Lorsque le soleil brille et que le sommet des montagnes à l'horizon est encore enneigé, Appiano Gentile est le plus beau centre d'entraînement au monde. En 1990, c'était une belle découverte de l'Italie pour un journaliste qui constatait que le complexe était plus proche de Côme que de Milan. Lorsque nous avions demandé à l'hôtel d'appeler un taxi, on nous avait répondu qu'il valait mieux prendre le train jusqu'à la petite gare de Mozzate puis seulement prendre un taxi là-bas.
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Lorsque le soleil brille et que le sommet des montagnes à l'horizon est encore enneigé, Appiano Gentile est le plus beau centre d'entraînement au monde. En 1990, c'était une belle découverte de l'Italie pour un journaliste qui constatait que le complexe était plus proche de Côme que de Milan. Lorsque nous avions demandé à l'hôtel d'appeler un taxi, on nous avait répondu qu'il valait mieux prendre le train jusqu'à la petite gare de Mozzate puis seulement prendre un taxi là-bas. A l'époque, tout était simple : il suffisait d'envoyer un fax au secrétariat de l'Internazionale et de demander s'il était possible d'interviewer Walter Zenga, qui était aussi le gardien de l'équipe nationale. A l'heure convenue, après l'entraînement, Zenga arrivait en salle de presse, très gentil, et nous consacrait une heure seul à seul. Avant ça, en vue de la Coupe du monde, nous avions encore pu faire une photo avec tous les internationaux de l'Inter : cinq italiens et le trio allemand Andreas Brehme-Lothar Matthäus-Jürgen Klinsmann. Un an plus tôt, en 1988-89, sept de ces huit joueurs (Klinsmann n'était pas encore là) avaient remporté, sous la direction de Giovanni Trapattoni, le treizième titre national de l'Inter. À l'époque, personne ne se doutait qu'il faudrait attendre jusqu'en 2006 avant d'en fêter un autre. En 1990, l'Inter était, avec ses cinq Italiens, le fournisseur principal de la Squadra Azzura. Cela n'allait plus jamais arriver dans un grand tournoi. L'Internazionale n'allait jamais porter aussi bien son nom qu'au cours des décennies suivantes. La birreria L'Orologio, où 43 dissidents de l'AC Milan se rassemblèrent le 9 mars 1908 près de la célèbre Scala, n'existe plus. Ce soir-là, tard dans la nuit, ces 43 personnes mécontentes parce que Milan avait décidé de ne plus engager de joueurs étrangers fondèrent un nouveau club. "Il s'appellera l'Internazionale car nous sommes tous citoyens du monde", dit le futur peintre Giorgio Muggiani, qui choisit aussi les couleurs du club. Ce nom, l'Internazionale aura tout de même surtout attendu les dernières décennies et la réouverture des frontières aux étrangers pour le faire pleinement valoir. Des frontières fermées de 1966 à 1980 suite à quelques mauvais résultats de la Squadra lors des grands tournois. En 1980, la fédération italienne autorise à nouveau les clubs à engager un seul étranger. A partir de 1983-84, ils purent en engager deux. Puis trois à partir de 1988-89. En 1995, l'arrêt Bosman met un terme à ces barrières pour les joueurs issus des pays de l'Union européenne. Tandis que la Juventus et l'AC Milan restent fidèles à une tradition nationale, l'Inter profite pleinement de la nouvelle législation. Ce qui compte, c'est la victoire. C'est ainsi qu'en 2010, sous la direction de José Mourinho, l'Inter remporte la Champions face au Bayern sans un seul Italien mais avec quatre Argentins et trois Brésiliens dans le onze de base. Des trois Italiens sur le banc, seul Marco Materazzi joue quelques minutes. Le sélectionneur italien se rend dès lors de moins en moins souvent à San Siro. Le 27 septembre 2015, à l'occasion du match Inter-Fiorentina (1-4), opposant les deux leaders, Antonio Conte n'a que deux Italiens à observer : Davide Santon (Inter) et Davide Astori (Fiorentina). Un mois plus tard, face à Palerme, l'Inter entame la rencontre sans un seul Italien. Et le 26 avril 2016, la rencontre Inter-Udinese entre dans l'histoire comme étant le premier match de Serie A disputé sans le moindre joueur italien sur la pelouse au coup d'envoi. L'Internazionale n'avait jamais aussi bien porté son nom. Avec autant d'étrangers sur le terrain, il était inévitable que l'Inter atterrisse un jour dans des mains étrangères. C'est le cas en novembre 2013 lorsque Massimo Moratti vend 70 % des actions à l'homme d'affaires indonésien Erick Thohir. Un an après le rachat de l'AS Roma par un groupe américain, l'Inter devenait ainsi le deuxième grand club italien à être dirigé depuis l'étranger. Moratti avait acheté l'Inter en 1995 à Ernesto Pellegrini qui, après avoir fêté le titre en 1989, n'avait pas pu suivre le train de vie imposé par l'AC Milan de Silvio Berlusconi et la Juventus de la famille Agnelli. Massimo Moratti, lui, pouvait se permettre d'injecter du capital. Il le devait à son père, Angelo Moratti qui avait acheté l'Inter en 1955 et avait fait fortune en fondant une raffinerie de pétrole. Le petit Massimo était la mascotte de la grande équipe entraînée par