C'est l'automne tout court, le moment des premières feuilles rousses. Et c'est l'automne en foot, le moment des premiers roussis: il y a partout des clubs où ça commence à sentir l'incendie, même si les plus calmes maintiennent que y'a pas le feu. Mais si l'objectif était de jouer les premiers rôles et que tu patauges dans le ventre mou, plutôt côté entrailles que côté cerveau, y'a bien du roussi là où tu patauges! Et si l'objectif était de "se maintenir sans grosses frayeurs" (sic fréquent) mais que tu te coltines une grosse lanterne gros rouge, ou même seulement que tu flirtes avec, y'a le feu au lac. Et c'est ton lac.
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C'est l'automne tout court, le moment des premières feuilles rousses. Et c'est l'automne en foot, le moment des premiers roussis: il y a partout des clubs où ça commence à sentir l'incendie, même si les plus calmes maintiennent que y'a pas le feu. Mais si l'objectif était de jouer les premiers rôles et que tu patauges dans le ventre mou, plutôt côté entrailles que côté cerveau, y'a bien du roussi là où tu patauges! Et si l'objectif était de "se maintenir sans grosses frayeurs" (sic fréquent) mais que tu te coltines une grosse lanterne gros rouge, ou même seulement que tu flirtes avec, y'a le feu au lac. Et c'est ton lac. Pour maintenir alors la tête hors de l'eau qui fume, en tête du top des tics, trône invariablement la citation des blessés: soit on récite la litanie qu'ils sont nombreux ("L'infirmerie ne désemplit pas"), soit on souligne leur importance capitale dans le schéma de jeu s'ils le sont moins. Et je ricane. Car en début de saison, dans 90% des clubs et à tous les niveaux, l'option n'est pas d'avoir 13 ou 14 gars de même valeur "avec derrière eux des Juniors au cas où": l'option est de posséder 18 ou 20 titulaires potentiels. Au point qu'à l'examen du noyau, on se dit que la concurrence sera féroce: en se demandant si cette férocité est vraiment nécessaire pour que les onze heureux élus aient, au jour du match, le sens du combat. A cette objection, la réponse-bateau, bien ancrée, est toujours la même. Il va y avoir beaucoup de matches, il y aura des suspendus, des blessés: et le gros noyau est indispensable "si l'on veut jouer un rôle en vue" (sic classique). Admettons. Mais la moindre des décences serait dès lors, quand surviennent blessés et suspendus, d'accueillir sereinement cette situation prévisible: et DE SE RÉJOUIR d'avoir de quoi pallier les défections, d'avoir été fourmi plutôt que cigale! Eh bien non: lorqu'un club de foot possède à la fois un gros noyau, des défections et un mauvais classement, le discours est toujours indécent parce que pleurnichard: on déplore les absents, on les revêt tout à coup de qualités phénoménales, on les décrète indispensables, on les déifie presque, ils sont devenus meilleurs que quand ils jouaient! Résultat par la bande: ceux qui jouent, pourtant catalogués au départ "titulaires potentiels", se sentent à la fois roues de secours et nullités. Le ridicule ne tue pas puisque le foot est bien vivant.Il arrive aussi qu'un club soit mal barré sans pouvoir déplorer de blessés! Le tic peut alors être de rejeter la faute sur les joueurs, c'est petit. C'est un truc que n'a par exemple jamais fait Vandereycken, malgré son image négative. Et c'est un truc qu'a par exemple fait Daniel Leclercq, malgré son image positive. Et pour finir par se tailler: je ne peux pas dire que ça m'étonne, je renvoie à ce sujet les collectionneurs de Sport-Foot Mag à ma chronique du 14 février 2001, jour de la St-Valentin et époque où le grand blond s'est pris d'amour pour les Loups. Jusqu'en mai, date du sauvetage et du recto de la médaille, Leclercq s'est laissé aduler: Druide, King, Mage, il avait su insuffler l'esprit de groupe, la combativité, le professionnalisme. Dès fin août pourtant, il n'a pas supporté le verso et il s'en plaignait: il ne rencontrait plus ni esprit de groupe, ni combativité, ni professionnalisme. Et c'était la faute des joueurs!Trop facile. Je peux seulement comprendre que Leclercq en ait eu marre de stresser pour des prunes et ait laissé tomber: comme des tas d'entraîneurs de Provinciale, qui n'entraînent pas pour le fric, qui craquent, et qui fuient le navire en premier plutôt que de rester dans les mémoires comme "celui qui a fait descendre le club". Mais pas d'accord avec les supporters louviérois qui, en scandant le nom de Leclercq, désavouent Gaone. C'est pas parce que Gaone est moins grand, plus gros et moins beau parleur qu'il est le nul de l'histoire! J'espère qu' Ariel sera le nouveau druide, le cirque du foot est sans fin. Bernard Jeunejean