Cela peut paraître paradoxal lorsqu'un joueur français rejoint la lanterne rouge du championnat de Belgique, mais le contrat de six mois que Charleroi a offert à l'ancien gardien de Nancy était sans doute le plus beau cadeau de Noël qu'ait reçu BertrandLaquait. C'est que celui-ci se trouvait à ce moment-là sans club et commençait à se poser de sérieuses questions sur son avenir.
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Cela peut paraître paradoxal lorsqu'un joueur français rejoint la lanterne rouge du championnat de Belgique, mais le contrat de six mois que Charleroi a offert à l'ancien gardien de Nancy était sans doute le plus beau cadeau de Noël qu'ait reçu BertrandLaquait. C'est que celui-ci se trouvait à ce moment-là sans club et commençait à se poser de sérieuses questions sur son avenir. "Mes malheurs ont commencé en mars", se souvient-il. "Lors d'un match de D2 à Gueugnon, je me suis déchiré les ligaments croisés antérieurs en retombant mal après un saut. Cela signifiait six mois d'arrêt au minimum, alors que j'arrivais en fin de contrat au 30 juin. Les perspectives n'étaient donc pas réjouissantes. L'attitude du club de Nancy m'est restée en travers de la gorge. En principe, lorsqu'un joueur se blesse en match, on prolonge son contrat d'un an. Cela n'a pas été fait. J'étais donc sûr de me retrouver au chômage, sans possibilité de m'entraîner et sans structure pour me rééduquer. Après 11 ans passés dans le club, on ne m'a fait aucun cadeau. J'ai dû me débrouiller tout seul".Heureusement, en France, il existe un syndicat pour les footballeurs professionnels au chômage. Ce qui leur permet à la fois de toucher une petite indemnité (dégressive au bout de trois ans) et de recevoir l'occasion de se mettre en vitrine. "A intervalles réguliers, des stages d'une semaine ou de quinze jours sont organisés pour les joueurs sans club. Tout le monde se retrouve à Paris et l'on dispute des matches contre des équipes de diverses catégories. Cela permet aux clubs qui recherchent des joueurs au chômage, donc gratuits, de pouvoir les visionner. En France, après le 31 août, chaque club a le droit de transférer un joker. Les joueurs sans contrat n'entrent pas dans cette catégorie. Les clubs qui ont déjà fait usage de leur joker ont l'occasion d'acquérir un deuxième renfort en engageant un chômeur. J'ai participé à l'un de ces stages. Y figuraient également, des joueurs comme EricDecroix qui s'est retrouvé à Beveren, et CyrilPouget, que l'on a connu à Marseille". Plonger entre deux arbresMais les stages organisés par le syndicat n'ont qu'un temps, et en dehors de ceux-ci, il faut bien s'entraîner aussi. "J'ai acheté cinq ballons dans un supermarché et je me suis débrouillé comme cela, dans un parc, entre deux arbres. C'était le seul moyen pour moi de retoucher le ballon. Je m'entraînais avec un ami, ChristopheMiranda, qui fut gardien avec moi dans les équipes de jeunes de Nancy et qui est actuellement en train de passer ses diplômes pour devenir entraîneur de gardiens. Par la suite, j'ai obtenu l'accord de Nancy pour pouvoir m'entraîner avec le noyau B. Mais cela n'a duré qu'une semaine". Jusqu'à ce que Charleroi vienne à la rescousse. "Je n'attendais qu'une chose: que quelqu'un me tende la main. Ce jour-là fut fantastique. Une lumière s'est allumée. C'était la lanterne rouge du championnat de Belgique, mais cela n'avait aucune importance. J'avais de nouveau un club et cela suffisait amplement à mon bonheur. Je n'ai même pas réfléchi. On m'a appelé un jeudi soir. Le vendredi midi, j'étais au Mambourg. Je connaissais Charleroi pour l'avoir affronté à deux reprises en match amical, avec Nancy. Je me souvenais aussi de matches disputés ici pendant l'EURO 2000, mais de toute façon, j'aurais sauté sur la première opportunité venue".Les moments difficiles qu'a vécus Bertrand Laquait lui ont fait comprendre qu'en football, on peut parfois chuter très vite. "Avant ma blessure, j'étais en discussion avec Paris Saint-Germain et Sochaux. Strasbourg, dans une moindre mesure, me suivait également. Je pense que j'aurais trouvé un club de D1 française sans aucun problème. Ma blessure a tout fait capoter. Le moment le plus dur, ce fut à