7 PM : un peu plus de deux heures après l'un des finals les plus incroyables de l'histoire du championnat anglais, Liam Gallagher (chanteur d'Oasis) sort de l'ascenseur, croise Pierre Kompany (père de Vincent) et mime le geste de prosternation. Après le viva Belgium balancé en conférence de presse, l'élément le plus turbulent de la célèbre fratrie du rock briton ne semble pas en avoir assez avec les Kompany.
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7 PM : un peu plus de deux heures après l'un des finals les plus incroyables de l'histoire du championnat anglais, Liam Gallagher (chanteur d'Oasis) sort de l'ascenseur, croise Pierre Kompany (père de Vincent) et mime le geste de prosternation. Après le viva Belgium balancé en conférence de presse, l'élément le plus turbulent de la célèbre fratrie du rock briton ne semble pas en avoir assez avec les Kompany. On est dans les catacombes de l'Etihad Stadium, et le père du premier joueur belge à remporter le titre en Angleterre poursuit sa route, serre quelques mains et se voit adresser plusieurs thank you. Au bout de la route, son fils, Vincent, qui lui tombe dans les bras avant de prendre la pose en famille sur la pelouse au milieu d'un stade désert, la Coupe dans les mains. Malgré la grandeur de l'exploit, Vincent vit l'instant avec ses proches : sa femme, Carla, sa fille, Sienna, son frère, François, sa s£ur, Christel, son meilleur ami, Rodyse (voir plus loin) et son père. Seul un you're fantastic - beuglé des gradins par un supporter manifestement toujours pas remis du scénario final invraisemblable - met un terme au calme ambiant. Vinnie (son surnom chez les Citizens) vient pourtant de vivre les dernières heures les plus marquantes de sa carrière. Deux jours plus tôt, il apprenait via twitter qu'il était élu joueur de l'année en Angleterre, un titre que n'avait jamais gagné un Citizen et qui, les cinq dernières saisons, avait toujours été décerné à un joueur d'United. " A un moment, je me suis dit, tu es joueur de l'année mais t'es même pas champion. Même si j'y ai toujours cru dans ce match ", assure le capitaine de City. " J'avais rêvé d'être champion avec Anderlecht quand j'étais jeune, aujourd'hui le rêve se poursuit. C'est le plus beau jour de ma vie... Pour être politiquement correct, avec la naissance de ma fille et mon mariage ( il rit). " S'il ne fallait retenir qu'une image de cette saison, c'est la dernière, celle de Kompany brandissant la coupe du champion (" Je me suis claqué une vertèbre tellement elle est lourde ") devant 48.000 spectateurs en délire dont beaucoup essuyaient leurs larmes. Un trophée qui vient conclure une campagne 2011-2012 grandiose d'un point de vue collectif - Captain fantastic fut le taulier d'une défense qui a rendu 17 clean sheets et qui termine avec le moins de buts encaissés de la Ligue (29 en 38 matches). D'un point de vue individuel, c'est pas mal non plus : un titre de joueur de l'année, membre pour la deuxième fois d'affilée du onze de la Premier League, Community Player of the year (pour son rôle social dans le club, notamment via les associations caritatives), le but de la victoire dans LE derby qui a permis aux Citizens de sauter le voisin à deux matches de la fin et des stats qui mettent tout le monde d'accord : deuxième meilleur tackleur du championnat derrière ThomasVermaelen avec un pourcentage de réussite de 89 % et deuxième meilleur intercepteur derrière Koscielny avec 83 % de réussite. " Vinnie mérite énormément de crédit pour ce qu'il a accompli comme performances cette saison. C'est un excellent capitaine ", louange son coach, Roberto Mancini. A seulement 26 ans, il est devenu un exemple pour ses équipiers. Joleon Lescott, son partenaire en défense centrale, qui avait connu il y a deux ans les pires difficultés à son