Pour beaucoup, cela eut l'effet d'une bombe, tant l'attelage " Carolos are back " semblait solide. Pour d'autres, par contre, la nouvelle de la démission de Yannick Ferrera ne faisait que confirmer que l'alliance entre le staff choisi par Abbas Bayat et la nouvelle direction était contre-nature dès le début. Car, dès l'annonce de la reprise, la question était soulevée. Mis en place par le président déchu, le duo improbable composé du bourlingueur et ancien serviteur du club, Luka Peruzovic et du jeune premier, inconnu dans la corporation des entraîneurs, n'ayant pour lui que le patronyme d'une illustre famille d'entraîneurs, Yannick Ferrera, n'était pas destiné à durer.
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Pour beaucoup, cela eut l'effet d'une bombe, tant l'attelage " Carolos are back " semblait solide. Pour d'autres, par contre, la nouvelle de la démission de Yannick Ferrera ne faisait que confirmer que l'alliance entre le staff choisi par Abbas Bayat et la nouvelle direction était contre-nature dès le début. Car, dès l'annonce de la reprise, la question était soulevée. Mis en place par le président déchu, le duo improbable composé du bourlingueur et ancien serviteur du club, Luka Peruzovic et du jeune premier, inconnu dans la corporation des entraîneurs, n'ayant pour lui que le patronyme d'une illustre famille d'entraîneurs, Yannick Ferrera, n'était pas destiné à durer. Dès son entrée en fonction, Mehdi Bayat bottait en touche concernant le staff sportif. " Pour le moment, Peruzovic, Ferrera et le reste du staff restent en place ", clamait-il début septembre. Derrière cette phrase, se cachait toute l'ambiguïté de la situation : Abbas Bayat avait offert un beau contrat à Peruzovic et régularisé celui de Ferrera avant de quitter ses fonctions. La nouvelle direction, qui a hérité d'un déficit de 4 millions d'euros, ne pouvait pas se permettre de folies même si ce duo d'entraîneurs ne lui semblait pas adapté à la situation. A cela s'ajoutait la nouvelle image que le club tentait de mettre en place. Un club convivial qui ne fait pas de coups tordus et qui se veut rassembleur. Une manière de couper avec le passé mais surtout de faire revenir les sponsors et le public au Mambourg. Pendant toute la saison, la nouvelle direction va être coincée entre son image et le reflet déformant du miroir. Comment se sortir de l'affaire Kage ou du renvoi d'Aoulad sans écorner son image ? Depuis la semaine dernière, s'est ajoutée à cette liste la question suivante : comment éviter que la démission de Ferrera ne salisse trop le club ? Car, avec le jeune entraîneur, le scénario semblait tout écrit : soit il réalisait des résultats et le Sporting s'économisait un C4, soit il trébuchait et Charleroi ne pouvait pas faire autre chose que de le licencier " afin de produire l'électrochoc nécessaire ". Tout conduisait à cette deuxième option suite à la lourde défaite à domicile contre OHL (0-4). Quelques minutes après le coup de sifflet final, Mehdi Bayat semblait même baliser le terrain en déclarant : " Pour moi, ce que j'ai vu ce soir est plus grave qu'un off day. Cela ressemble à de l'amateurisme. A partir du moment où le staff n'a plus le contrôle du vestiaire, nous prendrons des décisions. " Le lendemain, un communiqué confirmait le staff en place. Entre les deux, la nouvelle du malaise du père de Yannick Ferrera dans la tribune carolo avait été dévoilée. Difficile dans ces conditions pour la direction de licencier un entraîneur, préoccupé par l'état de santé de son père. En termes d'image (on y revient), cela aurait eu un impact catastrophique. Une fois ce cap passé, Ferrera a commencé à accumuler les résultats. Victoire de prestige contre Anderlecht, succès convaincants au Lierse, contre Courtrai et le Beerschot, et le maintien dans le viseur. Pourtant, malgré cette réussite, Ferrera n'avait pas la totale confiance de la direction. Après le succès à Anderlecht, Ferrera n'a reçu aucune félicitation. A cela s'ajoutaient aussi des pressions sur la sélection. Avant le match de Genk, toute la préparation et la tactique avaient été axées sur la présence de Giuseppe Rossini en attaque. Le vendredi, son nom faisait encore partie des titulaires avant qu'il ne disparaisse le samedi au détriment de David Pollet, nouveau transfert qu'il fallait mettre en vitrine. Ferrera a également dû se plier aux demandes de la direction de préférer Michaël Sifakis à Parfait Mandanda, une fois celui-ci de retour de la CAN. D'un côté, un jeune entraîneur touché par le manque de considération pour le travail accompli. De l'autre, une direction agacée de plus en plus par l'assurance de Ferrera, le maintien se profilant à l'horizon. Le divorce entre les deux parties était inéluctable et cela a débouché sur une réunion houleuse, mercredi dernier. Contrairement à ce qui a été dit, Ferrera n'a jamais demandé de revalorisation salariale lors de cette réunion avec Mehdi Bayat. La veille, lors d'une conversation téléphonique, il