J ohan Boskamp inaugurant la galerie des limogés 2006/07, ce n'est a priori que de l'archi-banal : parce que de manière générale, résultats foireux et défenestration sont les deux mamelles de la grande faucheuse qui fauche les coaches de foot (1). Et parce que, plus spécifiquement, ladite faucheuse a trouvé depuis dix ans à Sclessin un terrain de prédilection ; ça fauche facile à Liège, ce qui rend d'ailleurs impressionnante a posteriori la résistance de Dominique D'Onofrio : le seul - avec Michel Preu- d'homme - à avoir bouclé une saison de A à Z... et qui en a même bouclé trois !
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J ohan Boskamp inaugurant la galerie des limogés 2006/07, ce n'est a priori que de l'archi-banal : parce que de manière générale, résultats foireux et défenestration sont les deux mamelles de la grande faucheuse qui fauche les coaches de foot (1). Et parce que, plus spécifiquement, ladite faucheuse a trouvé depuis dix ans à Sclessin un terrain de prédilection ; ça fauche facile à Liège, ce qui rend d'ailleurs impressionnante a posteriori la résistance de Dominique D'Onofrio : le seul - avec Michel Preu- d'homme - à avoir bouclé une saison de A à Z... et qui en a même bouclé trois ! Ce qui est par contre moins banal, plus excitant, novateur, pionnier, c'est d'avoir fait d'une pierre cinq coups en bazardant tout le staff technique ! Du jamais vu ! Il se passe sans cesse quelque chose chez les Rouches, c'est pour leur bordel qu'on les aime ! Qu'est-ce qu'on s'emmerdera le jour où ils rafleront tous les trophées dans un climat enfin rasséréné ! Beaux et grands, les mots de Pierre François en ce 30 août 2006 demeureront ad vitam dans l'histoire du club : " Un staff se construit, vit, gagne et se casse la gueule ensemble ". Plus qu'un sauve-qui-peut, ce limogeage quintuple s'avère donc d'abord une grande leçon de déontologie, un retour aux sources vers cette solidarité qui donne au foot valeurs et noblesse : on gagne ensemble, on perd ensemble, je le redisais pas plus tard que la semaine dernière. Pour Boskamp, c'est sûr que ça change tout d'être ainsi accompagné en pareille circonstance douloureuse : ajoutez à ça la bouteille qu'a le Bos dans le métier ainsi que ses indemnités de licenciement, et la douleur devient largement supportable, non ? Les chicaneurs objecteront que perdre ensemble, ce n'est pas perdre qu'à cinq. Que le gars dénommé directeur technique a forcément quelque chose à voir avec le staff technique, et que celui flanqué du titre de directeur général dirige le directeur technique : que le conseil d'administration du club aurait donc pu leur faire se casser la gueule ensemble à sept, plutôt qu'ensemble à cinq ! Ou même que, dans l'absolu, la morale demandait qu'on vire tout le noyau et qu'on rachète vingt mecs dare-dare le 31 août avant la clôture ! C'est vrai mais, vu que Rome ne s'est pas faite en un jour, Sclessin ne se fera pas plus rapidement. Virer vraiment tout le monde, ce sera pour une prochaine fois, on se réjouit déjà d'y être. Le Standard est un club unique. Un qui peut en tout cas remercier son ex-direction, c'est Michel Renquin, elle lui a évité un cas de conscience fichtrement douloureux. Quand Renquin fut choisi comme adjoint, j'ai cru mordicus que le Standard venait là de désigner d'un seul coup ses deux prochains entraîneurs : que Boskamp se ferait forcément virer un jour plus ou moins lointain (!) et que Renquin sauterait alors forcément dans le large training encore chaud du T1 précédent. Puis, j'ai lu que Boskamp avait dit que l'Ardennais, belle âme, lui avait promis d'emblée de partir avec lui s'il se faisait virer : vous imaginez le dilemme dostoievskien de Michel pas Preud'homme, si la direction des Rouches lui avait proposé la succession de Boskamp ? Mais ce sera donc Preud'homme le retour. Et pourquoi pas ? On peut certes avoir été irrité par Preud'homme langue de bois dans son rôle de D.T., voire par Preud'homme flirtant avec la plus haute responsabilité fédérale pour ensuite s'en désintéresser totalement. Mais Preud'homme qui, de limogeur aujourd'hui, prend le risque de devenir limogé demain, qui choisit de se (re)mouiller en première ligne plutôt que de laisser le coach de terrain prendre en pleine poire les crachats et le reste, c'est assez courageux, d'autant qu'il n'est plus le novice de janvier 2001. Je préfère voir ça comme le challenge d'un gars disant ainsi sans le dire que les costumes de dirlo ne sont pas faits pour lui, que le terrain lui manque, que les joueurs dont il avait cautionné la venue ne sont pas si nuls que ça et qu'il va le prouver. Avec Manu Ferrera qui est un bon choix, et espérons avec Guy Namurois qui l'était et le serait à nouveau (2). Au Standard, tout peut toujours recommencer... (1) à répéter 10 fois rapidement, c'est bon pour la diction. Et c'est plus marrant pour un footeux qu'un chasseur sachant chasser sans son chien etc... (2) Namurois qui, le 5 juillet dernier dans Sport/Foot Mag, jetait la première petite pierre dans le jardin de Boskamp en expliquant son départ : " Mon travail n'intéresse pas Boskamp... Les approches individuelles sont loin de ses préoccupations. Or, on ne peut pas entraîner tout le monde de la même façon... Je ne voulais pas limiter mon action à l'échauffement avant les matches et à m'ennuyer ". PAR BERNARD JEUNEJEAN