Il y a exactement deux ans, jour pour jour, Anderlecht s'apprêtait à croiser le fer avec la Lazio Rome, au second tour de la Ligue des Champions. A la faveur du premier volet de cette épreuve, au cours de l'automne 2000, le Sporting avait réussi l'exploit peu banal de terminer en tête d'un groupe composé de Manchester United, du PSV Eindhoven et du Dynamo Kiev. Si l'aventure européenne des Mauves se termina, en définitive, au stade olympique, où Glen De Boeck et les siens durent s'avouer vaincus par 2-1 après avoir subi trois autres revers face au Real Madrid (4-1), et Leeds United (2-1 et 1-4), ils ne tirèrent pas moins leur révérence,dans cette compétition, par un ultime exploit, en battant 2 à 0 la bande à Raul au Parc Astrid.
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Il y a exactement deux ans, jour pour jour, Anderlecht s'apprêtait à croiser le fer avec la Lazio Rome, au second tour de la Ligue des Champions. A la faveur du premier volet de cette épreuve, au cours de l'automne 2000, le Sporting avait réussi l'exploit peu banal de terminer en tête d'un groupe composé de Manchester United, du PSV Eindhoven et du Dynamo Kiev. Si l'aventure européenne des Mauves se termina, en définitive, au stade olympique, où Glen De Boeck et les siens durent s'avouer vaincus par 2-1 après avoir subi trois autres revers face au Real Madrid (4-1), et Leeds United (2-1 et 1-4), ils ne tirèrent pas moins leur révérence,dans cette compétition, par un ultime exploit, en battant 2 à 0 la bande à Raul au Parc Astrid. Cette victoire face aux Merengue, le 14 mars 2001, aura sans doute été aussi la toute dernière prestation probante du club bruxellois à ce jour. Car la saison suivante, malgré une nouvelle accession en phase finale de la plus prestigieuse des Coupes d'Europe, les Sportingmen ne firent que de la figuration, clôturant la marche dans une poule où l'opposition avait pour noms le Real Madrid, à nouveau, l'AS Rome et le Lokomotiv Moscou, une formation honnête, sans plus, mais qui n'en renvoya pas moins le RSCA à ses chères études, au stade Constant Vanden Stock, sur la marque sans appel de 1-5. Depuis lors, hormis deux sursauts contre les Girondins Bordeaux (2-0), et le Panathinaïkos Athènes (score identique) cette saison, le public anderlechtois a bel et bien été réduit à la portion congrue.Comment donc, en l'espace de 24 mois à peine, le nom le plus prestigieux du football belge a-t-il pu rentrer à ce point dans le rang? En premier lieu, en raison d'une politique de transferts pour le moins boiteuse. A la place de conserver ses meilleurs éléments, parmi lesquels, à l'époque, seul Didier Dheedene était en fin de bail, et donc libre comme l'air, la direction a préféré monnayer le joli talent de Jan Koller, Tomasz Radzinski et Bart Goor. Résultat des courses: près de 2,5 millions d'euros sont venus garnir la trésorerie. Un montant dont il ne reste malheureusement plus grand-chose, dans l'intervalle, puisqu'il a servi à la fois à acquérir et à entretenir des éléments qui n'ont jamais su effacer le souvenir des quatre précités, comme Tarek El Said, Joris Van Hout, Ode Thompson, Clayton Zane et on en passe. Eliminé en phase initiale de la Ligue des Champions, la campagne passée, Anderlecht ne se révéla pas, non plus, en mesure de se racheter sur la scène nationale. Il dut même boire le calice jusqu'à la lie puisqu'un poste de dauphin, derrière l'étonnant Racing Genk, lui échappa au profit du Club Brugeois. Condamné à la Coupe de l'UEFA, le club bruxellois crut trouver la parade, l'été dernier, en aiguillant vers les Diables Rouges son coach, Aimé Anthuenis, qui ne ralliait manifestement plus tous les suffrages auprès de l'ensemble du noyau. Pour le remplacer, les dirigeants jetèrent leur dévolu sur un ancien de la maison, Hugo Broos, avec l'espoir qu'il remette les joueurs sur les bons rails. Huit mois plus tard, on est