arrivée à City en provenance d'Everton, confirme : " Vinnie évolue à un haut niveau depuis plusieurs années. Tu sais que si tu joues à ses côtés et que tu fournis la même dose d'efforts que lui, tu ne risques pas beaucoup de te louper... " Le jour du match face à QPR, The Independant n'hésite pas à écrire que Kompany est la version moderne de Colin Bell (considéré comme le plus grand joueur de l'histoire du club). Ian Cheeseman, qui suit quasi quotidiennement Man City pour le compte de la BBC, fait lui une autre comparaison. " C'est un défenseur tellement stylé qu'on a du plaisir à le voir évoluer balle au pied. Son jeu de passe est d'un très haut niveau, il est capable de sortir aisément un ballon même sous pression. Il me fait penser à Alan Hansen ( NDLA : superbe défenseur du grand Liverpool de la fin des années 70 aux années 80 et présentateur de Match of the Day avec Gary Lineker). Et puis, c'est un super mec, c'est réellement un bonheur de travailler avec lui : il est poli, disponible et ses réflexions sont pertinentes ; ce qui n'est pas toujours le cas avec les footballeurs ( il rit). Il a aussi rapidement gagné le respect de tous les joueurs du noyau, on sent que ce qu'il dit est écouté. Après qu'il se soit fait exclure injustement lors du match de Cup face à United, il y avait beaucoup de dignité dans ses propos. Top class ! Si son titre de meilleur joueur de la saison est mérité ? Il y a tant de bons joueurs dans ce groupe : Yaya Touré fut fantastique, Kun Agüero également, cette récompense individuelle ne pouvait aller qu'à un joueur de City. Mais Kompany la mérite parce qu'il est le boss de cette équipe. Il est déjà entré dans la légende du club. " A l'applaudimètre, Kompany n'est pas loin d'être le plus populaire. Seul peut-être, le manager italien pour qui les " Mancini oh oh, Mancini oh oh, he comes from Italy to manage Man City " ont résonné toute la journée, voire Agüero dont la chevauchée de la 94e minute est ancrée pour l'éternité dans la mémoire collective, le devancent. Un micro-trottoir autour du stade avant la rencontre de dimanche nous permet de comprendre le phénomène. " C'est définitivement notre leader ! ", envoie Chris Paul, la trentaine bien engagée au look boucle d'oreille, coupe en dégradé et tatouage classique (" only God can judge me "). " C'est un combattant, peu importe l'importance de la rencontre. Vinnie répond présent dans les gros matches comme dans les petits. On sent aussi qu'il aime véritablement ce club, il y a du sang bleu qui coule dans ses veines. Il est le symbole d'une nouvelle ère qui devrait nous apporter encore beaucoup de satisfactions. " Un peu plus loin et en train d'engloutir un traditionnel fish and chips, on tombe sur Stuart Manning, coupe peroxydée et tatouages tout le long. Il est assis avec son père de 72 ans à quelques dizaines de mètres de l'entrée principale affichant fièrement son maillot 4 KOMPANY : " C'est un super capitaine. Il montre la voie comme joueur mais aussi comme homme. Il est consistant et imposant sur le terrain et toujours heureux de représenter son club en-dehors. Il est un peu old school, animé des mêmes valeurs que les joueurs des années 60-70, pour qui appartenir à un club voulait dire quelque chose. " Vinnie n'a pas la cote qu'auprès des durs. Lauren, sorte de jeune Cindy Lauper des années 2000, affichant fièrement son pins au logo de City posé sur une proéminente et peu couverte poitrine, poétise : " Dans une semaine, je vais avoir un chaton que je appellerai Vinnie. J'adore Vinnie ! Si j'en ai un deuxième, il s'appellera Yaya ". Avant de philosopher : " Mais je suis folle de MarioBalotelli. C'est un malade et j'adore les malades ! " On est bien à Manchester. Mais celui qui en parle le mieux, c'est Rodyse Munienge, le meilleur ami de Vincent. Ils se