Pendant deux ans, on l'a appelé "le petit Belge du Real Madrid", sans vraiment le connaître. Ce jeune homme de 20 ans, qui a passé dix années dans les équipes d'âge d'Alost et deux dans le noyau B de La Gantoise, et qui avait été pressenti pour un prêt à Malines jusqu'à la fin de la saison, vient de débarquer à Denderleeuw. "Parce qu'on m'y offrait davantage de garanties que derrière les casernes", explique-t-il. "J'ai signé pour deux saisons et demie".
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Pendant deux ans, on l'a appelé "le petit Belge du Real Madrid", sans vraiment le connaître. Ce jeune homme de 20 ans, qui a passé dix années dans les équipes d'âge d'Alost et deux dans le noyau B de La Gantoise, et qui avait été pressenti pour un prêt à Malines jusqu'à la fin de la saison, vient de débarquer à Denderleeuw. "Parce qu'on m'y offrait davantage de garanties que derrière les casernes", explique-t-il. "J'ai signé pour deux saisons et demie".La même période que celle qu'il a passée en Espagne. A la CiudadDeportiva (c'est-à-dire le centre d'entraînement) et dans l'équipe B du club centenaire, KevinFranck a côtoyé des joueurs comme RaulBravo, Pavon ou Portillo. Comment a-t-il abouti là-bas? "Un jour, des recruteurs du Real Madrid sont venus me voir à Gand, Pirri en tête", se souvient-il. "J'ignore qui leur a mis la puce à l'oreille. Car je n'étais ni un talent précoce, ni une valeur affirmée des équipes nationales de jeunes. Lorsqu'une telle opportunité se présente, on ne peut pas la laisser passer". "Franck, tu as vu? C'est Zidane!""A 17 ans et demi, j'ai donc pris la direction de la capitale espagnole. Les trois premiers mois furent difficiles. J'étais seul, dans une ville que je ne connaissais pas. Comme j'avais un contrat professionnel, je ne pouvais pas jouer avec les Juniors. J'ai directement intégré le noyau B. Le jour de mon premier entraînement, j'étais très nerveux. L'entraîneur était PacoBuyo, l'ancien gardien international. Ses entraînements étaient plus techniques que ceux que j'avais connus en Belgique, mais ils étaient tout aussi exigeants sur le plan physique. Car, qu'on ne s'y méprenne pas: le football espagnol, c'est une combinaison de technique, de vitesse et d'endurance. Une journée type? Je me levais tôt. Enfin, je veux dire: vers neuf heures. Pour moi, c'est tôt. Entraînement à 11 heures. Retour à l'appartement pour le déjeuner. Deuxième entraînement en fin d'après-midi. La soirée était éventuellement consacrée au cinéma ou à d'autres distractions. Tout était très professionnel. On ne devait songer qu'au football. Le club se chargeait de toutes les formalités administratives et les équipements nous attendaient, propres et rangés, lorsque nous arrivions à la Ciudad Deportiva. Un certain Raul Bravo logeait dans le même immeuble que moi, aux alentours de la Plaza Castilla, dans le centre-ville. Il est désormais international et vient d'être prêté à Leeds. Les matches de D2B (l'équivalent de notre D3) n'attiraient que peu de monde: 3 à 4.000 personnes. Du moins à Madrid. En déplacement, les spectateurs étaient plus nombreux. Jusqu'à 10.000 au Mini Estadi de Barcelone ou dans des villes de province. Un match contre l'équipe B de Barcelone reste spécial. Babangida était mon adversaire direct. Il était trop rapide pour moi, je le reconnais. Il y avait aussi Motta et le gardien Valdés, qui ont déjà joué en équipe Première depuis lors". "Après six mois, j'ai été prêté jusqu'au terme de la saison à Majorque, où j'ai également évolué dans le noyau B. C'était encore d'un très bon niveau, mais tout de même