Lille perdra Vahid Halilhodzic en fin de saison : est-ce que le départ du coach bosniaque qui a totalement relancé ce club n'handicapera pas les Nordistes dans la course au titre?
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Lille perdra Vahid Halilhodzic en fin de saison : est-ce que le départ du coach bosniaque qui a totalement relancé ce club n'handicapera pas les Nordistes dans la course au titre?Christophe Dessy : Lille n'a pas que ce gros souci-là. Luc Dayan, le jeune président du renouveau, a annoncé qu'il prenait du recul par rapport à ses responsabilités. Je suppose que cela a aussi marqué le groupe et le club même si ce patron bcbg est remplacé par un de ses amis. Lille a des installations désuètes et l'entraîneur a raison d'affirmer qu'il y a tout de même un décalage entre les ambitions du club et la qualité de ses intallations. Il me semble difficile de découvrir la Ligue des Champions dans un stade comme celui de Lille. Là, Vahid Halilhodzic fait bien de souligner ce défaut. On dit que Monaco, et surtout Marseille ont décidé de mettre le paquet pour l'embaucher. Je ne crois pas qu'il pourra résister à l'offre d'un de ces deux clubs. Pour lui, c'est le moment ou jamais de se retrouver à la tête d'un grand club. Pour le titre, Lille sera dépassé par les gros cubes, Nantes ou Lyon. Puis, le club sera carrément pillé, décapité, par les "riches", de France ou même de l'étranger, qui lorgnent vers Pascal Cygan et d'autres valeurs sûres de ce groupe. Lille n'a pas de culture du succès à ce niveau. En France, on constate que la carrière d'un joueur pro se raccourcit de plus en plus vite. Les joueurs moyens (qui gagnent bien leur vie) ont en moyenne une longévité de six ans en tant que professionnel sous contrat. C'est dire s'il ont peu de temps pour gagner leur vie, faire des économies, assurer leur avenir... Quand c'est fini, ils se tournent vers le football amateur dont le niveau techique est également très élevé. Il y a une pression énorme car les centres de formation lancent sans cesse de bons joueurs qui effacent les autres. Les entraîneurs ont une durée de vie de dix-huit mois, pas plus, par club. C'est assez hallucinant et cela donne une idée de la tension qui peut régner dans certains clubs.Par rapport à cela, Nantes vit tranquillement les transitions : son entraîneur, Raynald Denoueix n'est-il pas l'homme de la saison du football français?Peut-être. C'est le sacre en tout cas de la patience et des traditions jamais trahies de ce club. Nantes a la même idée de base du foot depuis José Arribas, il y a des lustres, et les entraîneurs qui y réussissent y ont fait leurs armes de la même façon: joueur puis éducateur, entraîneur de jeunes, responsable du centre de formation, équipe Première. Denoueix est imprégné de toutes les valeurs nantaises. Son groupe fait bonne route en championnat car c'est sérieux et solide. Nantes a gagné les deux dernières finales de la Coupe de France et s'est qualifié pour les prochaines demi-finales avec Troyes, Strasbourg et la surprise, Amiens (National, équivalent de la D3 belge), entraîné par un ancien du PSG, Denis Troch. Avec un peu de chance, Nantes pourrait réaliser le doublé...Il y a une exception en Coupe de France avec le Variétés Club dont l'influence ne serait pas du tout négligeable dans le paysage du football tricolore...En fait, le Variétés est une équipe formée par d'anciens grands pros et des vedettes du show business. Pour prendre part à la Coupe de France, il faut des équipes de jeunes. Le Variétés n'en a pas mais peut prendre part au premier tour de la Coupe de France et c'est, quelque part, une reconnaissance de leur action au profit d'oeuvres de bienfaisance. Cette équipe dispute souvent des matches de gala devant vingt mille spectateurs. Le club est sponsorisé par de très grandes sociétés : Adidas, Air France, les hôtels Concorde, etc. José Lopez, ancien pro, qui s'occupe des -15 ans à Nancy, joue au Variétés qui a beaucoup de relations. Quand il mettra un terme à sa carrière, Didier Deschamps aura sa place dans cette équipe où tous sont bénévoles. La présidence a été confiée à Thierry Roland ( TF1), le capitaine s'appelle Michel Platini et le secrétaire-général est Jacques Vandroux ( France-Inter) qui fait partie de la famille de la femme du Général De Gaulle. Sur cette belle lancée, le Variétés profiterait de ses relations pour placer ses proches dans de bons clubs. Une autre vedette revient à la une: Bernard Tapie. Qu'en pense-t-on en France?Tout le monde en parle car l'OM est évidemment un mythe. Il a véhiculé les plus belles choses (des titres, des Coupes, un succès en Coupe d'Europe des Champions, etc.) et les pires avec l'affaire VA-OM. Il a payé ses erreurs et c'est à l'OM de savoir ce qui lui convient ou pas. Robert Louis-Dreyfus est en très grosse difficulté et en faisant appel au flair sportif de Bernard Tapie, il s'allie les supporters (qui ne jurent que par Nanard) et la pression baisse. Le tout est de savoir si Tapie est encore en phase avec le foot actuel. Il avait lancé le changement et le temps des gros salaires. Aujourd'hui, les joueurs et les managers sont bel et bien devenus les patrons du football français. Ils viennent et s'en vont quand et comment ils ont envie de leur faire, ou presque. Tapie saura-t-il s'adapter à cette puissance incontournable? Il est rusé mais devra changer sa façon de gérer un groupe. Il ne suffit plus d'être médiatique pour impressionner un joueur car quand une star claque la porte, les offres ne manquent pas. Avant, Tapie était le seul à payer grassement, ce n'est plus le cas.Que pensez-vous de l'arrivée de Joël Muller à la tête du syndicat des éducateurs et entraîneurs français?Tout le monde sait ce que Guy Roux a fait au service des entraîneurs français. En prenant sa place, Joël Muller a accepté un pari mais l'ancien entraîneur de Metz est un homme de défis animé par de vraies valeurs sportives. Maintenant, certains se demandent s'il aura le temps de se consacrer pleinement à l'UNECATEF quand il aura trouvé un nouveau club. Les entraîneurs, les formateurs et éducateurs veulent se redéfinir dans le foot français. Le syndicat des joueurs professionnels est puissant et pèse car ça fait beaucoup d'argent dans la balance. Par rapport à cela, le monde des entraîneurs et des formateurs a forcément moins de poids que dans le temps et c'est regrettable. L'UNECATEF ne compte que 260 membres et c'est peu par rapport au nombre de joueurs pros. Pourtant, sans les entraîneurs, le football français n'aurait jamais atteint son âge d'or actuel : cela compte et cela mérite d'être défendu. (P.Bilic)