loin du compte, manifestement, puisque le Sporting a quitté la scène continentale face au Panathinaïkos et qu'il aura fort à faire, au train où vont les choses, pour décrocher une deuxième place en championnat. Broos est loin de faire l'unanimitéAux dires de ses responsables, le RSCA vit actuellement sa période la plus difficile depuis la saison 1998-99. En septembre 98, après un début d'exercice catastrophique, marqué par une position de descendant au terme de la cinquième journée, le président Roger Vanden Stock et les membres du Conseil d'Administration avaient pris la décision de remplacer l'entraîneur, Arie Haan, par deux autres ex-figures emblématiques du club, Jean Dockx et Franky Vercauteren. Ce fut un coup dans le mille puisque le Sporting refit progressivement son retard pour n'échouer finalement qu'à un fifrelin du champion, le Racing Genk, non sans l'avoir étrillé sur ses terres (2-5) après s'être signalé déjà par une autre performance cinglante: 0-6 dans l'antre du Standard! Compte tenu de la situation présente, Broos doit-il nourrir des craintes pour son avenir dans un entourage où l'on est souvent expéditif au moindre contretemps, comme un Luka Peruzovic ou un Herbert Neumann l'ont vérifié à leurs dépens? Une chose est sûre: l'entraîneur en place est très loin de faire l'unanimité dans le vestiaire, contrairement à ce qu'en a dit Glen de Boeck récemment. La vérité, c'est que mis à part le capitaine et son grand copain, Yves Vanderhaeghe, plus quelques exceptions bien compréhensibles comme les nouveaux venus Goran Lovré et Olivier Deschacht, la plupart ne flashent plus pour un mentor qui ne recueille ni leur adhésion sur le plan footballistique ni en matière de rapports humains. Le principal grief émis à son encontre est que Broos n'a guère changé le cours des événements au Parc Astrid. "Grâce à une ligne de conduite claire et rigide, il allait soi-disant en finir avec les nombreuses errances de l'année passée", observe une des valeurs sûres de l'équipe. "La réalité, c'est qu'à l'image d'Aimé Anthuenis, il ne fait que changer d'idées et de conceptions. Avec lui, prétendument, Anderlecht jouerait toujours avec quatre éléments à l'arrière. Il a oublié de préciser: en championnat. Car en Coupe d'Europe, on a quasiment toujours joué à cinq derrière. Une prise de précautions s'impose peut-être dans ces cas précis. Mais, au moins, faut-il alors roder ce système. Or, au Panathinaikos, l'équipe a évolué dans un schéma qui n'avait jamais été essayé en séance de préparation. Comment s'étonner qu'on ait bu la tasse, dans ce cas?""La direction a eu la mauvaise idée de remplacer un coach par quelqu'un qui n'est somme toute que sa copie conforme", souligne un autre footballeur du noyau, qui préfère rester anonyme lui aussi. "Aimé Anthuenis changeait de tactique, ou de joueur, comme de chemise et il n'en va pas autrement avec Hugo Broos. Tous deux racontent pas mal de blabla dans les journaux mais sur le terrain et entre nous, ils sont muets comme des carpes. Pour constater des carences, il n'y a pas meilleur qu'eux. Par contre, pour y remédier, c'est une autre affaire. Si, comme ils le prétendent, les joueurs ne connaissent pas l'abc du football, pourquoi ne pas le leur inculquer? Un coach, ça sert à quoi finalement? A se la couler douceet à faire des gueuletons au restaurant Saint-Guidon?"Aucun progrès collectif"D'accord, on a perdu de la qualité suite aux départs de Jan Koller, Tomasz Radzinski et Bart Goor", concède un troisième. "Mais l'effectif n'est quand même pas dénué de talent pour autant. Avec le matériel humain qui est présent ici, un entraîneur doit pouvoir amener les joueurs à la première ou à la deuxième place sans problème. S'il n'en va pas ainsi, c'est qu'il y a à redire concernant la méthode de travail. Et c'est là que le bât blesse. Depuis deux ans, on ne fait plus rien d'autre que s'occuper gentiment