Il est 12 h 00 ce mardi 12 août. Vincent Kompany sort d'une voiture, aidé uniquement d'un traducteur, et se dirige vers le comptoir d'embarquement de l'aéroport de Shanghai. Aucun membre de la délégation belge ne l'accompagne. Quelques heures plus tard, suite à l'épisode du passeport oublié et comme son avion a été remis au lendemain, à la question de savoir si Kompany est bien rentré à l'hôtel, un membre de l'Union Belge répond : " Je ne sais pas. Il ne doit de toute façon pas s'entraîner ce soir. Il peut traîner en ville. Il reviendra bien à l'hôtel un jour de toute façon ! " Deux exemples parfaits de la façon dont la Fédération s'est occupée du dossier Kompany. Avec peu de professionnalisme et beaucoup de maladresse.
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Il est 12 h 00 ce mardi 12 août. Vincent Kompany sort d'une voiture, aidé uniquement d'un traducteur, et se dirige vers le comptoir d'embarquement de l'aéroport de Shanghai. Aucun membre de la délégation belge ne l'accompagne. Quelques heures plus tard, suite à l'épisode du passeport oublié et comme son avion a été remis au lendemain, à la question de savoir si Kompany est bien rentré à l'hôtel, un membre de l'Union Belge répond : " Je ne sais pas. Il ne doit de toute façon pas s'entraîner ce soir. Il peut traîner en ville. Il reviendra bien à l'hôtel un jour de toute façon ! " Deux exemples parfaits de la façon dont la Fédération s'est occupée du dossier Kompany. Avec peu de professionnalisme et beaucoup de maladresse. Entre Kompany et l'Union Belge, la rupture est consommée depuis cette nuit où le défenseur d'Hambourg a dû prendre la décision la plus importante de sa carrière. Pendant toute la nuit suivant la victoire des Belges contre la Chine, il a réfléchi à la suite à donner à son aventure olympique. Secrètement, il espérait un geste d'Hambourg mais son employeur est resté inflexible. " Lui n'a pas dormi et moi non plus ", explique Yves Ma-Kalambay, qui partageait sa chambre. " Le téléphone n'a pas arrêté de sonner. Il m'a demandé mon avis et je le sentais nerveux et tiraillé. La nuit fut longue mais c'est à cela que servent les amis, non ?". Le lendemain, il se présentait, fatigué, les traits tirés, avec le reste du groupe à l'aéroport de Shenyang pour rejoindre Shanghai, lieu du troisième match de l'équipe olympique. Le soir, il prit même la peine d'expliquer sa décision. Il parla de la grande aventure olympique, dans laquelle il s'était plongé et qu'il comptait bien mener au bout ; il évoqua la situation dans laquelle il s'était fourgué, sachant très bien qu'il avait pris de gros risques. A ce moment-là, il affirmait avoir reçu le soutien de tout le monde (CIO, COIB et URBSFA). Mais en quelques heures, les événements se précipitèrent. Entre-temps, la contre-attaque de Hambourg avait fusé et l'U.B., devant les menaces juridiques allemandes, avait pris peur, adoptant la tactique du Courage, fuyons. " Je trouve la décision de Kompany très courageuse mais nous avons dû tenir compte des règles ", se défendait François De Keersmaecker, le lendemain dans un hôtel de Shanghai. " On a quand même essayé de parler avec Hambourg mais cela a tout de suite été négatif. Les Allemands ont dit que l'UB serait assignée en dommages et intérêts. Et puis, Kompany risquait une suspension pour le reste du tournoi olympique, voire même une rupture de contrat ". Toute cette saga aura été marquée depuis des mois par les négociations entre l'U.B. et les clubs. " Le début de tout, c'est la mauvaise réglementation. Et la responsabilité de cela repose sur les épaules de la FIFA et du CIO. Nous avons tenté de résoudre le problème. Que ce soit avec le Standard ou Hambourg ", complète De Keersmaecker. En négociant de la sorte, l'UB a ouvert une brèche dans