connaissent depuis leurs dix ans (Rodyse est arrivé en Belgique à l'âge de huit ans en provenance de Kinshasa). Ils ont grandi dans la même tour hissée dans le quartier nord de Bruxelles ; Vincent au 6e, Rodyse au 11e. Depuis, ils ne sont plus quittés. " Je l'ai accompagné quand il est parti à Hambourg, j'étais son colocataire. Aujourd'hui, je suis toujours avec lui, même si on n'habite évidemment plus ensemble puisqu'il est marié et a un enfant. Je l'ai vu évoluer et son succès ne me surprend pas une seconde ", poursuit ce beau bébé d'un mètre 85 pour 110 kilos qui a développé une société de body-guard à Manchester après avoir obtenu sa licence aux Etats-Unis. Il s'occupe notamment de la surveillance des maisons des stars de la Premier League et est également portier dans la boîte la plus select de la ville. " Si aujourd'hui tout lui sourit, Vincent a connu des moments très difficiles après la perte de sa mère quand il évoluait à Hambourg. Malgré cela, il n'a jamais perdu confiance en ses possibilités même quand il a été blessé au tendon d'Achille, une blessure dont d'autres footballeurs ne se sont jamais relevés. Après sa rééducation à Berne, les médecins lui avaient dit de se reposer avant de reprendre le chemin de l'entraînement. Le lendemain, il avait appelé le kiné d'Hambourg pour sa rééducation. Pendant longtemps, je l'ai vu boiter pour se rendre à l'entraînement mais sur le terrain il ne laissait rien entrevoir. Les médecins lui auraient dit que le foot c'était fini pour lui, il ne les aurait pas écoutés. Il en veut toujours plus. C'est un compétiteur-né. Et parfois à mes dépens. Je me rappelle d'une partie de foot sur Playstation que j'avais gagné....au départ. Il m'avait enfermé chez lui, il ne voulait pas que je parte sans avoir eu sa revanche. J'ai dû le laisser gagner et j'ai pu rentrer chez moi ( il rit). Il ne va pas se satisfaire de ce titre de champion. Il veut les enchaîner et gagner la Ligue des Champions. Au lendemain, de la victoire en Cup, il m'avait dit qu'il voulait le titre. Il est comme ça, c'est sa grande force. Mais il ne se met jamais la pression. Je crois d'ailleurs qu'il ne sait pas ce que c'est d'être stressé. Plus on lui parle d'un match important, plus il arrive à prendre des distances avec l'évènement. " Son rôle de leader ne date pas d'hier : " Il aime se faire entendre dans un groupe, et prendre des décisions. C'était le cas à Anderlecht ou à Hambourg. Partout où il passe, il est respecté. Quand je parle de lui à ses équipiers, ils me disent tous que Vincent dégage quelque chose... " Physiquement le bonhomme est aussi devenu impressionnant. Rodyse a vu l'évolution au fil des ans : " Il est devenu très minutieux avec son corps. Tous les jours après l'entraînement, il se rend à la salle de musculation du club. Il sait qu'il faut être au top physiquement pour lutter dans un championnat aussi exigeant. Quand on part en vacances, les deux dernières semaines il va courir et il fait appel à un préparateur physique qu'il a connu à Hambourg. C'est un grand pro qui passe sa vie entre sa famille et son métier. On ne va pas le retrouver en première page d'un tabloïd à cause d'une virée arrosée. Il la joue profil bas. C'est quelqu'un de plutôt casanier. Une fois par mois, on retourne en Belgique. Il ne veut pas perdre le contact avec ses racines. Vincent est fier d'être Belge. Avec sa fille, il parle en français et une fois par semaine en flamand.. Pour nous, c'est primordial de revoir la famille et Bruxelles, car Manchester c'est pas rose tous les jours. "C'est même plutôt bleu depuis dimanche... PAR THOMAS BRICMONT, À MANCHESTER" Il ne va pas se satisfaire de ce titre. Il veut la Champions League !" " C'est un combattant, peu importe l'importance de la rencontre. " " Partout où il passe, il est respecté. "