la fin juin, lorsque je voyais tout le monde reprendre le chemin de l'entraînement, sans moi. A ce moment-là, je pouvais à peine marcher. Au lieu de partir à l'entraînement, je partais en rééducation. J'avais pris le soin de choisir l'un des meilleurs chirurgiens de France, mais personne n'osait prendre le risque de miser sur moi. Même si, aujourd'hui, les opérations aux ligaments croisés se passent généralement bien, on ne peut jamais préjuger des séquelles qu'elles peuvent engendrer par la suite. Fin octobre, lorsque j'étais enfin disponible sur le marché, toutes les places étaient prises. J'avoue que je me suis posé des questions. Je commençais à me demander ce que je pourrais faire comme boulot si personne ne se manifestait. Je n'ai toutefois jamais perdu l'espoir. J'ai toujours pensé qu'un jour, on viendrait me rechercher. Si besoin en était, je me serais remis sur le marché en juin prochain. Charleroi m'a tendu la main, génial. Je me revois encore, en train de plonger entre les deux arbres, dans mon parc. Alors, se retrouver dans un vrai stade, sous les yeux d'un vrai public, cela n'a pas de prix".Pas de différence avec la FranceSon premier match, il le joua au Standard, en Coupe de Belgique. Puis, il contribua à la première victoire de la saison, en réalisant un arrêt décisif contre Westerlo. Une victoire qui fut fêtée comme il se doit. "Les joueurs, les dirigeants et les supporters l'avaient attendue tellement longtemps! Le soulagement fut donc grand. Je suis conscient d'avoir sauvé une balle d'égalisation, mais je suis là pour cela. Je me connais, je sais quelles sont mes qualités et mes défauts. Je laisse donc aux autres le soin de les découvrir".Les premières impressions de Charleroi? "Lorsque j'ai débarqué, j'ai forcément constaté que l'équipe était en proie au doute. C'est normal lorsqu'on doit attendre la 17e journée pour conquérir sa première victoire. Aujourd'hui, j'espère que le plus dur est fait. J'ai l'impression que le déclic s'est produit au Standard. On sortait d'une défaite 3-0 à Beveren -un match auquel j'ai assisté du banc- et il était clair qu'on ne pouvait pas descendre plus bas. On avait touché le fond. A Sclessin, on n'avait rien à perdre. On pouvait se permettre de rater une passe en se disant que ce n'était pas catastrophique. Cela a libéré tout le monde. Et, dans ces conditions, on s'est rendu compte qu'on était capable de résister au Standard. Contre Westerlo, on a abordé le match avec un véritable esprit de compétiteur. Et la chance nous a souri. Le ballon que j'ai dévié sur le poteau aurait pu rebondir dans le but. Il est ressorti".L'avenir? "Je ne fais pas trop de projections. Seul le prochain match occupe mon esprit. Si l'on bat Malines, à la reprise, on est déjà sûr de ne plus être dernier. Après, il faudra enchaîner les matches de façon positive, en gardant la mentalité qui nous a animés contre Westerlo, et on fera les comptes à la fin. Il faut se dire que chaque point sera important. Je parle par expérience, puisque j'ai déjà lutté contre la relégation avec Nancy. En ce qui concerne mon avenir personnel, j'ai un contrat de six mois. Je ne me pose pas la question de savoir ce qu'il adviendra lorsqu'il sera arrivé à échéance. Je goûte au bonheur présent. Charleroi me servira-t-il de tremplin? Je l'ignore. J'ai toujours l'ambition de retourner dans le championnat de France, mais si mon avenir se situe en Belgique, pourquoi pas? Beaucoup de gens ont tendance à sous-estimer votre championnat. Personnellement, jusqu'à présent, je n'ai vu aucune différence avec le championnat de France. Des ambiances comme celles que j'en ai découvert au Standard et à Charleroi, il n'y en a pas beaucoup dans l'Hexagone. Et, sportivement, les différences s'amenuisent également. La preuve: Anderlecht a sorti Bordeaux de la Coupe de l'UEFA. Avec tous les clubs français éliminés de la Ligue des Champions, et seul Auxerre encore présent en Coupe de l'UEFA, la France n'a pas fait mieux que la Belgique. Je découvre ici de beaux stades, des ambiances endiablées, de bonnes équipes. Que demander de plus? Rien". Daniel Devos"Je n'ai pas réfléchi: on m'a appelé un jeudi soir et le vendredi midi, j'étais au Mambourg"