à l'entraînement. Des phases de jeu, une stratégie sur coup franc ou corner? Rien de tout cela chez nous. Tout est laissé à l'inspiration de chacun. Face à l'Antwerp, c'est payant, évidemment. Il suffit que Nenad Jestrovic prenne le meilleur sur Stefan Leleu pour faire la différence. Mais en Coupe d'Europe, il faut davantage qu'un éclair ou de la bonne volonté. Et dans ce domaine-là, on est loin du compte". A l'analyse, c'est vrai qu'Anderlecht n'a pas progressé d'un pouce, à l'échelon collectif, sous la férule d'Hugo Broos. Au gré des résultats, celui-ci est passé du 4-4-2 au 4-3-3 en championnat, voire au 5-3-2 sur la scène européenne. Toutefois, force est de constater que dans aucune de toutes ces configurations, les Sportingmen n'auront réussi de grandes envolées. Au contraire, le jeu déployé fut fréquemment des plus mièvres. S'il atteignit à l'une ou l'autre reprises un niveau acceptable, comme lors des deux dernières prestations européennes des Mauves à domicile, c'était toutefois dû davantage à la qualité de certaines prestations individuelles (Nenad Jestrovic face aux Girondins Bordeaux ou Aruna Dindane contre le Panathinaïkos Athènes) qu'à des mouvements savamment élaborés. Une passe en un temps ou un une-deux sont devenus, à cet égard, des denrées rares dans le jeu des Bruxellois. Pour expliquer ces carences, le coach du RSCA observe qu'il doit composer avec un groupe qu'il a repris au pied levé sans imaginer un seul instant que ses limites seraient à ce point criantes en tous domaines. D'accord, mais la paternité du transfert de Michal Zewlakow revient bel et bien à lui et à nul autre. Or, l'international polonais n'a pas encore cassé trois pattes à un canard depuis son arrivée au Parc Astrid. Où beaucoup d'observateurs se demandent, non sans raison, s'il fallait réellement débourser 1,5 million d'euros pour acquérir un joueur qui n'est, en définitive, pas supérieur au jeune Olivier Deschacht lancé dans la bataille entre-temps. Beaucoup, dès lors, interprètent le passage du Mouscronnois au Sporting comme une manière élégante, pour Hugo Broos, de renvoyer l'ascenseur à un club dont il s'était esquivé par une porte dérobée l'été passé et ce, sous l'oeil bienveillant d'une direction anderlechtoise, toujours prompte à céder aux caprices de son coach. Pour mémoire, il n'en était pas allé autrement avec Aimé Anthuenis quand celui-ci avait réclamé à cor et à cri la venue de ses anciens poulains genkois Besnik Hasi, Davy Oyen et Mark Hendrikx. Avec les suites hasardeuses que l'on sait. Il est temps de rajeunir l'équipe"Le drame de ce club, c'est qu'il n'existe pas de ligne de conduite au niveau de la Première", analyse un insider. "Jusqu'en Réserves, il n'y a pas grand-chose à redire en matière de marche à suivre mais au-delà, tout est laissé à l'appréciation de l'entraîneur et de la direction. Parfois les conceptions diffèrent et, dans ce cas, on ménage la chèvre et le chou. Comme il y a quatre ans, par exemple, quand il fallut se mettre en quête d'un demi défensif. A l'époque, le comité était favorable à Yves Vanderhaeghe et le nouveau coach à Besnik Hasi. Résultat des courses: les deux furent transférés alors que le Sporting disposait déjà à cette place d'un certain Walter Baseggio qui n'est quand même pas le premier venu. Et le même raisonnement est d'application pour Deschacht, supérieur à Michal Zewlakow ou pour un Lamine Traoré qui n'est sûrement pas moins bon sur l'homme et à la relance que Hannu Tihinen. Mais celui-là, Aimé Anthuenis le voulait absolument. Et ce qu'un coach veut est sacré au Parc Astrid". "C'est peut-être singulier à dire mais louper l'Europe, en fin de saison, pousserait probablement à une remise en question salutaire", précise le même homme. "Dans ce cas, peut-être certains réaliseront-ils enfin, en haut lieu, que des transferts de un ou deux millions d'euros ne servent absolument à