moins professionnel qu'à Madrid. C'est là, dans les îles Baléares, que j'ai rencontré ma copine Alicia". Après ce passage à Majorque, je suis revenu à Madrid. Lorsque mon père est venu me voir à l'entraînement, il a croisé ZinedineZidane. Il m'a interpellé: - Franck, tuasvu?C'estZizou! J'ai répondu: - Oui, oui, c'estbienlui!" "J'avais l'habitude, je le croisais régulièrement. En certaines occasions, j'ai même pu m'entraîner avec le noyau A. Pas cette saison-ci, je n'ai donc jamais pu me mesurer avec Ronaldo, mais précédemment je m'étais retrouvé sur la même pelouse que Raul, Morientes ou RobertoCarlos. J'avais d'assez bons rapports avec ClaudeMakelele et Guti. Des joueurs que la plupart des gens ne voient qu'à la télévision. Jamais je n'ai eu l'impression qu'ils me prenaient de haut. J'étais un partenaire d'entraînement, comme d'autres l'avaient été. Par contre, je n'ai jamais pu partager leur vestiaire. Chacun a sa place: le noyau A d'un côté, le noyau B de l'autre. On se retrouvait simplement sur le terrain d'entraînement". "On n'échoue pas à Madrid"Contrairement à quelques-uns de ses illustres coéquipiers du noyau B, Kevin Franck n'a jamais pu compléter l'équipe A lorsque VicenteDelBosque décidait de faire tourner son effectif à l'occasion de l'un ou l'autre match sans enjeu. On ne l'a pas vu à Anderlecht, voici deux ans, ni à Genk, cette saison, pour le dernier match de poule de la Ligue des Champions. Et aujourd'hui, il se retrouve en D2 belge. "Je sais que certains rigolent", regrette-t-il. "C'est typique de la mentalité belge. On ne voit jamais que le négatif. Lorsqu'un joueur tente sa chance à l'étranger, j'ai l'impression qu'on n'attend qu'une chose: qu'il se casse la figure. Dans mon cas, certains vont parler d'échec. Je me suis entraîné deux ans et demi avec le Real Madrid, pour aboutir à Denderleeuw. Je préfère voir les choses sous un autre angle: après avoir débuté à Alost et à La Gantoise, j'ai eu la chance de m'entraîner à la Ciudad Deportiva du Real Madrid et de porter en match le maillot d'un club mythique. Beaucoup ne peuvent qu'en rêver. Je ne suis pas allé au bout de mon rêve, c'est vrai. Je n'ai pas joué en équipe Première. J'arrivais en fin de contrat au Real et j'ai pris conscience qu'il me serait difficile de percer là-bas. Dans le milieu, ma place de prédilection, la concurrence est énorme. Je ne suis pas Zinedine Zidane. Ni au niveau du talent, ni encore moins au niveau du contrat. Je n'ai jamais que 20 ans. J'aurai encore largement l'occasion de rebondir, et pourquoi pas, de repartir à l'étranger en étant plus fort de l'expérience acquise à Madrid. Et, même si l'occasion ne se représentait pas, on ne pourra jamais m'enlever ce que j'ai vécu. J'ai partagé, pendant deux ans et demi, la vie du plus grand club du monde. J'ai des autographes de toutes les stars du Real Madrid. J'ai été pris en photo à leurs côtés. J'ai assisté à toutes les rencontres au stade Santiago Bernabeu. J'en connais beaucoup qui donneraient cher pour vivre cela, ne fût-ce qu'une fois. Régulièrement, des amis m'appelaientpour me demander: -Tu ne peux pas nous procurer des places pour tel ou tel match? La rencontre la plus mémorable? Sans doute la demi-finale de Ligue des Champions contre le Bayern Munich. Mais j'étais aussi présent à Glasgow, en mai dernier, pour la finale contre Leverkusen. Nous avions effectué le déplacement avec tout le noyau B. On n'échoue jamais à Madrid. On a simplement le privilège d'en porter le blason... même si ce n'est que deux jours ". Daniel Devos"Je ne suis pas allé au bout de mon rêve, c'est vrai"