laquelle les clubs n'ont pas manqué de s'engouffrer. En premier lieu le Standard. " Négocier avec Pierre François s'assimile à une épreuve de force ", explique un membre de la délégation belge. " Nous lui avons parlé de deux joueurs et il a tout de suite émis un veto en déclarant - Vous n'aurez personne. Ce fut peut-être notre seule erreur. Nous aurions dû affirmer d'emblée que nous sélectionnerions cinq joueurs ( Goreux, Fellaini, Witsel, Defour, Mulemo) et pas deux. Il aurait pris peur et il aurait été tout content de nous laisser deux éléments pour l'ensemble du tournoi. " Une fois les autres clubs au courant des prétentions du Standard, ils ont également tenté de faire pression. On n'a beau nous jurer que ni Anderlecht, ni Bruges n'a fait pression sur la Maison de Verre, on ne peut que constater que ni GuillaumeGillet, ni Jonathan Legear (tous les deux Anderlechtois) n'ont été repris. Encore moins Luigi Pieroni auquel Jean-François de Sart avait pensé pour étoffer son attaque mais qui ne fut pas retenu car il évoluait, à l'époque de l'énoncé de la sélection définitive, à... Anderlecht. Même les petits clubs s'y sont mis. Alors que la Ligue Pro avait promis de ne pas intervenir dans la sélection olympique, Westerlo est sorti du bois, supportant mal la sélection d' Yves De Winter. Or, le manager de Westerlo, Herman Wijnants est un des pontes de la Fédération. Même Malines y est allé de sa complainte puisque le Kavéa refusé de libérer Giuseppe Rossini, appelé en remplacement, alors que Malines ne jouait aucun match de championnat. Ce qui a fait dire à de Sart : " Malines a sans doute un match important contre le FC De Kampioenen et il n'a pas voulu se séparer d'un élément important. ". L'UB n'a donc pas réussi à imposer ses vues aux clubs belges qui sont pourtant affiliés à cette fédération. Le comble ! Reste le cas d'Hambourg. Les clubs allemands, bien plus puissants que les Belges, avaient décidé tardivement de mener une guerre ouverte contre la FIFA. A ce moment-là, l'Union Belge se félicitait d'avoir conclu un accord de deux matches avec Hambourg. Mais finalement, ce sont les Fédérations, moyennant une compensation financière, qui ont gagné puisque tant le Brésil et l'Argentine ont pu conserver Rafinha, Diego et Lionel Messi durant tout le tournoi. La Belgique n'a pas osé rentrer en conflit avec Hambourg, sans doute à cause du manque d'argent dans les caisses. Or, il en fallait pour supporter les dommages collatéraux (procès éventuel et prise en charge de l'assurance, voire même du salaire de Kompany). Certains n'ont pas manqué d'affirmer, à demi-mot, que Kompany ne prenait pas tant de risques que cela. Sa valeur marchande étant encore au zénith (les clubs sont prêts à mettre le prix pour un défenseur de 22 ans), il n'aurait pas tardé à retrouver un club en cas de rupture de contrat. Néanmoins, Kompany n'est pas un va-t-en-guerre. Ainsi, en début de tournoi, alors qu'on lui demandait pourquoi, il n'allait pas au clash avec Hambourg comme les Brésiliens et Argentins, il dit : " On ne se fait pas respecter en allant en guerre contre son club ". Sa décision de rester en Chine s'est donc forgée en cours de route. Lâché par l'Union Belge après avoir posé son geste courageux, le voilà en eaux troubles. Quitte à obliger Kompany à retourner en Allemagne, l'Union Belge n'aurait-elle pas pu le faire avant que Kompany n'aille au clash ? " Obligé est un grand mot. Disons que nous lui avons conseillé ", lâche De Keersmaecker. " On a essayé de lui faire comprendre mais le dimanche est quand même un jour férié. Ce n'est pas facile de communiquer ". On croit rêver ! Et en guise de dessert, une petite pique envers Kompany : " Je ne crois qu'il ait compris toutes les conséquences de sa décision ". par stéphane vande velde