s'était enquis de son futur et voulait savoir si le club comptait continuer avec lui et quel serait le noyau mis à sa disposition. Le lendemain, Bayat l'aurait appelé dans son bureau et aurait répliqué en disant: " Pour qui te prends-tu ? Le sauvetage n'est pas encore mathématiquement acquis et c'est moi qui décide quand le moment sera venu de discuter du futur. Et si tu veux parler, commençons par évoquer ton comportement des dernières semaines. " S'ensuivirent des propos dédaigneux et quelques mises au point bien senties. La direction n'avait en effet pas du tout apprécié la manière dont Ferrera s'était dirigé vers le kop après la victoire contre le Lierse (1-0). Pas plus que son intervention télévisée à la VRT ou le feu vert donné à Telenet pour effectuer un reportage lors de l'entraînement à huis clos du mercredi. Enfin, le Sporting reprochait à Ferrera d'avoir fait capoter le transfert d'Omar Jarun à Al Shabab (et donc une rentrée de 300.000 euros) après avoir rendu un avis négatif au club entraîné par Michel Preud'homme et Emilio Ferrera. De son côté, le staff n'avait pas non plus compris l'isolement progressif de Yannick Ferrera. Cela s'était accentué après le Nouvel An. Après le changement de dernière minute de onze de base contre Genk, Ferrera avait fait cavalier seul pour la composition d'équipe contre OHL. Alors que le dernier entraînement avait été préparé en fonction d'un entrejeu Kaya-Diandy-Kumedor-Milicevic, Ferrera avait changé ses batteries le samedi matin, préférant Ziguy Badibanga à Daniel Milicevic. Peruzovic lui aurait conseillé de faire marche arrière, sans succès. Cet isolement avait culminé lors de la course folle de Ferrera à l'issue du match contre le Lierse. Certains membres du staff auraient aimé qu'il partage le succès (et le maintien) avec eux plutôt que se l'approprier. Certes, suite à ses bons résultats, Ferrera n'aurait pas craché sur une revalorisation de contrat, lui qui ne touchait que 3.000 euros par mois, une misère dans la profession. Son erreur fut certainement de l'annoncer à la télévision lors de l'émission de la VRT, Extratime du lundi 11 février. Pourtant, lors de la réunion du mercredi, il ne fut nullement question d'argent entre lui et Mehdi Bayat. Ce n'est donc pas pour un différend financier que Ferrera a envoyé sa lettre de démission. Cela ne cadre en effet pas avec sa ligne de conduite. Récemment, Ferrera nous avait avoué : " Si, un jour, je reçois un gros contrat, ce sera la conséquence de mon travail et pas la cause. Un toit et un plat de pâtes suffisent à mon bonheur. Je suis conscient d'être un privilégié. Je garde en tête qu'en 1962, mon grand-père paternel travaillait dans la mine à Charleroi. Je sais qu'il vaut mieux être sur un terrain de foot que descendre à la mine. Quand, en Arabie, tu as eu l'occasion de voir les ouvriers bengalis travailler dans des conditions infâmes, tu peux mesurer ton bonheur et apprendre à ne pas te plaindre. " Son métier, il le conçoit d'abord comme une passion, un défi. Pas comme un moyen de devenir riche. " Si un jour, j'ai la chance de disputer la Ligue des Champions, je donnerai d'office ma prime à une oeuvre caritative ", avait-il conclu. Doit-on le croire ou est-ce une opération de communication ? Nul ne le sait mais le fait d'avoir quitté son travail auprès de Michel Preud'homme,où il touchait 75.000 dollars par an, pour un job ingrat à Charleroi pour 36.000 euros par an constitue déjà une réponse. Cette réunion du mercredi a donc poussé Yannick Ferrera à faire ses valises. Le manque de respect de ses dirigeants a fini par le décourager. On pourra reconnaître à Ferrera un certain courage, d'autant plus qu'il n'a aucune autre offre sous le coude. Par contre, l'avenir nous dira si le timing choisi (la veille d'un déplacement à Anderlecht, alors que son équipe n'est pas encore mathématiquement sauvée) ne risque pas de se retourner contre lui. Désormais, dans le milieu, Ferrera porte l'étiquette d'un entraîneur certes compétent mais peu fiable. Les présidents de clubs détestent en effet qu'un entraîneur les lâche en pleine saison. Peruzovic, le premier, a compris que cette démission pouvait se retourner contre le jeune coach et lui a suggéré de revenir sur sa décision, le jeudi matin. Quant à la direction, elle qui a été surprise par ce départ, la voilà avec une épine hors du pied. Car, depuis quelques semaines, elle se demandait comment elle allait pouvoir annoncer aux supporters et aux sponsors qu'elle ne comptait pas continuer avec le duo Ferrera-Peruzovic qui avait atteint l'objectif du maintien. Peruzovic, lui, a changé de mission. Son rôle " d'accompagnateur du staff et de l'entraîneur " (c'est le terme officiel qui se trouve dans son contrat) a mué vers celui d'entraîneur principal. Jusqu'à quand ? Sa mission ne devrait durer que le temps des derniers matches de la saison. PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS : IMAGEGLOBE" Ferrera a dû faire face à des pressions sur sa sélection."