous les éléments en sa possession avant de jeter l'anathème sur Roland Duchâtelet ? Les agents de Mazzu auraient-ils dû rendre publics les SMS de Mazzu alors que finalement, on se fiche de savoir qui a contacté qui, à partir du moment où les négociations ont achoppé ? En agissant de la sorte, ces agents ont-ils pensé qu'ils passaient pour des gens aigris de ne pas avoir touché leur commission ? A-t-on chargé trop durement l'entraîneur carolo qui, au bout du compte, reste fidèle à son club, et alors que l'affaire a reçu un nouvel éclairage avec la nomination d'Axel Lawarée au poste de conseiller sportif du président du Standard ? A Charleroi, le soufflé semble être retombé. Seul, finalement, Felice Mazzu, le protagoniste principal de cette histoire, garde des stigmates de cette affaire qui l'a dépassé. Lui si ouvert avec la presse a fermé les vannes. " Je préfère ne plus évoquer cette histoire ". Une semaine après son passage à La Tribune, il avait accepté de recevoir une équipe de la RTBF, à la seule condition de ne pas parler de l'affaire. Cette demande n'a pas été respectée et cela l'a profondément déçu. En dehors des points presse hebdomadaires, il n'accordera pas d'interviews pendant un certain temps. Inévitablement, ses rapports à la presse ont changé. Par contre, ses résultats l'ont aidé. Après un match horrible à Lokeren, dicté également par les événements, les Zèbres ont partagé l'enjeu face au Club Bruges et gagné à Mouscron et surtout contre Anderlecht dans une ambiance des grands soirs. Ces trois résultats ont rassuré l'entraîneur carolo, lui prouvant que le vestiaire n'avait pas été déstabilisé par toute cette histoire. Après les révélations médiatiques, Mazzu avait d'ailleurs pris la peine de s'expliquer devant tout le groupe, reconnaissant qu'il avait bien eu une discussion avec le président du Standard, que le monde du foot fonctionnait de la sorte mais qu'il avait décidé de vivre pleinement le projet carolo. Le groupe a bien compris et a décidé de se concentrer sur les échéances à venir. Mais il n'y a pas que dans son vestiaire que Mazzu a dû rendre des comptes. Au sein même de sa cellule familiale, les avis divergeaient. Sa femme, Julie, voyait dans la proposition de salaire du Standard (des émoluments multipliés par cinq par rapport à son contrat au Sporting) l'occasion rêvée de lever le pied et poussait son mari à aller à Sclessin. Elle a été la première surprise (et déçue) par sa décision de rester à Charleroi. Pendant plusieurs jours, il a pesé le pour et le contre mais il ne se voyait pas partir de Charleroi de la sorte, au milieu de la saison, alors qu'il vit dans la région et que, chaque dimanche, son papa va au marché de Charleroi où on ne lui parle que de son fils. Mazzu a mal vécu son lynchage public, lui qui voulait simplement que son nom apparaisse dans les candidats potentiels à la succession de Guy Luzon, et qui a certainement été pris de court par l'intérêt immédiat et la proposition concrète de Roland Duchâtelet. Certains ont souligné le manque de courage de Mazzu, caractérisé par ce syndrome du tennisman qui n'arrive pas à conclure son match. Lui aurait voulu qu'on souligne in fine sa fidélité au projet carolo et son courage de refuser un salaire cinq fois plus important que ses émoluments carolos. D'autant plus qu'il s'est fermé une porte : on imagine mal, aujourd'hui, le président Duchâtelet revenir à la charge une troisième fois, après avoir été éconduit de la sorte. Et qu'en est-il de sa position à Charleroi ? Une fois les SMS révélés, Mehdi Bayat qui avait défendu énergiquement son entraîneur et attaqué de manière virulente Roland Duchâtelet, a convoqué Mazzu dans son bureau. Les choses ont été mises à plat et l'affaire clôturée. " Il a commis certaines erreurs. Mais l'erreur est humaine et cela va lui permettre de grandir. Je trouve qu'il y a eu une gestion intelligente de cette situation. Certains s'attendaient à ce qu'on vire notre entraîneur mais on a prouvé qu'on ne prenait pas de décisions à chaud mais en réfléchissant sur le court, moyen et long termes pour le bien du club. " Seul dommage collatéral : la revalorisation de contrat promise à Mazzu attendra finalement le mois de janvier. Douce revanche ? " Je ne l'ai pas puni ! On reste sur ce qui avait été prévu initialement, à savoir revoir le contrat en janvier. Je respecte toujours mes engagements et je n'utiliserai jamais ce qui s'est passé lors de la négociation pour le renouvellement de son contrat. Quand on dit qu'on pardonne, il faut pardonner vraiment ! Ce dossier est clos. Ce qu'il faut retenir dans cette histoire, c'est que Mazzu n'y est pas allé, au Standard !" Reste alors à recoller les morceaux avec le Standard. Car très vite dans ce dossier, Mehdi Bayat s'est rendu compte qu'il a peut-être parlé trop vite. Sa saillie envers le président Duchâtelet le soir de Lokeren-Charleroi risque de laisser des traces. Depuis lors, les deux hommes n'ont plus eu qu'un échange SMS, chacun s'en tenant à sa version. Si Duchâtelet estime n'avoir dit que la vérité afin de ne pas passer pour ce qu'il n'était pas, Mehdi Bayat ne renie pas ses propos. Que du contraire. " Duchâtelet m'a appelé pour me demander mon consentement d'aller plus loin avec mon coach ", relate Mehdi Bayat. " Je lui réponds de manière très claire que je ne le lui donnais pas. Il me dit - pas de problème, j'ai bien compris ton message. Quand deux dirigeants ont une telle conversation, ils doivent s'y tenir. En septembre, je l'ai contacté pour lui faire une proposition pour Kanu. Cette proposition ne l'agrée pas et il me dit - Point. Pour moi, c'est très clair et je ne me vois pas contacter le joueur et son agent. Je respecte ma parole parce que dans un monde ultra-concurrentiel, la moindre des choses entre deux clubs wallons, c'est de respecter notre parole. Dans l'affaire Mazzu, même s'il est mis sous pression par x ou y, j'estime qu'il doit s'en tenir à notre conversation. " Pourtant pas question de parler rupture : les dirigeants recevront bien leurs invitations pour le match de ce week-end. " J'ai pardonné à Roland Duchâtelet même si j'aurais espéré que lui puisse ériger des valeurs dans un monde qui en manque ", ajoute Mehdi Bayat. PAR PIERRE BILIC ET STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS: BELGAIMAGEMazzu aurait voulu qu'on souligne son courage de refuser un salaire cinq fois plus important que ses émoluments carolos. " J'ai pardonné à Roland Duchâtelet, même si j'aurais espéré que lui puisse ériger des valeurs dans un monde qui en manque. " Mehdi Bayat