rien, comme on en a eu la preuve ces derniers mois. Et comme l'état des finances ne permet pas des folies, l'heure sera sans doute enfin venue, dans ce cas, de lancer des jeunes dans la bataille. A la place de rappeler un énième trentenaire au bercail, en la personne de Pär Zetterberg, la direction serait plus inspirée de jouer la carte du blé en herbe. De Junior à Sherjill Mac Donald, aucun de ceux qui ont été essayés, dans un passé plus ou moins récent, n'a démérité. Et d'autres, au moins aussi doués, se pressent au portillon: Anatoli Guerk, Marc De Man, Sergio Hellings, Dennis Calencov, Vincent Kompany, Maarten Martens. Tous ces garçons méritent de se voir accorder une chance. Ils ne sont pas inférieurs à ceux qui défendent les intérêts de l'équipe fanion aujourd'hui, que du contraire". L'équipe fanion, le mot est prononcé. Au même titre que la direction et l'entraîneur, les joueurs anderlechtois portent, eux aussi, une part de responsabilité dans la perte de superbe du club. En compétitions nationales, du moins, car en coupe de l'UEFA la plupart ont affiché d'autres prétentions. Comme face au Pana, la semaine passée. Trop de joueurs pas assez pros"C'est la preuve que quand ils le veulent réellement, ils sont encore capables de se sublimer", remarque un autre cadre du club. "Mais les trois quarts du temps, ils se contentent du minimum. Trop de joueurs n'ont pas la fibre adéquate, au Sporting, et d'autres manquent de la plus élémentaire humilité. Quand j'entends dire Ivica Mornar qu'à la place de l'entraîneur, il alignerait toujours un joueur comme lui, je me demande où on va. Et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres. Bon nombre de joueurs n'ont, chez nous, de professionnels que le nom. Mais personne n'ose prendre les mesures qui s'imposent parce qu'ils représentent un capital. Que le club s'inspire donc de l'exemple de l''Ajax, qui n'a pas hésité à renvoyer tour à tour dans la tribune des gars comme Nikos Machlas ou Ahmed Hossam. Des gars qui pèsent pourtant un million d'euros par an. Mais à l'Arena, au moins, on ne tergiverse pas. Chez nous aussi, une grande lessive s'impose à cet échelon. C'est peut-être l'un des seuls points sur lesquels le coach a foncièrement raison". Question: laissera-t-on à l'entraîneur le soin de séparer le bon grain de l'ivraie? Ou bien faudra-t-il reprendre les mêmes et recommencer avec un autre mentor? Au sein même de la maison mauve, les avis sont partagés. Les uns estiment qu'un changement d'orientation s'impose si rien ne bouge à courte échéance. D'autres sont d'avis qu'Hugo Broos mérite du rabiot pour peu qu'il définisse une fois pour toutes une stratégie en y insérant chacun à sa meilleure place. " Bertrand Crasson a peut-être fait son temps comme back droit mais au libero, il supplanterait allégrement Glen De Boeck", précise l'un des administrateurs du club. "De même, Walter Baseggio a étalé ses limites comme soutien d'attaque. Mais je ne suis sûrement pas le seul à penser qu'il n'y a pas meilleur que lui au poste de demi défensif, celui-là même qu'il a toujours occupé en classes d'âge. Quant au jeune Martin Kolar, la preuve est faite qu'il devrait jouer tout le temps, lui aussi. C'est une révélation, à l'instar de Goran Lovré et d'Olivier Deschacht. En réalité, tout bien considéré, les jeunes auront été la bonne surprise au RSCA cette saison. C'est peut-être une leçon à méditer". Oui, mais par qui? Le week-end passé, on apprenait que le président Roger Vanden Stock, voulait activer le retour de Pär Zetterberg, au grand dam de quelques autres personnes, dont le coach en place. Mais comme l'a dit le Suédois récemment, les entraîneurs ne sont-ils pas que de simples passants au Parc Astrid? Bruno Govers"Broos, c'est beaucoup de blabla dans les journaux mais aucune directive sur le terrain""Louper l'Europe, cette saison, pousserait à une remise en question salutaire"