Helenio Herrera, venu de Barcelone. Dans les années 60, le Grande Inter remporte deux Coupes d'Europe des clubs champions et trois titres de champion d'Italie en développant un football révolutionnaire. Le catenaccio s'appuie sur une défense de fer et des contre-attaques rapides orchestrées par une équipe talentueuse mais surtout très homogène avec un axe central composé de Facchetti, Mazzola, Picchi, Jair et Suarez.Mais en 1968, le père Moratti a subitement décidé de vendre l'Inter à Pellegrini. Pour revivre son rêve d'enfant, le fils était prêt à faire quelques folies. En 1997, il achète Ronaldo à Barcelone pour 28 millions d'euros. Deux ans plus tard, il dépense 46,5 millions pour Christian Vieri, le transfert le plus cher de l'histoire du club. Pendant longtemps, cet argent dépensé ne rapporte rien. En matière de rapport qualité/prix, la gestion de Moratti était désastreuse. C'est finalement grâce au scandale qui a secoué le football italien qu'en 2006, l'Inter renoue avec le titre. La Juventus avait été reléguée en D2 tandis que Milan, la Fiorentina et la Lazio s'étaient vus retirer des points. L'Inter devenait le seul grand club d'Italie et son hégémonie s'est prolongée jusqu'en 2010, année où il réussit le Triplete (championnat, coupe, Champions League). Rien que cette année-là, Moratti a injecté 90 millions d'euros dans le club. Lorsqu'il a remarqué qu'au lieu d'enfin récolter ce qu'il avait semé, il devait continuer à boucher les trous du budget, il a commencé à chercher des repreneurs. Surtout que l'UEFA et son Fair Play Financier s'intéressaient d'un peu trop près à la gestion de l'Inter. Au total, le club aura remporté 16 trophées sous l'ère Moratti mais à quel prix ? En 21 ans, le propriétaire a injecté 1,2 milliard d'euros, dont 735 millions de sa cassette personnelle. Il y a des hobbies moins chers. Thohir voulait faire de l'Inter un club autonome mais il n'y est pas arrivé non plus. En cause, les restrictions imposées par le Fair Play Financier l'empêchant d'investir, une gestion à distance, un stade dont l'exploitation ne rapporte pas grand-chose car il n'appartient pas au club (depuis 1958, l'Inter partage San Siro avec l'AC Milan) et l'absence des poules de la Ligue des Champions depuis 2012. Le 28 juin dernier, Thohir et Moratti ont donc décidé de vendre le club. L'entreprise chinoise Suning, fondée en 1996, a dépensé 120 millions pour acquérir 68,55 % des actions. Le 20 décembre dernier, le Centro Sportivo Angelo Moratti à Appiano Gentile a été rebaptisé Centro Sportivo Suning in memoria di Angelo Moratti. Suning y a également investi 15 millions d'euros pour le moderniser. Les nouveaux actionnaires, qui ont conservé Thohir à la présidence, veulent reconstruire une grande équipe, ce qui contraste avec le début de saison désastreux. Cet été, Roberto Mancini s'est retiré tandis que le nouvel entraîneur Frank de Boer, qui voulait instaurer un système de jeu totalement différent, a dû faire place nette après 84 jours seulement en raison des mauvais résultats. Après un interim assuré par Stefano Vecchi, l'Inter en est donc déjà avec Silvio Pioli à son quatrième entraîneur de la saison. Zhang Jindong, l'homme fort de Suning, veut davantage d'Italiens dans l'équipe. Au Nouvel An, il n'y en avait que sept dans un noyau de vingt-huit joueurs, soit autant que d'Argentins, la nationalité étrangère qui a toujours été la mieux représentée à l'Internazionale. L'Inter a effectué un premier pas dans la direction qu'il veut prendre avec l'arrivée de l'international Roberto Gagliardini, loué pour deux millions d'euros par l'Atalanta Bergame, la révélation de la saison. Pour l'acquérir à titre définitif, en juin, l'Inter devra débourser 28 millions, location et bonus compris. L'Inter n'a plus dépensé autant d'argent pour un Italien depuis le transfert de Vieri. La semaine dernière, contre Chievo, l'Inter a aligné trois Italiens au coup d'envoi : Gagliardini, le défenseur Danilo D'Ambrosio et le médian Antonio Candreva.La star du club reste toutefois l'Argentin Mauro Icardi (23 ans). En début de saison, on a cru qu'il allait perdre le brassard de capitaine parce que, dans sa biographie, il s'en était pris à une partie des Ultras. Mais il s'est excusé et il est pour beaucoup dans le retour effectué par l'Inter sous la direction de Pioli. Avec 69 buts en trois ans, Icardi est bien parti pour se hisser dans le top 15 des meilleurs buteurs du club de tous les temps. En trois mois, l'Inter est passé de la quatorzième à la sixième place, ce qui lui permet d'encore rêver de la Ligue des Champions. Si le nouveau business plan est approuvé par le Fair Play Financier de l'UEFA, les nouveaux investisseurs chinois veulent encore transférer trois ou quatre grands joueurs. Les fans rêvent déjà d'une nouvelle Grande Inter, même s'il est estampillé Made in China. PAR GEERT FOUTRÉ - PHOTOS BELGAIMAGEEn 21 ans, Moratti a injecté 1,2 milliard dans le club. Plus de la moitié de cette somme provenait de sa fortune personnelle.